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Le visage du monde n'est pas le nôtre©

#Gabrielle #Dubois

Hier, je triais mes photos dans mon ordinateur. C’est-à-dire que je jetais les cinq cents… et quelques ! photos inintéressantes gardées depuis qu’on peut prendre autant de photos qu’on veut grâce au numérique sans que ça ne coûte rien ! Que celle ou celui qui n’a pas des centaines de photos à trier se fasse connaître !
Bref, là n’est pas le propos de ce blog post, si tant est que ce soit un propos !

Ce qui est bien, avec les photos, c’est qu’on n’y voit que les bons moments de notre vie. Je ne vous parlerai pas des moments les plus délicieux, ceux de ma vie privée avec mes enfants et mon mari, parce qu’ils ne vous intéresseraient pas. Si ? Vous voudriez bien voir mes photos privées ? Bon, d’accord !
Non, je blague ! Tant pis pour vous !

Bref, j’ai de la chance. Dans ma vie, j’ai vu la Tour Eiffel à Paris, Big Ben à Londres, La Kölner Dom en Allemagne, l’Alcazar à Séville, La Fontaine de Trevi à Rome. J’admire les anciens bâtiments autant que les anciens livres.
(Je précise que les quatre exemples ne sont pas exhaustifs, mais je n’ai pas voyagé partout ! Mais vous le verrez, mon propos est valable aussi, je crois, pour tous les continents.)
J’imagine, quand je les foule, ceux qui les ont foulés avant moi, ceux qui les ont construits.

Mais hier, en triant mes photos, pour me délasser d’un travail que je fais sur les écrivains femmes des siècles passées, je pensais : quelle beauté, quel art, quel maîtrise, quelle richesse ! Puis je me suis dit : oui, il en faut de la richesse, pour construire tous ces beaux bâtiments, symboles de la grandeur et de la puissance de l’ingénierie, de la politique, de la religion, de l’art.
Qui a donné la richesse nécessaire à bâtir les bâtiments qui sont l’image de notre monde ?
Les hommes riches et puissants.
Qui les a construit ?
Les hommes moins riches et moins puissants… mais ça, c’est une autre histoire !
Qui a fait tous ces hommes, nourris tous ces hommes, lavé, habillé, consolé, encouragé, diverti, aimé tous ces hommes ? Qui a porté leurs enfants ? nourris tous ces enfants, lavé, habillé, consolé, encouragé, diverti, aimé tous ces enfants ?
Les femmes.

Donc, ai-je humblement pensé, nous vivons dans un passé (et présent, d’ailleurs !) architectural masculin, nous lisons une littérature historique très majoritairement masculine, nous regardons des films américains dans le monde entier, films écrits et réalisés par qui ?
Réponse de Naomi McDougall Jones, dans The Wrong Kind of Women: Inside Our Revolution to Dismantle the Gods of Hollywood :
"Les hommes blancs ont créé 95% des images cinématographiques que nous avons vues dans les films américains de grande diffusion, ont pris toutes les micro-décisions liées aux plans, au cadrage, à l'éclairage, à la conception sonore des images cinématographiques que nous avons vues (depuis plus de soixante ans, note de Gabrielle Dubois). L'impact du cinéma et l'omniprésence de la perspective des hommes blancs pour le façonner sont si puissants que leur vision du monde a été normalisée au point d'être considérée comme le seul reflet fidèle, précis et exhaustif de la réalité. Ce n'est pas le cas. C'est un prisme étroit à travers lequel nous sommes tous obligés de regarder."

Nous vivons bien dans un monde d’hommes et il serait plus que temps que ce soient les femmes qui puissent le chanter.

Ma maman m’a dit hier : Oui, ok, tes théories… bon, mais… qui peut dire que ce sera mieux si ça change ?
Maman, ai-je répondu, pourquoi 50% des humains devraient-ils vivre dans un monde conçu et pensé (pensé ?) par les autres 50% ? Qui peut assurer que ce sera pire si ça change ?
Personne !
Personne ne peut dire ce que ça sera, car une Terre où femmes et hommes seraient non seulement égaux en droit mais où les femmes seraient aussi et surtout considérées égales dans l’opinion de tous, un tel monde n’a encore jamais existé. Il est aussi mystérieux et inimaginable que la vie (ou le néant, chacun sa croyance) après la mort.
Imaginer ce monde-là serait comme tenter de décrire notre Terre si les femmes avaient été considérées de tout temps comme les égales des hommes, avaient été considérées tout court.
Entrons dans la science-fiction historique jamais encore envisagée :

Les femmes auraient-elles construit une tour de fer de 324 mètres de hauteur pour l’Exposition universelle de Paris de 1889 ? Est-ce que prouver qu’on peut construire une tour plus haute que celle du voisin pour l’impressionner, est la conception que se seraient faite les femmes des rapports humains ?
Peut-être, peut-être pas.
Les femmes auraient-elles créé une cloche de 13,5 tonnes pour la hisser au la tour de l’horloge du Palais de Westminster, siège du Houses of Parliament à Londres, pour que les heures qui égrainent vie d’un peuple soient marquées par un pouvoir qui ne connaît pas leur vie… ou si peu ou si mal ?
Peut-être, peut-être pas.
Les femmes auraient-elles bâti une cathédrale géante qui monte vers le ciel pour… ? Pourquoi ? Pour que les hommes se prouvent qu’ils sont capables de toucher un ciel habité par un Dieu et de s’approprier ainsi un  peu de sa puissance, de son inaccessibilité, un peu de surhumain ?
Peut-être, peut-être pas.
Les femmes auraient-elles construit l'Alcazar de Séville, palais fortifié construit par de puissants califes musulmans en Espagne ? Auraient-elles fait en sorte qu’une poutre, à terre, à l’entrée de la salle du roi, oblige tous les visiteurs à baisser les yeux pour ne pas se casser la figure, et par là-même, courbent involontairement l’échine devant le roi des lieux ?
Peut-être, peut-être pas.
Les femmes auraient-elles imaginé et construit une fontaine de Trevi, au 18ème siècle, en style baroque ? Style qui se retrouve aussi bien en architecture qu’en peinture, musique, littérature. Qu’auraient été les arts, si les femmes avaient pu aussi y exprimer leur âme ? Auraient-elles été nulles, pareilles que les hommes ? Les femmes auraient-elles créé un autre monde ?
Peut-être et je dis : sûrement !

Mais ce silence en architecture, politique, religion, littérature, peinture, sculpture, musique, cinéma, qui a été imposé aux femmes, a construit le monde que nous connaissons.

N’êtes-vous pas curieuses de connaître un jour un monde à 50% féminin ?©

#Gabrielle #Dubois

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