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"Les décisions des dirigeants de ce monde ont un impact fort, et peu souvent bénéfique, sur nous qui vivons sous leurs lois."

 

Adolescente dans Violette et Napoléon, Violette courait vers le pont Neuf de Toulouse et comprenait déjà que les guerres et les lois des hommes et des rois se dresseraient sur son chemin.

Tout l’or bleu du pays de Cocagne peut-il faire le bonheur d’une brodeuse ?

Presque dix ans plus tard, dans Violette et les Rois, Gabrielle Dubois nous entraîne au cœur d'un roman historique puissant et sensible, porté par des personnages attachants. Entre Batiste et Célestin, Violette a tranché. Dans les Pyrénées, entre les royaumes de France et d’Espagne, on subit, on affronte les politiques des rois, les coutumes régionales, les lois en faveur des seuls hommes. Épaulée ou retenue par les femmes, Violette mène sa vie avec douceur et opiniâtreté, force et compassion. Elle ménage de la place pour l'amour, rencontre George Sand, affronte le mal à mains nues, croise des femmes en révolte contre la mécanisation de leurs métiers qui, en 1825, fait d’elles les dernières ouvrières, sous-payées, contrôlées par des hommes qui ont la mainmise sur les nouvelles méthodes de travail.

La bibliographie historique recherchée de Gabrielle Dubois nourrit l’histoire de vérité et de chair et ses illustrations à l’encre de Chine sont un régal et apportent un plus indéniable.

 

ASIN : B0997QZ2QP

ISBN : 979-8535686806

398 pages

 



 

Violette et les Rois, extraits :

 

« Gustina est une bouche de plus à nourrir, pensait Violette. Si j’avais continué à broder, j’aurais eu un peu d’argent à donner à Babillou pour aider à l’entretien de cette pauvre jeune fille. Si j’étais encore brodeuse au faubourg, je n’aurais que très peu, mais j’aurais encore pu aider. Là, j’ai tout l’air d’être riche, alors que je n’ai pas la moindre petite pièce dans ma poche. Babette et Bertrand devaient certainement s’attendre à ce que je les aide. Que doivent-ils penser de moi, maintenant ?

Cette histoire de dépendance gênait le joli ordonnancement de la vie de Violette comme un minuscule caillou irrite le pied dans un soulier. »

 

« J’avais pris rendez-vous avec Lagarde, notre banquier. Je lui ai remis la totalité de mes gains. J’ai eu droit à un franc sourire. C’est un drôle de phénomène qui fait que plus l’or remplit ses caisses, plus son sourire s’agrandit. »

 

« Il y a bien peu d’hommes que je respecte, a dit encore Gustina. La plupart ne sont rien derrière leur vernis ou leur habit. Grattez un peu et vous trouverez le monstre. Ils disent que la guerre est un mal nécessaire, qu’elle affaiblit un pays financièrement, mais qu’elle grandit ses hommes. Les hommes ne peuvent-ils grandir seuls, comme nous ? Comment les soldats peuvent-ils être grandis d’avoir tué, pillé, violé ? Ce sont les femmes qui devraient être armées, lors d’une guerre. Mais vous verrez, cette fois-ci encore, les hommes compteront minutieusement leurs morts et leurs blessés, mais aucun de leurs livres ne comptabiliseront les injures faites aux femmes. »

 

« Pendant ma grossesse et quelques jours après la délivrance, il m’est arrivé de penser : maudit soit le corps des femmes, fertile du début à la fin de l’année ! Pourquoi n’avons-nous pas, comme la biche, la louve ou l’hirondelle, une unique saison de fertilité ? Tout au long de l’année nous sommes prisonnières de nos corps parce que nous pouvons devenir mères à tout moment. Occupées d’une maternité après l’autre, comment les femmes pourraient-elles bien sortir de chez elles ? »

 

« - C’est grâce à nos fils, qu’il les fabrique, ses draps. S’il achète une fileuse mécanique, qu’est-ce qu’on va devenir, nous ? On a toujours filé au rouet chez nous.

- La machine ne peut pas fonctionner toute seule, je suppose ? objecta Violette. Si elle produit plus de fil, cela veut dire que la manufacture aura besoin de plus de main d’œuvre, non ?

- La machine va nous remplacer, dame. Et qui c’est que vous croyez qui devient le patron de la machine, dans la manufacture ? c’est les hommes. Y disent qu’y savent mieux que nous, que la machine, c’est trop compliqué pour une femme. Parce qu’y croient, les hommes, qu’on est bêtes. Mais est-ce qu’y savent eux, faire un enfant, le nourrir, le vêtir avec des lainages filés et tricotés de leurs mains ? Les nourrir avec la cuisine qu’y rentrent jamais dedans ? Qui c’est qui laboure les champs quand y sont à la guerre et qu’y reviennent pleins de gloriole ou de malheur, si tant qu’on doit s’en occuper comme des enfants ? À la maison, personne nous dit comment on doit filer sur notre rouet. Si la fileuse mécanique prend notre place, c’est pas nous qui la dirigerons, c’est les hommes. Notre travail nous sera volé par la machine et par les hommes. »