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Femme et noire en Afrique du Sud, par Ellen Kuzwayo

Ellen Kuzwayo, Femme et noire en Afrique du Sud

« Cholofelo ga e tlhabise ditlhong. »

« Il n’y a pas de honte à espérer. »

 

Ellen Kuzwayo, femme noire Sud-Africaine, est née en 1914 et décédée en 2006 en Afrique du Sud. Toute sa vie, elle a œuvré et demandé, pour les femmes de son pays (et les hommes) :

Des droits pour les femmes noires égaux à ceux des hommes noirs et à ceux des femmes et des hommes blancs,

L’école pour les petites filles,
Un accès à toutes études supérieures,
Un accès à tous les métiers,
Une hygiène décente, etc…

Élevée dans la religion chrétienne, elle était croyante et tenait sa force de sa foi et des paroles de ses grands-parents, grand-mère et mère. Elle a eu une enfance heureuse, mais de très traumatisantes épreuves à l’âge adulte, accompagnés de bonheurs aussi, car elle n’a jamais, jamais baissé les bras. Son autobiographie, Call Me Woman (Femme et Noire en Afrique du Sud), publiée en 1985 alors que les principales lois de l'apartheid sont toujours en vigueur et qu’elle a 71 ans.

D’une part, Ellen Kuzwayo explique l’histoire de l’Afrique du Sud, des tribus africaines d’origine à l’Apartheid, en passant par les missionnaires chrétiens. Ces mélanges de cultures, ou plutôt ces coupures brutales d’un monde à un autre sont analysées par l’auteur avec clairvoyance et sans haine aucune. Chaque culture a ses défauts et ses qualités. Ellen aurait seulement aimé que chacun prenne le meilleur des différentes cultures. Mais ce n’est jamais le cas.

D’autre part, au-delà de l’Histoire du pays, elle nous présente les parcours des femmes noires, dont le sien. À cause de lois injustes, les hommes sont partis travailler dans les mines, les femmes sont restées seules dans les villages et les campagnes pour faire vivre les familles.
C’est aux femmes noires de son pays qu’Ellen a dédié sa vie. Femmes anonymes, courageuses, maltraitées par les lois, par les hommes noirs eux-mêmes, emprisonnées pour un morceau de pain volé pour leurs enfants ou une demande de droits égaux au moins à ceux des hommes noirs, emprisonnées et maltraitées même dès l’âge de douze ans, violées parce qu’elles osent créer un club de soutien aux femmes, accablées de charges et de travail alors même qu’elles sont considérées par la loi comme des mineures et qu’elles ont besoin de la signature du fils qui est à leur charge pour tout papier officiel !
Il faut lire ce livre pour comprendre le travail qu’ont fourni tant de femmes noires tout au long du 20ème siècle pour vivre, survivre, éduquer leurs enfants, dans un monde dirigé par les hommes et par l’Apartheid.

Je ne connaissais que très peu l’Afrique du Sud. Pour tout dire, à part Nelson Mandela, je n’aurais pas su nommer une seule personne de ce pays !
Et je lis ce livre, et ÇA M’ÉNERVE !
Encore une fois, où sont les femmes, dans les journaux, dans les manuels d’Histoire ?

Où sont Gladys,
Debra Nikiwe Matshoba,
Motena,
Phyllis Noluthando Mzaidume,
Matilda Papo,
Joyce Seroke,
Noniah Ramphomane,
Esther Seokelo,
Violet Sibusisiwe,
Winnie Motlalepule Monyatsi,
Minah Tembeka Soga,

Charlotte Manye Maxeke, qui disait : « Il faut tuer l’esprit du soi et ne pas vivre au-dessus des vôtres, mais avec les vôtres. En vous élevant, élevez les autres avec vous. Débarrassez-vous de cette affreuse bête tapie en chacun de nous, la jalousie. Tuez la jalousie et aimez vos frères et vos sœurs. »

Magdeline Sesedi,
Elisabeth Wolpert,
Winnie Nomzamo Madikizela-Mandela,
Phyllis Noluthando,
Ann Magadzi,
Bertha Maboko…,

Toutes ces femmes et d’autres ont monté des associations, créé des entreprises, bâti des écoles !
Toutes ces femmes et d’autres ont tout fait pour construire un pays au lieu de le détruire !
Toutes ces femmes et d’autres ont noué des liens d’amitié et d’entraide entre les femmes et les hommes au lieu de fissures de haine !
Où donc sont mentionnés leurs noms, à part dans de rares livres écrits par d’autres femmes et plutôt confidentiels ?

« Je le dis et le redirai tout au long de ce livre, la femme noire a trop longtemps souffert d’une double discrimination, en tant que femme et en tant que Noire. » Mais ces femmes sont pleines de ressources face à l’adversité. « Celles que la loi considérait comme des mineures se sont révélées de vaillantes héroïnes qui se sont battues contre vents et marées pour l’amour des leurs. »

Ce livre est le livre d’une héroïne : Ellen Kuzwayo, qui a survécu à un mari violent, à la séparation d’avec ses deux premiers fils alors qu’ils étaient en bas âge, à l’assignation de son fils loin des siens, à son propre emprisonnement sans motif ni jugement ; une femme qui a vu ses sœurs noires endurer les pires traitements. Malgré tout, Ellen a toujours gardé un espoir incroyable ; elle ne s’est jamais laissée envahir ni par le découragement ni par la haine.

« Itsose Moea Wa Me. » « Éveille mon âme. » C’est ce que Ellen Kuzwayo fait à chaque lecteur de son livre.

Gabrielle Dubois