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Et si chaque femme portait en elle la force du roseau : capable de plier sans jamais rompre ?

 

Tel le Roseau, le recueil d'histoires qui traverse les âges de la Préhistoire au futur, du gothique au scientifique, de l'intime au public, de l'historique au thriller. Écrites et illustrées par Gabrielle Dubois, ces histoires sont autant d'univers dans lesquels s'immerger et se retrouver, avec une conviction : les histoires ne sont pas futiles. Elles sont le mécanisme par lequel nous traitons notre expérience de la vie, le prisme qui nous aide à comprendre le monde et la place que nous y occupons.

Dans l'univers de Gabrielle Dubois, les droits des femmes ne sont pas un slogan — ils sont vécus, conquis, arrachés ou défendus, siècle après siècle.

So, la peintre, mêle minéraux et végétaux pour créer les premières peintures du monde, sous le regard émerveillé de Ru, son compagnon.

Une femme au corps robuste traverse l'Europe de la Sibérie à l'Atlantique, son homme dans son sillage.

Admatia modèle des statuettes en l'an 250, au cœur des forêts de la Gaule.

La jeune Rose pousse, au 18ème siècle un cri silencieux, d'autant plus effrayant qu'il est silencieux.

Annie, adolescente en 1960, ose se demander si porter une jupe courte donne aux hommes le droit de la dévorer du regard.

Alice, épouse d'un PDG de l’agroalimentaire, se retrouve malgré elle au centre d'un conflit meurtrier entre science et éthique.

344 femmes se réveillent seules en pleine mer, coupables, d'être nées femmes.

Ces voix résonnent à travers les siècles avec force. Vulnérables individuellement, les femmes peuvent devenir invulnérables solidairement, et quand les hommes s'associent à part égale à leur Histoire, les récits gagnent en beauté, en émotion, et nous concernent tous.

 

ASIN : B0FG7R3H69

ISBN : 979-8285776468

248 pages



Extraits :

 

« Jour après jour, So, sa braise allumée sous son pot de terre, mélange minéraux et végétaux pour concocter les peintures originelles, celles conçues et utilisées par la nature elle-même quand elle s’est créée. Sous ses cheveux gris, les yeux de So brillent d’une fièvre créatrice qui confèrent à son visage une fraîcheur naïve. »

 

« Châtaigner arrête le cheval et s’écarte de la route. Il s’enfonce jusqu’aux genoux dans la neige, sa lourde cape traînant derrière lui. Il se penche et, de sa main chaudement gantée, débarrasse les stèles de leurs capuchons de neige.

Qu’est-ce qu’on se fiche de savoir qui est enterré là ? pense Grelette.

- Tu nous amènes dans le château d’un Barbe Bleue qui enterre ses femmes loin de tout cimetière ? crie Grelette, pour être entendue par-dessus la tempête.

- Tu pourrais être sa troisième épouse, répond Châtaigner.

- Dans ce château aussi lugubre que ce pays ? Les morts doivent y avoir plus de plaisir que les vivants.

- N’en sois pas si sûre…

Grelette hausse les épaules et se remet en marche. »

 

« J’ai souvent pensé cette phrase que vous avez aussi dû penser au moins une fois dans votre vie : Je n’ai pas de chance !

Qui suis-je ?

Oh, pardon, je me présente : Yvette Boulet. Je suis serveuse.

À quoi je ressemble ?

Je suis moyenne. Non, je ne plaisante pas ! Ni moche ni belle, cheveux courts mais pas trop, châtain clairs et bouffants grâce au brushing. Je porte des lunettes de vue. En écaille, m’a assuré le vendeur, mais je suppose, vu le prix, qu’elles sont plutôt en plastique. Large monture presque transparente — nous sommes en 1982, c’est la mode. À quoi je ressemble, je ne sais pas, mais à qui, on me l’a déjà dit : à Yvette Roudy ! »

 

« J’ai toujours gardé cette image à l’esprit. Lui et moi, dans les années 1970, regardant passer les trains qui ne s’arrêtaient plus depuis un an, dans un brouillard de cinéma. Lui me racontant les locomotives diesel-électriques CC 72000. Moi regardant ma propre vie comme si j’en étais la spectatrice dans une salle obscure, ce qui m’a permis de survivre.

La gare était désaffectée. Quelle phrase étrange ! Cela signifie qu’on lui a retiré sa fonction de gare. Elle n’était donc plus une gare, n’existait plus en tant que gare. Logiquement, on ne devrait pas pouvoir dire : la gare est désaffectée, puisqu’il n’y en a plus.

Je tenais ce genre de raisonnements depuis toute petite. Mais je n’en faisais plus part à mes parents — ils s’en fichaient. Pire, je les agaçais. Je m’en étais rendu compte vers l’âge de six ans. Depuis, j’avais arrêté de leur parler, à part en ce qui concernait les choses purement pratiques de la vie quotidienne et familiale. J’avais pensé qu’ils s’en rendraient compte. Mais pas du tout ! Alors j’ai continué. Depuis, c’est une habitude. La capacité d’écoute n’est pas donnée à tout le monde. Ou plutôt, tout le monde n’en veut pas. Il est des choses trop difficiles à entendre. »

 

 

 

La Malédiction de la Salamandre, recueil d’histoires, est une de ces œuvres qui résistent à la réduction : Gabrielle Dubois écrit avec la liberté de ceux qui ont compris que les étiquettes ne servent qu'à rassurer les timides.