roman aventure amour
Gabriellle Dubois roman aventure amour

Description

L’alibi

1. La fugue


 
Octobre 1865, à la tombée de la nuit, sur les bords de la Seine, à Paris, quai d’Anjou, deux personnages que tout sépare, se télescopent. L’un des deux est un homme qui évolue dans un monde artiste et bohème, l’autre est une jeune fille issue d’une famille bourgeoise extrêmement conventionnelle.
Jamais ces deux êtres si différents n’auraient dû se rencontrer. Quelle est la vraie nature de l’homme et quel lourd et terrible secret cache-t-il ? Quel sordide évènement a poussé la jeune fille à sortir de son milieu ?
Grâce à un mystérieux contrat, ces deux êtres vont tenter de vivre au mieux dans un monde qui ne laisse que bien peu de place à leur liberté et qui ne les accepte ni l’un ni l’autre.
L’amour est la seule quête que ces personnages ont en commun. Certains l’ont déjà expérimenté, pour leur bonheur ou leur plus grand malheur, une, va découvrir que même s’il prend diverses formes, l’amour est à portée de chacun, pour qui sait le voir et l’accepter tel qu’il est.

Gabrielle Dubois

Extrait L’alibi 1. La fugue


« ... Angus King intervint :
- Pourquoi ne pas la croire, ma chère Violette ? Quand j’ai rencontré le petit rossignol, elle était effectivement à pied. Et si mademoiselle était venue en voiture, elle se serait fait déposer devant chez vous, et non cent mètres plus loin.
- Donc, vous vous êtes enfuie de chez votre père ? demanda Mme Roi.
Elfie baissa le regard ; elle ne pensait pas que sa rencontre avec sa tante se déroulerait de cette manière. Elle avait imaginé la trouver seule chez elle, remplie de compassion et l’écoutant lui raconter le pourquoi de sa venue, dans un petit boudoir privé, à l’abri des yeux et des oreilles indiscrets.
- Fabuleux ! Une jeune aventurière ! s’écria M. King, peu discret. Je l’avais bien flairé. Et quelle est la raison de votre fugue, mademoiselle ?
Elfie lui lança un regard peu commode. Cet homme ne comptait tout de même pas qu’elle raconte sa vie, ici, dans ce salon rempli d’inconnus ?
- Allons, parlez avant que je ne vous renvoie chez vous, nièce ou pas nièce ! s’exclama Violette Roi, impatiente.
Non, décidément, ce n’était pas la tante qu’elle avait imaginée. Elle l’implora du regard, mais personne ne bougeait et on attendait sa réponse ici et maintenant. Elle obéit, par habitude :
- On veut me marier.
- On veut la marier ! railla, du fond du salon, le jeune homme aux cheveux noirs et luisants, à la moustache aussi fine que la lame tranchante d’un rasoir de barbier, et qui était déjà intervenu.
- Pourquoi être venue ici et qu’attendez-vous de moi ? demanda Violette.
- Je ne veux pas me marier madame, répondit Elfie tout bas.
- Oh ! La petite demoiselle ne veut pas se marier ! se moqua de nouveau le jeune homme.

Elfie le dévisagea rapidement : il était jeune et d’une sombre beauté, mais ses yeux  étaient vicieux et il se dégageait de sa personne des ondes maléfiques. Il portait une veste en ottoman noir aux reflets verts et violets semblable à la carapace des petits scarabées querelleurs de son jardin. La jeune fille retourna son visage frais et mignon vers l’actrice :
- Serait-il possible que vous m’accordiez un peu de votre temps, madame ? En privé ? demanda-t-elle, haussant légèrement la voix, avant de laisser échapper :
- L’écho est très désagréable dans cette pièce.
M. King éclata de rire :
- Ah, ah ! Howard, mon pauvre, vous voici bien mouché !
Le dénommé Howard encaissa, mais une lueur mauvaise passa comme un éclair dans ses yeux noirs.
- Ecoutez mademoiselle, reprit l’actrice, cela ne servirait à rien, je ne peux rien pour vous. Tôt ou tard votre père viendra vous chercher ici. Je suis désolée. Il a autorité sur vous, c’est comme cela.
- Mais vous pourriez lui faire entendre raison, madame !
- La loi est la loi. Vous n’allez que vous attirer plus d’ennuis si vous ne retournez pas chez vos parents.
- Et pourquoi ne voulez-vous pas vous marier, mademoiselle ? réattaqua François-Xavier Howard. Votre mère ne vous a-t-elle pas dit que vous pourriez y trouver du plaisir ?
- Non monsieur, je n’ai pas idée des joies que peuvent apporter le mariage...
Surpris par la réponse directe de la jeune fille, il l’interrompit :
- Que peut espérer de mieux une petite bourgeoise telle que vous ? Un mariage avec un bon parti, un joli train de vie, un mari qui saura s’occuper de vous, au moins les premiers temps ; après, les beautés se fanent vite.
- Il n’y a pas que la beauté dans la vie, monsieur, rétorqua-t-elle.
- Oh ? Auriez-vous un peu d’esprit ?  Et où auriez-vous acquis cela ?
- Je ne sais pas si j’en ai, avoua-t-elle pitoyablement.
- Comment est-ce possible ? railla-t-il, lançant un sourire satisfait à la ronde.

Dans le salon, les paires d’yeux allaient de François-Xavier à Elfie, suivant leur joute verbale avec curiosité. On écoutait Elfie et on ne l’interrompait pas. Jamais, auparavant, elle n’avait ouvert la bouche lors d’une conversation d’adultes, chez elle. C’était intéressant de s’exprimer. Terrifiant, mais intéressant. Doucement, de sa voix grave et posée, elle répondit :
- Je crois... je crois que jusqu’à présent, on ne m’a rien appris, mais qu’au contraire, on a vraiment tout fait pour m’empêcher d’apprendre. Il est facile pour vous, monsieur, de parler comme vous le faites. Vous avez appris tout ce que vous avez voulu, lu tout ce qui vous a tenté, vous êtes sorti voir le monde sans que vos parents ne vous en empêchent, au contraire, on pousse les jeunes hommes dehors. Vous ne devriez pas vous permettre de juger une personne qui, par le seul fait de son sexe, a été intellectuellement enfermée depuis sa naissance.
Angus King souriait à Elfie :
- Je sais de quel côté du salon se trouve l’esprit, ce soir, petit rossignol... »