Mon univers - BLOG

L’être humain est bon et mauvais.©

 Notre-Dame de Paris

Quand il va, petit, concentré sur lui-même, rampant par les rues de ses villes, grouillant d’une agitation stérile, on pourrait le détester.

Quand il ne croit plus qu’en lui-même, dans le moment présent qui est si peu de chose et qu’il erre, perdu dans sa propre vie, on pourrait le plaindre.

Mais quand il lève la tête vers le ciel pour chercher à s’élever lui-même et qu’il bâtit Notre-Dame de Paris pour qu’elle domine, de toute la supériorité de sa pensée céleste, les choses et les intérêts terrestres, alors on peut l’admirer.

Puis, quand le déluge frappe les efforts de beauté des êtres humains et anéantit en une nuit une partie de leur mémoire, les laissant orphelins de leurs ancêtres, culture et Histoire, alors, on ne peut que pleurer avec eux.©

Gabrielle Dubois©

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Nanon, par George Sand

Bouguereau, la Bergère, Nanon, George Sand

« Les moutons n’ont pas grand jugement, il faut bien le dire ; ils broutent où ils se trouvent et ne quittent la place que lorsqu’il n’y a plus que de la terre à mordre. C’est bien d’eux qu’on peut dire qu’ils ne voient pas plus loin que leur nez, à cause de leur paresse à regarder. »
Connaissez-vous l’opposé d’un mouton ?
George Sand !

Dieu que cette femme était grande, puissante, intelligente, merveilleuse, visionnaire ! Je l’admire et je l’aime !

Et j’ai aimé Nanon, pour tant de raisons :
Des raisons affectives : c’est une très belle histoire de femme, d’amour, d’aventure.
Des raisons d’Histoire : au travers des différents personnages si bien campés, si profond, on comprend les enjeux, aspirations, contradictions de cette période troublée qu’était la Révolution de 1789 les années qui l’ont suivie.
Des raisons de cœur : le personnage de Nanon et les hommes qui l’entourent sont éminemment féministes.
Des raisons de révolte : pourquoi, mais pourquoi donc a-t-on des dizaines de films des Trois Mousquetaires, de Le Rouge et le noir, de Madame Bovary, de Germinal, des Misérables et autres romans d’hommes et pourquoi aucun film n’a été tiré de Nanon ?

Est-ce parce que George Sand a osé penser autrement que les autres, alors que les femmes étaient nées pour être malheureuses ? George Sand en avait, du courage, et elle ne s’est jamais apitoyée sur elle-même. Espérons que les penseurs de l’Éducation Nationale qui font les choix des auteurs dans les manuels de français des lycéens, aient un jour un centième du courage de George Sand et osent lui donner une place plus importante que le 0,1% qu’elle y a actuellement !
Parce qu’on ne pourra pas vivre toujours en ne laissant que 8 voire, 2% de place aux auteurs femmes dans les manuels de français des lycéens. Faire croire que les auteurs hommes sont toute la pensée du 19ème siècle est un mensonge. Aujourd’hui, au 21ème siècle, cela étouffe 50% de la population qui ne le permettra plus bien longtemps !
Le temps est venu d’achever ce que des femmes telle George Sand avait commencé : signifier aux femmes qu’elle sont en droit d’avoir 50% de place dans le monde.
(Heureusement, les femmes de THE 51 FUND seront d’une grande aide dans ce beau projet !)

Bref, lisez Nanon, il y a tant de belles choses dans ce roman historique, tant de profit personnel à lire George Sand ! C’est aussi bon pour l’esprit que pour le cœur !

Grâce à George Sand, le futur est féminin.©
Gabrielle Dubois©

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Le coffre aux trésors

Les lectrices et lecteurs sont souvent considérés comme des bêtes archaïques, asociales et solitaires. Au contraire, les lecteurs ne seraient-ils pas les plus humains des humains ?
Si nous, lectrices et lecteurs, nous attachons tant à la littérature, c’est pour y chercher des exemples du beau, du grand, du juste, du bon. C’est pour y trouver un attendrissement salutaire à la douleur humaine. La littérature est comme un coffre aux trésors. Elle conserve, dans ses livres, toutes les afflictions et les affections du monde, depuis que l’écriture existe.
En voulant à tout prix que nos vies soient une image parfaite d’un bonheur fictif, nous sommes devenus égoïstes de notre temps : nous n’en avons jamais assez pour nous-mêmes.
Alors, quand un malheur s’abat sur nous, notre isolement revient violemment nous frapper tel un boomerang. Notre affliction ne peut être soulagée par aucune affection : personne ne peut nous prendre en pitié, sauf… la littérature !

La littérature nous présente des méditations générales qui nous élèvent au-dessus de nos peines personnelles. La littérature nous montre des exemples d’émotions semblables aux nôtres et qui nous touchent. La littérature nous décrit des peines semblables aux nôtres qui nous aident à surmonter nos propres malheurs, en plaignant ceux qui les vivent aussi ou les ont déjà vécues.
La littérature est vivante, c’est une amie, une famille, une maison, un pays.
Dans ce coffre aux trésors qu’est la littérature, on trouve tous les secrets de l’âme humaine et la consolation qui nous aident à vivre dans notre présent.
Nous, lectrices et lecteurs, sommes les heureux membres d’une société solidaire composée d’écrivains qui nous parlent et de de lectrices et lecteurs qui partagent nos lectures.

Vous qui ne lisez pas, venez nous rejoindre ! Dans notre société, il y a autant de place que dans le cœur d’une mère qui s’agrandit à la venue de chaque nouvel enfant.©

Gabrielle Dubois©

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Mémoires de Madame de Staal, par Marguerite Jeanne Cordier Staal de Launay (1684-1750)

Gabrielle Dubois Mémoires de Madame de Staal

« Ce n’est pas l’importance des choses qui nous les rend précieuses ; c’est le besoin que nous en avons. » écrit Marguerite Jeanne Cordier Staal de Launay (1684-1750), et elle a raison… sauf dans le cas suivant :

Les écrits que nous a laissés Mme de Staal sont précieux et personnellement, j’en ai besoin ! D’ailleurs, Mme de Staal mériterait amplement une plus grande place dans les manuels de français des lycéens. Mais comment pourrait-elle l’avoir alors que la place faite aux auteurs femmes dans ces manuels, toutes éditions confondues, est de 8 voire, de 2% ! Eh, oui ! Si peu, j’ai fait le calcul.

J’aime beaucoup les auteurs hommes des 18 et 19ème siècle, mais ils ne représentent pas à eux seuls la crème de la littérature de cette époque-là. Madame de Staal, Germaine de Staël, George Sand ou encore Delphine Gay sont tout autant, sinon plus, à mon avis, intelligentes, subtiles ou pénétrantes.

Mais, bon ! M’a-t-on demandé s’il est opportun, au 21ème siècle, de donner en exemple, tant aux filles qu’aux garçons, des pensée et vues féminines ? Non ! Alors, de quoi est-ce que je me mêle, n’est-ce pas ?

J’aurais beau faire une critique dithyrambique de ce fabuleux auteur qu’est Mme de Staal ; écrire qu’elle était d’une intelligence hors du commun ; qu’elle écrivait merveilleusement bien ; qu’elle avait une force que peu peuvent se vanter d’avoir ; que son humour n’est pas à négliger ; qu’elle avait seule appris les valeurs de la vie par les leçons qu’elle en a reçues ; que nous avons tant à apprendre d’un tel auteur ; est-ce que tout ceci lui ferait obtenir la place de choix qu’elle mérite dans les manuels scolaires ? Non !

Non, parce qu’on me dit : Mais il y avait si peu de femmes qui pouvaient écrire, qu’il est normal qu’elles aient peu de place dans l’enseignement !

Et je réponds : Tout d’abord, il n’y en avait pas si peu qu’on veut nous le faire croire, ensuite, la quantité de leurs écrits est d’une telle qualité, serait d’un tel apport pour les générations de femmes à venir, qu’il est vraiment dommageable et inexcusable qu’on ne les étudie pas.

Mais je m’égare encore, alors que je ne suis là que pour vous parler des Mémoires de Mme de Staal qu’elle arrête brusquement, dans ce livre, alors qu’elle a vingt ans.

Et je me suis tellement régalée à lire ces mémoires que j’aurais voulu qu’elles continuent les trente années suivantes de son auteur ! On y apprend beaucoup sur les rapports qu’entretenaient entre eux les ducs, comtes et autres grands, avec ceux qui, comme l’auteur, n’étaient ni si riches ni si grands : c’est un beau voyage ethnologique que Mme de Staal met en lumière si finement. Et puis, ce début de vie de l’auteur est déjà un roman d’amour et d’aventure à lui seul, mêlé d’une passionnante intrigue politique !

C’est finement et fermement écrit, agréable, fin, léger, vrai, sincère, bref, c’est un modèle littéraire. Bon, je le dis : je suis fan !

Dire qu’il suffirait de lire les auteurs femmes classiques pour se rendre compte que la valeur, la force, l’intelligence ne sont pas des valeurs spécialement masculines ! Le futur est féminin, c’était déjà hier, c’est aujourd’hui !©

Gabrielle Dubois©

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Anna de Noailles, Le visage émerveillé

Gabrielle Dubois  livre Anna de Noailles

Quand Anna de Noailles écrit ce petit roman, en 1904, elle a 28 ans.

La narratrice est dans un couvent depuis deux ans :
« Je suis venue ici parce que j’aimais Dieu, la mère abbesse, le silence. Le petit jardin, la mère abbesse, l’église, les beaux chants, en faisaient pour moi un endroit doux et royal. La sécheresse de la vie, chez mes parents, me rendait malade. Mon père se préoccupait de sa fabrique de dentelle, ma mère des soins qu’elle donnait à sa maison. Mes sœurs sont mariées à un avocat, à un officier de marine. Personne ne parlait de la paix, de la méditation, des jardins, de l’amour ; seulement mes livres et la mère abbesse quand je venais la voir. »

Des tableaux écrits. Des natures mortes :
« C’est l’été de tous les côtés. Sœur Marthe a laissé sur le banc un bol de porcelaine. Dans le jardin, ce bol oublié est simple, tranquille, comme un cœur innocent. »
Des phrases si simples et si belles d’Anna de Noailles :
« Pourquoi, quand nous ne pouvons rien saisir de ce qui nous enivre dans l’espace, portons-nous notre main à notre cœur ? C’est peut-être que tout notre désir est en nous-même. »
« Il faut croire les poètes, ils savent toutes choses mieux que nous : la poésie, c’est la vérité du monde. »

Mais il y a des hommes :
Un jeune peintre qui assiste aux messes, de temps en temps. Et le trouble s’installe, poussant la paix hors de cette narratrice contemplative… et poète : « Le silence parle aux fleurs et les fleurs silencieuses répondent. »
Et « l’aumônier, qui est dans sa soutane une fois pour toutes, ce qui ne lui inspire plus ni dignité, ni gratitude, ni réserve. »
Et la narratrice, elle, est  jolie, jeune, et elle le sens. Elle sent sa vie et sa jeunesse à chaque minute. Sous sa robe, elle a un corps. « Je n’y avais jamais pensé. Les religieuses, quand elles n’ont plus leur robe ni leur linge, sont nues. L’aumônier ne le sait pas ; s’il le savait, il ne nous traiterait pas durement, il nous regarderait quelque fois en souriant et il serait bon. »
La narratrice est religieuse, femme, jeune. Son amour pour le Seigneur s’en ressent : « Je ne veux pas être pure, Seigneur ; je ne suis pas pure, je sens tout le temps l’âme de mon corps et toutes les parois brûlantes de mon âme. C’est cela le désir… Je suis une vallée étroite où un immense soupir est entré. »
La narratrice est humaine avant tout. Tout doucement, elle laisse le jeune homme approcher : « La conscience, c’est une tristesse qu’on éprouve après un acte qu’on vient de faire et qu’on referait encore. »

Mais la narratrice est aussi forte et très fière : « C’est très bon de se sentir comme je me suis sentie : calme, dominatrice, supérieure. »
Alors, quelles voies vont choisir les personnages de ce petit roman poétique, intime ? Quelles qu’elles soient, ce roman laisse autour de soi comme un parfum qui pourrait s’appeler : Doutes et certitudes d’une femme religieuse sur l’amour divin et humain. Mais cela ferait un titre bien long. Alors, faisons confiance à Anna de Noailles qui a choisi le titre parfait : Le Visage émerveillé.

Voici ce dont est capable Anna de Noailles :
« Je vous offre, Amour, comme rose dernière et plus belle, et pour que soient éternellement charmées vos sensibles oreilles, le son le plus brûlant, le plus voluptueux, qui n’est pas la voix de Juliette à son balcon, ni la tendre plainte d’Iphigénie, mais le divin éclat d’or que fit, en se brisant, la chaîne étroite des pieds de Salammbô.»
Cette revue, je l’ai écrite hier.
Aujourd’hui, voici ce que je voudrais rajouter :
Le visage émerveillé et l’histoire d’une femme qui, bien qu’enfermée volontaire dans un couvent, est libre. Une femme qui a choisi sa vie, choisi qui elle aimait. Une femme qui a assumé la tournure de son esprit, les élans de son cœur, les désirs de son corps, ses qualités et ses défauts.

Dieu que ce livre est beau !
Alors, pourquoi ? Pourquoi elle, et tant d’autres femmes auteurs aussi talentueuse qu’elle, ne sont pas dans les manuels de français des lycéens ? Savez-vous quelle est la place faite aux écrivains et poètes femmes dans ces manuels ? Hatier, Bordas, Hachette et les autres, j’ai épluché tous les manuels des grandes maisons d’éditions, et j’ai calculé le pourcentage d’écrits féminins : au  mieux 6%, au pire 2% !  C’est une honte ! Parce que les mots des grands auteurs femmes peuvent être « des mots qui révoltent, qui font un douloureux et profond plaisir, des mots contre lesquels on ne peut rien, qui écartent nos deux bras et qui entrent de toute leur force dans notre cœur. »©

Le futur est féminin, c’était déjà hier, c’est plus que jamais aujourd’hui qu’on doit le bâtir !©
Gabrielle Dubois©

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Germaine de Staël, Écrits sur la littérature

le futur est féminin Gabrielle Dubois écrivain

Comment faire la critique, la synthèse de ce livre ? Je ne sais pas. Ou, pour sauver la face, je dirais : je manque de temps pour rassembler en quelques phrases les idées, les pensées, la clairvoyance, l’intelligence de Germaine de Staël !

Car, accrochez-vous, quasiment chaque phrase de cette brillante femme porte à réflexion. Mais en même temps, c’est clair, évident, facile. Et je suis en admiration devant tant de génie (féminin) si peu mis en avant dans les manuels scolaires des lycéens français !

Mais revenons à Germaine de Staël qui était un grand écrivain politique. Napoléon disait d’elle, ironique : « Cette femme apprend à penser à ceux qui ne s’en aviseraient pas ou qui l’auraient oublié. » Car elle était libérale, démocrate et européenne, à l’encontre de l’Empereur qui l’exila. Elle militait pour le divorce et le droit des femmes au bonheur ― le Code Civil de 1810 de Napoléon est à l’opposé de ces notions ! ― Elle défendait la liberté d’expression et l’abolition de l’esclavage. Et elle vécut : elle eut des maris, des enfants, des amants. Elle les aima tous avec passion. Germaine de Staël ne négligea ni son esprit, ni son corps, ni son cœur.

Si la démocratie ne peut s’exercer qu’avec le consentement du peuple, alors ce peuple doit être éduqué pour être capable de faire les bons choix :
« Les progrès de la littérature, c'est-à-dire, le perfectionnement de l'art de penser et de s'exprimer, sont nécessaires à l'établissement et à la conservation de la liberté. »

C’est pourquoi les tyrans ont peur de l’éducation : « Mon père me disait souvent qu’un journal libre ferait plus de mal à Bonaparte qu’une armée de cent mille hommes. » Alors le tyran muselle la presse qui devient son esclave : « Bonaparte ne peut souffrir la liberté de la presse, mais il aime beaucoup à se servir de la presse esclave. Il fait parler les journaux de mille manières différentes. Il connaît l’importance de l’opinion et ne se lasse point d’agir sans cesse sur elle. »

Germaine de Staël aborde toutes les facettes de l’écriture. Comme la poésie :
« Le don de révéler par la parole ce qu'on ressent au fond du cœur est très rare ; il y a pourtant de la poésie dans tous les êtres capables d’affections vives et profondes ; l’expression manque à ceux qui ne sont pas exercés à la trouver. Le poète ne fait pour ainsi dire que dégager le sentiment prisonnier au fond de l’âme. »

 

Elle se pose aussi des questions difficiles et tellement d’actualité :
« Que deviendrait-on dans un monde où l'on n'entendrait jamais parler la langue des sentiments bons et généreux ? »

Si vous voulez savoir la réponse, lisez Germaine de Staël ! Et vous obtiendrez plus qu’une réponse :
« Que de consolations nous sont données par les écrivains d'un talent supérieur et d'une âme élevée ! »
Cela vaut le coup, non ?


Le futur est féminin, c'était hier, c'est plus que jamais aujourd'hui !©

Gabrielle Dubois©

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THE 51 FUND, future Major du cinéma américain,

THE 51 FUND, future Major du cinéma américain,
par Gabrielle Dubois©

Une toute nouvelle future « Major » du cinéma américain vient de naître : THE 51 FUND.
51 parce que 51% de la population aux États-Unis sont des femmes.
Le déclencheur de cette belle aventure de femmes, de cœur et d’argent, oui, c’est possible ! est le TED Talk de Naomi McDougall Jones : « Ce que c’est qu’être une femme à Hollywood. »

Les femmes du 51 FUND

Naomi McDougall Jones est une actrice primée, écrivaine, productrice de films basée à New York. Elle a écrit, produit et joué Imagine I'm Beautiful, en 2014 et vient de sortir son second film Bite Me, comédie romantique subversive, dont elle est la scénariste, réalisatrice et actrice principale. Naomi est leader d'opinion et militante pour la promotion de la parité hommes-femmes à l'écran et dans la vie.

Lois Scott, alors directrice financière de la ville de Chicago et première femme dans l’histoire à obtenir ce poste, en écoutant le TED de Naomi, elle a pensé que parler n’était qu’un début.
Lois Scott a derrière elle une carrière exemplaire dans la haute finance tant privée que publique sous Obama. Elle ne conçoit la finance qu’éthique, et s’investit dans des initiatives civiques clés, des causes philanthropiques et des investissements sociaux.
Pour faire une place aux femmes dans le cinéma, Lois Scott a proposé à Naomi McDougall Jones de créer une maison de production de films de femmes. Ainsi est née l’idée de fonder The 51 Fund, un fonds d’investissement de capital-risque qui finance des films écrits, réalisés et produits par des femmes. Ensemble, elles ont cherché une directrice pour leur entreprise et une femme de talent s’est associée à leur projet :

Jessica Sandler Goodman a travaillé à Universal Pictures, Warner Bros et 20th Century Fox. Elle a supervisé plus de trente films qui ont rapporté plus de deux milliards de dollars au box-office. Au cours de son mandat chez Warner Bros, Jessica Goodman a remarqué une lacune sur le marché des films destinés aux femmes et a poussé le studio traditionnellement masculin à remplir ce créneau en concevant des séries dont les personnages principaux sont des adolescentes, séries à budget limité pour Disney TV ou encore Nickelodeon. Elle collabore avec des organisations caritatives nationales.

Deux autres femmes se sont aussi associées à THE 51 FUND :

Caitlin Gold est réalisatrice et cofondatrice de la société de production Nine Lives Pictures, basée à New York. Caitlin a été responsable des acquisitions chez Candy Factory Films, Lionsgate, Seed & Spark. Caitlin est ravie de s'associer à l’effort critique de THE 51 FUND visant à instaurer l'égalité dans le monde du cinéma.
Lindsay Lanzillotta, productrice indépendante, a créé Candleridge Entertainment, qui soutient les cinéastes et découvre de nouveaux talents. De Toronto, elle vit maintenant à Los Angeles.

Ce sont donc des femmes riches de talents, aux brillantes carrières dans le cinéma et la finance qui sont à la tête de THE 51 FUND.

 


THE 51 FUND en quelques chiffres

THE 51 FUND est une société de production et de distribution de films écrits et réalisés par des femmes et dont le personnage principal est féminin.
La taille d’un investissement de producteur dans le fonds sera d’un minimum de 500 mille dollars. Le budget moyen du film cible ira de 500 mille dollars à 15 millions de dollars.
La proposition de valeur unique du 51 Fund et le moment opportun de sa stratégie vont lui permettre de générer un excellent taux de rendement sur cinq ans. Est-ce de l’optimisme ?
Non. Ce taux de rendement espéré est le résultat d’une analyse du marché de l’industrie du film américain depuis les années 2010.


Le cinéma américain, une industrie rentable

L'industrie du film dans son ensemble est restée solidement rentable au fil des ans. Le rendement annuel moyen des premières années de 2010 pour l’ensemble de l’industrie a été de 20%.
Ce qui intéresse encore plus THE 51 FUND est que les résultats financiers sont encore plus impressionnants pour les films produits par des femmes. Cette catégorie a surperformé le secteur dans tous les domaines fonctionnels (producteur, réalisateur, scénariste, premier rôle). Dans le cas le plus remarquable, le retour sur investissement des films de scénaristes femmes a été presque trois fois supérieur à celui des films de scénaristes masculins (53% contre 18%). Clairement, il y a une opportunité qu’ont saisie les femmes dirigeantes de THE 51 FUND.
Alors que l’industrie hollywoodienne ignore les données du marché, elles ont choisi de sortir des sentiers battus et d’appliquer une nouvelle solution à un problème reconnu.


Le but de THE 51 FUND

Fournir au public le contenu de haute qualité qu’il exige en finançant des projets de films de haut calibre dans tous les genres, sélectionnés par une équipe de créateurs de goût soigneusement préparée, qui possède des antécédents inégalés en matière de cinéma et d'investissement. THE 51 FUND financera des films de tous genres, créant ainsi un contenu nouveau qui plaira à un public de tous sexes, horizons et intérêts.
Perturber les cycles industriels enracinés qui mènent à une narration obsolète et cynique.
Élever considérablement les opportunités de carrière d'un nombre important de cinéastes femmes remarquables qui rongent leur frein aux portes d’Hollywood. Et démontrer qu’un fonds diversifié de films donnant une voix cinématographique aux 51% féminins de la population, est une classe d’actifs viable, un modèle financier averti.


Quand THE 51 FUND va-t-il choisir ses premiers projets ?

THE 51 FUND est officiellement né le 5 novembre 2018.
Déjà, des centaines de soumissions venues de réalisatrices du monde entier lui ont été faites. Cet intérêt confirme la conviction de THE 51 FUND qu'il existe un arriéré impressionnant de projets de grande qualité conçus par des cinéastes femmes déjà reconnues ayant d’excellents antécédents, ainsi que par des jeunes talents inexploités, qui ont été dans l’impossibilité de trouver un financement par le biais du système actuel en panne.
Mais tous les espoirs ne seront pas comblés. La sélection sera rigoureuse et la barre très haute.


Le processus de THE 51 FUND

Un projet de film devra être de la plus haute qualité artistique et de la plus grande viabilité commerciale.
Les réalisatrices qui soumettent un projet doivent déjà avoir réalisé un long métrage qui aura été distribué (des exceptions peuvent être faites) ; Soumettre le budget complet, le plan financier et le plan de distribution démontrant le recouvrement ; Faire preuve d'une grande valeur artistique lors de la soumission du scénario ; Avoir un producteur, réalisateur, scénariste ayant fait ses preuves ; Fournir un plan d'urgence documentant la résilience et la ténacité à faire face aux obstacles imprévus.
Comme on le voit, l’industrie du rêve n’est pas basée uniquement sur les dons artistiques, loin de là. Les réalisatrices doivent avoir déjà des antécédents de combattantes pour avoir menées seules, à bien, des films de la production à la distribution en passant par la réalisation.  Elles doivent être des financières, des meneuses d’hommes, des résistantes.


Pourquoi ne produire que des films faits par des femmes ?

Les femmes scénaristes racontent des histoires qui touchent directement le public de femmes historiquement sous-exploité, des consommatrices avides de films qui reflètent leur propre expérience du monde.
« Les femmes reçoivent moins d’argent pour faire leurs films, mais leur retour sur investissement est plus élevé dans tous les domaines… Les femmes l’écrase, mais personne ne le sait. C'est la blague. Tout le monde pense que si vous pariez sur les femmes, vous perdez. Mais les données disent que si vous voulez rentabiliser votre capital, vous devriez parier sur les femmes. » Stephan Paternot, PDG de Slated
THE 51 FUND croit en un avenir d’égalité et de compréhension entre les hommes et les femmes. Ainsi, comme les femmes regardent des films créés par des hommes, contrairement aux mythes dépassés de l’industrie, l’audience masculine réagit également positivement au contenu généré par les femmes.


Investir dans les films de femmes est rentable et éthique

Alors que le marché de l'industrie cinématographique crée une opportunité d'investissement excitante, le paysage de l'investissement a également changé ces dernières années. Les investisseurs exigent de plus en plus que leurs investissements aient également un impact social. L’investissement socialement responsable a une croissance de plus de 10% par an aux États-Unis et n’est pas synonyme de perte de rendement.
Avec les taux de rendement limités et volatils des autres classes d'actifs, investir pour l'impact social d’un film et investir dans les films de femmes n'est pas seulement la bonne chose à faire : c'est la chose intelligente à faire.


De l’importance de la narratrice

« Le fait est que les femmes sont sérieusement sous-représentées dans presque tous les secteurs du monde, pas seulement à l'écran. Mais pour la plupart, nous ne sommes tout simplement pas conscients de l’ampleur. Et les images médiatiques exercent une puissante influence sur la création et la perpétuation de nos préjugés inconscients. Cependant, les images médiatiques peuvent également avoir un impact très positif sur nos perceptions. Le temps qu'il faut pour faire un film, nous pouvons changer l'avenir. »
Geena Davis, Institut Geena Davis on Gender in Media.

On n’en a pas forcément conscience, mais l’impact des histoires, du cinéma et des séries télévisées sur nos vies est énorme. Pourquoi ?
Parce que films sont des histoires et que les histoires inventées par les Hommes sont le plus vieil enseignement de l’humanité. Que ce soient les histoires orales transmises de bouche à oreille de générations en générations, les jeux vidéo ou les livres, le théâtre, les films ou les séries, de tout temps et depuis toujours, nous nous projetons dans la vie réelle, nous appréhendons le monde, nous nous comprenons et nous situons dans la société par le biais des histoires.
Les femmes sont 50% de la population mondiale, inventent tout autant d’histoires que les hommes, il est juste qu’elles puissent en raconter et diffuser tout autant.

« La narration n'est donc pas une frivolité. (…) En 2017, l’Américain moyen consomme dix heures par jour de médias, le cinéma est la forme de narration de notre société. (…)
À une époque où le monde est débordé par des problèmes de profondeur et de poids, il est facile de considérer les films comme un simple divertissement, comme une chose indigne peut-être de notre temps et de nos ressources. Mais faire cela, c’est oublier que le temps d’impact d’un film est bien plus long qu’une heure trente.
L'impact de cette narration représentant presque exclusivement la perspective masculine, en omettant l'expérience de 51% de notre population est donc profond. Elle se répercute sur notre vie quotidienne, façonne notre comportement, nos relations et nos identités, touchant les filles, les garçons, les hommes et les femmes (…)
Ça nous affecte tous. On ne peut même pas imaginer à quel point, car c'est tout ce qu'on a toujours connu. (…)
En changeant l'histoire, nous pouvons vraiment changer le monde. »
Naomi McDougall Jones.

GabrielleDubois©,
Écrivain,
Founding General Partner de THE 51 FUND

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À toi, ma sœur,

Toi, ma sœur, que je plains quand tu crois que nous ne te chérissons pas ; surtout toi qui souffres en silence, je te garde pour sœur.
Depuis quand, ma sœur, es-tu enfermée en toi ? C’est la question que je me suis posée le jour où tu m’as dit ta détresse. Ce jour-là, mon doute est devenu certitude : ton âme joyeuse, bonne, intelligente est prisonnière de ton manque de confiance en toi.
Pourtant, de l’amour, tu en as eu comme nous avons eu. Mais l’amour ne fait pas tout.

Il ne suffit pas au jardinier de chanter des chansons ni même de caresser tendrement sa jeune pousse pour qu’elle croisse et embellisse. Non, si le jardinier veut voir sa pousse devenir un bel arbre, en plus d’être poète et aimant, il doit travailler : planter un tuteur pour guider la jeune pousse dans les premières années de sa vie, l’arroser tous les jours différemment selon la saison, être attentif à la moindre feuille froissée, desséchée. Jour après jour prendre soin de sa jeune pousse sans jamais la négliger.
De même l’amour ne fait pas tout pour l’enfant. Comme la jeune pousse, l’enfant a besoin d’un tuteur solide et fiable pour le guider dans ses premiers pas ; d’une écoute de chaque jour, d’une attention minutieuse pour détecter le moindre signe de blessure du corps comme de flétrissure de l’âme.
Les blessures de l’âme d’un enfant, si elles ne peuvent pas toujours être évitées, peuvent être guéries si on les traite rapidement. Mais si on ne les voit pas ou si on ne veut pas les voir, elles s’élargissent au fur et à mesure des années jusqu’à qu’il n’y ait plus assez de peau pour pouvoir un jour refermer la blessure.

Les blessures de l’âme d’un enfant, si elles n’ont pas été traitées par ses tuteurs, peuvent l’être par l’enfant devenu adulte. C’est plus long, plus délicat, plus douloureux. Ce sont parfois beaucoup d’années perdues avant même de se rendre compte qu’on est meurtri, tant on a l’habitude d’aller dans la vie avec sa blessure.
Mais c’est possible, ma sœur. Si seulement tu voulais prendre ma main, si seulement tu voulais voir la lumière, pleurer sur toi-même et puis enfin rire, et puis enfin avancer dans le soleil. Tu pourrais retrouver la joyeuse personne enfermée en toi. Je sais que c’est possible et c’est ce que je veux pour toi, ma sœur, parce que je t’aime et je te veux heureuse. Beaucoup d’années ont passé, c’est vrai ma sœur, mais beaucoup d’années sont encore à venir. Vis-les, je t’en prie !
Je sais encore une chose : c’est à toi de me tendre la main si tu veux que je la saisisse, parce que je ne peux pas te la prendre de force.

Et c’est là que je me rends compte de l’impuissance de l’amour : je ne peux pas te sauver malgré toi.
Et ta blessure me met en rage parce que je t’aime, ma sœur, parce que ta blessure devient la mienne.

Gabrielle Dubois©

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Les femmes dans l'Histoire jusqu'à The 51 Fund

FEMMES AU CINÉMA ET AU-DELÀ
par
GABRIELLE DUBOIS


Comment, en ce début de 21ème siècle, lutter contre l’opinion de certains hommes, comme encore de certaines femmes elles-mêmes, que la place des femmes est le second rôle après l’homme ? Par le biais des histoires contées dans les romans, les chansons et surtout, le cinéma.


Le féminisme contre l’opinion

« Pourquoi par le passé, et souvent aussi maintenant, la femme a-t-elle occupé une place beaucoup moins importante que l’homme dans la société ? (…) j’aimerais tant connaître la cause de cette grande injustice ! » Anne Franck, 15 ans, Le Journal d’Anne Franck, 1944.

Peut-être George Sand dans sa préface d’Indiana en 1832 avait-elle déjà la réponse :
« J’ai écrit Indiana avec le sentiment (…) de l’injustice et de la barbarie des lois qui régissent encore l’existence de la femme dans le mariage, dans la famille et la société. Je n’avais point à faire un traité de jurisprudence, mais à guerroyer contre l’opinion ; car c’est elle qui retarde ou prépare les améliorations sociales. La guerre sera longue et rude ; mais je ne suis ni le premier, ni le seul, ni le dernier champion d’une si belle cause... »

Le nœud du problème est bien dans l’opinion. C’est encore plus vrai de nos jours où, en occident surtout, les femmes ont acquis, dans la loi, les mêmes droits que les hommes.
Quarante ans plus tard, Cindy Lauper sortait un tube planétaire avec cette simple phrase si lourde de sens : « Girls just want to have fun ! » Une chanson pétillante et pleine d’espoir qui ne réclamait somme toute qu’une juste égalité de traitement entre filles et garçons. A-t-elle été entendue et qu’en reste-t-il en 2019 ?


Le temps de parole féminin et masculin

Les femmes sont la moitié de l’humanité. La moitié ! Ce n’est pas quantité négligeable, n’est-ce pas ? Et pourtant, voyons-nous ou entendons-nous autant cette moitié de l’humanité que l’autre ? Non. Non et depuis tous temps.
Pourquoi 80% des histoires diffusées au cinéma sont-elles celles écrites et réalisées par des hommes, et ont-elles des premiers rôles masculins ? Qu’a-t-elle donc de plus, cette autre moitié de l’humanité ? Lui suffit-il de parler plus fort ou s’est-elle arrangée pour monopoliser les canaux de distribution des histoires ?
Alors que, comme l’écrit si bien Mariama Bâ dans Une si longue lettre, en 1979 :
« Je reste persuadée de l'inévitable et nécessaire complémentarité de l'homme et de la femme. » On a pu voir, lors de récentes scabreuses affaires hollywoodiennes, ce qu’un déséquilibre des genres pouvait entraîner. Déséquilibre dont Mary Wollstonecraft nous mettait déjà en garde dans A Vindication of the Rights of Women, en 1792 :
« … toute profession, dans laquelle une grande subordination de rang constitue son pouvoir, est très préjudiciable à la moralité. »
Cela va-t-il enfin changer au 21ème siècle ? Et par qui et comment ce changement pourrait-il se faire ?


L’Histoire des histoires

On n’en a pas forcément conscience, mais l’impact des histoires, du cinéma et des séries télévisées sur nos vies est énorme. Pourquoi ?
Parce que films sont des histoires et que les histoires inventées par les Hommes sont le plus vieil enseignement de l’humanité. Que ce soient les histoires orales transmises de bouche à oreille de générations en générations, les jeux vidéo ou les livres, le théâtre, les films ou les séries, de tout temps et depuis toujours, nous nous projetons dans la vie réelle, nous appréhendons le monde, nous nous comprenons et nous situons dans la société par le biais des histoires.
Qui invente les histoires ? Qui traduit le monde au travers des histoires ? Les femmes et les hommes. Mais qui a la possibilité de diffuser ses histoires ? Là, il semblerait que ce soient plus les hommes, encore. Et pourtant, Virginia Woolf nous avait déjà alertés en 1929 :
« Un roman a cette correspondance avec la vie réelle, ses valeurs sont dans une certaine mesure celles de la vie réelle. Mais il est évident que les valeurs de la femme diffèrent très souvent de celles de l'autre sexe ; naturellement, il en est ainsi. Pourtant, ce sont les valeurs masculines qui prévalent. En termes simples, le football et le sport sont « importants » ; le culte de la mode, l'achat de vêtements « trivial ». Et ces valeurs sont inévitablement transférées de la vie à la fiction. C'est un livre important, suppose le critique, car il traite de la guerre. C'est un livre insignifiant, car il traite des sentiments des femmes dans un salon. Une scène sur un champ de bataille est plus importante qu'une scène dans un magasin - partout et beaucoup plus subtilement, la différence de valeur persiste. »
Extrait de A Room on One’s own.

L’impact d’une perspective masculine et américaine… seulement ?

Voici ce que nous en dit, au 21ème siècle, Naomi McDougall Jones :
« À une époque où le monde est débordé par des problèmes de profondeur et de poids, il est facile de considérer les films comme un simple divertissement, comme une chose indigne peut-être de notre temps et de nos ressources. Mais faire cela, c’est oublier que le temps d’impact d’un film est bien plus long qu’une heure trente passée dans une salle de cinéma.
L'impact de cette narration représentant presque exclusivement la perspective masculine, en omettant l'expérience de 51% de notre population est donc profond (les femmes représentent 51% de la population aux USA, note de Gabrielle Dubois). Elle se répercute sur notre vie quotidienne, façonne notre comportement, nos relations et nos identités, touchant les filles, les garçons, les hommes et les femmes (…)
Les films que vous regardez affectent vos choix de carrières, vos émotions, votre sens identitaire, vos relations, votre santé mentale, même votre statut marital.
Si vous avez vu principalement des films américains dans votre vie, 95% de l'ensemble des films que vous avez vus ont été réalisés par des hommes. Entre 80 et 90% de tous les personnages principaux que vous avez vus étaient des hommes.
55% du temps, lorsque vous avez vu une femme dans un film, elle était nue ou en petite tenue. Ça nous affecte tous. On ne peut même pas imaginer à quel point, car c'est tout ce qu'on a toujours connu. »

État des lieux du cinéma hollywoodien

L'industrie du film aux USA, dans son ensemble, a toujours été très rentable. Le rendement annuel moyen de 2010 à 2015, a été de 20%. Les résultats financiers sont encore plus impressionnants pour les films produits par des femmes. Cette catégorie a surperformé l’industrie dans tous les domaines d’activité (production, réalisation, scénario, premier rôle). Dans les cas les plus remarquables, le retour sur investissement des films de scénaristes femmes a été presque trois fois supérieur à celui des films de scénaristes masculins (53% contre 18%).
Mais les studios hollywoodiens sont loin d’être prêts à laisser des réalisatrices faire des films. Dans les faits, 80 à 95% des films américains sont encore écrits, réalisés et produits par des hommes (et le sont depuis 1945).
Alors que les femmes achètent majoritairement les billets aux guichets et sont les principaux décideurs en matière d’achat de médias à domicile ; alors que les films réalisés, écrits, produits par des femmes ou dont le personnage principal est féminin surpassent en rendement financier ceux qui n'en ont pas, les hommes décideurs d’Hollywood font la sourde oreille.
N’aurait-on pas avancé depuis que Delphine de Girardin écrivait, encore et toujours en but à la censure (masculine), dans sa préface de La canne de M. de Balzac, en 1836 :
« Une femme qui vit dans le monde ne doit pas écrire, puisqu’on ne lui permet de publier un livre qu’autant qu’il est parfaitement insignifiant. »
Pourquoi une femme scénariste, réalisatrice ou actrice devrait-elle attendre encore après Hollywood pour exercer sa profession ? Et qu’en est-il en France ?

Le Centre National du Cinéma français

Voici la répartition des femmes et des hommes travaillant aux productions de fictions, d’après une étude du CNC (Centre National du Cinéma) de 2017 : 43% de femmes et donc 57% d’hommes. Allez, considérons cela comme une quasi égalité de femmes et d’hommes travaillant à la production de fictions cinématographiques et audiovisuelles, ce n’est pas mal, non ?
Mais alors, comment se fait-il que, d’une part seulement 23% des longs métrages agréés soient réalisés par des femmes ? Chiffre d’autant plus étonnant que, d’après le CNC, le budget moyen d’un film réalisé par une femme, sur la période de 2006 à 2015, est 1,6 fois moins élevé que celui d’un homme réalisateur : le budget moyen d’un film de réalisatrice est de 3,50 millions d’€, contre 4,70 millions d’€ pour un film de réalisateur.
D’autre part, créée en 1960, l'avance sur recettes a pour objectif de favoriser le renouvellement de la création en encourageant la réalisation des premiers films. Mais cinquante-cinq ans plus tard, seulement 27,6 % des avances sur recettes ont été attribués à des projets portés par des femmes.
Enfin, le salaire moyen d’une réalisatrice de long métrage est ainsi inférieur de 42,3 % à celui d’un réalisateur. Sans commentaire : cela a déjà été amplement remarqué dans tant de professions depuis tant d’années, oserions-nous ajouter, pour une petite pointe d’humour, une fois par an, lors des journées mondiales des femmes !

Films de femmes, films gagnants

Revenons un moment sur le cinéma américain où les revenus de l'industrie cinématographique ne cessent de croître. Comment cela s’explique-t-il ? C’est que, même en périodes de ralentissement économique, même en périodes de déprime économique et/ou  politique (ou grâce à elles !) les films sont la première forme de divertissement.
Aux États-Unis, où le cinéma n’est pas subventionné, les rendements des investissements dans l'industrie cinématographique ont toujours dépassé ceux des autres catégories d'investissement.
Bien que les rendements des films indépendants puissent varier et varient considérablement de l’un à l’autre, l’industrie du cinéma a globalement affiché des rendements positifs ces dernières années.
Mais ce qui est encore plus remarquable, c’est que pour les films ou séries dans lesquelles les femmes assument des rôles clés : productrice, scénariste ou actrice principale, le retour sur investissement est trois fois plus élevé que celui des productions d’hommes. Cela tient peut-être à ce que les femmes scénaristes racontent des histoires qui touchent directement le public de femmes historiquement sous-exploité, des consommatrices avides de films qui reflèteraient enfin leur propre expérience du monde.
C’est ce que constatait Naomi McDougall Jones lors de son talk show Tedx, ou, comme Geena Davies le scande avec raison : « If she can see it, she can be it. » (Si elle peut le voir, elle peut le devenir, Geena Davies Institute On Gender in Media)

Homme ou femme, peu importe qui réalise le film pourvu qu’il soit bon ?

Pas si simple !
Les histoires racontées dans les films, comme toutes les histoires et quels que soient leur support et leur genre, représentent une vision de nos vies. Si les femmes y ont toujours le second rôle, y sont toujours faibles ou isolées, y ont toujours besoin du secours d’un homme pour survivre ; si leur pensée et leur parole sont toujours moindres en quantité et en qualité que celle des hommes, c’est ainsi que se sentiront les femmes : pas assez fortes, pas assez créatives, pas assez confiantes en elles-mêmes. Il n’est pas question, ici, de prendre le pouvoir que les hommes se sont attribués depuis la nuit des temps. Il est seulement question de rééquilibrer harmonieusement l’humanité.
« Le fait est que les femmes sont sérieusement sous-représentées dans presque tous les secteurs du monde, pas seulement à l'écran. Mais pour la plupart, nous ne sommes tout simplement pas conscients de l’ampleur. Et les images médiatiques exercent une puissante influence sur la création et la perpétuation de nos préjugés inconscients. Cependant, les images médiatiques peuvent également avoir un impact très positif sur nos perceptions. Le temps de faire un film, nous pouvons changer l'avenir. » Geena Davies
Mais que faudrait-il pour que des réalisatrices puissent faire leurs films ?

Parlons argent, parlons investissement responsable

Soyons clairs, partout dans le monde : pas de films sans argent. Aux États-Unis, pas de films sans investisseurs (producteurs). En France, pas de films sans investisseurs et surtout sans subventions. Sur ce dernier point, qu’il y ait sujet à débat ou non, c’est un autre débat !
Ceci dit, ces dernières années, le paysage de l'investissement a changé. Les investisseurs (surtout américains pour le moment) exigent de plus en plus que leurs investissements aient également un impact social.
L’investissement socialement responsable est devenu un modèle éprouvé aux États-Unis avec une croissance de plus de 10% par an. Les recherches montrent que l’investissement responsable n’est pas nécessairement une perte de rendement, au contraire. Investir dans des films réalisés par des femmes, c’est investir intelligemment et pour le bien des femmes et des hommes des générations futures.
Et ce sont tous ces éléments mis bout à bout qui ont été à l’origine d’une belle aventure, mais présentons tout d’abord et enfin, Naomi McDougall Jones que nous avons cité plus haut.

Le déclic TEDx

Naomi McDougall Jones est une actrice américaine primée, un écrivain, et est productrice de ses propres films de cinéma : Imagine I’m Beautiful, et Bite Me qui sortira au printemps et qui est un petit bijou ! Elle est diplômée de la prestigieuse Académie Américaine des Arts Dramatiques (AADA) et vit actuellement à New-York.
Son Talk Show TEDx, What it’s like to be a Woman in Hollywood (Ce que c’est que d’être une femme à Hollywood), a généré plus d’un million cent mille vues et a fait connaître Naomi McDougall Jones à travers le monde entier. Cette jeune femme déterminée et courageuse reprend le flambeau des femmes qui, dans l’Histoire, ont réclamé des droits égaux à ceux des hommes. Sa revendication féminine est toute d’entente entre les femmes (et les hommes de toutes origines), de partage, de cœur et de raison.
C’est un constat navrant qu’évoque Naomi McDougall Jones sur le sort que réserve aux femmes l’industrie du film hollywoodienne. Cela a suscité tant d’émotion et d’empathie que quelques femmes de talent, aux carrières éprouvées et couronnées de succès ont décidé, ensemble, de créer leur propre maison de production de films de femmes. Une belle histoire de cœur… et d’argent !

Femmes du 21ème siècle, des entrepreneurs de cœur et de talent !

Les femmes sont peu présentes dans l’Histoire, c’est un fait. Déjà, en 1799, Jane Austen y faisait une légère allusion, dans son humour aussi fin que subtil, dans Northanger Abbey, paru plus tard en 1817 :
« - L’Histoire, la solennelle histoire réelle, ne m’intéresse guère. Et vous ?
- J’adore l’Histoire.
- Comme je vous envie ! J’en ai lu un peu, par devoir ; mais je n’y voie rien qui ne m’irrite ou ne m’ennuie : des querelles de papes ou de rois, des guerres ou des pestes à chaque page, des hommes qui ne valent pas grand-chose, et presque pas de femmes ― c’est très fastidieux ! »

Des femmes talentueuses et visionnaires, aux brillantes carrières, qui laisseront leur trace dans l’Histoire, il y en a : Jessica Goodman, Lois Scott, Naomi McDougall Jones, Caitlin Gold, Lindsay Lanzillotta.
Elles sont : ex-vice-présidente exécutive de Warner Bros. et Fox 2000, ayant supervisé plus de trente films, du développement à leur sortie et qui ont rapporté plus de deux milliards de dollars au box-office ; fondatrice de l'une des plus grandes sociétés de conseil en finances publiques des États-Unis et ex-directrice financière de la ville de Chicago ; leader d'opinion dans le domaine du cinéma, actrice et cinéaste primée ; productrices indépendantes et dirigeantes de la distribution, de New York et Los Angeles.
Elles ont associé leurs savoir-faire, ont travaillé trois ans durant pour enfin, ensemble, donner naissance, en novembre 2018, à une maison de production, fonds d’investissement qui financera des films écrits et réalisés uniquement par des femmes : THE 51 FUND.

Des films de femmes scénaristes ou réalisatrices peuvent-ils avoir une grande audience ?

Tout d’abord, heureusement, il ne manque pas plus de scénaristes inventives et de réalisatrices talentueuses que de demande des spectateurs pour voir leurs films ! De fait, depuis tant d’années des femmes professionnelles du cinéma espèrent trouver une voie pour raconter leurs histoires, réaliser leurs films, tant de films sont encore dans leurs cartons, qu’une maison de production féminine n’aura que l’embarras du choix parmi tant de talents inexploités.
Ensuite, si une petite voix vous susurre : Films de femmes ? Eau de rose et prise de tête garantis ! Faites-la taire en allant les voir, ces films ! Car contrairement à ce que certains hommes pensent, les femmes ne peuvent pas être rangées dans quatre cases seulement : la fille, la mère, la femme fatale, la romantique. Les femmes sont si diverses, aussi diverses que les histoires qu’elles pourront enfin conter, que les films qu’elles pourront enfin réaliser, abordant toutes sortes de sujets sous toutes sortes de formes !
Et, tout comme les femmes regardent des films créés par des hommes et contrairement aux mythes dépassés de l’industrie du cinéma hollywoodien, les hommes aussi seront spectateurs de films faits par des femmes, sans même souvent s’en rendre compte, car ces derniers ne seront plus une exception notable.

Partageons le torchon avec les hommes !

Tout doucement, au 21ème siècle, certains hommes apprendront, au travers des films de réalisatrices, à connaître les femmes. Déjà, les hommes commencent à changer leur vision sur les femmes, tel John Boyne, écrivain irlandais, qui écrit avec humour et vérité, dans The Guardian, en 2017 :
« Savez-vous ce qu'est un torchon littéraire ? C’est un phénomène irlandais que l’on retrouve dans la moitié des pubs de Dublin et dans tous les magasins pour touristes. Sur le torchon sont imprimés les portraits des douze grands écrivains irlandais (…) soi-disant les plus grands de notre histoire, et pas un vagin parmi eux. Désolé, Molly Keane, Edna O’Brien et Maria Edgeworth.
« - Vous serez sur le torchon un de ces jours, remarque un personnage de mon dernier roman, qui s'adresse à l'écrivain de fiction Maude (…).
- Cela n'arrivera jamais, répond-elle. Ils ne mettent pas les femmes là-dessus. Que les hommes. Bien qu'ils nous laissent nous en servir pour essuyer la vaisselle. »
Extrait de l’article Women are better writers than men.

La cause des femmes est celle de la moitié du genre humain

Une maison de production féminine et privée, ce sont les voix des femmes étouffées depuis des siècles, mais enfin entendues, telle celle de George Sand, dans Indiana, en 1832 :
« La cause que je défendais est-elle donc si petite ? C'est celle de la moitié du genre humain, c'est celle du genre humain tout entier ; car le malheur de la femme entraîne celui de l'homme, comme celui de l'esclave entraîne celui du maître. »
Enfin, au 21ème siècle, le cinéma apportera une vision de femmes, une vision neuve et pleine d’allégresse d’un univers encore à découvrir.

Un temps nouveau viendra

« Il me tarde de faire la connaissance de la « fille moderne », cette fille fière et indépendante qui a toute ma sympathie ! Elle qui, heureuse et autonome, marche, légère et alerte dans la vie, pleine d’enthousiasme et de chaleur. Elle qui travaille non seulement pour son propre bien-être et son bonheur, mais également pour le plus grand bien de l'humanité tout entière.
Je rayonne d’enthousiasme pour le nouveau temps qui vient. »
Extrait de Letters of a Javanese Princess de Raden Adjeng Kartini (1879-1904), Java.

 Ce n’est pas un vain espoir de croire que plus tard, grâce à la diffusion des histoires des femmes, il viendra des femmes qui exploreront d’autres aspects féminins de l’univers. Et ce nouvel univers enfin équilibré, nous surprendra tous (et toutes !) merveilleusement. Cela changera nos vies de femmes, celles de nos filles, celles des Hommes en général.

« En changeant les histoires, nous pouvons vraiment changer le monde. » Naomi McDougall Jones.

Gabrielle Dubois
Fonding général partner of the 51 FUND

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Le Journal d’Anne Frank, Anne Frank

J'ai lu ce journal il y a déjà quelques décennies... Je le redécouvre, je l'apprécie tout autant sinon plus, tant d'intelligence et de sensibilité sont admirables et touchants.

Anne Frank est une grande perte pour les femmes, pour l'humanité.

« À plusieurs reprises déjà, une des nombreuses questions que je me pose est venue tourmenter mes pensées, pourquoi par le passé, et souvent aussi maintenant, la femme a-t-elle occupé une place beaucoup moins importante que l’homme dans la société? Tout le monde peut dire que c’est injuste, mais cela ne me satisfait pas, j’aimerais tant connaître la cause de cette grande injustice ! On peut concevoir que l’homme, grâce à sa plus grande force physique, a depuis le départ exercé sa domination sur la femme ; l’homme gagne sa vie, l’homme engendre les enfants, l’homme a le droit de tout faire… Il faut dire que les femmes sont idiotes de s’être tranquillement laissé imposer cette règle jusqu’à récemment car plus celle-ci se perpétue à travers les siècles, plus elle s’enracine. Heureusement, les femmes ont quelque peu ouvert les yeux grâce à l’école, au travail et au développement. Dans beaucoup de pays, les femmes ont obtenu l’égalité des droits ; beaucoup de gens, des femmes surtout mais aussi des hommes, s’aperçoivent maintenant à quel point cette division du monde, en place depuis si longtemps, était injuste, et les femmes modernes exigent des droits pour parvenir à une indépendance totale ! Mais cela ne suffit pas, le respect de la femme, voilà ce qu’on attend encore ! De manière générale, dans toutes les parties du globe, l’homme suscite l’admiration ; pourquoi la femme n’a-t-elle pas le droit de bénéficier, en priorité, d’une part de cette admiration ? Les soldats et les héros de la guerre sont honorés et fêtés, les inventeurs jouissent d’une renommée éternelle, les martyrs sont vénérés, mais de l’humanité tout entière, combien sont-ils, ceux qui considèrent la femme aussi comme un soldat ? Dans le livre Combattants de la vie, un passage m’a beaucoup frappée, qui dit à peu près que les femmes endurent en général plus de souffrances, de maladies et de misère, ne serait-ce qu’en mettant leurs enfants au monde, que n’importe quel héros de guerre. Et que récolte la femme pour toute la douleur qu’elle a subie ? On la relègue dans un coin si elle sort mutilée de l’accouchement, bientôt ses enfants ne lui appartiennent plus et sa beauté a disparu. Les femmes sont des soldats, qui luttent et souffrent pour la survie de l’humanité, beaucoup plus braves, plus courageux, que tous ces héros de la liberté avec leur grande gueule ! Je ne veux absolument pas dire que les femmes doivent s’opposer à mettre des enfants au monde, au contraire, la nature est ainsi faite et c’est sans doute très bien comme cela. Je condamne simplement les hommes et tout le fonctionnement du monde, qui n’ont jamais voulu prendre conscience du rôle important, difficile mais en fin de compte magnifique, lui aussi, que joue la femme dans la société. Paul de Kruif, l’auteur du livre mentionné ci-dessus, reçoit mon entière approbation quand il dit que les hommes doivent apprendre qu’une naissance a cessé d’être quelque chose de naturel et de simple dans les régions du monde que l’on appelle civilisées. Les hommes ont beau jeu, ils n’ont pas et n’auront jamais à supporter les souffrances que connaissent les femmes ! Je pense que la conception selon laquelle la femme a le devoir de mettre les enfants au monde se modifiera au cours du prochain siècle et fera place à du respect et de l’admiration pour celle qui, sans renâcler et sans faire de grandes phrases, prend de tels fardeaux sur ses épaules ! »

Le futur est féminin, Gabrielle Dubois©

conseil lecture 

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Soyons heureuses !


Ma grand-mère me disait : « Maintenant, les filles peuvent faire une carrière. Mais elles ne trouvent pas de maris. Ou alors, elles ne se consacrent pas assez à leur mari, alors, il les quitte, alors, elles mènent une vie dissolue… »

Ma mère me disait : « Je trouve que tu es la meilleure danseuse de ta classe de danse. Mais tu sais, je suis partiale, aussi : tu es ma fille. De toute façon, tu ne seras jamais danseuse étoile. »
Mon père me disait : « Tu te débrouilles bien, au basket-ball. Bon, c’est sûr, tu n’es que dans une petite équipe… »

L’homme qui m’a agressé, quand j’étais adolescente a dit à mon corps : « C’est tout ce que tu mérites. »
Les adultes qui ne m’ont pas entendue ont dit à mon esprit : « Tu ne vaux rien. »

Seul mon cœur me disait : « Tu es capable de grandes et belles choses. » Mais sa voix a été étouffée par toutes les autres. La voix de mon cœur, même moi, surtout moi, je n’ai pas su l’écouter. J’ai cru toutes les autres voix. Pendant trente-trois ans. C’est long. C’est dommage. C’est perdu. C’est la vie !

Je sais que les expériences d’autrui n’ont de valeur que pour autrui. Je sais que c’est à chacun de nous de se sauver soi-même. Mais malgré tout, je ne peux m’empêcher de vous écrire : n’écoutons que les voix de nos cœurs. Nous seuls savons ce qui est bon pour nous. Nous seuls connaissons notre propre valeur. Nous seuls pouvons faire notre propre bonheur.

Est-ce égoïste, de penser à son propre bonheur ?
Non. Être heureux est le seul moyen de rendre heureux ceux qu’on aime et qui nous aiment.
Quand on se dévalorise, comment peut-on valoriser les autres ?
Quand on n’a pas confiance en soi, comment peut-on soutenir la confiance des autres ?
Quand on n’est pas sûr de soi, comment peut-on être une base forte et fiable pour les autres, pour sa propre famille ?

Être heureux ne veut pas dire : nager béatement dans un bonheur sans nuage. Non. Qui pourrait prétendre avoir eu, ou avoir à l’avenir une vie sans nuages, sans difficultés extérieures !
Mais n’ayons pas peur ! N’ayons pas peur de la vie ! N’ayons pas peur, surtout, de nous-mêmes !

Être heureux, c’est être en paix avec soi-même. C’est tenter de créer, chaque jour, son propre bonheur. C’est la quête du bonheur, la création, qui rend heureux.

Et la création, ce n’est pas uniquement écrire le roman du siècle ou peindre le tableau du siècle. La création, c’est cuisiner le repas que l’on va partager avec sa famille ou ses amis ; c’est réussir, au quotidien, une relation durable et harmonieuse avec son partenaire de vie ; c’est éduquer ses enfants pour en faire des adultes heureux, responsables et sociables ; c’est offrir un sourire, un geste qui engendreront du bonheur, j’allais écrire, du bonheur fugace ou durable, petit ou grand. Mais je crois qu’un bonheur n’est ni qualifiable ni quantifiable.

Quand vous souriez à la caissière de votre supermarché, qui sait comment ce petit sourire va lui profiter ? Comment à son tour, elle en fera profiter le client suivant… ? Quand vous soutenez une cause qui vous tient à cœur, même à un très modeste niveau, vous ajoutez votre énergie au mouvement d’ensemble et ce n’est pas négligeable.

Raconter sa propre histoire, ce n’est pas forcément écrire un livre. Raconter sa propre histoire, c’est vivre sa propre vie. Pas la vie que votre enfance, votre entourage ou la société vous a assignée. Mais la vie qui est en vous, celle que vous dicte votre cœur qui est unique. Je vous l’accorde, ce n’est pas facile ! Mais le chemin vaut le détour !
Qu’est-ce qui vous attend ? Un voyage plus ou moins long à l’intérieur de vous-mêmes.
À quoi cela sert-il ? Eh bien, chacun de nous, être humain, est mis, depuis son enfance, par nos parents, les coutumes, la société, l’habitude, sur une voie toute tracée, mais une voie qui, bien souvent, tourne en rond. Quand on se sent à l’étroit ou pas confortable sur la voie qui nous a été attribuée, si marcher sur cette voie nous donne mal aux pieds, au dos, à la tête, au cœur, une seule solution : trouver sa propre voie ! Ce n’est pas facile, on fait des essais, on se trompe de chemin, on en essaie d’autres...

Ah, mais quand enfin on trouve sa voie, même si elle est longue, même si elle est épuisante, marcher est enfin valorisant, marcher prend enfin un sens !

Et qui sait ? Peut-être vous révélerez-vous être une grande femme aux yeux du monde ? Ce qui est sûr c’est que vous vous révélerez être une femme merveilleuse à vos propres yeux, aux yeux de ceux qui vous aiment, et ça, ce n’est que du bonheur !

Gabrielle Dubois©

Lien vers Goodreads  
Lien vers quelques pages de bonheur

 

Le futur est féminin

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Femmes, ce monde est aussi le vôtre… l’est-il, vraiment ?


Si, comme moi, vous êtes une femme, vous faites partie de la moitié féminine de l’humanité. La moitié ! Ce n’est pas quantité négligeable, n’est-ce pas ? Et pourtant, voyons-nous ou entendons-nous autant cette moitié de l’humanité que l’autre ? Non. Non, et depuis tous temps. Mais heureusement, grâce à The 51 FUND dont je vous parlais dans mon précédent blog post, enfin, au 21ème siècle, cela va changer.

On n’en a pas forcément conscience, mais l’impact du cinéma et des séries télévisées sur nos vies est énorme. Pourquoi ?
Parce que les histoires inventées par les Hommes sont le plus vieil enseignement de l’humanité. Que ce soient les histoires orales transmises de bouche à oreille de générations en générations, les jeux vidéo, ou les livres, le théâtre, les films ou les séries, de tout temps et depuis toujours, nous nous projetons dans la vie réelle à travers les histoires ; nous appréhendons le monde à travers les histoires ; nous nous comprenons et nous situons dans la société à travers les histoires.

Qui invente les histoires ? Qui traduit le monde au travers des histoires ? Les femmes et les hommes.
Qui a la possibilité de diffuser ses histoires ? Là, il semblerait que ce soient plus les hommes. Voici ce que nous en dit Naomi McDougall Jones :
« À une époque où le monde est débordé par des problèmes de profondeur et de poids, il est facile de considérer les films comme un simple divertissement, comme une chose indigne peut-être de notre temps et de nos ressources. Mais faire cela, c’est oublier que le temps d’impact d’un film est bien plus long qu’une heure trente passée dans une salle de cinéma.

L'impact de cette narration représentant presque exclusivement la perspective masculine, en omettant l'expérience de 51% de notre population est donc profond (les femmes représentent 51% de la population aux USA). Elle se répercute sur notre vie quotidienne, façonne notre comportement, nos relations et nos identités, touchant les filles, les garçons, les hommes et les femmes. »

Mais il y en a, des films réalisés par des femmes réalisatrices ou avec des premiers rôles féminins ! me direz-vous.
Oui, il y en a. Mais combien ? Je vais vous le dire :
Aux États-Unis, « si vous avez vu principalement des films américains dans votre vie, 95% de l'ensemble des films que vous avez vus ont été réalisés par des hommes. Entre 80 et 90% de tous les personnages principaux que vous avez vus étaient des hommes. » Naomi McD J.
En France, seulement 21% des longs métrages sont réalisés par des femmes. Seulement 27% des avances sur recettes qui ont pour objectif d’encourager la réalisation des premiers films ont été attribués à des projets de femmes réalisatrices. N’abordons même pas le sujet du salaire moyen d’une réalisatrice de long métrage qui est ainsi inférieur de 42% à celui d’un réalisateur !

« Mais », m’objecterez-vous encore, « quelle importance qu’un film soit écrit et réalisé par un homme ou une femme, pourvu qu’il soit bon ? »

Les histoires racontées dans les films, comme toutes les histoires quelques soient leur support, représentent une vision de nos vies. Si les femmes y ont toujours le second rôle, y sont toujours faibles ou isolées, ont toujours besoin du secours d’un homme pour survivre ; si leur pensée et leur parole sont toujours moindres en quantité et en qualité que celle des hommes, c’est ainsi que se verront les femmes. Il n’est pas question ici, de prendre le pouvoir que les hommes se sont attribués depuis la nuit des temps. Il est seulement question de rééquilibrer harmonieusement l’humanité. Voici ce qu’en dit Geena Davis   :

« Le fait est que les femmes sont sérieusement sous-représentées dans presque tous les secteurs du monde, pas seulement à l'écran. Mais pour la plupart, nous ne sommes tout simplement pas conscients de l’ampleur. Et les images médiatiques exercent une puissante influence sur la création et la perpétuation de nos préjugés inconscients. Cependant, les images médiatiques peuvent également avoir un impact très positif sur nos perceptions. Le temps de faire un film, nous pouvons changer l'avenir. »

Grâce, entre autres, à cette toute nouvelle maison de production, THE 51 FUND, les spectateurs, femmes et hommes, pourront enfin voir des histoires écrites et réalisées par des femmes.
Si une petite voix vous susurre : Films de femmes ? Eau de rose et ennui garantis !
Faites-la taire en allant les voir, ces films ! Car contrairement à ce que certains hommes pensent, les femmes ne peuvent pas être rangées dans uniquement quatre cases : la fille, la mère, la femme fatale ou l’ange de bonté. Les femmes sont aussi diverses que les histoires qu’elle pourront enfin conter, que les films qu’elles pourront enfin réaliser ! Nous verrons surtout que les femmes n’ont pas à être en concurrence, mais savent être solidaires et/ou amies.

D’ailleurs, THE 51 FUND, ce sont quelques femmes de talent, aux carrières éprouvées et couronnées de succès ont décidé, ensemble, de créer leur propre maison de production. Une belle histoire de solidarité féminine, une belle histoire de cœur que je vous présente ici.
En novembre 2018, THE 51 FUND est né. C’est un fonds d’investissement qui financera des films écrits et réalisés par des femmes. THE 51 FUND est la création de femmes talentueuses et visionnaires, aux brillantes carrières dans le cinéma et la finance : Naomi McDougall Jones, Jessica Goodman, Lois Scott, Caitlin Gold, Lindsay Lanzillotta.

THE 51 FUND, c’est les voix des femmes étouffées depuis des siècles, mais enfin entendues, telle celle de George Sand, dans Indiana, en 1832 :

« La cause que je défendais est-elle donc si petite ? C'est celle de la moitié du genre humain, c'est celle du genre humain tout entier ; car le malheur de la femme entraîne celui de l'homme, comme celui de l'esclave entraîne celui du maître. »

Enfin, au 21ème siècle, The 51 Fund apportera dans le cinéma une vision de femmes, une vision neuve et plein d’allégresse d’un univers encore à découvrir. Ce n’est pas un vain espoir de croire que plus tard, grâce à la diffusion des histoires des femmes, il viendra des femmes qui exploreront d’autres aspects féminins de l’univers. Et ce nouvel univers enfin équilibré, nous surprendra tous merveilleusement.

Merci aux extraordinaires fondatrices de THE 51 FUND, qui, par leur investissement, leur travail, leur engagement, vont changer nos vies de femmes, celles de nos filles, celles des Hommes en général.

« En changeant les histoires, nous pouvons vraiment changer le monde. » Naomi McDougall Jones.

Gabrielle Dubois,
Romancière,
Founding General Partner of THE 51 FUND

 

#Le #futur #est #féminin

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J’étais en pyjama sous mon manteau !

Je ne vous apprends rien, l’année 2019 arrive à grands pas ! Fin décembre est l’époque où l’on peut regarder derrière son épaule pour se dire : QUOI, DÉJÀ ? Où est donc passé tout ce temps ?

Si j’étais une maniaque des chiffres, je me dirais : qu’ai-je donc fait de cette année, de ces 12 mois, de ces 8760 heures ?

Bon, voyons voir :
Sommeil : 2190 heures,
Travail ― le job qui nourrit ma famille : 2600 heures,
Corvées ménagères : 730 heures,
S’occuper des enfants, vivre avec eux ― les miens ont déjà 19 et 17 ans, ils demandent moins de temps que des petits enfants : 750 heures,
Faire du shopping : 60 heures ? ― je déteste ça ! je voudrais que les vêtements arrivent tous seuls dans mon placard !
Vacances en famille : 84 heures,
Lire : 730 heures,
Amis, famille, couture, retapisser la maison, Goodreads, aller chez le docteur, écrire des articles pour un journal français, faire des recherches bibliographiques : 1700 heures ?

écrire mon dernier roman en cours : Oh, mon Dieu ! Mais je n’ai pas eu le temps, cette année, et comme cela me manque !
Heures restant : - 84 heures.
Conclusion : les maths ne sont définitivement pas ma tasse de thé !

Oh, la, la ! C’est la première fais que je fais ce genre de calcul de maniaque, c’est très bizarre, non ? Tiens, j’ai oublié le temps passé sous la douche chaque jour, et pourtant, je me lave ; si, si, je vous assure !
Ce qu’il me semble impossible de comptabiliser, c’est le temps passé à pleurer, à rire et encore moins le plus beau temps de tous : le temps passé à aimer

Si j’étais pessimiste, je récapitulerais cette année 2018 ainsi :

J’ai encore une fois couru après l’argent : Dieu qu’il court vite ! Ce qui fait que j’ai dû travailler encore beaucoup trop : mes rhumatismes se sont encore aggravés. Mon fils étudiant a trouvé une chambre universitaire à un prix exorbitant : j’ai dû repeindre la maison moi-même, car elle en avait bien besoin. Je ne vis toujours pas de la vente de mes livres. Amazon a changé ses logiciels et bousillé les versions ebooks de mes livres, ce pour quoi je me suis battue pendant des mois ! (problème réglé) La France va mal quel que soit ceux qui gouvernent, et je vous épargne le reste de la liste…

Mais je ne suis pas ainsi ! Tout en étant réaliste, enfin, je crois, j’aime me souvenir des bonnes choses et en espérer de meilleures à venir.

Donc, voici enfin, pour vous amis, les belles choses qui se sont passées en 2018 dans ma vie :

Mon fils a intégré une des meilleurs école d’ingénieurs du pays. Ma fille a commencé les études qui lui plaisent : histoire de l’art, imaginez un peu comme j’aime l’entendre me parler de ses cours, je me régale !

Le premier Août 2018, j’ai eu 51 ans.
Le premier Août 2018, le deuxième et dernier tome de la série Louise Saint-Quentin est sorti en version anglaise ― ce qui m’a plus marqué que mon anniversaire !

En septembre, mon mariage a fêté ses 20 ans.

En octobre,  un soir, tard, alors que j’allais en voiture chercher ma fille à l’arrêt de bus qui est loin de la maison, des gendarmes m’arrêtent pour un contrôle. La voiture, les papiers, moi, tout était en règle, pas de problème. La seule chose qui n’était pas réglementaire était ma tenue : j’étais en pyjama sous mon manteau !

En novembre, je suis devenue un Founding General Partner de THE 51 FUND… mais ça, c’est une belle aventure que je vous conterai dans mon prochain blog post, car elle est si extraordinaire, si merveilleuse, si inattendue, si pleine d’espoir pour nous, filles, femmes, qu’elle mérite bien un blog post pour elle seule !

Pour patienter jusqu’au prochain blog post, n’hésitez pas à partager une anecdote qui vous est arrivée en 2018… je n’en dirai rien à personne, promis !

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Le futur est féminin

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Liberté, histoires et bonheur

Vaste sujet, mais je vais essayer de faire court !

Partons du fait que toi, lecteur ou auteur, vis, tout comme moi, Gabrielle Dubois, dans une société dans laquelle, théoriquement, nous pouvons vivre, penser et agir en toute liberté.

La question que je me suis posée et que je te pose, est : agis-tu vraiment comme une personne libre que tu es ?

‘Oh, mais bien sûr !’ vas-tu me répondre, sûre de toi, sûre de penser selon ton bon vouloir, ta bonne conscience personnelle… et sans doute le fais-tu, dans ce cas, tant mieux !

Moi, par contre, j’avoue avoir mis des années avant de m’autoriser à avoir une pensée libre. J’ai dû tout d’abord me libérer de mon enfance, et seuls ceux qui ont dû s’en libérer et y sont arrivés savent combien cela est difficile et long.

Il faut en premier se rendre compte qu’on est enfermé à l’intérieur de soi, quelles que soient les raisons, je ne vous donnerai pas les miennes ― si un jour lointain je trouve que mon histoire personnelle peut être d’une quelconque utilité, peut-être l’écrirai-je, si j’en ai le courage et l’audace.

Il faut ensuite mettre au jour et se débarrasser des parties étouffantes de son passé, et ça, ô combien c’est douloureux !

Et la troisième étape est de faire la paix avec soi-même et, éventuellement, avec d’autres.

Après tout cela, on entre dans une sorte de convalescence durant laquelle on s’habitue à vivre avec son nouveau moi.

Enfin, après quelques années, on se sent enfin libre et Dieu que c’est bon !

 


Mais qu’est-ce que c’est que cette liberté ? me diras-tu. Et qu’en as-tu fait ?

En dehors des répercutions heureuses que ce nouveau moi a eu sur mes enfants alors encore des bébés ― bébés qui sont maintenant des étudiants heureux ! ― j’ai utilisé cette liberté pour enfin dévoiler qui était l’être qui était caché au fond de moi depuis toujours.


Comment ?

J’ai écrit les belles histoires que je me raconte depuis aussi longtemps que je me souvienne. J’ai commencé à écrire ma première histoire un soir, subitement, alors que je m’apprêtais à regarder, en compagnie mon mari, un énième film écrit, réalisé et joué par des hommes, genre héros male sauvant le monde. Et là, je me suis dit :

« Il suffit ! Je n’ai jamais aimé ce genre d’histoires. Je vais écrire  une histoire que j’aime, une histoire de femme, celle que j’ai en tête depuis tant d’années, celle qu’il me plairait de voir au cinéma. Une héroïne qui me parlerait, à moi, femme, spectatrice, lectrice. »

Alors, chaque nuit, je me suis installée devant l’ordinateur familial, car il faut bien gagner sa croûte le jour ! et un an plus tard, un premier roman était né, Sous les eucalyptus, qui a paru depuis en version anglaise sous le titre de Mistress Mine.


Pourquoi ai-je choisi le roman ?

Parce que le roman n’a pas les contraintes des vers et des rimes du poème, il n’a pas non plus la contrainte d’un nombre de mots limité, de la nouvelle.

Le roman est libre d’être court, long, poétique ou brut, historique ou futuriste, d’amour ou de passion, d’aventure ou de drame intérieur. Le roman est souple : le romancier l’adapte à son tempérament, le lecteur le choisit selon sa personnalité.

Tout comme l’imagination du conteur, le roman est sans limite, sauf…


Sauf si le romancier tient compte des éditeurs qui veulent des romans calibrés en nombre de mots. Sauf si le romancier tient compte de la mode qui le condamnerait à tel ou tel genre. Sauf si le romancier tient compte des personnes avisées qui lui diront que son roman est trop court ou trop long, trop descriptif ou avec trop de dialogues, qu’il manque de personnages ou qu’il en a trop… !

Mais…


Mais si le romancier fait abstraction de toutes les influences bienveillantes ou non autour de lui, alors le romancier est sincère avec lui-même, alors le romancier est libre, alors le romancier a du bonheur à écrire et le lecteur a du bonheur à le lire.

Attention ! je ne dis pas que le conteur ne doit pas écouter quelque bon conseil sur son écriture, je dis seulement que son histoire doit rester vierge de toute influence extérieure.

Ah, je t’entends déjà me dire, lecteur : Es-tu sûre d’avoir été libre dans ton écriture ?

Je le suis et je vais te dire pourquoi.


Écrire en toute liberté, cela n’a l’air de rien, dans une société qu’on dit libre, mais ce n’est pourtant pas si évident.

Écrire librement c’est :

Écrire non pas pour vingt intellectuels ou pour la totalité des lecteurs du monde, mais pour ceux qui ont soif de lire une bonne histoire.

Écrire sans se préoccuper du qu’en dira-t-on, d’une morale officielle ou officieuse.

Écrire sans se contraindre à insérer dans son histoire un sujet complaisant de société ou de mode.

Enfin, écrire en toute liberté, c’est conter avec sincérité l’histoire que l’on porte dans son cœur… et c’est ce que j’ai fait !

Gabrielle Dubois©

 

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Le roman historique doit conserver l’esprit de l’Histoire

Quoi qu’on puisse en dire, j’aime Louise Saint-Quentin, l’histoire qui m’a libérée de moi-même.
J’ai un travail qui me nourrit, donc aucun but de survie ne me forçait à écrire cette histoire. Si ce roman historique est précieux à mes yeux, c’est qu’à aucun moment je n’ai pensé qu’il pût y avoir de conséquences à ce travail, que ce soient la publication ou le rejet des éditeurs, le succès ou l’échec, puisque jamais lors de l’écriture, des recherches historiques ou des lectures bibliographiques, je n’ai pensé que je montrerai ce qui est depuis devenu un roman.
Ma liberté d’esprit était donc entière ; mon écriture aussi spontanée, fraîche et vive qu’un cours d’eau de montagne ; mon travail et ses fruits, le plus doux des plaisirs puisqu’ils n’étaient que pour moi.

Mais… j’ai fini par faire lire Louise Saint-Quentin.
Ceux qui se disent gens d’esprit l’ont jugé trop facile ; les lecteurs pressés l’ont trouvé trop long, les insouciants trop difficile ; les prudes trop licencieux ; les ignorants des mœurs de la fin du 19ème siècle, choquant ; les classificateurs, eux, ont carrément rejeté ce roman inclassable !
Tout cela… me flatte ! Je n’ai pas écrit dans le genre de tel ou tel auteur, je n’ai pas suivi les cours de tel ou tel universitaire, et je n’appartiens à aucune école ; mon imagination fait des jaloux, ma force de travail des envieux. Qu’à cela ne tienne, j’ai du bonheur à raconter des histoires sur un solide fond historique et les esprits ouverts qui ont suivi Louise Saint-Quentin dans ses aventures, ont reçu ce bonheur à pleines pages.
J’ai tracé et suivi mon propre chemin d’écrivain sans me demander si j’étais autorisée à le faire ou s’il me mènerait quelque part, sans imaginer un instant prendre un des nombreux chemins déjà tracés. Et comme un chemin qu’on trace est comme un cœur qu’on ouvre, des lecteurs m’ont rejoint pour cheminer de concert, et ce voyage est merveilleux !

Pour Louise Saint-Quentin, le chemin, c’est la fin du 19ème siècle. Bien évidemment, je n’y suis allée qu’en lisant des auteurs connus et inconnus de ce temps-là : écrivains célèbres, représentants de commerce anonymes, rapporteurs pour le Gouvernement, tout est bon à lire pour s’imprégner de l’esprit et des mœurs du temps où l’on ne peut voyager que par la pensée, confortablement installé devant son bureau.
Alors certains pensent qu’ils sont en droit de juger, d’après leurs critères du 21ème siècle, les pensées et les actions des hommes et des femmes de ce temps-là comme d’un autre. Je ne le pense pas.
Certains pensent que le 19ème siècle c’était du romantisme, des écrivains à cheveux blancs, des chefs politiques pleins de sagesse et de belles phrases, des jeunes filles innocentes et naïves, des femmes mariées et sages. Oui, il y en avait… comme il y en a de nos jours, ni plus ni moins ! Mais comme de nos jours, il y avait des hommes et des femmes libres de penser et d’agir selon leurs convictions, selon leurs désirs, selon leur cœur. Je ne cacherai jamais la réalité de mes personnages pour épargner des délicatesses mal-placées ou des ignorances. Pourquoi donc imaginer que nos arrières-arrières-arrières grands-mères étaient forcément des saintes ou des statues ? Nos grands-mères ont été jeunes, nos grands-mères étaient aussi des êtres de chair et de sang.
Louise Saint-Quentin n’est pas l’histoire des femmes et des hommes des années 1880-1900, c’est une histoire de quelques femmes et de quelques hommes des années 1880-1900, tels que mon cœur et mon esprit les a créés. Des lecteurs les détestent, d’autres les aiment, d’autres encore les adorent, on s’indigne, on s’enthousiasme, en tout cas, ils ne laissent pas indifférent, et c’est la preuve qu’ils ont une consistance, et que le travail n’est pas mal fait !

Si Louise Saint-Quentin est une belle histoire, fraîche, jeune, trépidante, spontanée, pleine d’amour et d’aventures qui font faire au lecteur le tour de la terre, je reconnais aussi que son écriture a quelques défauts, ceux d’un premier roman, ceux de la jeunesse. Avant que ses deux tomes ne soient traduits sous les titres de Mistress Mine et Where are you roaming?, j’aurais pu les réécrire. Mais j’ai choisi de ne pas le faire, de peur de perdre cette spontanéité qui fait tout le caractère et le charme du personnage-même de Louise. Alors j’ai laissé cette première sage telle quelle : un peu brut de décoffrage diront certains, mais si pleine de fraîcheur, de bonheur, de fantaisie, et aux personnages si attachants.
Bref, une belle histoire de femme et de liberté !
Gabrielle Dubois©

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À ma fille

Il y a deux ans, mon mari, mon fils, ma fille et moi, étions en vacances. Il faut vous dire qu’aucun de nous quatre n’a les mêmes goûts, ce qui ne facilite pas les vacances en commun ! Mais pourtant, nous aimons quand même être ensemble.


Nous visitions donc une ville étrangère quand, une après-midi, nous nous sommes demandés : visiterons-nous ceci ou cela ? Mon mari et mon fils voulaient visiter ceci, ma fille et moi voulions visiter cela… et j’ai dit, sans y penser : « D’accord, suivons les garçons ! »

Et ma fille a dit, en y pensant, elle : « Pourquoi, pour une fois, ne seraient-ce pas les garçons qui nous suivraient ? »

Les garçons se mirent à bouder, et j’ai dit à ma fille : « Ce n’est pas très important de visiter ceci ou cela, ma chérie. »

Et elle a dit : « Si ce n’est pas important, alors les garçons peuvent bien visiter ce qui nous plaît, à nous ! Sous prétexte que je ne dis jamais rien, que je ne râle pas et suis toujours de bonne humeur, comme toi, et que je me contente de ce que proposent les garçons, on fait toujours à leur idée ! »

Bon, elle exagérait un peu ! mais elle avait mis le doigt sur mon comportement, celui que j’ai appris de ma mère, celui qu’elle a appris de sa mère, etc…

Alors j’ai dit : « Les garçons, allez ensemble, nous les filles, nous irons de notre côté, et ce soir, nous serons heureux de nous raconter nos après-midi ! »

Ainsi fut fait.

Mais pour moi, l’histoire ne s’arrêta pas là. Elle me fit réfléchir.

J’avais toujours pensé que j’éduquais mes enfants, garçon et fille, de la même façon : je les traite de façon égale, je leur demande les mêmes corvées ménagères et, bien sûr, je les adore autant !

Mais je ne m’étais pas rendu compte que la différence entre les sexes, que j’inculquais inconsciemment, était dans mon propre comportement : sur des petites choses du quotidien, je cédais facilement. Est-ce par manque d’énergie ? Une femme en même temps maman et travailleuse a tant à faire dans une journée de 24h ! Est-ce pour ne pas avoir à batailler ? par facilité ? que, en quelque sorte, je sacrifiais mon propre plaisir à celui des garçons de la famille ?

Quoi qu’il en soit, c’est uniquement parce que je cédais à leur désirs, qu’ils m’imposaient les leurs.

Alors pourquoi ne rien dire ? Si les hommes qui vous entourent sont, comme mon mari et mon fils, des gentils hommes qui ne feraient pas de mal à une mouche et qui sont tout prêt à vous faire plaisir, pourquoi ? mais pourquoi ? ne pas leur dire :

« Voici ce qui me plaît, voici ce que je pense, voici ce que je suis, voici ce que je voudrais faire ou être. Vous, hommes, vous avez votre histoire, votre façon de la vivre. Même en parallèle, et main dans la main, moi, femme, j’ai parfaitement le droit d’avoir mon histoire, de la raconter et de la vivre à ma façon. »

Je ne vous raconte pas cette histoire en vue de déclencher une nouvelle révolution. Loin de moi cette pensée, d’autant plus que je ne crois pas aux révolutions. Non. Je raconte cette histoire pour inciter chaque femme à écrire sa propre histoire dans chaque faits et gestes du quotidien :

Votre envie d’avoir des rideaux verts est égale à l’envie de votre homme d’avoir des rideaux bleus ― ne divorcez pas, trouvez un compromis !

Votre envie de regarder un film d’amour est égale à l’envie de votre homme de regarder un héros male et Hollywoodien sauver des vies et échapper à un immeuble qui explose ― de façon tout à fait improbable, si vous voulez mon avis !

Conclusion, pour ne pas s’imposer de jouer les seconds rôles, pour changer notre regard sur nous-mêmes, pour nous, pour nos filles, lisons des histoires écrites par les femmes, regardons des films réalisés par des femmes. Nous sommes les héroïnes de nos propres vies, et il est probable que nous n’en ayons qu’une… !

La femme est l’égale de l’homme. Le 21ème sera féminin !

Gabrielle Dubois©

 

#Le #futur #est #féminin

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Les Hauts de Hurle-Vent

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Liberté, Misère, Héritage, selon George Sand

George Sand par Alfred de Musset

George Sand, comme elle nous l’a dit dans le précédent épisode de Liberté et auteurs du 19ème siècle, a acquis, à force de travail et de persévérance, une liberté financière, que la société va lui jalouser : devra-t-elle redistribuer ses gains ?

Dès que George Sand eût quelque renommée, elle ne sut pas garder sa liberté : celle de sa propre demeure. Elle dut défendre sa porte aux curieux, aux désœuvrés, aux mendiants de toute espèce, car elle vit que ni son temps ni son argent ne suffiraient à cette misère humaine, vraie ou feinte.
Sand, femme charitable, âme généreuse, aurait voulu pouvoir soulager toutes les misères qui frappaient à sa porte. Mais sa réflexion sur le sujet va l’amener à des conclusions intéressantes sur la misère sociale et sur la liberté dont on dispose réellement concernant ses propres biens.
Voici les propres réflexions de George Sand sur la liberté sociale :

La liberté de ne pas travailler
« Il y a, à Paris, autour des artistes, une mendicité organisée. Quand on a eu la simplicité de se laisser prendre à la première histoire, à la première figure, la bande vous signale comme une proie à exploiter, vous entoure, vous surveille, connaît vos heures de sortie et jusqu'à vos jours de recette.
Je ne suis pas tellement simple que je sois la dupe de toutes ces misères ; mais il en est tant de réelles et d'imméritées que, parmi celles qui demandent, c'est un travail à perdre la tête que de reconnaître les vraies des fausses. En général, quatre-vingt-dix fois sur cent, ceux qui mendient sont de faux pauvres ou des pauvres infâmes. Ceux qui souffrent réellement, en dépit du courage et de la moralité, aiment mieux mourir que de mendier. Il faut chercher ceux-ci, les découvrir, les tromper souvent pour leur faire accepter l'assistance. Les autres vous assiègent, vous obsèdent, vous menacent.
N'ayant pas le temps de courir aux informations pour saisir la vérité, puisque j'étais rivée au travail, je cédai longtemps à cette considération toute simple en apparence qu'il valait mieux donner cent sous à un gredin que de risquer de les refuser à un honnête homme. Mais le système d'exploitation grossit avec une telle rapidité et dans de telles proportions autour de moi, que je dus regretter d'avoir donné aux uns pour en arriver à être forcée de refuser aux autres.
Je vis des enfants desséchés de faim, rongés de plaies, et quand j'eus porté là des secours, je découvris, un beau matin, que ces mansardes et ces enfants étaient loués.
J'envoyai une fois chez un poète malheureux qui prétendait mourir de faim, on le trouva mangeant des saucisses. »

La liberté de ne pas donner
« Ainsi, à peine arrivée au résultat que j'avais poursuivi, une double déception m'apparut. L’indépendance sous ces deux formes : l'emploi du temps et l'emploi des ressources, voilà ce que je croyais tenir, voilà ce qui se transforma un esclavage. En voyant combien mon travail était loin de suffire aux exigences de la misère environnante, je doublai, je triplai, je quadruplai la dose du travail. Il y eut des moments où elle fut excessive, et où je me reprochai les heures de repos et de distraction nécessaires comme une mollesse de l'âme, comme une satisfaction de l'égoïsme.
Naturellement absolue dans mes convictions, je fus longtemps gouvernée par la loi de ce travail forcé et de cette aumône sans bornes. Cet abîme de la misère est sans fond et il faut qu'une société entière y précipite ses offrandes pour le combler un instant. Dans l'état des choses, il semble même que les dévouements partiels le creusent et l'agrandissent, puisque l'aumône avilit, en condamnant celui qui compte sur elle à l'abandon de soi-même.
Il y a bien une loi religieuse qui vous prescrit de donner, non pas votre superflu, mais jusqu'au nécessaire. Il y a bien une opinion qui vous conseille la charité. Mais il n'est pas de pouvoir constitué qui vous contraigne et qui contrôle l'étendue et la réalité de vos dons. En signalant ce fait, je n'entends pas dire que l'aumône forcée soit une solution sociale. »

La redistribution des richesses peut-elle libérer de la pauvreté ?
« On a retiré au clergé (1789), aux communautés religieuses, les immenses biens qu'ils possédaient. On a tenté, dans une grande révolution sociale, de créer une caste de petits propriétaires actifs et laborieux à la place d'une caste de mendiants inertes et nuisibles (mais elle existe toujours). Donc l'aumône ne sauvait pas la société, même exercée en grand par un corps constitué et considérable ; donc les richesses consacrées à l'aumône étaient loin de suffire, puisque ces richesses redistribuées ont laissé l'abîme béant et la misère pullulante. Et l'on voit qu'en me servant de cet exemple, je suppose que tout a été pour le mieux, que la redistribution n'a enrichi que des pauvres, ce qui n'est pas absolument vrai.
Oui, hélas ! la charité est impuissante, l'aumône inutile. Il est arrivé, il arrivera encore, que des crises violentes forceront les dictatures, qu'elles soient populaires ou monarchiques, à tailler dans le vif et à exiger de la part des classes riches des sacrifices considérables. Ce sera le droit du moment, mais jamais un droit absolu, selon les hommes, si un principe nouveau ne vient le consacrer d'une manière éternelle dans la libre croyance de tous les hommes. »

Libres d'imposer le baptême de la misère
« Quand même des constitutions particulières de propriété ne s'y opposeraient pas, la loi morale de l'hérédité des biens, qui entraîne celle de l'hérédité d'éducation, de dignité et d'indépendance, nous interdit absolument, sous peine d'infraction aux devoirs de la famille, de vendre nos biens et de les donner aux pauvres. Nous ne sommes pas libres d'imposer le baptême de la misère aux enfants nés de nous. La misère est dégradante. Personne ne pourrait donc légitimement jeter ses enfants dans l'abîme pour en retirer ceux des autres. Si tous les enfants appartiennent à Dieu au même titre, nous nous devons plus spécialement à ceux qu'il nous a donnés. Or, tout ce qui enchaîne la liberté future d'un enfant est un acte de tyrannie, quand même c'est un acte d'enthousiasme et de vertu. »

Le sacrifice de l’héritage
« Si quelque jour, dans l'avenir, la société nous demande le sacrifice de l'héritage, sans doute elle pourvoira à l'existence de nos enfants ; elle les fera honnêtes et libres au sein d'un monde où le travail constituera le droit de vivre. La société ne peut prendre légitimement à chacun que pour rendre à tous. En attendant le règne de cette idée, qui est encore à l'état d'utopie, forcés de nous débattre dans les liens de la famille qui seront toujours sacrés, et les effroyables difficultés de l'existence par le travail ; contraints de nous conformer aux lois constituées, c'est-à-dire de respecter la propriété d'autrui et de faire respecter la nôtre, sous peine de finir au bagne ou à l'hôpital, quel est donc le devoir, pour ceux qui voient, de bonne foi, l'abime de la souffrance et de la misère ?
Pour ma part, je me suis fait un cas de conscience de transmettre intact à mes enfants le mince héritage que j'avais reçu pour eux, et j'ai cru concilier, autant que possible, la religion de la famille et la religion de l'humanité en ne disposant pour les pauvres que des revenus de mon travail. Je ne sais pas si je suis dans le faux. J'ai cru être dans le vrai. »

Le partage des biens
« Tout donner, ne rien posséder et vivre à la manière des chrétiens primitifs, c’est consacrer le principe de la mendicité que nous repoussons à l'état de théorie sociale.
Le partage des biens constituerait un état de lutte effroyable et sans issue, si ce n'est l'établissement d'une nouvelle caste de gros propriétaires dévorant les petits, ou une stagnation d'égoïsmes complétement barbares.
Que mes ressources s'étendissent à des sommes beaucoup plus considérables, le nombre des infortunés à ma charge n'eût fait que s'accroître, et des millions de louis dans mes mains eussent amené des millions de pauvres autour de moi. Où serait la limite ? MM. de Rothschild donnant leur fortune aux indigents détruiraient-ils la misère ? On sait bien que non. Donc la charité individuelle n'est pas le remède, ce n'est même pas un palliatif. Ce n'est pas autre chose qu'un besoin moral qu'on subit, une émotion qui se manifeste et qui n'est jamais satisfaite.
J'ai donc des raisons d'expérience, des raisons puisées dans mes propres entrailles, pour ne pas accepter le fait social comme une vérité bonne et durable, et pour protester contre ce fait jusqu'à ma dernière heure. »

Muselées par la censure
Dans le prochain épisode de Liberté et auteurs du 19ème siècle, George Sand nous présentera son amie qui, en tant que romancière, a été plus d’une fois muselée par la censure. Cette femme écrivain, poète, chroniqueuse, dont le brillant esprit, les reparties saillantes, le salon accueillant et aussi les jolies boucles blondes, ont charmé ses amis : Hugo, Gautier, Balzac… avant de faire connaissance avec son non moins célèbre mari, patron de presse, député qui avait un point de vue sur la liberté très en avance sur son temps.

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Liberté, Égalité des sexes, selon George Sand

George Sand, gabrielle dubois

Il est grand temps de laisser la parole à la plus femme qui soit. Pourtant, pour avoir la liberté de s’affirmer en tant que femme, elle dut s’habiller comme un homme et porter un nom d’homme : George Sand.

Toutes les libertés à conquérir
Aurore Dupin est née en 1804. Après s’être vue proposer un vieux mari et l’avoir refusé, la jeune Aurore, 18 ans, cède et épouse M. Dudevant qui s’avèrera très décevant et giflera même sa femme en public. Aurore a deux enfants, puis elle quitte son mari et s’installe, à 27 ans, à Paris. Elle prend le pseudonyme de plume de George Sand et demandera par la suite la séparation d’avec son mari qu’elle obtiendra après de longs et pénibles procès, ainsi que la garde de ses enfants.
Très jeune, Aurore-George se sera donc battu pour sa liberté de femme, sa liberté de mère, sa liberté de citoyenne, sa liberté d’écrivain.
Extraits de sa très longue Histoire de ma vie, voici les libertés durement acquises par George Sand :

La liberté, c’est du courage et de la persévérance.
« Je m’établis quai Saint-Michel. Trois petites pièces très propres donnant sur un balcon, vue sur la Seine, Notre-Dame… J’avais du ciel, des hirondelles, de la verdure sur les toits ; le Paris pittoresque et poétique de Victor Hugo pour trois cents francs de loyer par an.
Les cinq étages me chagrinaient fort, je n’ai jamais su monter ; mais il le fallait bien, et souvent avec ma grosse fille dans les bras. Mon ménage était fait pour 15 fr/mois. Ma nourriture apportée par un gargotier pour 2fr/jour. Je savonnais et repassais moi-même le (linge) fin.
Je cherchais de l’ouvrage mais je n’en trouvais point. J’avais en montre (exposé) un petit portrait dans un café, mais la pratique (le client) ne venait pas.
J’aurais voulu lire, je n’avais pas de livres de fond. Et puis c’était l’hiver, et il n’est pas économique de garder la chambre quand on doit compter les bûches. J’essayais de m’installer à la bibliothèque Mazarine ; mais il eût mieux valu, je crois, aller travailler sur les tours de Notre-Dame tant il y faisait froid.
J’arpentais le pavé de Paris, crottée, fatiguée, enrhumée, et je voyais chaussures et vêtements, sans compter les petits chapeaux de velours arrosés par les gouttières, s’en aller en ruine avec une rapidité effrayante. »

La liberté pour une femme ? Être invisible !
 « Ayant été habillée en garçon durant mon enfance, raconte George Sand, je repris un costume qui n’était pas nouveau pour moi. Je me fis faire une redingote an gros drap gris, pantalon et gilet pareils. Avec un chapeau gris et une grosse cravate de laine, j’étais absolument un petit étudiant de première année. Je ne peux pas dire quel plaisir me firent mes bottes ! Avec ces bons petits talons ferrés, j’étais solide sur le trottoir, et puis mes vêtements ne craignaient rien. Je courais par tous temps, je revenais à toutes les heures, j’allais au parterre de tous les théâtres. Personne ne faisait attention à moi et ne se doutait de mon déguisement.
Pour ne pas être remarquée en homme, il faut avoir déjà l’habitude de ne pas se faire remarquer en femme. Je raconte là un temps très passager et très accidentel dans ma vie, bien qu’on ait dit que j’avais passé plusieurs années ainsi. »

Conseil d’homme sur la place de la femme
« Si j’avais besoin d’un patron littéraire, écrit encore George Sand, c’était bien plus comme conseil que comme appui. Je désirais savoir, avant tout, si j’avais quelque talent… Mes amis étaient trop volontiers éblouis, il me fallait un juge sans préventions. Un ami me proposa un de ses collègues à la chambre, M. de Kératry, qui faisait des romans, et qu’il me donna pour juge fin et sévère. J’avais lu un de ses romans, ouvrage fort mal fait, bâti sur une donnée révoltante, mais à laquelle le goût épicé du romantisme faisait grâce en faveur de l’audace…
Dès le lendemain, j’eus rendez-vous chez M. de Kératry à huit heures du matin. C’était bien matin. J’avais les yeux gros comme le poing, j’étais complètement stupide. M. de Kératry me parut plus âgé qu’il ne l’était. Il me fit entrer dans une jolie pièce où je vis, couchée sur un couvre-pied de soie rose très galant, une charmante petite femme qui jeta un regard de pitié languissante sur ma robe et sur mes souliers crottés, et qui ne crut pas devoir m’inviter à m’asseoir.
Je demandai à M. de Kératry si mademoiselle sa fille était malade. Le vieillard me répondit d’un air tout gonflé d’orgueil que c’était sa femme.
- J’ai promis, dit-il, de causer avec vous de votre projet d’écriture. Mais en deux mots, je serai franc : une femme ne doit pas écrire.
- Si c’est votre opinion, nous n’avons point à causer, repris-je.
Je me levai et sortis sans humeur, car j’avais plus envie de rire que de me fâcher. M. de Kératry me suivit dans l’antichambre et m’y retins quelques instants pour me développer sa théorie sur l’infériorité des femmes, sur l’impossibilité où était la plus intelligente d’entre elles d’écrire un bon ouvrage. Et, comme je m’en allai toujours sans discuter, il termina sa harangue par un trait napoléonien qui devait m’écraser.
- Croyez-moi, me dit-il gravement comme j’ouvrai la dernière porte de son sanctuaire, ne faites pas de livres, faites des enfants.
- Ma foi monsieur, lui répondis-je en pouffant de rire et en lui fermant sa porte sur le nez, gardez le précepte pour vous-même si bon vous semble ! »

La liberté pour une femme ? Être un homme !
Il faut lire Histoire de ma vie de George Sand, pour connaître les détails qui l’ont amenée à prendre ce pseudonyme masculin. Quant à savoir pourquoi elle l’a gardé, voici :
« Il est probable que j’eusse changé ce pseudonyme, si je l’eusse cru destiné à acquérir quelque célébrité ; mais jusqu’au moment où la critique se déchaîna contre moi à propos du roman de Lélia, je me flattai de passer inaperçue. En voyant que, bien malgré moi, il n’en était plus ainsi, et qu’on attaquait violemment tout dans mon œuvre, jusqu’au nom dont elle était signée, je maintins le nom et je poursuivis l’œuvre. Le contraire eût été une lâcheté. »

Liberté, égalité, au féminin
On peut penser que les menus faits racontés par George Sand sont anecdotiques. Ils le sont d’une certaine façon, dans la mesure où ils n’ont concerné que très peu de femmes.
Les sœurs Brontë, George Elliot (Mary Ann 1819-1880), Daniel Lesueur (Jeanne Loiseau1860-1920), Laurent Daniel (Elsa Triolet 1896-1970) ont toutes pris des pseudonymes masculins pour écrire. Jane Austen n’en a pas pris, mais elle a dû publier anonymement ses premiers écrits.
Il y a peu, l’écrivain américaine Catherine Nichols n’a été publiée qu’une fois qu’elle s’est décidée à présenter ses manuscrits sous un nom d’homme (George !).
Pourtant, la privation de liberté de la femme par les vêtements qu’elle peut porter est toujours d’actualité : certains sont une entrave au travail, à l’expression de soi. Les préjugés sur les capacités d’une femme est toujours latent dans les différences de salaires entre hommes et femmes.
Quant à George Sand, la liberté qu’elle aura acquise grâce à l’argent gagné avec ses livres, lui réservera de drôles de surprises et des réflexions très poussées le partage des richesses. À découvrir dans le prochain épisode de Liberté et auteurs du 19ème siècle.

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Liberté, Littérature, Courage selon Hugo et Gautier, par Gabrielle Dubois

liberté

LIBERTÉ, LITTÉRATURE, COURAGE, SELON HUGO ET GAUTIER
par Gabrielle Dubois


Mais que sont donc devenus nos jeunes et libres chevelus Romantiques de 1830, après la bataille d’Hernani ? Se sont-ils rangés ? Ont-ils faibli dans leur convictions politiques, usés par les ans et les désillusions ? Ont-ils eu, ou pas, le courage de rester libres ? C’est ce que nous allons voir dans ce sixième article de notre série Liberté et auteurs du 19ème siècle.

Encore de la poésie et de la prose ? se demandent en soufflant les moins littéraires d’entre nous. Non, bien plus que cela… !
M. Hugo nous parlera libéralisme et liberté en politique et en littérature, et nous en apprendrons sur le courage, avec M. Gautier qui a osé garder sa liberté spirituelle à tout prix.

La liberté et ses conséquences par Hugo
On peut penser que choisir la Liberté, quand on est Victor Hugo, issu d’une famille riche, fils d’un général et comte d’Empire, doué d’un cerveau comme le sien, recueillant tôt les fruits de son travail littéraire, n’est pas un si grand sacrifice. Qu’est-ce que s’exiler à Jersey, puis Guernesey et y vivre confortablement dans une jolie maison avec domestiques, famille et vue merveilleuse sur la mer ? juste parce qu’on est en désaccord avec un prince-président qui fait un coup d’État pour instaurer le Second Empire et devenir Napoléon III.
Mais avant l’exil, la réalité est que, s’opposer, dans son journal L’évènement, dirigé par ses deux fils, Charles et François, au futur Napoléon III n’est pas sans conséquences. En 1850, le journal est suspendu et Charles et François Hugo se retrouvent emprisonnés à la Conciergerie.
Avoir la Liberté de ses opinions, au 19ème siècle, en France, avait son prix. Si vous souhaitez rencontrer Victor Hugo et ses enfants en prison, voyez le recueil Intérieurs d’auteurs.
Mais il en faut plus pour abattre de moral d’un Hugo père ou fils.

L’avenir sera beau et libre !
C’était là la conviction de Victor Hugo, après qu’il eut écrit Hernani et des années après encore :
« Jeunes gens, ayons bon courage ! Si rude qu’on veuille nous faire le présent, l’avenir sera beau. Le romantisme, tant de fois mal défini, n’est, à tout prendre, et c’est là sa définition réelle, si on ne l’envisage que sous son côté militant, que le libéralisme en littérature.
La liberté dans l’art, la liberté dans la société, voilà le double but auquel doivent tendre d’un même pas tous les esprits conséquents et logiques.
Les Ultras de tout genre, classiques ou monarchiques, auront beau se prêter secours pour refaire l’ancien régime de toutes pièces, société et littérature, chaque progrès du pays, chaque développement des intelligences, chaque pas de la liberté fera crouler tout ce qu’ils auront échafaudé. Et, en définitive, leurs efforts de réaction auront été utiles. En révolution, tout mouvement fait avancer.
À peuple nouveau, art nouveau. Tout en admirant la littérature de Louis XIV, si bien adaptée à sa monarchie, elle saura bien avoir sa littérature propre et personnelles et nationale, cette France actuelle, cette France du 19ème siècle, à qui Mirabeau a fait sa liberté et Napoléon sa puissance. » cf Violette au vent d’Autan.

La liberté et ses conséquences par Gautier
La famille de Théophile Gautier n’était pas celle de Hugo et il n’a hérité de ses parents qu’amour et goût de la littérature, ce qui est un bien bel héritage, mais qui ne nourrit, ne loge ni n’habille.
Tant de personnes dépendaient financièrement de notre poète : un premier fils (qu’il eut tôt) et la mère de celui-ci, deux sœurs célibataires, ses deux propres filles, dont l’écrivain Judith Gautier, et leur mère avec lesquelles trois il vivait dans une maison en location.
Bref, Gautier, étant responsable de ses actes, conscient de ses devoirs familiaux, fut toute sa vie à charge d’âmes. Mais la poésie était largement insuffisante à entretenir tout ce monde, dans ses divers appartements avec personnel de maison, même réduit. C’est pourquoi Gautier n’eut jamais la liberté de voyager autant qu’il l’aurait souhaité et d’écrire tous les romans et toutes les poésies qui ont disparus à jamais avec lui.
À la place, chaque semaine de sa vie, il dut, pauvre de lui ! remplir les colonnes de divers journaux de ses comptes-rendus de pièces de théâtre, d’opéras, de concerts, d’expositions de peinture, ce qui payait tout juste ses dépenses. Beaucoup de monde, donc, dépendait de son travail de critique.
Dans ces conditions, est-on toujours libre de choisir la liberté ?

Choisissez !
C’est Émile Bergerat, écrivain et beau-fils de Théophile Gautier, qui nous raconte cet épisode de la vie du poète libre :
« Le 21 juin 1867, la Comédie française reprit Hernani, soit trente-sept ans après sa sortie. Théophile Gautier (56 ans) était l’attrait principal de cette reprise. On se le montrait dans sa loge, souriant, rajeuni, sans son gilet rouge, mais toujours avec sa longue chevelure de lion, donnant le signal et comme la tradition des applaudissements. Mais on se demandait comment le critique du Moniteur, en position d’écrivain officiel, ferait pour parler de Victor Hugo dans le journal du gouvernement impérial.
Le lendemain Théophile Gautier apporta lui-même son article au Moniteur. One le pria d’en modérer les éloges et d’en adoucir le ton enthousiaste. Sans rien objecter, il prit une feuille de papier blanc et il y écrivit sa démission. Puis, s’étant fait conduire au ministère de l’intérieur, il posa devant M. de Lavalette son article d’un côté et cette démission de l’autre. « Choisissez », dit-il. Le ministre fit insérer l’article sans en changer un mot. »

La liberté, un sujet masculin et blanc ?
Peut-être, cf L’alibi.
N’en finirons-nous donc jamais de parler de Liberté ? Eh bien non, que voulez-vous ! le sujet est vaste, et encore, j’ai choisi de ne parler que d’un domaine : les auteurs du 19ème, voire, plutôt les auteurs du début du siècle, ceux que je préfère. Après tout, c’est ma liberté à moi !
Parce que si on étend le sujet à la Liberté de l’homme en général, il faut écrire sur cette merveilleuse année 1848 qui vit l’abolition de l’esclavage en France, cf Les confessions d’une autographe écrire encore sur la libération de la femme qui eut lieu en 18… euh, non, veuillez m’excuser, en 1944 avec le droit de vote qu’elles ont obtenu en France ! Ou en 1975 avec la loi Veil ? Mais je laisse ces deux sujets ô combien important à de plus techniciens que moi.
Par contre, et certainement vous voyez où je veux en venir, dans le prochain épisode de Liberté et auteurs du 19ème siècle, il sera grand temps de laisser la parole à une femme extraordinaire qui portait le pantalon et fumait le cigare…

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Histoire de l'amour en poésie par Gabrielle Dubois

Brève histoire de l'amour en poésie
Brève histoire de l'amour en poésie

Brève histoire de l’amour en poésie par Gabrielle Dubois

 


Il y a 2 milliards d’années,
L’amour pullule chez les cellules :
« Cellule un dans son eau,
Cellule deux en même eau.
Deux cellules que c’est chaud,
Un organisme que c’est beau ! »

Il y a 2500 ans,
L’amour grec et antique, amour anacréontique
par Anacréon :
« L'Amour me donne des ailes légères,
Je m'élève jusques aux cieux,
Mais l'objet de mon ardeur
est insensible à mes feux. »

Il y a 900 ans,
L’amour troubadour
par Bernard de Ventadour,
« Hélas ! tant en croyais savoir
En amour, et si peu en sais.
Car j'aime sans y rien pouvoir
Celle dont jamais rien n'aurai. »

Il y a 160 ans,
L’amour romantique, amour emblématique,
par Théophile Gautier :
« À l'Idéal ouvre ton âme ;
Mets dans ton cœur beaucoup de ciel,
Aime une nue, aime une femme,
Mais aime ! C'est l'essentiel ! »

2017,
L’amour est informatique, émoticônique :
«  Brève histoire de l'amour en poésie ?
   Brève histoire de l'amour en poésie !  » 

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Théophile nous élève

Atkinson Grimshaw, London, Gabrielle Dubois
Atkinson Grimshaw, London, Gabrielle Dubois

Théophile Gautier, extrait de La belle Jenny :
« Déjà se balançait à l’horizon l’immense dais de vapeur toujours suspendu sur la ville de Londres. Les cottages et les maisons, d’abord disséminés, commençaient à former des masses plus compactes. Des ébauches de rue venaient s’embrancher sur la route. Les hautes cheminées de briques des usines, pareilles à des obélisques égyptiens, se dressaient au bord du ciel et dégorgeaient leurs flots noirs dans le brouillard gris. La flèche pointue de Trinity-Church, le clocher écrasé de Saint-Olave, la sombre tour de Saint-Sauveur avec ses quatre aiguilles, se mêlaient à cette forêt de tuyaux qu’elles dominaient de toute la supériorité d’une pensée céleste sur les choses et les intérêts terrestres. »
Voilà, entre autres, pourquoi j’admire Théophile Gautier. Cette description n’est-elle pas une merveille de construction ? On commence éparpillé au ras du sol et, subtilement, on se rassemble et on s’élève. Et moi, je m’incline bien bas devant Théophile.

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Le dernier roman de Gabrielle Dubois vient de paraître !

Les confessions d’une autographe
Les confessions d’une autographe

Présentation:

Gabrielle Dubois, au sujet de son dernier roman, Les confessions d’une autographe.



Dans ce troisième roman, je vous ferai découvrir une partie des mémoires de Maximilian von Lekkowski, romancier du dix-neuvième siècle, amusant et amuseur, léger et inconstant dans sa propre vie, semblant n’attacher d’importance à rien, sauf à aider et protéger le seul grand amour qu’il eût jamais connu, celui de Calixte et Marios, ses deux amis.
Grâce aux confessions de Mlle de Blanchecombe et celles des nombreux personnages qui gravitent autour d’elle, il va approfondir sa connaissance de l’âme féminine et, la poussant dans les retranchements les plus intimes de son cœur et de sa pudeur, il va pouvoir nous livrer tous les ressorts d’une grande histoire d’amour. Mais il y a toujours un risque, pour un écrivain, à vouloir se faire le confesseur de son sujet, qui est de trop s’attacher à lui...
Comme on regarderait attentivement dans ses moindres nuances une estampe à la loupe, au fil des confidences, on se fait, en même temps que Maximilian, de détails en détails, une image nette de cette autographie d’un amour.
Je vous laisserai donc entre les mains de Maximilian von Lekkowski.
Bon voyage !

 

 

EXTRAIT :


Tous droits réservés.

Chapitre 1
Le réfectoire de la deuxième chance

Le lycée Philippe le Bel, en plein cœur de Paris, sur les bancs duquel j’usais mes pantalons depuis un an déjà, avait pour élèves les rejetons de la crème de l’aristocratie française, ainsi que quelques-uns des noblesses européenne et prussienne, celle dont je faisais partie. Comme chacun sait, je suis le deuxième et dernier fils du baron Alexandre von Lekkowski. Le jour de la rentrée scolaire 1849, ce fut dans ce lycée que je rencontrai Marios Constantin pour la première fois.

Un an auparavant, après un séjour d’une année en Italie et en France avec ma tendre mère, séjour durant lequel j’avais été choyé et traité comme un prince que je pensais être, je n’étais guère désireux de rentrer chez nous, en Prusse, où m’attendait un père dont je n’étais pas le fils aîné, et un frère aîné étrangement acariâtre et méchamment ambitieux. Je dis étrangement, parce que ce frère, du point de vue du caractère, ne ressemblait en rien à nos parents, ni même à moi.
Le baron von Lekkowski mon père, passait la plus grande partie de son temps à la chasse, connaissant chaque bosquet de ses terres immenses, reconnaissant chaque cri d’animal à poils ou à plumes, capable de remonter la piste d’un gibier à l’empreinte laissée dans la neige fraîche, à la feuille froissée sur l’arbre à son passage. Si je me joignais à lui avec plaisir dès que je rentrais chez nous, je n’envisageais pas pour autant courir les bois à longueur d’année. Déjà un autre genre de chasse, en alcôve, avait ma préférence. Père aimait la nature.
À l’opposé de son mari, ma mère était une femme de salons. Musiciens, savants et écrivains formaient son petit cercle. Les deux conditions pour en faire partie, étaient d’avoir du talent et le goût du rire. Mère aimait rire.
Ils avaient l’un pour l’autre, non pas cet amour fou que l’on rencontre dans les romans et que je n’ai rencontré qu’une fois dans ma vie, mais l’affection et la tendresse que peuvent parfois se porter des époux de caractère doux, mariés par intérêt et qui, n’étant tombés amoureux ni dans le mariage, ni en dehors, prennent avec philosophie et bonheur le sort que la vie leur a réservé.

Après nos pérégrinations sous le doux soleil italien, j’obtins, par retour de courrier, l’autorisation de mon père de rester à Paris pour finir mes études et laissai mère s’en retourner chez nous. J’avais dix-sept ans. Oui, je sais, je n’étais pas bien en avance pour entrer en classe de seconde, mais ma scolarité avait été des plus décousues... nous y reviendrons.
Mon père loua donc pour moi un appartement petit, mais fort confortable, à l’hôtel des Trois Empereurs, place du Palais-Royal, mais il y mit plusieurs conditions. Je devais m’inscrire au lycée Philippe le Bel pour y suivre les cours, ma conduite devait y être irréprochable afin qu’il n’eût pas à demander à notre ambassadeur d’intervenir pour moi auprès des autorités françaises. Enfin, je devais lui envoyer, chaque trimestre, les félicitations de mes professeurs. Je remplis ces conditions. Je m’inscrivis dans ce lycée le plus prestigieux de la capitale, je n’y manquai aucun cours, n’y fis pas de grabuge. J’oubliais seulement de travailler les mathématiques et les sciences pour lesquelles je n’avais aucune affinité. Quant au français, latin et grec, qui étaient pourtant des langues que j’avais affectionnées jusqu’à ce jour, j’y consacrais si peu de temps, que je n’y brillais guère mieux. Par contre, à la fin de l’année, je dois avouer que j’excellais dans une matière jusqu’alors inconnue de moi, mais bien souvent caressée en rêves : les femmes et leurs douces langues qui, elles, étaient bien vivantes.
À bout de patience, mon père m’ordonna de rentrer à la maison dès la fin des cours. Entièrement dépendant de son bon vouloir financier, j’obéis. Si je voulais retourner à Paris pour le premier septembre suivant, je n’avais que quelques jours au mois d’août, si je décomptais l’aller et retour jusque chez nous, pour convaincre mon père. L’argument selon lequel j’étais devenu le jeune homme le plus fashionable de la capitale française, je le savais, serait à proscrire, quand bien même être à la pointe de la mode n’est pas donné au tout venant. C’est au contraire un exercice délicat qui nécessite un parfait équilibre entre les aptitudes innées qui sont de bonnes et belles dispositions physiques, et les acquises, qui sont de savoir devancer d’un soupçon les tendances mais sans trop, pour ne jamais, au grand jamais, frôler le ridicule, et rester simple et aimable en toutes circonstances. Ce dernier point est toujours celui par lequel pêchent les jeunes bellâtres qui affichent leur supériorité de don Juan blasé et par là-même, en deviennent détestables. Mais, bien évidemment, ce n’est pas à un père, tout bon qu’il fût, qui rentre crotté des pieds à la tête d’avoir battu la campagne et heureux d’avoir traqué la bête sauvage en compagnie de garde-chasse et d’une bande d’hommes des forêts, que l’on peut exposer ce genre d’évidences stylistiques, ô combien indispensables à la vie de patachon d’un jeune citadin.
J’avais aussi acquis, pendant cette douce année, une verve, une aptitude à fasciner mon auditoire par des mots choisis avec aisance et débités avec facilité. Je me rends compte aujourd’hui que mon public habituel était du genre féminin et facile, et ne demandait qu’à se laisser hypnotiser. Il faut dire que j’ai été gâté par la nature. Quand on a la taille svelte et les épaules bien développées, entretenues dans une salle d’arme, un visage fin et régulier, de beaux yeux bleus et les plus soyeuses boucles blondes, on a bien peu d’effort à fournir en matière de discours. Je n’étais pas aveugle sur moi-même au point de penser que ce genre d’atouts pouvait faire le poids face à tout le monde, et j’entends par là, mon père ou M. Dumollet, notre proviseur, homme à manier avec des pincettes.
Quelques mots ici sur M. Dumollet. Cet homme malingre au crâne ovoïde était un simple roturier sorti de nulle part, mais arrivé là certainement grâce à un entêtement hors du commun. Il avait une finesse d’esprit digne d’un prince de la plus grande lignée, mais des habitudes de bourgeois, ou devrais-je dire, de coucou suisse. Chaque premier jour des vacances, vous pouviez le voir à la gare, avec femme et enfants, partir dans sa belle-famille, à Saint-Malo. La veille, au détour d’un couloir ou en cour de récréation, il ne manquait pas d’entendre chanter, dans son dos, ce refrain populaire et joyeux :
« Bon voyage, monsieur Dumollet,
À Saint-Malo débarquez sans naufrage ! »
J’étais si convaincu d’être irrésistible, qu’avant de quitter le lycée, je mis à l’épreuve mes talents d’orateur alors que j’étais convoqué par le proviseur qui me tint à peu près ce discours :
- Lekkowski, je ne vous cache pas qu’à vous seul et ce, malgré les avertissements répétés de vos professeurs, vous avez été, cette année, pour tous nos élèves, un déplorable exemple. Non seulement vous n’avez pas travaillé, mais encore, vous avez dissipé plus d’un de vos camarades.
- Monsieur Dumollet, telle n’était pas mon intention, je vous présente mes humbles excuses.
- Elles arrivent bien tard.
- Mais pas trop tard ?
- Le résultat de votre conduite, jeune homme est que personne ici n’est content de vous et j’ose espérer que vous ne l’êtes pas vous-même.
- Bien sûr que non, monsieur. Mais il y a bien un professeur qui ne soit pas totalement insatisfait de moi ?
- Un seul, oui. Votre professeur de français qui vous a défendu mieux qu’un avocat ne l’aurait fait. Il prétend que vous en valez la peine. Mais nous ne le saurons pas, puisque vous n’allez pas vous réinscrire l’année prochaine, ce qui vous évitera la honte d’être renvoyé aujourd’hui-même.
J’affichais un air calme et détaché dont je me félicitais, mais intérieurement, je n’en menais pas large :
- Monsieur, je plaide coupable. Je n’ai effectivement pas travaillé et j’ai invité quelques-uns de mes camarades à des soirées.
- Ah ! Vous avouez enfin, Lekkowski ! Alors que je vous ai déjà convoqué deux fois dans ce bureau sans jamais obtenir de vous que vous fassiez amende honorable, ni même une quelconque amélioration de votre conduite.
- Coupable je le suis, certes, mais laissez-moi plaider ma cause auprès de vous, monsieur. Ce que vous m’avez dit jusqu’à présent est tout à fait juste. Aussi, je pense pouvoir attendre de vous, une fois que vous m’aurez écouté, la plus grande justice.
- Pourquoi pas ? J’ai dix minutes devant moi, nous sommes en juillet et j’ai moi aussi envie de me divertir un peu. Je vous écoute, dit-il, finaud, en s’adossant à son fauteuil et croisant ses mains sur son gilet.
- Je vous remercie, monsieur Dumollet. C’était mon choix d’étudier à Paris, capitale dont la pensée éclairée rayonne sur le monde. Père a eu la générosité de m’offrir son soutien financier pour que je puisse vivre ici, dans ce pays de progrès, de droit et d’équité. Fait que j’ai méprisé, pensez-vous, comme un enfant gâté. Ai-je gâché mon année ? Bien au contraire, monsieur, je puis vous l’assurer. Le remords me taraude quand je pense à cet extraordinaire privilège que j’ai pris comme un dû, alors que j’aurais dû le recevoir comme la récompense anticipée d’un mérite. Mais vous connaissez la jeunesse mieux qu’elle ne se connaît elle-même, monsieur Dumollet. Si j’ai appris une chose, c’est que je ne suis pas le genre d’homme à pouvoir vivre avec un remords et cela m’incitera, à l’avenir, à réfléchir avant d’agir afin de ne pas retomber dans les mêmes tourments.
- Vous pourriez être divertissant, Lekkowski, dit-il en réprimant un bâillement vrai ou feint, mais vous êtes à la limite de l’ennuyeux. Venez-en au fait, je vous prie.
S’il croyait me désarmer avec ces petits stratagèmes, il se trompait bien :
- J’y viens, monsieur. Loin de moi l’envie de vous faire bailler, je n’ai qu’un désir, vous faire juge de ma misère. Je plaide coupable d’avoir eu une trop grande confiance en mes capacités à vivre seul, loin de ma famille, loin de ma chère maman. Coupable d’avoir eu la faiblesse, pour pallier ce manque d’affection d’enfant exilé, de m’entourer d’élèves que, vous noterez monsieur, j’avais pris soin de ne choisir qu’en dernière année pensant qu’ils étaient capables de juger par eux-mêmes si soutenir la solitude d’un ami les détournerait ou non de leurs devoirs.
M. Dumollet sourit :
- Et vous pensez qu’un tel plaidoyer me suffira pour vous donner une deuxième chance, Lekkowski ?
- Je vois bien que non, monsieur et j’en comprends la raison : vous avez trop d’esprit pour qu’un élève, quand bien même il aurait mon potentiel, puisse influer sur votre décision. D’un autre côté, le fait que je n’ai pas atteint le niveau qui me permettrait de soutenir une conversation face à vous sans paraître trop ridicule, prouve bien que j’ai besoin, plus que quiconque, que vous me laissiez me réinscrire dans votre prestigieux établissement dont l’enseignement est le seul qui pourra faire de moi un être capable de raisonnement, tels que vous aimez en voir sortir, chaque année, du lycée Philippe le Bel.
- Je constate que tel le chat, vous avez l’art de retomber sur vos pattes, mais qu’attendez-vous de moi, exactement ?
- Autant de clémence que celle que mon père aura à mon égard, quand je vais rentrer chez nous, en août, pour subir ses récriminations justifiées et le supplier à genoux de me laisser finir mes études chez vous, monsieur Dumollet. J’ajoute que s’il y a une quelconque pénitence que vous jugiez nécessaire de m’infliger, je m’y soumettrai, ce ne serait que justice.
- Vous êtes intelligent, Lekkowski, aussi vais-je me montrer direct avec vous. Voici ce que je vous propose : si vous rameniez de chez monsieur votre père, non seulement de la clémence à votre égard, mais une contribution au réaménagement de notre réfectoire, je pense pouvoir vous garder une place jusqu’à la fin du mois d’août.
- Merci, mons...
- Attendez ! Je n’ai pas fini. À cela, j’ajoute une condition. Voyez-vous, des noceurs comme vous, qui pensent que la vie se résume à l’esthétique de la frisure d’une moustache ou à l’élégance avec laquelle ils portent un costume, des jeunes gens qui se considèrent des maîtres en rhétorique parce qu’ils ont su étourdir, par quelques vagues mots bien tournés, volés aux grands poètes, des femmes qui se seraient laissées séduire à moins ; des fils de bonne famille qui n’ont d’autre centre d’intérêt que les amusements légers, j’en ai vu passer. Ils ne guérissent pas.
- J’ai bien l’intention...
- Je ne veux rien savoir de votre vie en dehors d’ici, vous en êtes le maître. Mais ici, c’est moi, le maître. Le maître absolu. Le moindre manquement que ce soit, en cours, au travail donné ou à la discipline, et je vous mets dehors, monsieur von Lekkowski, tout baron que vous êtes et ce, même en cours d’année, alors que vos camarades eux, continueront à déjeuner dans le réfectoire flambant neuf que vous leur aurez offert.
- Bien sûr...
- Je vous arrête là ! Ne promettez rien, ne me servez plus aucun de vos piètres raisonnements. Nous nous reverrons peut-être le premier septembre, lors de mon discours de bienvenue, mais ce sera tout. Je ne veux plus jamais vous voir dans mon bureau, assis en face de moi sur cette chaise. Est-ce bien clair ? Si oui, saluez et sortez, monsieur von Lekkowski.
- Au revoir, monsieur Dumollet, lui dis-je.
Avant de passer la porte de son bureau, je lui lançai un joyeux :
- Bon voyage, monsieur Dumollet !
Le proviseur grommela en replongeant dans sa paperasserie administrative, mais son œil brillait, songeant certainement au nouveau réfectoire qu’il venait d’obtenir si facilement.

Pour mon père, que j’étudie là ou ailleurs ou pas du tout, n’avait aucune espèce d’importance. Il ne voyait pas l’intérêt de savoir le latin pour entrer dans l’armée, ce qui était mon destin depuis toujours. Alors que nous dînions en compagnie de ma mère, il s’exclama, un grand sourire aux lèvres :
- Très bien, Maximilian ! Serais-tu encore capable de porter un fusil ou tes muscles ont-ils fondu au point de ne pouvoir porter qu’une plume et un cahier ?
- Vous ne seriez pas mon père, répondis-je, vexé, que je vous aurais demandé réparation de cette injure !
- Tu as l’air bien sûr toi, l’étudiant ! Partons à la bécasse demain. Celui qui en ramène le plus décide de ton avenir.
- Père, je ne dis pas que je n’accepterais pas une mise à l’épreuve, ou que je manque de courage pour relever un défi, mais celui-ci est perdu d’avance pour moi. Je n’ai pas tiré depuis plus d’un an et la chasse est toute votre vie. Mais si c’est ce que vous demandez, je m’y plierai.
- Je n’ai jamais été injuste envers qui que ce soit, pas même envers un jeune blanc-bec dont la cravate est plus volumineuse que le jabot d’un coq !
L’air de rien, du plat de la main, je tentai d’aplatir ma cravate.
- Si tu ne veux plus que je décide de ton avenir, Maximilian, c’est donc que tu te penses supérieur à moi. Prouve-le moi !
- Que suggérez-vous, père ?
- Un duel.
- Alexandre ! s’écria ma mère, vous n’y pensez pas !
- Avec un gilet pour contenter la baronne, fils. Le premier qui touche au cœur a gagné.
- Même ainsi je vous l’interdis, messieurs ! Vous n’allez tout de même pas faire couler le sang pour une histoire de lycée !
- J’accepte, père, annonçai-je, en lui tendant la main qu’il serra.
- Prépare ton paquetage pour l’armée, fils !
- Préparez votre bourse pour mon inscription, père.
- Faites cela et je vous ôte ma tendresse à tous les deux, dit mère.
Père lui sourit et prit sa main :
- Nous verrons cela demain. En attendant, ma très chère, vous en aurez bien un peu pour moi ce soir, j’espère ?
Mère rougit et se leva :
- Des rustres, voilà ce que vous êtes ! s’exclama-t-elle, sans arriver à se fâcher vraiment.
Il m’en coûta une jolie estafilade au bras, mais je touchai père au cœur le premier. Il s’inclina et j’obtins une année de plus à Paris. Ce qui me surprit le plus lors de ce séjour chez moi, fut le soutien de mon frère, lui qui ne m’avait jamais montré qu’une fraternelle jalousie. Je ne comprendrai son objectif que trop tard. Insouciant et donc heureux, je reprenais ma route vers la France, sans savoir que cette rentrée 1849 me réservait un inestimable cadeau : un ami.

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Se mignoter

gabrielle dubois se mignoter
PIERRE-AUGUSTE COT Gabrielle Dubois roman amour

Se mignoter



Nombre de mots disparaissent des dictionnaires pour faire place à d’autres, nettement moins poétiques, à mon avis.
Mignoter. Voilà un joli verbe qu’il me plaît de savoir encore dans un dictionnaire. Pourvu qu’il ne disparaisse pas !

Définition Larousse 1922 : Mignoter : familier. Traiter délicatement ; mignoter un enfant.
Définition tirée de : Origine et formation de la langue française. par A. de Chevallet..., édition :  1853-1857. Mignot, mignote signifiait autrefois petit, délicat, mignon, gentil, joli. Il nous est resté le verbe mignoter, caresser comme on caresse un mignot (un charmant enfant), le dorloter…

Et voici Balzac qui l’emploie dans La belle Imperia :
« … Mais en voyant l’Imperia soucieuse, il s’approcha d’elle pour la mignardement enlasser dans ses bras et la mignoter à la façon des cardinaux, gens brimballant mieux que tous autres, voire même que les soudards… »
Mais peut-être sommes-nous devenus trop politiquement corrects aujourd’hui pour entendre Balzac nous raconter les ébats des cardinaux et de leurs maîtresses ! Si certains ne se mignotent plus, heureusement, dans les romans de Gabrielle Dubois, on se mignote encore… et plus !

Instagram #gabrielleduboisromanciere

#roman #amour #aventure #gabrielle #dubois

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Ritz

Gabrielle Dubois meilleur roman 2016
Ritz Paris

 

 

La rénovation du Ritz à Paris vient de s’achever, et l’on parle partout de César Ritz.

 

Mais comment parler du Ritz de César sans parler de sa femme Marie et de son plus célèbre chef cuisinier et cofondateur Auguste Escoffier, tous deux conseillers techniques de César ? En 1896 quand commencèrent les travaux place Vendôme, César Ritz voulait Escoffier qui avait 2,5% des parts de la compagnie Hôtel Ritz ltd, et qui organisa le recrutement du personnel. Escoffier et Marie Ritz sélectionnèrent le matériel et les fournitures et passèrent au peigne fin tous les fournisseurs de Paris, d’Europe et au-delà. Marie trouva les tapis, tapisseries, brocards, soieries et linge ; elle étudia les grands maîtres des musées et des galeries pour créer une décoration de bon goût. Escoffier organisa bien sûr la cuisine, mais aussi la salle à laquelle il attachait un soin tout particulier en ce qui concernait les serveurs, vaisselles, cristallerie et argenterie. C’est au Ritz de Paris qu’Escoffier utilisa pour la première fois des plats plaqués argent pour le service à table. Il fit créer par Christofle à Paris des plats selon son idée dont le plat carré que Christofle baptisa : plat Escoffier.

 

Renseignements tirés du livre de Kenneth James.

 

Pour ce qui est de l’ambiance du Ritz, je vous conseille l’excellent livre L’usine de Gabrielle Dubois.

 

www.gabrielle-dubois.com

 

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Dimanche 05 Juin je serai au salon du livre de Pamiers

Dimanche 05 Juin je serai au salon du livre de Pamiers, cela promet d'être bien sympathique !

Voici l'adorable commentaire que les Appaméennes du livre ont publié sous ma photo:
" Gabrielle Dubois :
Parler d’amour avec les mots simples… nouer des brins d’érotisme mesuré, saisir chaque instant fragile d’un amour avant qu’il ne s’éclipse. Vivre. Vivre l’intensité à travers une lecture plus large qui peut se décliner comme s’inclinent les rougeurs sur les joues et qui fait naître la fièvre dans l’imaginaire."


Cela donne à rêver, non ?

 

gabrielle roman dubois
Salon livre Pamiers 2015 Brochure Gabrielle Dubois


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Les effarés, Arthur Rimbaud

roman gabrielle
Franz Xaver Simm

Les effarés, Arthur Rimbaud

L’une de mes toutes premières émotions poétiques :

Les effarés
de
Arthur Rimbaud

Noirs dans la neige et dans la brume,
Au grand soupirail qui s’allume,
Leurs culs en rond,

À genoux, cinq petits, misère !
Regardent le Boulanger faire
Le lourd pain blond.

Ils voient le fort bras blanc qui tourne
La pâte grise et qui l’enfourne
Dans un trou clair.

Ils écoutent le bon pain cuire.
Le Boulanger au gras sourire
Grogne un vieil air.

Ils sont blottis, pas un ne bouge,
Au souffle du soupirail rouge
Chaud comme un sein.

Quand pour quelque médianoche,
Façonné comme une brioche
On sort le pain,

Quand, sous les poutres enfumées,
Chantent les croûtes parfumées
Et les grillons,

Que ce trou chaud souffle la vie,
Ils ont leur âme si ravie
Sous leurs haillons,

Ils se ressentent si bien vivre,
Les pauvres Jésus pleins de givre,
Qu’ils sont là tous,

Collant leurs petits museaux roses
Au treillage, grognant des choses
Entre les trous,

Tout bêtes, faisant leurs prières
Et repliés vers ces lumières
Du ciel rouvert,

Si fort, qu’ils crèvent leur culotte
Et que leur chemise tremblote
Au vent d’hiver.

www.gabrielle-dubois.com   www.roman-amour.fr #gabrielleduboisromanciere

 

 

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Le Petit Moulin Rouge

Moulin Rouge
Sous les eucalyptus, un roman de Gabrielle Dubois

Le Petit Moulin Rouge,
Un article de Gabrielle Dubois



Louise Saint-Quentin, l’héroïne de Sous les eucalyptus, le roman d’amour de Gabrielle Dubois est « un bon-vivant », puisqu’il ne semble pas y avoir de féminin autorisé pour cet adjectif... passons ! Il était donc impensable pour moi que dans ce roman d’aventure, mon héroïne ne rencontrât pas le grand cuisinier Auguste Escoffier, qui officiait, au moment où l’action du roman se passe à Paris, en 1876, au Petit Moulin Rouge, restaurant réputé à l’époque (à ne pas confondre avec le cabaret du Moulin Rouge).
Afin de cerner un peu le personnage, j’ai lu Auguste Escoffier & César Ritz, Les Rois de l’Hôtellerie Moderne, un livre de Kenneth James aux éditions Pilote 24, dont voici un extrait :

« ... Auguste revint donc à Paris au printemps 1873 pour diriger la cuisine du Petit Moulin Rouge. Il connaissait bien l’héritage que lui laissait Ulysse Rahaut, le bruit et la chaleur de la cuisine, l’organisation du travail désordonné et le comportement rustre de la brigade. Il savait aussi comment le personnelle était commandé par les directives d’un matamore, par des ordres que Rahaut renforçait avec des coups et de invectives grossières. Alors qu’il n’était qu’un pauvre novice et souffrait dans le restaurant de son oncle, Auguste s’était promis d’améliorer les conditions de travail lorsqu’il dirigerait sa propre cuisine. Au cours de ses précédentes fonctions d’organisateur, il avait réfléchi à bien des changements et la transformation de la cuisine était sa priorité quand il prit les commandes de celle du Petit Moulin.
L’impact initial sur le personnel fut son style de direction : calme, contrôlé et percutant. Son premier changement dans l’équipe, peut-être le plus simple, se révéla efficace. Il modifia le nom de celui qui criait les commandes en cuisine : l’aboyeur devint l’annonceur, terme plus théâtrale. Auguste interdit à l’annonceur de crier : ainsi les cris cessèrent dans la cuisine de manière à pouvoir entendre les commandes. « Le coup de feu en cuisine, ce n’est pas la fin du monde », rappelait Auguste à son personnel. Ce changement ne résolut pas tout de suite les problèmes de mauvaise humeur et de comportement grossier puisqu’il ne s’attaquait pas à la cause du mal. Les cuisinières à charbon, portées au rouge pour la cuisson des rôtis à la broche, rendaient les cuisines terriblement étouffantes. Les cuisiniers y transpiraient énormément. La fumée et les vapeurs des feux desséchaient leurs gosiers. Boire souvent était indispensable et la bière avalée pendant les douze à quatorze heur d’une journée normale de travail aurait transformé le cuisinier le plus angélique en un vulgaire ivrogne.
Auguste supprima l’alcool en cuisine, et, sur avis médical, fournit une boisson composée d’eau et d’orge, disponible à tout moment. Progrès fantastique ; mais il restait tout de même vigilant. « Si un employé aux cuisines se permettait des écarts de paroles », soulignait un de ses collaborateurs dans ses dernières années, escoffier lui faisait un signe et lui disait : « Ici, vous êtes censé être poli ; tout autre comportement est contraire à notre manière de faire. »
Lui-même suivait rigoureusement ses propres règles et restait toujours poli avec son équipe et ses collègues. Quand il perdait patience, peut-être avec un cuisinier récalcitrant, il faisait un geste : il étirait le lobe de son oreille entre le pouce et l’index, tout en se frottant la joue, une habitude d’enfance. Il disait alors : « je sors un moment, je me sens devenir nerveux. » Il revenait peu après et discutait fermement mais calmement, avec le cuisinier.
Ses nouvelles fonctions lui permettaient d’établir des contacts étroits avec les clients du restaurant, princes, ducs, et les plus hautes personnalités sociales ou politiques, ainsi que les magnats de la finance. Il aurait pu étudier leurs goûts et leurs désirs et apprendre à leur plaire. Mais il ne le fit pas et comporta sur sa renommée.
Beaucoup de ses clients d’avant-guerre (1870) revinrent au restaurant, et non des moindres : le maréchal Mac Mahon, ou, pour lui donner son nom exact : Marie Edmond Patrice Maurice comte de Mac Mahon, duc de Magenta qui, le 24 mai 1873 remplaça Adolphe Thiers à la résidence de la république française... »

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Charles Worth et la « tournure »

#roman #amour
Gabrielle Dubois et la tournure

Charles Worth et la « tournure »,

 

 

 

un article de Gabrielle Dubois



La « tournure » occupe une jolie place dans le roman d’aventure SOUS LES EUCALYPTUS. Louise Saint-Quentin en porte... quand elle est habillée. Si j’avais écrit ce roman d’amour en étant une contemporaine des années 1880, je n’aurais pas eu besoin de quelques descriptions pour donner une idée au lecteur de ce que l’héroïne portait. Mais n’étant pas moi-même accoutumée aux chemises de batiste, corsets, surchemises, corsages, pantalons, jupons, tournures en métal ou en coussinets, jupes, traînes, j’ai dû me documenter, afin de pouvoir, avec la plus grande légèreté possible, habiller et déshabiller, dans le roman Sous les eucalyptus, une héroïne qui est particulièrement encline à l’amour... et à l’aventure !
Une partie de mes recherches s’est effectuée dans Une Histoire de la mode du XVIIIème au XXème siècle, Les collections du Kyoto Costume Institute, édition TASCHEN, dont voici un extrait :

« Dans la deuxième moitié du 19ème siècle, le perfectionnement du métier à tisser et des procédés de teinture permet de fabriquer toutes sortes de matières pour les jupes. La production s’envoile, car la crinoline nécessite d’énormes quantités de tissus. La tournure, qui sera bientôt  à la mode, est beaucoup moins ample, mais elle est tellement ornée de rubans et de volants qu’elle exige également beaucoup d’étoffe. Cet engouement est une bonne nouvelle pour les fabricants français, et notamment pour les soyeux de Lyon. Napoléon III soutien l’industrie textile dans le cadre de sa stratégie politique, à la grande satisfaction de la bourgeoisie. Des couturiers célèbres, notamment Charles Frederick Worth, utilisent des soies de Lyon, techniquement plus évoluées et d’un grand raffinement artistique. Du coup, Lyon retrouve sa place de principal fournisseur d’étoffe de la couture parisienne.
La tournure :
Dès la fin des années 1860, les jupes prennent du volume vers l’arrière tout en s’aplatissant nettement sur le devant. Un nouveau vêtement de dessous a été lancé sur le marché. Il s’appelle « tournure ». La tournure est coussinet rigide rembourré de différentes matières et se place sur le postérieur. La mode de la tournure dure jusque dans les années 1880, ne subissant que quelques changements mineurs. La silhouette de la robe des années 1880 est illustrée dans un tableau célèbre de Georges Seurat, Un dimanche après-midi à l’île de la Grande Jatte (1884-1886), the Art Institut of Chicago, qui représente des promeneurs anonymes à la campagne. On voit que la tournure est également portée dans les classes populaires. Au Japon, elle est appelée Rokumei-kan, d’après le nom d’un lieu de festivals et de galas qui a beaucoup contribué à l’occidentalisation de Tokyo à l’époque de la Restauration Meiji (1867-1912).
Après 1850, la plupart des robes se composent de deux pièces distinctes, un corsage et une jupe ; avec la fin du siècle, on assiste au retour des ornements et des détails. Les robes sont surchargées jusque dans leurs moindres replis de toutes sortes de détails compliqués qui finissent par engoncer totalement la silhouette. Seule exception à la règle, une robe d’une seule pièce laissant deviner les lignes du corps et créée au début des années 1870. Elle est baptisée « robe princesse » en l’honneur de la princesse Alexandra (1844-1925), future reine d’Angleterre.
Vers la fin du siècle, les coiffures de prédilection sont les chignons volumineux. Les coiffes, quasiment obligatoires tout au long du siècle se transforment en petits chapeaux à bords étroits qui laissent voir ces coiffures très élaborées. Les toques à bords presque invisibles deviennent très à la mode pour cette raison. »

Plus d’infos au MET >lien
Et retrouvez la haute couture parisienne dans le roman d’amour Sous les eucalyptus de Gabrielle Dubois

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