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PIERRE LAROUSSE COMME VOUS NE L’AVEZ JAMAIS LU

13 octobre 1817, Pierre Larousse

La jeunesse de Pierre Larousse
Pour les deux cents ans de la naissance de Pierre Larousse, vous pourrez lire un peu partout sa biographie, à savoir : lexicographe et éditeur français (1817-1875), fils d'un charron-forgeron et d'une aubergiste. Enfance heureuse, boursier à l’école normale, instituteur pendant deux ans avant de démissionner pour ne pas cautionner un système éducatif aux règlements tatillons, où l’on abuse du par cœur et des châtiments corporels.

L’autodidacte
Il part pour Paris où il s’instruit par lui-même, ne passant ni examen ni concours. On sait de lui alors ce qu’en disait Edmond About :
« C'était un petit homme trapu, à barbe fauve, aux yeux pétillants, un piocheur (travailleur) renfermé, ténébreux, fortement soupçonné de couver des idées subversives. Ce pion rêvait de publier un dictionnaire comme on n'en avait vu, une encyclopédie populaire. »
En 1851, il rencontre Augustin Boyer, autre instituteur ayant quitté l'enseignement et qui cherche sa voie dans le commerce. Les deux amis s'associent et fondent en 1852 la Librairie Larousse et Boyer.


Le père du dictionnaire
Larousse veut renouveler l'enseignement du français, (mais qui y est jamais parvenu ?), éduquer de façon active et attrayante l'intelligence et le jugement des enfants, dans un enseignement primaire gratuit et obligatoire.
En 1856 paraît l’ancêtre du Petit Larousse, avec ses deux parties noms communs et propres.
Puis Pierre commence une œuvre gigantesque : le Grand Dictionnaire universel du XIXème siècle, monument à la gloire des idées républicaines, libérales, laïques et progressistes, dans lequel il n’hésite pas à mélanger définitions et opinions toutes personnelles.
Pour toutes ses publications, Pierre conçoit, relit et contrôle chaque mot écrit par son armée de collaborateurs payés à la ligne.
Il meurt à 57 ans, épuisé, sans avoir pu finir cette œuvre monumentale.
Voici pour la très sommaire biographie de Pierre Larousse.
Mais nous, c’est l’homme que nous voudrions connaître à travers ses propres écrits.

Larousse, l’oncle lexicologue
Le Nouveau traité de la versification française accompagné de nombreux exercices d'application est venu à l’idée de Pierre après que son filleul, 12 ans, lui eût adressé un poème de quatorze vers avec rimes, petit compliment pour le jour de l’an dont voici un extrait :
« Mon cher parrain permettez aujourd’hui à mon cœur
De vous exprimer ce qu’il ressent de bonheur
(…)
Ainsi à l’avenir à jamais je suivrai
La route du bien que vous m’avez montrée. »
Réaction de notre Pierre Larousse ? Il hésite à embrasser son neveu tant il trouve honteux d’écrire un si mauvais poème à un lexicologue ex-instituteur ! Mais Pierre est un bon homme qui ne veut que le bien des enfants. Alors, au lieu d’emmener son neveu au parc chaque jeudi comme il le faisait, il lui apprend, en étude, les règles de la versification, puis constate :
« Il faut croire que ces leçons avaient été profitables, car un an après, mon jeune poète triomphant me déclamait le petit morceau qu’on va lire (note de Gabrielle Dubois : 20 alexandrins tout de même dont voici un extrait plein de candeur et d’humour dudit neveu !) :
« …Ah ! je ne croyais pas que vos simples leçons,
Que j’écoutais parfois avec indifférence,
Pendant qu’autour de nous babillaient les pinsons,
Pouvaient si promptement bannir mon ignorance… »

Ne jugeons pas un mot sur sa mine
Pensée de Pierre Larousse tirée de sa Lexicologie des écoles :
« En apprenant comment doit s'écrire un mot dans un cas donné, et en restant étranger aux sens, aux différentes acceptions des mots, au génie, au fond même de la langue, l'enfant arrivait à la posséder à peu près de la même façon que l'on connaît le caractère d'un homme par la manière dont il s'habille. »
Conception d’un dictionnaire par Pierre Larousse :
« Tous les mots de la langue française doivent entrer dans mes colonnes, depuis ceux qui se parlent à la table des dieux jusqu'à ceux que l'écho frémit d'entendre... Ces mots, et chacune de leurs acceptions, doivent être accompagnés d'exemples qui en fixent le sens, et que consacre le parafe de nos grands écrivains. »

Pierre Larousse, l’inventeur de la phrase à trous
Gymnastique intellectuelle, art d'écrire enseigné aux élèves des deux sexes par des exemples tirés de nos grands écrivains, par Pierre Larousse, est un livre destiné aux instituteurs. C’est un cours d'études classiques divisé en quatre degrés :
Les BOUTONS s'adressent aux élèves des deux sexes, de huit à dix ans
Les BOURGEONS, de dix à douze ans
Les FLEURS, de douze à quinze ans
Les FRUITS, de quinze ans et au-dessus.

Piochons au hasard dans le manuel, un extrait d’un exercice pour Bourgeons :
« Phrases où les deux mots à caser :
Il est aussi ordinaire de voir changer les — qu'il est extraordinaire de voir changer les — (goûts, inclinations).
Il est aussi ordinaire de voir changer les goûts qu'il est extraordinaire de voir changer les inclinations.
Note de Larousse en bas de page : On voit que chaque leçon est composée de phrases qui sont groupées deux à deux et dont l'une est le corrigé de l'autre ; il n'y a que la première qui soit au livre de l'élève. »

Que nous montre ce petit aperçu ?
Que Pierre Larousse est l’inventeur des manuels tels que nous les pratiquons encore aujourd’hui avec leurs phrases à trous, et que la répartition des groupes d’enfants était des plus poétiques !
Avez-vous su caser les bons mots ? Je plaisante… je suis sûre que oui !

Un cerveau huîtrifié
Et pour finir, bien que nous n’ayons eu qu’un très infime aperçu de ce colossal travailleur, voici quelques extraits d’une lettre-réponse adressée à Louis Veuillot, trop catholique même pour les catholiques et qui avait traité Larousse de crétin ! On y constate que Pierre connaissait les mots et savait aussi les utiliser :
Larousse traite Veuillot de cerveau huîtrifié, (déf. du Larousse de son temps qui a disparu : Huîtrifier : populaire : abêtir, abrutir.). Il ajoute :
« Veuillot, vous vous êtes acquis depuis longtemps le droit de tout dire, il ne reste à vos victimes qu'à vous écouter, quelles que soient les aménités qui découlent de votre plume. Ainsi faisons-nous envers les gargouilles de Notre-Dame, dont nous n'hésitons pas à admirer le fini sculptural au moment même où elles vomissent sur notre nuque l'eau bénite que vous savez. »
Larousse s’étonne ensuite que Veuillot le traite de crétin en même temps que de penseur. Et Larousse d’ajouter : « Un compliment ? fi donc ! les deux becs de sa plume en bâilleraient d'étonnement (…) »
N’est-ce pas joliment tourné ? Et Pierre termine sa lettre :
« Lorsque j'aurai l'occasion de passer devant un monument dédié au bienheureux saint Antoine (note de Gabrielle Dubois : celui-là même qui a un cochon à ses pieds), je ne manquerai pas de faire brûler à votre intention un petit cierge devant son inséparable compagnon. »

Les mots et les plumes
Et pour le plaisir, voici quelques mots utilisés à bon escient par quelques jolies plumes, qui ne s’écrivaient ces mots-là que parce qu’elles s’aimaient bien, et trouvés dans Écritures d’auteurs :

Flaubert à Maupassant :
« Tout en buvant une borrificque tasse de cawoueb pour me remonter le coco, chose bien inutile car il est bien monté… j’attends des lettres de toi tous les jours, bougre d’obscène !... Écoute les conseils du bon Duval, bourreau des crânes et triple couillon. Je t’embrasse. Ton vieux. »

Théophile Gautier à Émile Bergerat :
« …tes médecins et tes notaires en cravate blanche qui viennent pleurer dans le trou du souffleur parce que leurs femmes les ont encornifistibulés, c’est bête et assommant ! »

Balzac à Théophile Gautier :
« Enfin voilà le Théo ! Paresseux, tardigrade, unau, aï, dépêchez-vous donc ; vous devriez être ici depuis une heure ! »
Article paru dans Contrepoints

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