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Le film CUSP résonne en France

sundance cusp 2021

THE 51 FUND et moi-même sommes extrêmement fiers et reconnaissants de faire partie de CUSP, un film phénoménal et sans égal, en compétition au Sundance Festival 2021 .

CUSP est un documentaire dont le sujet résonne dans le monde entier, particulièrement en France avec le #metooInceste, suite à l’affaire Duhamel.

CUSP : Dans une petite ville du Texas, trois adolescentes à l'esprit sauvage, qui vivent dans un environnement où règne une masculinité toxique, cherchent la liberté et l'accomplissement personnel en tentant de se libérer de leurs traumatismes passés.

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THE 51 FUND Stinger

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Sundance Festival 2021, US Documentaires

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Sundance Festival 2021, US Documentaires
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CUSP, rencontrez les réalisatrices!

CUSP, rencontrez les réalisatrices!
CUSP, rencontrez les réalisatrices!

CUSP, long métrage documentaire sélectionné au Festival du film de Sundance 2021 :


"Cusp raconte une année dans la vie de trois amies adolescentes d'une ville du Texas où il n'y a rien d'autre à faire que de la fête et où l'alcool, la drogue et les armes à feu sont des loisirs banals. Les réalisatrices Parker Hill et Isabel Bethencourt ont observé des moments intimes chez de Autumn, Brittney et Aaloni, et dans leurs cercles sociaux. L'approche de vérité brute du film crée un portrait sensible et multidimensionnel de l'adolescence et du temps et du lieu où ces filles la vivent. Alors que les filles s'ouvrent à leur passé et explorent leurs définitions de la liberté et du consentement, CUSP illustre comment elles se rebellent contre les attentes de la société et s'assimilent à une masculinité toxique comme tactique de survie. Bien qu'un sujet proclame "il n'y a pas de normalité dans l'adolescence" et que les filles affirment ouvertement leur propre impuissance, Autumn, Brittney et Aaloni donnent la parole aux expériences d'innombrables adolescentes. CUSP honore la confiance des sujets avec un film puissant et évocateur qui incarne la signification de leurs histoires et contient des discussions sur la violence sexuelle".

 

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Mary Elizabeth Braddon, Aurora Floyd

Aurora Floyd, Mary Elizabeth Braddon

 

Les romans à suspens ne sont pas le genre de romans que j’aime, je m’explique : un secret ou un mystère révélé à la dernière page du roman m’agace. En tant que lectrice, je passe des heures de lectures dans l’ignorance du pourquoi et du comment de l’histoire. Les personnages agissent sans que je sache le pourquoi de leurs agissements. Je trouve cela sans intérêt. J’avais lu La Dame en Blanc de Wilkie Collins et cela m’avait fortement ennuyée. D’autant plus que chez lui, la psychologie et compréhension des personnages, des femmes surtout, n’était pas brillante.

Avec Aurora Floyd de Mary Elizabeth Braddon on est gâtées par sa compréhension de ses personnages, hommes comme femmes. L’auteure comprend comment ils fonctionnent et c’est un plaisir ! Ensuite, elle nous sert une belle analyse de la société, par petites touches discrètes mais ô combien révélatrices ! Et elle nous régale d’un humour fin et d’une belle écriture. Et enfin, si le secret est révélé aux deux tiers du roman, le suspense reste jusqu’à la fin du livre : sachant le secret, comment tous les personnages vont-ils réagir et se dépatouiller de la situation ? Le bien et l’amour vont-ils triompher d’autant plus qu’événements tragiques et rebondissements inextricables surviennent encore ?

Eh bien, je vais vous le dire… non mais sans blague, vous croyez vraiment que je vais vous le dire ?

William Thackeray, dont je n’ai lu que le trèèèès long Vanity Fair, dans lequel il montre son inexistante compréhension des femmes, dit de l’auteure Mary Elizabeth Braddon : "Si j’étais capable d’inventer des intrigues comme Miss Braddon, je serais le plus grand écrivain anglais." M. Thackeray, vous appelez cela un compliment ? Vous êtes bien un homme de votre temps ! Ce que vous auriez dû dire, c’est quelque chose comme : "Les intrigues de Miss Braddon font d’elle le plus grand écrivain anglais." Ah, mais que la supériorité d’une femme est inconcevable à certains hommes, à quasiment tous les hommes de l’époque de Mary Elizabeth Braddon ! Comme cela devait être frustrant pour des femmes brillantes comme l’auteure, de n’être qu’une femme qui écrit un roman comme on dirait d’elle qu’elle écrit sa liste de courses !

John Mellish a été heureux de sa naissance à ses trente-deux ans. Braddon le répète assez souvent. Insouciant, inconséquent, il a toujours vécu dans l’opulence, sans jamais avoir à s’inquiéter de choses matérielles ou immatérielles. Sa fortune est si grande, qu’il n’a pas besoin de tenir des comptes serrés pour l’économiser ou la faire perdurer. A-t-il eu des maîtresses avant de connaître Aurora ? ce n’est pas dit. Mais c’est plus que probable, Braddon ne dit pas non plus qu’il est niais. C’est un brave homme qui n’a jamais eu à se poser de question ni sur lui ni sur la vie. Sa vie est une évidence. Une pensée qui ne l’a jamais effleuré : se demander comment il se fait qu’il ait autant de privilèges : financiers (il a un immense domaine), naturels (il a une bonne santé et un physique correct) et, par-dessus tout, être un homme dans une société et un temps où les hommes sont au sommet de l’échelle sociale sans discussion possible.

John Mellish est à l’aise dans sa vie : il est né riche et propriétaire, de parents riches et propriétaire, il trouve cela tout à fait normal. Son intelligence moyenne l’empêche de s’en faire la remarque.

Aurora Floyd, bien que de richesse égale, évoluant dans la même société, est tout à fait différente. Son père est un riche banquier, certes, mais sa mère n’était qu’une actrice populaire, autrement dit, en tant que actrice de bas étage, venant d’un milieu pauvre, et femme, elle se trouvait au plus bas de l’échelle sociale. Aurora est belle, riche, intelligente, bonne, mais cela n’est pas une garantie de suivre le « droit chemin » que la société a tracé pour elle. D’une part parce qu’elle est, elle, Aurora, non pas une des représentantes de l’idéal de la femme tel que le souhaitent les hommes de sa société : douce, docile, future épouse et mère. D’autre part parce qu’elle a été élevée en liberté :

« Aurora, comme disait sa tante, avait grand besoin d’une personne accomplie et vigilante, qui aurait soin de discipliner cette plante pleine de sève qu’on avait laissée croître comme elle l’avait voulu depuis son enfance. Il fallait tailler le bel arbrisseau, l’émonder, l’attacher symétriquement aux murs de pierre de la société avec des clous cruels et des bandes de drap enchaînantes. »

Aurora n’est pas qu’une façade. Elle est une jeune femme qui a soif de vivre, d’expérimenter la vie. Et elle commet ce que la société appelle une erreur. C’était une erreur, mais pour elle seule. Elle s’en est d’ailleurs rendu compte très vite et s’en est éloignée. Elle en sera affectée toute sa vie dans sa chair et dans son cœur. N’est-ce pas suffisant ? Ce qui n’aurait dû être qu’une expérience de vie personnelle, devient un handicap à vie dans une société qui veut codifier, légiférer, dicter tous les actes privés jusqu’à ce qu’ils deviennent des blâmes entachant une vie entière. Pauvre Aurora qui s’accuse d’avoir commis une erreur alors qu’elle était de toute bonne foi et de tout bon cœur, qu’elle a été le jouet d’un misérable individu, et qu’elle a tenté de réparer ce qu’elle appelle sa faute, alors qu’elle n’a été que la victime. Comment une société peut-elle être si injuste qu’elle en vienne à blâmer une femme victime au lieu de son bourreau ?

Cette "erreur" aurait pu être commise par un John Mellish, un Talbot Bulstrode, leurs vies n’en auraient pas été entièrement affectées, elle leur auraient été pardonnée par la société, comme ce qu’elle est : une erreur de jeunesse, de jugement, une expérience de vie.

John Mellish est admirable. À mon avis, il représente ce que l’auteure Braddon aurait aimé que soient plus d’hommes de son vivant : son amour est sincère, touchant par qu’à la limite du pitoyable. Il accepte sa femme comme un cadeau immérité et surtout, il est compréhensif envers "son erreur" à tel point qu’il en rejette l’entière faute sur l’homme qui en est responsable.

Finalement, il me vient une petite idée : Mellish et Bulstrode, les deux personnages principaux masculins et bons ont des caractéristiques d’héroïnes féminines : ils sont capables d’un amour aveugle et inconditionnel d’amoureuse, ils sont compréhensifs et savent se remettre en question. C’est sans doute est-ce pour cela que je les ai aimés et que ça ne m’ait pas dérangée que les personnages féminins soient plus secondaires malgré le titre du livre ?

 

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SUNDANCE FESTIVAL 2021 / Cusp

Sundance 2021 Cusp
Sundance 2021 Cusp

CUSP,
Documentaire Long Métrage,
Présentation de
SUNDANCE FESTIVAL 2021,
réalisé par
Parker Hill & Isabel Bethencourt


PREMIÈRE VICTOIRE POUR LES FILLES

CUSP est un documentaire sélectionné au Sundance Festival 2021, présentant une année de l'adolescence de trois adolescentes qui vivent ou survivent dans la cruauté désinvolte d'une masculinité toxique d’une petite ville du Texas.

CUSP sélectionné au Sundance Festival
Doit-on encore présenter le Sundance Festival ? Bon, allez, pour vous qui venez tout juste de sortir de votre œuf (de poule élevée en plein air !), commençons par un mot de Robert Redford son fondateur et président :
"Les conteurs élargissent notre esprit: ils nous engagent, nous provoquent, nous inspirent et, en fin de compte, nous relient."
En tant que défenseur et conservateur d'histoires indépendantes pour la scène et l'écran, l’Institut Sundance Institute fournit et préserve l'espace nécessaire aux artistes du cinéma, du théâtre, de la composition de films et des médias numériques pour créer et s'épanouir.

Brève histoire de Sundance

Telle qu’on peut la retrouver sur leur site :
Robert Redford a fondé l'Institut en 1981 pour encourager l'indépendance, la prise de risque et les nouvelles voix dans le cinéma américain. Cette année-là, dix cinéastes émergents ont été invités au Sundance Resort dans les montagnes de l'Utah, où ils ont travaillé avec des scénaristes, des réalisateurs et des acteurs de premier plan pour développer leurs projets indépendants originaux.
Aujourd'hui, 180 employés travaillent dans des bureaux à Park City, Los Angeles et New York pour fournir 25 laboratoires résidentiels, des subventions de plus de 3 millions de dollars et des parrainages permanents qui soutiennent plus de 900 artistes chaque année. Le festival du film de Sundance présente à un public mondial des œuvres révolutionnaires et des talents émergents du cinéma indépendant. En plus du festival, l’Institut Sundance accueille de nombreux programmes publics aux États-Unis et dans le monde entier, pour mettre les artistes en contact avec le public afin de présenter des voix originales, d'inspirer de nouvelles idées et de créer une communauté autour du récit indépendant.

La mission de Sundance :
Le Sundance Institute est une organisation à but non lucratif qui se consacre à la découverte et au développement d'artistes et de publics indépendants. Par le biais de ses programmes, l'institut cherche à découvrir, soutenir et inspirer les artistes indépendants du cinéma, des médias et du théâtre des États-Unis et du monde entier, et à présenter au public leurs nouvelles œuvres.

La vision de Sundance :
Nous croyons qu'une histoire menée par une voix individuelle et authentique peut éveiller de nouvelles idées qui ont le pouvoir de ravir et de divertir, de repousser les limites de la créativité, de susciter de nouveaux niveaux d'empathie et de compréhension, et même de conduire à un changement social. Nous soutenons les conteurs indépendants et faisons progresser l'impact de leur travail dans le monde.
En tête de l'appel à la diversité dans les médias, l'Institut lance trois initiatives pour ouvrir de nouvelles voies à la production, dont Women at Sundance, qui soutient les conteuses.
Sundance, un festival unique qui s’ouvre aux humains indépendants de tous couleurs et genres, des États-Unis à la Chine, de l’Amérique du Sud à l’Afrique du Nord et à l’Europe centrale.

Bienvenue à Sundance 2021 !
Comme le dit la newsletter :
« Le Festival du film de Sundance 2021 commence le 28 janvier, et nous faisons les choses un peu différemment cette fois-ci. En connectant les artistes et le public où que vous soyez - en ligne et en personne - la nouvelle version de notre événement phare proposera une série de longs métrages indépendants qui changeront la culture, des panneaux de réflexion, des expositions New Frontier qui repoussent les limites, et bien d'autres choses encore. »
Restez connectés, je vous mettrai d’autres liens dans les jours ou semaines à venir…

CUSP sélectionné au Sundance Festival 2021 :
Parmi des dizaines de milliers de films soumis à la sélection du festival, CUSP a été choisi ! Ce qui est déjà une belle et incroyable victoire en soi et une grande joie pour toutes les filles et adolescentes du monde entier qui voient ainsi leurs voix entendues, leurs histoires reconnues.
Gageons que CUSP fera un beau parcours au Sundance Festival 2021. Ce documentaire est si nécessaire au futur de l’humanité ! Une culture masculine et toxique doit être absolument et rapidement abolie pour faire place à une égalité nécessaire des femmes et des hommes. Pour que la dignité soit accordée à toutes les femmes, pour que les femmes s’autorisent toutes à se considérer comme des êtres humains ayant le droit d’exister pour elles-mêmes, de dire non et d’être entendues.
Pour que toutes les filles et adolescentes qui vivent actuellement des situations semblables à celles que vivent Aaloni, Autumn et Brittney, filmées dans Cusp par Parker Hill   et Isabel Bethencourt, puissent se dire : personne n’a le droit de me maltraiter, j’ai le droit d’être protégée. Pour que toutes les autorités : parentales, étatiques, prennent conscience et entendent et reconnaissent leurs enfants.

Je remercie tout particulièrement Isabel Bethencourt, Parker Hill, Naomi McDougall Jones et The 51 Fund  de m’avoir donné l’opportunité de participer modestement à ce beau projet.


Gabrielle Dubois

Gabrielle Dubois (Founding General Partner de THE 51 FUND ― maison américaine de production de films écrits et réalisés par des femmes), est l’une des productrices de CUSP.
THE 51 FUND est l'un des producteurs du film CUSP.



Liens :
The51fund
Cusp le film
Festival de Sundance

#Sundance #the51fund #Gabrielle #Dubois

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Cusp / Film

CUSP Sundance Festival 2021
CUSP Sundance Festival 2021

CUSP

Documentaire Long Métrage sélectionné au
SUNDANCE FESTIVAL 2021,
réalisé par
Parker Hill & Isabel Bethencourt

 

 

PRÉSENTATION

CUSP chronique une année de l'adolescence de trois filles qui doivent vivre et survivre dans la cruauté désinvolte d'une masculinité toxique d’une ville militaire rurale du Texas central.

CUSP, les réalisatrices

Quelques années à peine après le début de leur carrière, Parker Hill s'enorgueillit d'un film de thèse de 2016 primé au Tribeca Festival et de publicités nationales, Isabel Bethencourt a réalisé des vidéos pour le Wall Street Journal et GQ. Pour leur premier long métrage, Cusp, les deux cinéastes ont suivi trois filles du Texas à l'esprit sauvage dans leur transition vers l'âge adulte. C'est un sujet familier que les deux femmes traitent d’une façon tout à fait inédite. Les deux réalisatrices filment ces adolescentes américaines comme on ne nous les a jamais montrées avant. C’est brut, c’est terrible, c’est ― enfin ― vrai. Espérons que ce soit une prise de conscience magnifique, l’aube d’une nouvelle ère pour toutes les filles opprimées, agressées, non considérées, non entendues dans le monde.

CUSP, la genèse

Tout a commencé dans une station-service à 2h30 du matin.
Parker Hill et Isabel Bethencourt étaient en voyage du Montana à Austin, en mission pour photographier l'été des adolescents américains. C'était leur dernière nuit, elles faisaient un dernier plein d’essence avant de rentrer chez elles. Un pick-up est arrivée sur le parking, en trombe, musique à fond, et s'est arrêtée. Trois filles en sont sorties, pieds nus, en riant et en chahutant. Parker et Isabel, les réalisatrices, leur ont demandé si elles pouvaient les prendre en photo, les filles les ont invitées à se baigner dans une rivière avec des amis. Après avoir traîné pendant quelques heures, nagé dans l'eau noire et parlé de leur histoire, les adolescentes et les deux réalisatrices sont devenues amies. À la grande surprise des réalisatrices, les filles se sont instantanément ouvertes. Les adolescentes avaient tant à dire sur leurs vies, auxquelles personne ne s’était intéressées avant. Elles étaient impatientes de se raconter, comme si, d'une certaine manière, elles se sentaient oubliées par leur ville, leurs écoles et leurs parents.
Au lever du soleil, les filles ont ajouté les réalisatrices sur leurs comptes Instagram, et elles se sont séparées ― les réalisatrices devaient retourner au Texas.


CUSP, derrière la rencontre

Lorsque Isabel Bethencourt et Parker Hill ont rencontré ces filles drôles et pleines d'entrain, elles ont immédiatement été attirées par leur énergie débordante et leur soif de vivre ― cela leur a rappelé la liberté de leurs nuits d'été d'adolescentes. En traînant et en photographiant ce groupe, les réalisatrices ont été frappées par la désinvolture avec laquelle les filles discutaient de leurs expériences de harcèlement par leurs amis masculins. Elles ne parlaient que de la manière dont elles avaient géré la violence domestique, les agressions, et le fait de se rabaisser, tout en faisant passer ces actes pour des actes courants, en riant aux blagues sexiste et en participant à la diabolisation d’autres filles.
Au premier abord, Parker et Isabel s’étaient attachées à leur liberté apparente. Mais rapidement, elles ont décelé derrière la légèreté de ces adolescentes, leurs tactiques étrangères et pourtant familières de survie sociale. D’expérience, les réalisatrices savaient ce que l'on ressent quand on rit de commentaires blessants et que l'on passe à autre chose pour sauver la face. Mais que se passerait-il si cela allait plus loin ? Isabel et Parker se sont demandé si ces filles continuaient toute leur vie à se mordre la langue et à accepter leur réalité, si cela commençait à avoir un impact sur elles ? Est-ce que cela allait leur faire perdre le sens de leur identité ?
Les deux réalisatrices ont décidé alors de revenir dans la petite ville et de filmer ces adolescentes pendant un an.

CUSP, la culture sexiste

Au bout de plusieurs mois, alors que les filles s'ouvraient courageusement sur leurs diverses expériences en matière d'agression sexuelle, Isabel Bethencourt et Parker Hill ont réalisé que chacune des filles avait été dans une situation sexuelle à laquelle elle n'avait pas consenti à un très jeune âge, que ce soit avec des garçons qu'elles connaissaient ou des hommes adultes. Ce modèle apparemment invisible de comportement permissif et de masculinité toxique a propulsé leur reportage dans une enquête sur la relation entre des actes évidents de violence sexuelle et la normalisation quotidienne d'une culture sexiste dans laquelle vivent ces filles.
Le viol est le crime grave le moins signalé aux USA ― 80% de ces crimes ne sont pas signalés, et les survivants de viols sont 50% plus susceptibles de souffrir de TSPT  (trouble de stress post-traumatique) que les soldats revenant de la guerre. Alors que de nombreux films sont réalisés sur les 20 % de femmes courageuses qui signalent les viols, CUSP met des visages sur l'expérience de ces 80 % ― des adolescentes qui se réveillent chaque jour en essayant d'être des enfants comme d’autres, qui souffrent en silence un traumatisme aggravé par la culture inégale qui commence à être reconnue aux États-Unis ― une culture des états côtiers à l’opposé des autres états. Une fois que les agressions sont normalisées, rire d'une blague sexiste ou même y participer, est dans la continuité. La compétition entre les filles, qui cherchent à obtenir le pouvoir qu'elles peuvent trouver, ne fait que perpétuer un sentiment d'inutilité.

CUSP, la prise de conscience des femmes

Filmer un an dans l'adolescence des filles, est une aventure, mais aussi un domaine dont l'exploration et la compréhension passionnent les deux réalisatrices. En grandissant et en partageant des histoires formatrices avec des amies proches, Isabel Bethencourt et Parker Hill avons réalisé à quel point leurs expériences passées étaient communes. D'une certaine manière, être une fille était si traître, si isolant, qu’elles pensaient être les seules à lutter pour s'en sortir. « Sans avoir vu les miroirs de nos expériences, nous et beaucoup d'autres (filles et femmes) nous sentons seules et incomprises. En tant que cinéastes et femmes, nous reconnaissons que la représentation dans l'art et la culture a le pouvoir d'affirmer aux jeunes filles que leur expérience a de la valeur et mérite d'être racontée, surtout lorsqu'il s'agit d'agression sexuelle.
Nous avons eu la chance de rencontrer ces filles au milieu de la nuit, et qu’elles nous fassent assez confiance pour nous raconter leurs histoires. Nous avons réalisé que si nous ne les écoutions pas, personne ne le ferait. Nos sujets sont plus que leur passé qu'elles n'ont pas pu contrôler, et quand d'autres personnes regarderont le film, elles se connecteront avec elles et, espérons-le, se sentiront moins seules dans ce monde aussi. »

CUSP,

Il peut être difficile d'expliquer et de comprendre pleinement les enjeux du drame des adolescentes de certaines petites villes américaines, des réalités de leur vie quotidienne dans une communauté à faibles revenus, d'autant plus que la plupart d'entre elles ont tendance à taire ou à avaler ce qu'elles vivent. Du langage corporel à l'expression de la personnalité sur les murs de leur chambre, CUSP nous invite à entrer dans ce monde avec l'intimité familiale que ces trois adolescentes, Aaloni, Autumn et Brittney trouvent l’unes chez l’autre. On sent intensément les années de réconfort entre les filles alors qu'elles se prélassent l'une sur l'autre, les jambes entrelacées sur le lit et blotties autour du téléphone de l’une d’elles. La caméra reste fixe, en contraste avec les sujets animés et impudiques face à elle.

CUSP, la réalité de la société américaine

À l'heure où la culture rurale du Sud des États-Unis est de plus en plus déconnectée de la réalité côtière américaine et où les effets de la masculinité toxique commencent à être enfin examinés, on ne peut s'empêcher de remarquer que les garçons sont encore et toujours les sujets en face de la caméra et au premier plan de la conversation. Isabel Bethencourt et Parker Hill dirigent enfin la lumière de l'autre côté, celui que cette toxicité affecte : la vie souvent négligée des adolescentes.
Le film permet de découvrir les moments quotidiens et les micro agressions de la culture du viol. Comme tout le monde participe à la perpétuation et à la normalisation de ce comportement, on oublie comment les choses devraient être, en fait. Comme le dit Brittney, "c'est comme ça ici, je ne peux rien y changer". En capturant un morceau de l’adolescence de ces quatre filles, on peut déjà voir comment ce genre de pensée, à seize ans, a un impact sur le développement, le potentiel et l'estime de soi des filles.

CUSP en France et dans le monde

Il ne s’agit pas de regarder CUSP en voyeurs de la société américaine. L’insécurité des filles et adolescentes concerne malheureusement le monde entier dont la France :
D’après Interstats n°24 de janvier 2020, du Ministère de l’Intérieur, le nombre de violences sexuelles constatées en France en 2019 sur des personnes de plus de 14 ans est de 54100, dont 22900 viols et 31200 agressions sexuelles, soit près de 63 viols par jour et plus de 85 agressions sexuelles par jour.
Mais on sait, d’après l’ONDRP ― Observatoire National de la Délinquance et des Réponses Pénales ― que le taux de plainte pour viol ou tentative de viol est estimé à seulement 22%.
D’autre part, le décalage temporel entre la date d’enregistrement des faits par les services de sécurité et la date réelle de commission (ou de début) des faits, est particulièrement ample pour les violences sexuelles. Ce délai médian d’enregistrement des plaintes est beaucoup plus élevé chez les victimes mineures que chez les victimes majeures. De même, ce délai est plus élevé pour les victimes de viols que pour les victimes d’autres agressions sexuelles. Ainsi, 50 % des dépôts de plainte pour viols sur majeurs pendant le troisième trimestre 2019 l’ont été 70 jours ou plus après la date du viol. Ce chiffre s’élève à plus d’un an (409 jours) pour les victimes de viols sur mineurs.
Ce délai montre l’ampleur du traumatisme des victimes de violences sexuelles ou viols. Je n’ai pas pu trouver la durée de ce délai pour les personnes ne révélant de telles agressions subies dans l’enfance, à l’âge adulte : là, il peut se passer jusqu’à une trentaine d’années.


Je remercie Isabel Bethencourt et Parker Hill d’avoir créé et réalisé le documentaire CUSP et Naomi McDougall Jones de m’avoir donné l’opportunité de participer modestement à ce beau projet.©

Gabrielle Dubois

Gabrielle Dubois (Founding General Partner de THE 51 FUND ― maison américaine de production de films écrits et réalisés par des femmes), est l’une des productrices de CUSP.
THE 51 FUND est l'un des producteurs du film CUSP.

Liens :
The51fund
Cusp le film
Festival Sundance

#Sundance #the51fund      

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Aux hommes qui liront des livres de femmes

Tableau Amaryllis et Henrietta de la peintre Vanessa Bell, 1940


Depuis des milliers d’années, les hommes et les femmes lisent des livres écrits par les hommes en très (très, très) grande majorité.

Qu’est-ce que cela peut bien faire ? me direz-vous. La philosophie de la Grèce antique, les textes religieux, les romans d’amour ou de guerre, la science-fiction, les histoires contemporaines vraies ou fictives ne sont pas tous misogynes, tout de même ?

Non, en effet, ils ne le sont pas… tous. Mais toutes ces réflexions, pensées, histoires vraies ou fictives qui sont pensées, imaginées, écrites par des hommes, auraient été pensées, imaginées et écrites d’une façon totalement différente si les femmes en avaient eu la possibilité. Aurait-ce été pire, mieux ? La question n’est pas là. Ç’aurait été différent et on ne saura jamais de quelle façon, c’est passé, c’est trop tard.

Aujourd’hui, dans quelques pays sur la Terre, les femmes peuvent raconter à leur façon. D’autres femmes les lisent. Les lectrices ont enfin accès à une vision féminine du monde et d’elles-mêmes. Enfin elles peuvent se reconnaître dans des pensées, des philosophies, des héroïnes vues de l’intérieur, comprises par des cerveaux de femmes, imaginées par des visions de femmes, créées par des cœurs de femmes.

Et ça change tout pour les filles et les femmes : chacune n’est plus isolée dans son identité, elle constate qu’elle n’est pas la seule à se poser un genre de questions, pas la seule à se croire anormale parce que sans modèle, pas la seule à vouloir être un être humain avec sa propre définition.

Mais il y a encore deux pas à faire, et ce sont des pas de géant :

D’une part que le livre puisse être écrit et lu par des femmes partout dans le monde.

D’autre part que les auteurEs soient lues aussi bien par les femmes que par les hommes. Il est merveilleux que les femmes puissent maintenant de plus en plus avoir accès à une vision de femmes sur le monde et sur elles-mêmes, mais il serait encore plus merveilleux, bénéfique, progressiste, humain, que les hommes se familiarisent enfin avec la pensée, la vision, le cœur des femmes.

Aux courageux lecteurs qui ont osé ou qui oseront s’aventurer dans ce monde féminin, inconnu encore, en pleine découverte et construction, soyez les bienvenus !

Gabrielle Dubois©

#Gabrielle #Dubois #lecture #livres #féminisme

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Les femmes qui lisent sont dangereuses, de Laure Adler et Stefan Bollmann

  Les femmes qui lisent sont dangereuses

 

"Ce qui incombait aux femmes, c’était de broder, prier, s’occuper des enfants et cuisiner. Dès l’instant où elles envisagent la lecture comme une possibilité de troquer l’étroitesse du monde domestique contre l’espace illimité de la pensée, de l’imagination, mais aussi du savoir, les femmes deviennent dangereuses. En lisant, elles s’approprient des connaissances  et des expériences auxquelles la société ne les avait pas prédestinées."

Un très beau livre: tableaux choisis, photos, commentaires, tout est bon!

#Laure #Adler #Stefan #Bollmann #lesfemmesquilisentsontdangereuses #féminisme

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L'actualité de THE 51 FUND

"La semaine prochaine nous annoncerons de fantastiques nouvelles! Restez branchés..."


THE 51 FUND, Nouveau Fonds d'Investissement américain pour les Femmes Cinéastes.

#The51fund

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En savoir plus sur Gabrielle Dubois :

Je suis née à Toulouse, France, en 1967.
Un soir, alors que j’avais 45 ans, je regardais un film à la télévision avec mon mari. Un héros américain sauvant seul le monde, laissant autour de lui mort et destruction. Classique.
Un quart d’heure après le début du film, subitement, sans rien dire, je me suis levée et je me suis assise devant l’ordinateur, avec le bruit de la télé dans les oreilles. J’ai ouvert une page, et j’ai commencé à écrire l’histoire que je me racontais depuis… toujours !
Parce que je me suis toujours racontée des histoires, aussi loin que je me souvienne. Mais je croyais que d’une part, tout le monde le faisait et que d’autre part, ça n’avait pas d’importance. Au reste, cela faisait des années que je m’empêchais de me raconter des histoires, pensant que c’était ridicule !
Bref, me voici, assise à mon ordinateur, tapant à toute vitesse, peinant à suivre les dialogues que mes personnages se racontent dans ma tête, que je vois comme si j’étais au cinéma. Avant l’aube, je me décide à aller me coucher, parce que j’ai un boulot pour nourrir ma famille !
Enfin heureuse, le lendemain soir, je me remets à écrire mon histoire et ainsi de suite toutes les nuits. Seule, dans ma tête, avec mes personnages, je me sentais bien, je me faisais du bien.
Prise à mon propre jeu, au bout de quelques mois je me dis : il faut que je mette tout ça en forme. Je découpe en chapitre, je travaille à mon idée, fiévreuse, comblée. Entre-temps, je constate qu’il me manque des détails historiques. Je cherche, je lis des tonnes de livres écrits à l’époque de mon histoire, certains auteurs connus, mais pour la plupart inconnus : des témoignages des lieux, des pensées, des façons de vivre de l’époque.
Quelques mois plus tard, j’écris le mot FIN et, étonnée, je me dis : je crois que je viens d’écrire un roman ! Je suis heureuse d’avoir eu du plaisir à l’écrire, heureuse d’avoir travaillé comme une dingue : Louise, La Muse était né !
Là, s’est posée une question que je n’avais pas vu venir : qu’en faire ?

Je la fais lire à ma maman, qui me dit : Ah, c’est tout ? Je pensais que tu aurais écrit quelque chose de plus intellectuel !
Bon. J’en reste là.
Puis ma marraine m’appelle : Il paraît que tu as écrit un livre ? Je peux le lire ?
Pourquoi pas…
Elle adore. Elle me dit qu’il faut que je l’envoie à des éditeurs, que je suis une super romancière, que je lui fais penser à Alexandre Dumas !
Ah, bon ?
Ma sœur : Oui, c’est une bonne histoire et on n’a pas envie de s’arrêter quand on commence, mais tiens ! voici des auteurs contemporains bien mieux que toi qui pourrait t’en apprendre. Prends exemple !
Vlan ! Il y a des personnes qui vous font vite redescendre sur terre ! 😊
Bref, mon mari me dit : Envoie-le à des éditeurs !

Je fais imprimer et relier quelques manuscrits, Louise est gros, ça coûte cher. J’envoie avec enveloppe retour : 19€/envoi. Pour nous, ce n’est pas rien. Mais je le fais…

Entre-temps, trop triste d’avoir quitté Louise, avec un gros vide dans le cœur, avec un terrible sentiment de désœuvrement, j’ouvre une nouvelle page blanche sur mon ordinateur, persuadée que Louise La Muse était tout ce que j’avais comme histoire dans le stock de mon imagination.
Mais non ! Aussi facilement qu’a coulé Louise La Muse, j’ai écrit, à mon grand étonnement, Louise 2, La Femme. Travail, lectures bibliographiques nouvelles, un an après, j’avais fini.
Entre-temps, les envois manuscrits-éditeurs continuaient leur incessant allers-retours, ma pile de lettres de refus augmentait, implacable. Peu importe, j’adorais travailler à raconter mes histoires. Encore une fois, je pensais que j’avais donné tout ce que j’avais en réserve.
Mais j’écrivis Elfie. Je repartais dans de nouvelles aventures, et je me régalais !

Mes manuscrits revenaient accompagnés, ou pas, de lettres de refus, toutes sur le même modèle… sauf deux : deux éditrices, qui ont vraiment lu mes romans et m’ont écrit manuellement une lettre explicative de leur refus : elles en ont apprécié leurs qualités, mais n’ont pas le courage de prendre un risque avec une auteure inconnue et un format de roman long ou de série, bien qu’ils se lisent d’une traite tant on ait envie de connaître la suite. Voilà qui fait du bien : mes romans n’entrent pas dans les cases, mais ils ont de la valeur.

Épuisée physiquement : je travaille le jour et j’écris la nuit ; épuisée moralement par les refus, il faut bien avouer, ça fait quand même mal ; épuisée financièrement par les envois postaux, j’arrête de proposer mes manuscrits. Et là, quel soulagement !
Sans pression, j’écris Calixte, un grand roman que je présente en deux parties : Calixte 1, Le bruit du soleil, et Calixte 2, L’odeur de la neige. Celui-ci me demande beaucoup de réécriture et plus de concentration encore que d’habitude : d’une part à cause du méchant personnage que je n’aime pas… parce qu’il est méchant ! Je trouve ardu de côtoyer tous les jours un méchant qui est dans votre tête, c’est difficile à gérer. Et d’autre part à cause de la construction du livre qui a été un véritable casse-tête pour que l’histoire soit lisible facilement.
Bref, je finis Calixte et je constate que ce roman est encore plus long que les autres ! Je ne prends même pas la peine de l’envoyer à des éditeurs qui sont plus que frileux à se lancer dans ce genre de format avec une inconnue qui n’a plus vingt ans !
Parce qu’il faut le dire : l’âge a son importance.
Mais alors, pourquoi ai-je commencé à écrire si tard ?

Ma vie n’a pas été un long fleuve tranquille ! Quelle vie l’est ? Quand j’étais jeune, j’étais perdue. À trente-trois ans, mes deux enfants avaient un an et deux ans, j’ai compris d’une part que je l’étais, d’autre part, pourquoi.
J’ai commencé à suffoquer la nuit, mon cœur accélérait, je me réveillais en pleine douleur pensant que j’avais une crise cardiaque. Mais mon cœur physique allait bien et mon corps allait bien.
Alors un jour, j’ai poussé la porte d’une psychologue :
- Pourquoi venez-vous ? a-t-elle demandé.
- Je ne veux pas qu’il arrive à mes enfants ce qui m’est arrivé, ai-je répondu. À onze ans, j’ai été agressé par quatre jeunes hommes, dans un tunnel piétonnier passant sous une ligne de chemin de fer.
Bien entendu, j’abrège. Cela prend des semaines, des pleurs et des mouchoirs, de sortir ce genre de choses.
Ensuite, je me brûle les deux bras. Hôpital. Je retourne chez la psychologue qui me dit :   - Bon, ça, c’est fait !
- Qu’est-ce qui est fait ? je demande.
- Quand on ne peut pas s’en prendre aux personnes qui nous ont fait du mal, explique-t-elle, on s’en prend à soi.
Mince, elle me l’aurait dit avant, j’aurais abattu un mur avec une barre de fer ! Ça m’aurait évité de passer six mois les bras dépecés, bandés avec deux enfants en bas âge portant encore des couches.

Mais enfin, j’étais heureuse : j’avais déposé sur le bord du chemin le fardeau qui m’étouffait, qui m’empêchait d’être moi. Ensuite, il m’a fallu encore quelques années pour reprendre possession de ce moi. Je m’étais méconnue pendant plus de deux décennies, ça prend un peu de temps !
La suite, vous la connaissez : je me suis mise à écrire les histoires qui me plaisent. Non, pas tout à fait… j’ai commencé par réécouter la musique que j’aime : la musique classique, Beethoven, Rossini, Verdi… C’est en ayant Beethoven en tête que j’ai écrit Louise.

En avançant dans ma propre réflexion, j’ai compris que si j’avais eu plus d’assurance en tant que fille et que femme, d’abord, j’aurais pu dire plus tôt ce qui s’était passé, ensuite je n’aurais pas minimisé l’importance d’une agression qui a paralysé ma vie pendant tant d’années.
Un soir, avec ma fille, nous regardions un TedX et nous sommes tombées sur Naomi McDougall Jones, une actrice-réalisatrice américaine qui dénonçait la suprématie masculine à Hollywood. Elle expliquait que si nous, femmes et filles, ne voyons que des héros mâles, que des actrices ne jouant que des rôles secondaires derrière l’homme, jamais nous ne nous sentirions dans la vie comme ayant le droit d’être le rôle principal de nos propres vies, d’être les décideuses de nos propres vies.
Ce fait m’avait frappé. J’ai envoyé un email à Naomi, pour lui dire que je voulais soutenir le cinéma féminin. S’en est suivi un échange d’emails et de Skype. Nous avons fait connaissance. Naomi et d’autres femmes étaient en train de monter THE 51 FUND, maison de production américaine de films écrits et réalisés par des femmes dont les rôles principaux seraient féminins. Elle m’a proposé de faire partie de l’aventure. J’ai dit oui. Quelle aventure ! Depuis, je suis devenue Founding General Partner de THE 51 FUND. Entre-temps, il y a eu beaucoup de bâtons dans les roues, plus le covid. Mais j’aurai bientôt de bonnes nouvelles à annoncer au sujet du 51 FUND… Ce que je peux ajouter, c’est que je suis très honorée et heureuse de participer, à mon petit niveau, à ce beau projet féminin.

Quant à mes romans, on m’a demandé pourquoi leurs personnages principaux étaient des femmes. Vous avez eu en partie la réponse. Je poserais plutôt la question : Pourquoi ne demande-t-on jamais aux auteurs pourquoi leurs personnages principaux sont des hommes ?
Et pourquoi le 19ème siècle ? Il n’y a pas de mystère : parce que j’ai toujours aimé ce siècle ! Une question de goût, tout simplement. Tout m’inspire : la musique, la peinture, la littérature, la poésie, les costumes, les chevaux. Mon côté romantique que j’assume enfin peut-être ?

Une autre question qu’on m’a posée : de quoi est-ce je vis ? On pourrait être tenté de répondre par une question : De quoi est-ce que je me mêle ?
Mais je vais donner ma réponse :

J’ai été entrepreneuse indépendante pendant vingt ans avec mon mari. Une toute petite entreprise locale composée de mon mari et moi, plus quelques extras quand c’était nécessaire. Une petite entreprise familiale, ce n’est pas qu’une question d’argent comme peuvent le croire certains qui n’ont jamais eu d’entreprise.
C’est du travail, des difficultés, des soucis, des espoirs, des déceptions. Il faut avoir un moral solide pour y survivre. C’est une question de rapports humains avant tout et de foi en ce qu’on fait ; et il faut en avoir, de la foi (ou de la folie !) quand les rentrées d’argent sont en-dessous des espérances et du temps de travail, comme peuvent le ressentir et le vivre certaines librairies en 2020.
À ce sujet, je vais aussi dans les librairies, d’occasion surtout, car je ne lis que des auteures principalement du 19ème siècle et j’achète des éditions aussi vieilles que mon porte-monnaie me le permet ! Car, oui, les libraires sont de bon conseil. J’ai découvert certaines auteures françaises du 18ème siècle que je ne connaissais pas.
Mais le marché des livres est une jungle, je m’en suis rendu compte malgré moi.
D’une part, les éditeurs sont des entrepreneurs et ils sont très, très frileux !
Mes romans, hormis Violette et Napoléon, sont considérés comme « longs » de nos jours. Je suis inconnue, et je n’entre dans aucune case. Donc, je suis difficile à vendre pour un éditeur. Ce que je comprends. Bref, j’ai compris qu’une maison d’édition ne s’intéressera à mon travail que quand je serai connue. Que pour que mes romans se retrouvent sur les étagères des librairies, il faut d’abord que je sois reconnue sur Amazon. Voyez le cercle vicieux !
Donc je dois me débrouiller seule, ce que je fais volontiers : c’est mon rêve, c’est ma vie. Après avoir cherché par bien des moyens, il s’avère que c’est Amazon qui me donne, en tant qu’auteur indépendante, le plus de visibilité et gratuitement. En fait, c’est soit Amazon soit rien.
(À ce sujet, il serait peut-être bon de se poser la question : qui met ses livres en vente sur Amazon, à part une auteure indépendante comme moi qui n’a aucune influence sur le chiffre d’affaire des librairies ? Ce sont les maisons d’éditions ! Elles disent soutenir les librairies, mais elles vendent directement sur Amazon.
Je crois que les libraires devraient se retourner avant tout contre les maisons d’éditions qui mettent leurs livres en vente sur ce site dans leur dos : Amazon ne peut vendre que les produits qu’on lui propose. De plus, des milliers de petites d’entreprises françaises, locales, utilisent cette plate-forme pour vendre, en France comme à l’étranger, ce qu’elles ne pourraient pas faire seules. Et plus elles marchent, plus elles payent d’impôts en France…
Bon, voilà, ça, c’était la grosse parenthèse.)
Bref, en 2019, souffrant d’arthrose depuis quinze ans, notre travail étant très physique, le docteur m’ayant dit que si je n’arrêtais pas ce travail, je perdrais mes bras ! j’ai dû arrêter de travailler dans notre petite entreprise, ce qui signifiait l’arrêt de l’entreprise et que mon mari aussi se retrouverait sans travail. Comme convenu entre mon mari et moi, le 31 décembre 2019, nous avons fermé l’entreprise, sans avoir trouvé de repreneur et sans chômage pour vivre après.
Mais nous avions un plan : mon mari allait retrouver du travail qui nous suffirait pour vivre (nous ne sommes pas matériellement gourmands, une chance !) et ainsi je pourrais me consacrer à mon écriture et à trouver un lectorat.
Manque de bol, le premier confinement a fait capoter tous les entretiens d’embauche. Finalement, mon mari a trouvé un poste de juin à octobre à 500km de chez nous. C’était mieux que rien. En rentrant, il a commencé à chercher un autre poste pour la saison d’hiver, mais le confinement a de nouveau frappé. C’est dur pour le compte en banque, c’est dur pour le moral.
Mais mes enfants étudiants, mon mari et moi avons un atout énorme : l’amour et l’espoir.
Et puis… j’écris des romans d’amour et d’aventure, il faut bien que je puise mon inspiration quelque part, non ? 😉

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Mémoires de l'Occitanienne, par Léontine de Villeneuve, Comtesse de Castelbajac,

Léontine de Villeneuve, Mémoires de l'Occitanienne

Non, Léontine de Castelbajac n’est pas « l’Occitanienne » décrite par Chateaubriand dans ses Mémoires d’Outre-Tombe, tome V. Quand Léontine rencontre l’écrivain, de trente-cinq ans son aîné, en cure dans les Pyrénées, à Cauterets, la jeune fille l’admire, échange des conversations, mais certainement pas de l’amour ! Comme un grand vieil auteur aime parfois à s’aveugler ou à paraître ! Mais passons…

Quelques portraits de différents proches de Léontine, née en 1803 :
« Au moral, elle possédait, comme certaines Méridionales, quelque chose de capricieux et d’attirant. Au physique, son regard était prompt, sa bouche un peu dédaigneuse et son sourire singulièrement doux et spirituel : ses manières étaient tantôt hautaines, tantôt d’une aimable simplicité. Il y a dans toute sa personne de l’abandon et de la dignité, de l’innocence et de l’art. »

« Mme de Castelbajac n’appartenait pas en vain à cette lignée des Villeneuve dont plus d’une femme avait une plume dans sa corbeille à ouvrage et savait fort bien s’en servir. »
Quand à la grand-mère de Léontine, « Elle n’avait d’autre occupation que de lire ou d’écrire. Les travaux féminins lui étaient inconnus. Les lectures étaient sa joie. Tout lui était bon, pourvu que cela l’amusât ou l’intéressât. » Un jour qu’elle lisait un roman facile, sa fille lui dit :
« - C’est une littérature indigne de vous !
- Ces absurdités m’amusent, répondit la grand-mère avec gaieté. Et l’on aurait le vertige s’il fallait toujours rester dans les hauteurs ! »

Combien de plumes de femmes élevées dans l’idée de se faire humbles, n’ont pas pu exprimer toutes leurs idées, tout leur potentiel ?
Léontine de Castelbajac, bien que toute empreinte de sa noble condition, est de celles-là. Il ne faut pas imaginer pour autant que sa vie a toujours été facile. Les enfants, nobles ou paysans, à Hauterive, étaient tous élevés « à la dure ». La petite Léontine, pour endurcir son organisme, était très peu couverte en hiver et n’avait pas le droit de s’approcher de la cheminée le soir. Elle a le souvenir d’avoir crevé de froid pendant des années !
Léontine commence ses mémoires familiales avant sa propre naissance. On voit comment la Révolution Française a été vécue et c’est passionnant et merveilleusement écrit. Je me suis beaucoup servie de ce livre en tant que bibliographie pour mon roman Violette et Napoléon.
Il n’est malheureusement plus réédité depuis… toujours ? Donc, si vous le trouvez, chez un bouquiniste, achetez-le, il vaut le coup !

Le 21ème siècle doit être féminin ! Gabrielle Dubois©

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Madame de Charrière, Lettres écrites de Lausanne

Mme de Charrière


L’auteure, Isabelle Agneta van Tuyll van Serooskerken van Zuyle, est née en 1740, en Hollande dans une très riche et noble famille. Elle était intelligente, féministe, peu conformiste et belle. Elle était compositrice et musicienne, fut demandée plusieurs fois en mariage, mais Belle de Zuylen était aussi romanesque. Elle n’avait pas bonne opinion du mariage mais, après une passion pour l’oncle de Benjamin Constant, bien plus vieux qu’elle, elle épousa M. de Charrière.

Ces Lettres de Lausanne ou Caliste, sont, sous couvert de roman, un traité sur l’éducation des filles et la condition des femmes. Caliste, personnage qui occupe toute la deuxième partie de ces Lettres, est une histoire dans l’histoire.

Claudine Hermann, qui préface parfaitement cette édition Des Femmes de 1979, en parle très bien, je lui laisse donc la parole :

« L’une des idées intéressantes me paraît être que Caliste soit aimée en remplacement du frère, que la cousine soit épousée à cause de son fils et que la consolation finale soit trouvée dans une promenade touristique avec le jeune lord. On ne peut pas dire mieux que la femme occupe dans la société une position de remplacement où l’amour ne peut être qu’un accident fâcheux. Le plus triste est que le jeune lord, connaissant l’histoire de Caliste, n’en décide pas pour autant d’ épouser Cécile qu’il aime, démontrant par là l’inutilité de la littérature et l’impuissance du récit. »

Germaine de Staël, qui admirait sincèrement les écrits de Mme de Charrière, reprend beaucoup de Caliste pour sa Corinne. Vraiment beaucoup. Mme de Staël prendra aussi le jeune Benjamin Constant amant de Mme de Charrière ! Dans cette histoire, Benjamin Constant est loin d’avoir un beau rôle, cf la préface de Claudine Hermann où le mot « muflerie » est lâché. Mais Mme de Charrière, intelligente et pleine d’humour, a de bonnes réponses.

L’amoureux de Caliste, les amoureux de Caliste, le père, le mari, sous la plume de Mme de Charrière, n’ont pas le beau rôle : ils sont faibles, bornée, plein de préjugés, fats, inconscients. Certes, leur société les a élevé en leur faisant croire qu’ils avaient la science infuse de tout et des femmes. Mais quand même, sont-ils lents ! L’amoureux narrateur de la deuxième partie de ces lettres est d’une faiblesse et d’une mollesse qui m’a tant irritée que j’aurais cessé la lecture, si la plume de l’auteure ne m’avait retenue !

Et Caliste excuse, comprend, s’excuse, pardonne alors qu’elle devrait, et pourrait se permettre d’envoyer tout balader ! mais vivre en dehors de la société demande une force peu commune.

Pour le plaisir de lire la fine et belle écriture de Mme de Charrière, quelques extraits :

Lettre 7 :
« On parle tant des illusions de l’amour-propre. Cependant, il est bien rare, quand on est véritablement aimé, qu’on croie l’être autant qu’on l’est. Un enfant ne voit pas combien il occupe continuellement sa mère. Un amant ne voit pas que sa maîtresse ne voit et n’entend partout que lui. Une maîtresse ne voit pas qu’elle ne dit pas un mot, qu’elle ne fait pas un geste qui ne fasse plaisir ou peine à son amant. Si on le savait, combien on s’observerait, par pitié, par générosité, par intérêt, pour ne pas perdre le bien inestimable et incompensable d’être tendrement aimé. »

Lettre 12 :
« Il ne faut pas vous faire illusion : un homme cherche à inspirer, pour lui seul, à chaque femme un sentiment qu’il n’a le plus souvent que pour l’espèce. »

Lettre 15, parlant des frères jumeaux :
« … en admirant la vivacité d’esprit et la gentillesse du cadet, on aurait voulu qu’il parlât moins, qu’il fût circonspect et modeste, sans penser alors qu’il n’y aurait plus rien à admirer non plus qu’à critiquer chez aucun des deux. On ne voit point assez que, chez nous autres humains, le revers de la médaille est de son essence aussi bien que le beau côté. Changez quelque chose, vous changez tout. Dans l’équilibre des facultés, vous trouverez la médiocrité comme la sagesse. »

Lettre 18, pour consoler d’un chagrin d’amour :
« Au lieu de raisonner, au lieu de moraliser, donnez à aimer à quelqu’un qui aime. Si aimer fait son danger, aimer sera sa sauvegarde. Si aimer fait son malheur, aimer sera sa consolation. Pour qui sait aimer, c’est la seule occupation, la seule distraction, le seul plaisir de la vie. »

Lettre 21 :
« Je ne sentais pas encore que le projet du bien public n’est qu’une noble chimère ; que la fortune, les circonstances, des événements que personne ne prévoit et n’amène, changent les nations sans les améliorer ni les empirer, et que les intentions du citoyen le plus vertueux n’ont presque jamais influencé sur le bien-être de sa patrie ; je ne voyais pas que l’esclave de l’ambition est encore plus puéril et plus malheureux que l’esclave d’une femme. »

« Quoiqu’il n’y paraisse pas toujours, les femmes ont une grande confiance au jugement et au goût les unes des autres. Un homme est une parfaite marchandise qui, en circulant entre leurs mains, hausse quelque temps le prix, jusqu’à ce qu’elle tombe tout-à-coup dans un décri total, qui n’est d’ordinaire que trop juste. »

« Être très pauvre et très jolie, pour une fille, mène à une perte presque sûre et entière. »

Le 21ème siècle doit être féminin ! Gabrielle Dubois©

#feministe #feminisme

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Les gens normaux

"Les gens "normaux "sont dégoûtés du féminisme…"  a dit une femme.
"Qu’appelez-vous "Les gens "normaux", s’il vous plaît ?" lui ai-je demandé.
"C’est pourtant simple," m’a répondu un homme, "la normalité c’est la majorité."
Ah, ah, ah ! Merci, monsieur, c’est bon de rire !
Une fois que mon fou rire s’est calmé, je me suis posée plusieurs questions.
La première :
Suis-je "normale" ?
Eh, bien, la réponse n’est pas évidente :
Je suis normale :
70% des Français portent des lunettes. Je porte des lunettes, donc je suis normale. Désolée, vous, les 30% de Français ayant une bonne vision, vous n’êtes pas normaux.
80% des humains ont les yeux marrons, j’ai les yeux marrons, donc je suis normale. Désolée de vous l’apprendre, vous les 20% d’yeux bleus, vous n’êtes pas normaux.
Je ne suis pas normale :
60% de la population mondiale est asiatique. Je ne suis pas asiatique, donc, je ne suis pas normale.
50,4% de la population mondiale sont des hommes. Je suis une femme, donc, je ne suis pas normale.
On pourrait continuer allonger cette liste avec des sujets plus d’actualité, plus sensibles, plus dramatiques, tels que la sexualité, la condition des femmes, la richesse et la pauvreté… Mais, bref, je vous fait confiance pour comprendre mon ironique propos ! Et, si vous avez des exemples à ajouter à ma liste, partagez-les, nous les lirons avec plaisir.

La deuxième question que je me suis posée est :
Ai-je envie d’être "normale" ?
Ma réponse est évidente : NON !
Alors, monsieur, j’espère que vous faites partie du petit pourcentage de plaisantins, et que donc vous n’êtes pas…

Gabrielle Dubois©

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Simone de Beauvoir, Pourquoi je suis une féministe, 11

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Simone de Beauvoir, Pourquoi je suis une féministe, 10

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Morceaux choisis

Morceaux choisis de Gabrielle Dubois

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Simone de Beauvoir, Pourquoi je suis une féministe, 9

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Mary Elizabeth Braddon, Aurora Floyd

Aurora Floyd, Mary Elizabeth Braddon

 

Les romans à suspens ne sont pas le genre de romans que j’aime, je m’explique : un secret ou un mystère révélé à la dernière page du roman m’agace. En tant que lectrice, je passe des heures de lectures dans l’ignorance du pourquoi et du comment de l’histoire. Les personnages agissent sans que je sache le pourquoi de leurs agissements. Je trouve cela sans intérêt. J’avais lu La Dame en Blanc de Wilkie Collins et cela m’avait fortement ennuyée. D’autant plus que chez lui, la psychologie et compréhension des personnages, des femmes surtout, n’était pas brillante.

Avec Aurora Floyd de Mary Elizabeth Braddon on est gâtées par sa compréhension de ses personnages, hommes comme femmes. L’auteure comprend comment ils fonctionnent et c’est un plaisir ! Ensuite, elle nous sert une belle analyse de la société, par petites touches discrètes mais ô combien révélatrices ! Et elle nous régale d’un humour fin et d’une belle écriture. Et enfin, si le secret est révélé aux deux tiers du roman, le suspense reste jusqu’à la fin du livre : sachant le secret, comment tous les personnages vont-ils réagir et se dépatouiller de la situation ? Le bien et l’amour vont-ils triompher d’autant plus qu’événements tragiques et rebondissements inextricables surviennent encore ?

Eh bien, je vais vous le dire… non mais sans blague, vous croyez vraiment que je vais vous le dire ?

William Thackeray, dont je n’ai lu que le trèèèès long Vanity Fair, dans lequel il montre son inexistante compréhension des femmes, dit de l’auteure Mary Elizabeth Braddon : "Si j’étais capable d’inventer des intrigues comme Miss Braddon, je serais le plus grand écrivain anglais." M. Thackeray, vous appelez cela un compliment ? Vous êtes bien un homme de votre temps ! Ce que vous auriez dû dire, c’est quelque chose comme : "Les intrigues de Miss Braddon font d’elle le plus grand écrivain anglais." Ah, mais que la supériorité d’une femme est inconcevable à certains hommes, à quasiment tous les hommes de l’époque de Mary Elizabeth Braddon ! Comme cela devait être frustrant pour des femmes brillantes comme l’auteure, de n’être qu’une femme qui écrit un roman comme on dirait d’elle qu’elle écrit sa liste de courses !

John Mellish a été heureux de sa naissance à ses trente-deux ans. Braddon le répète assez souvent. Insouciant, inconséquent, il a toujours vécu dans l’opulence, sans jamais avoir à s’inquiéter de choses matérielles ou immatérielles. Sa fortune est si grande, qu’il n’a pas besoin de tenir des comptes serrés pour l’économiser ou la faire perdurer. A-t-il eu des maîtresses avant de connaître Aurora ? ce n’est pas dit. Mais c’est plus que probable, Braddon ne dit pas non plus qu’il est niais. C’est un brave homme qui n’a jamais eu à se poser de question ni sur lui ni sur la vie. Sa vie est une évidence. Une pensée qui ne l’a jamais effleuré : se demander comment il se fait qu’il ait autant de privilèges : financiers (il a un immense domaine), naturels (il a une bonne santé et un physique correct) et, par-dessus tout, être un homme dans une société et un temps où les hommes sont au sommet de l’échelle sociale sans discussion possible.

John Mellish est à l’aise dans sa vie : il est né riche et propriétaire, de parents riches et propriétaire, il trouve cela tout à fait normal. Son intelligence moyenne l’empêche de s’en faire la remarque.

Aurora Floyd, bien que de richesse égale, évoluant dans la même société, est tout à fait différente. Son père est un riche banquier, certes, mais sa mère n’était qu’une actrice populaire, autrement dit, en tant que actrice de bas étage, venant d’un milieu pauvre, et femme, elle se trouvait au plus bas de l’échelle sociale. Aurora est belle, riche, intelligente, bonne, mais cela n’est pas une garantie de suivre le « droit chemin » que la société a tracé pour elle. D’une part parce qu’elle est, elle, Aurora, non pas une des représentantes de l’idéal de la femme tel que le souhaitent les hommes de sa société : douce, docile, future épouse et mère. D’autre part parce qu’elle a été élevée en liberté :

« Aurora, comme disait sa tante, avait grand besoin d’une personne accomplie et vigilante, qui aurait soin de discipliner cette plante pleine de sève qu’on avait laissée croître comme elle l’avait voulu depuis son enfance. Il fallait tailler le bel arbrisseau, l’émonder, l’attacher symétriquement aux murs de pierre de la société avec des clous cruels et des bandes de drap enchaînantes. »

Aurora n’est pas qu’une façade. Elle est une jeune femme qui a soif de vivre, d’expérimenter la vie. Et elle commet ce que la société appelle une erreur. C’était une erreur, mais pour elle seule. Elle s’en est d’ailleurs rendu compte très vite et s’en est éloignée. Elle en sera affectée toute sa vie dans sa chair et dans son cœur. N’est-ce pas suffisant ? Ce qui n’aurait dû être qu’une expérience de vie personnelle, devient un handicap à vie dans une société qui veut codifier, légiférer, dicter tous les actes privés jusqu’à ce qu’ils deviennent des blâmes entachant une vie entière. Pauvre Aurora qui s’accuse d’avoir commis une erreur alors qu’elle était de toute bonne foi et de tout bon cœur, qu’elle a été le jouet d’un misérable individu, et qu’elle a tenté de réparer ce qu’elle appelle sa faute, alors qu’elle n’a été que la victime. Comment une société peut-elle être si injuste qu’elle en vienne à blâmer une femme victime au lieu de son bourreau ?

Cette "erreur" aurait pu être commise par un John Mellish, un Talbot Bulstrode, leurs vies n’en auraient pas été entièrement affectées, elle leur auraient été pardonnée par la société, comme ce qu’elle est : une erreur de jeunesse, de jugement, une expérience de vie.

John Mellish est admirable. À mon avis, il représente ce que l’auteure Braddon aurait aimé que soient plus d’hommes de son vivant : son amour est sincère, touchant par qu’à la limite du pitoyable. Il accepte sa femme comme un cadeau immérité et surtout, il est compréhensif envers "son erreur" à tel point qu’il en rejette l’entière faute sur l’homme qui en est responsable.

Finalement, il me vient une petite idée : Mellish et Bulstrode, les deux personnages principaux masculins et bons ont des caractéristiques d’héroïnes féminines : ils sont capables d’un amour aveugle et inconditionnel d’amoureuse, ils sont compréhensifs et savent se remettre en question. C’est sans doute est-ce pour cela que je les ai aimés et que ça ne m’ait pas dérangée que les personnages féminins soient plus secondaires malgré le titre du livre ?

 

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Histoire de l'amour en poésie par Gabrielle Dubois

Brève histoire de l'amour en poésie
Brève histoire de l'amour en poésie

Brève histoire de l’amour en poésie par Gabrielle Dubois

 


Il y a 2 milliards d’années,
L’amour pullule chez les cellules :
« Cellule un dans son eau,
Cellule deux en même eau.
Deux cellules que c’est chaud,
Un organisme que c’est beau ! »

Il y a 2500 ans,
L’amour grec et antique, amour anacréontique
par Anacréon :
« L'Amour me donne des ailes légères,
Je m'élève jusques aux cieux,
Mais l'objet de mon ardeur
est insensible à mes feux. »

Il y a 900 ans,
L’amour troubadour
par Bernard de Ventadour,
« Hélas ! tant en croyais savoir
En amour, et si peu en sais.
Car j'aime sans y rien pouvoir
Celle dont jamais rien n'aurai. »

Il y a 160 ans,
L’amour romantique, amour emblématique,
par Théophile Gautier :
« À l'Idéal ouvre ton âme ;
Mets dans ton cœur beaucoup de ciel,
Aime une nue, aime une femme,
Mais aime ! C'est l'essentiel ! »

2017,
L’amour est informatique, émoticônique :
«  Brève histoire de l'amour en poésie ?
   Brève histoire de l'amour en poésie !  » 

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Théophile nous élève

Atkinson Grimshaw, London, Gabrielle Dubois
Atkinson Grimshaw, London, Gabrielle Dubois

Théophile Gautier, extrait de La belle Jenny :
« Déjà se balançait à l’horizon l’immense dais de vapeur toujours suspendu sur la ville de Londres. Les cottages et les maisons, d’abord disséminés, commençaient à former des masses plus compactes. Des ébauches de rue venaient s’embrancher sur la route. Les hautes cheminées de briques des usines, pareilles à des obélisques égyptiens, se dressaient au bord du ciel et dégorgeaient leurs flots noirs dans le brouillard gris. La flèche pointue de Trinity-Church, le clocher écrasé de Saint-Olave, la sombre tour de Saint-Sauveur avec ses quatre aiguilles, se mêlaient à cette forêt de tuyaux qu’elles dominaient de toute la supériorité d’une pensée céleste sur les choses et les intérêts terrestres. »
Voilà, entre autres, pourquoi j’admire Théophile Gautier. Cette description n’est-elle pas une merveille de construction ? On commence éparpillé au ras du sol et, subtilement, on se rassemble et on s’élève. Et moi, je m’incline bien bas devant Théophile.

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Le dernier roman de Gabrielle Dubois vient de paraître !

Les confessions d’une autographe
Les confessions d’une autographe

Présentation:

Gabrielle Dubois, au sujet de son dernier roman, Les confessions d’une autographe.



Dans ce troisième roman, je vous ferai découvrir une partie des mémoires de Maximilian von Lekkowski, romancier du dix-neuvième siècle, amusant et amuseur, léger et inconstant dans sa propre vie, semblant n’attacher d’importance à rien, sauf à aider et protéger le seul grand amour qu’il eût jamais connu, celui de Calixte et Marios, ses deux amis.
Grâce aux confessions de Mlle de Blanchecombe et celles des nombreux personnages qui gravitent autour d’elle, il va approfondir sa connaissance de l’âme féminine et, la poussant dans les retranchements les plus intimes de son cœur et de sa pudeur, il va pouvoir nous livrer tous les ressorts d’une grande histoire d’amour. Mais il y a toujours un risque, pour un écrivain, à vouloir se faire le confesseur de son sujet, qui est de trop s’attacher à lui...
Comme on regarderait attentivement dans ses moindres nuances une estampe à la loupe, au fil des confidences, on se fait, en même temps que Maximilian, de détails en détails, une image nette de cette autographie d’un amour.
Je vous laisserai donc entre les mains de Maximilian von Lekkowski.
Bon voyage !

 

 

EXTRAIT :


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Chapitre 1
Le réfectoire de la deuxième chance

Le lycée Philippe le Bel, en plein cœur de Paris, sur les bancs duquel j’usais mes pantalons depuis un an déjà, avait pour élèves les rejetons de la crème de l’aristocratie française, ainsi que quelques-uns des noblesses européenne et prussienne, celle dont je faisais partie. Comme chacun sait, je suis le deuxième et dernier fils du baron Alexandre von Lekkowski. Le jour de la rentrée scolaire 1849, ce fut dans ce lycée que je rencontrai Marios Constantin pour la première fois.

Un an auparavant, après un séjour d’une année en Italie et en France avec ma tendre mère, séjour durant lequel j’avais été choyé et traité comme un prince que je pensais être, je n’étais guère désireux de rentrer chez nous, en Prusse, où m’attendait un père dont je n’étais pas le fils aîné, et un frère aîné étrangement acariâtre et méchamment ambitieux. Je dis étrangement, parce que ce frère, du point de vue du caractère, ne ressemblait en rien à nos parents, ni même à moi.
Le baron von Lekkowski mon père, passait la plus grande partie de son temps à la chasse, connaissant chaque bosquet de ses terres immenses, reconnaissant chaque cri d’animal à poils ou à plumes, capable de remonter la piste d’un gibier à l’empreinte laissée dans la neige fraîche, à la feuille froissée sur l’arbre à son passage. Si je me joignais à lui avec plaisir dès que je rentrais chez nous, je n’envisageais pas pour autant courir les bois à longueur d’année. Déjà un autre genre de chasse, en alcôve, avait ma préférence. Père aimait la nature.
À l’opposé de son mari, ma mère était une femme de salons. Musiciens, savants et écrivains formaient son petit cercle. Les deux conditions pour en faire partie, étaient d’avoir du talent et le goût du rire. Mère aimait rire.
Ils avaient l’un pour l’autre, non pas cet amour fou que l’on rencontre dans les romans et que je n’ai rencontré qu’une fois dans ma vie, mais l’affection et la tendresse que peuvent parfois se porter des époux de caractère doux, mariés par intérêt et qui, n’étant tombés amoureux ni dans le mariage, ni en dehors, prennent avec philosophie et bonheur le sort que la vie leur a réservé.

Après nos pérégrinations sous le doux soleil italien, j’obtins, par retour de courrier, l’autorisation de mon père de rester à Paris pour finir mes études et laissai mère s’en retourner chez nous. J’avais dix-sept ans. Oui, je sais, je n’étais pas bien en avance pour entrer en classe de seconde, mais ma scolarité avait été des plus décousues... nous y reviendrons.
Mon père loua donc pour moi un appartement petit, mais fort confortable, à l’hôtel des Trois Empereurs, place du Palais-Royal, mais il y mit plusieurs conditions. Je devais m’inscrire au lycée Philippe le Bel pour y suivre les cours, ma conduite devait y être irréprochable afin qu’il n’eût pas à demander à notre ambassadeur d’intervenir pour moi auprès des autorités françaises. Enfin, je devais lui envoyer, chaque trimestre, les félicitations de mes professeurs. Je remplis ces conditions. Je m’inscrivis dans ce lycée le plus prestigieux de la capitale, je n’y manquai aucun cours, n’y fis pas de grabuge. J’oubliais seulement de travailler les mathématiques et les sciences pour lesquelles je n’avais aucune affinité. Quant au français, latin et grec, qui étaient pourtant des langues que j’avais affectionnées jusqu’à ce jour, j’y consacrais si peu de temps, que je n’y brillais guère mieux. Par contre, à la fin de l’année, je dois avouer que j’excellais dans une matière jusqu’alors inconnue de moi, mais bien souvent caressée en rêves : les femmes et leurs douces langues qui, elles, étaient bien vivantes.
À bout de patience, mon père m’ordonna de rentrer à la maison dès la fin des cours. Entièrement dépendant de son bon vouloir financier, j’obéis. Si je voulais retourner à Paris pour le premier septembre suivant, je n’avais que quelques jours au mois d’août, si je décomptais l’aller et retour jusque chez nous, pour convaincre mon père. L’argument selon lequel j’étais devenu le jeune homme le plus fashionable de la capitale française, je le savais, serait à proscrire, quand bien même être à la pointe de la mode n’est pas donné au tout venant. C’est au contraire un exercice délicat qui nécessite un parfait équilibre entre les aptitudes innées qui sont de bonnes et belles dispositions physiques, et les acquises, qui sont de savoir devancer d’un soupçon les tendances mais sans trop, pour ne jamais, au grand jamais, frôler le ridicule, et rester simple et aimable en toutes circonstances. Ce dernier point est toujours celui par lequel pêchent les jeunes bellâtres qui affichent leur supériorité de don Juan blasé et par là-même, en deviennent détestables. Mais, bien évidemment, ce n’est pas à un père, tout bon qu’il fût, qui rentre crotté des pieds à la tête d’avoir battu la campagne et heureux d’avoir traqué la bête sauvage en compagnie de garde-chasse et d’une bande d’hommes des forêts, que l’on peut exposer ce genre d’évidences stylistiques, ô combien indispensables à la vie de patachon d’un jeune citadin.
J’avais aussi acquis, pendant cette douce année, une verve, une aptitude à fasciner mon auditoire par des mots choisis avec aisance et débités avec facilité. Je me rends compte aujourd’hui que mon public habituel était du genre féminin et facile, et ne demandait qu’à se laisser hypnotiser. Il faut dire que j’ai été gâté par la nature. Quand on a la taille svelte et les épaules bien développées, entretenues dans une salle d’arme, un visage fin et régulier, de beaux yeux bleus et les plus soyeuses boucles blondes, on a bien peu d’effort à fournir en matière de discours. Je n’étais pas aveugle sur moi-même au point de penser que ce genre d’atouts pouvait faire le poids face à tout le monde, et j’entends par là, mon père ou M. Dumollet, notre proviseur, homme à manier avec des pincettes.
Quelques mots ici sur M. Dumollet. Cet homme malingre au crâne ovoïde était un simple roturier sorti de nulle part, mais arrivé là certainement grâce à un entêtement hors du commun. Il avait une finesse d’esprit digne d’un prince de la plus grande lignée, mais des habitudes de bourgeois, ou devrais-je dire, de coucou suisse. Chaque premier jour des vacances, vous pouviez le voir à la gare, avec femme et enfants, partir dans sa belle-famille, à Saint-Malo. La veille, au détour d’un couloir ou en cour de récréation, il ne manquait pas d’entendre chanter, dans son dos, ce refrain populaire et joyeux :
« Bon voyage, monsieur Dumollet,
À Saint-Malo débarquez sans naufrage ! »
J’étais si convaincu d’être irrésistible, qu’avant de quitter le lycée, je mis à l’épreuve mes talents d’orateur alors que j’étais convoqué par le proviseur qui me tint à peu près ce discours :
- Lekkowski, je ne vous cache pas qu’à vous seul et ce, malgré les avertissements répétés de vos professeurs, vous avez été, cette année, pour tous nos élèves, un déplorable exemple. Non seulement vous n’avez pas travaillé, mais encore, vous avez dissipé plus d’un de vos camarades.
- Monsieur Dumollet, telle n’était pas mon intention, je vous présente mes humbles excuses.
- Elles arrivent bien tard.
- Mais pas trop tard ?
- Le résultat de votre conduite, jeune homme est que personne ici n’est content de vous et j’ose espérer que vous ne l’êtes pas vous-même.
- Bien sûr que non, monsieur. Mais il y a bien un professeur qui ne soit pas totalement insatisfait de moi ?
- Un seul, oui. Votre professeur de français qui vous a défendu mieux qu’un avocat ne l’aurait fait. Il prétend que vous en valez la peine. Mais nous ne le saurons pas, puisque vous n’allez pas vous réinscrire l’année prochaine, ce qui vous évitera la honte d’être renvoyé aujourd’hui-même.
J’affichais un air calme et détaché dont je me félicitais, mais intérieurement, je n’en menais pas large :
- Monsieur, je plaide coupable. Je n’ai effectivement pas travaillé et j’ai invité quelques-uns de mes camarades à des soirées.
- Ah ! Vous avouez enfin, Lekkowski ! Alors que je vous ai déjà convoqué deux fois dans ce bureau sans jamais obtenir de vous que vous fassiez amende honorable, ni même une quelconque amélioration de votre conduite.
- Coupable je le suis, certes, mais laissez-moi plaider ma cause auprès de vous, monsieur. Ce que vous m’avez dit jusqu’à présent est tout à fait juste. Aussi, je pense pouvoir attendre de vous, une fois que vous m’aurez écouté, la plus grande justice.
- Pourquoi pas ? J’ai dix minutes devant moi, nous sommes en juillet et j’ai moi aussi envie de me divertir un peu. Je vous écoute, dit-il, finaud, en s’adossant à son fauteuil et croisant ses mains sur son gilet.
- Je vous remercie, monsieur Dumollet. C’était mon choix d’étudier à Paris, capitale dont la pensée éclairée rayonne sur le monde. Père a eu la générosité de m’offrir son soutien financier pour que je puisse vivre ici, dans ce pays de progrès, de droit et d’équité. Fait que j’ai méprisé, pensez-vous, comme un enfant gâté. Ai-je gâché mon année ? Bien au contraire, monsieur, je puis vous l’assurer. Le remords me taraude quand je pense à cet extraordinaire privilège que j’ai pris comme un dû, alors que j’aurais dû le recevoir comme la récompense anticipée d’un mérite. Mais vous connaissez la jeunesse mieux qu’elle ne se connaît elle-même, monsieur Dumollet. Si j’ai appris une chose, c’est que je ne suis pas le genre d’homme à pouvoir vivre avec un remords et cela m’incitera, à l’avenir, à réfléchir avant d’agir afin de ne pas retomber dans les mêmes tourments.
- Vous pourriez être divertissant, Lekkowski, dit-il en réprimant un bâillement vrai ou feint, mais vous êtes à la limite de l’ennuyeux. Venez-en au fait, je vous prie.
S’il croyait me désarmer avec ces petits stratagèmes, il se trompait bien :
- J’y viens, monsieur. Loin de moi l’envie de vous faire bailler, je n’ai qu’un désir, vous faire juge de ma misère. Je plaide coupable d’avoir eu une trop grande confiance en mes capacités à vivre seul, loin de ma famille, loin de ma chère maman. Coupable d’avoir eu la faiblesse, pour pallier ce manque d’affection d’enfant exilé, de m’entourer d’élèves que, vous noterez monsieur, j’avais pris soin de ne choisir qu’en dernière année pensant qu’ils étaient capables de juger par eux-mêmes si soutenir la solitude d’un ami les détournerait ou non de leurs devoirs.
M. Dumollet sourit :
- Et vous pensez qu’un tel plaidoyer me suffira pour vous donner une deuxième chance, Lekkowski ?
- Je vois bien que non, monsieur et j’en comprends la raison : vous avez trop d’esprit pour qu’un élève, quand bien même il aurait mon potentiel, puisse influer sur votre décision. D’un autre côté, le fait que je n’ai pas atteint le niveau qui me permettrait de soutenir une conversation face à vous sans paraître trop ridicule, prouve bien que j’ai besoin, plus que quiconque, que vous me laissiez me réinscrire dans votre prestigieux établissement dont l’enseignement est le seul qui pourra faire de moi un être capable de raisonnement, tels que vous aimez en voir sortir, chaque année, du lycée Philippe le Bel.
- Je constate que tel le chat, vous avez l’art de retomber sur vos pattes, mais qu’attendez-vous de moi, exactement ?
- Autant de clémence que celle que mon père aura à mon égard, quand je vais rentrer chez nous, en août, pour subir ses récriminations justifiées et le supplier à genoux de me laisser finir mes études chez vous, monsieur Dumollet. J’ajoute que s’il y a une quelconque pénitence que vous jugiez nécessaire de m’infliger, je m’y soumettrai, ce ne serait que justice.
- Vous êtes intelligent, Lekkowski, aussi vais-je me montrer direct avec vous. Voici ce que je vous propose : si vous rameniez de chez monsieur votre père, non seulement de la clémence à votre égard, mais une contribution au réaménagement de notre réfectoire, je pense pouvoir vous garder une place jusqu’à la fin du mois d’août.
- Merci, mons...
- Attendez ! Je n’ai pas fini. À cela, j’ajoute une condition. Voyez-vous, des noceurs comme vous, qui pensent que la vie se résume à l’esthétique de la frisure d’une moustache ou à l’élégance avec laquelle ils portent un costume, des jeunes gens qui se considèrent des maîtres en rhétorique parce qu’ils ont su étourdir, par quelques vagues mots bien tournés, volés aux grands poètes, des femmes qui se seraient laissées séduire à moins ; des fils de bonne famille qui n’ont d’autre centre d’intérêt que les amusements légers, j’en ai vu passer. Ils ne guérissent pas.
- J’ai bien l’intention...
- Je ne veux rien savoir de votre vie en dehors d’ici, vous en êtes le maître. Mais ici, c’est moi, le maître. Le maître absolu. Le moindre manquement que ce soit, en cours, au travail donné ou à la discipline, et je vous mets dehors, monsieur von Lekkowski, tout baron que vous êtes et ce, même en cours d’année, alors que vos camarades eux, continueront à déjeuner dans le réfectoire flambant neuf que vous leur aurez offert.
- Bien sûr...
- Je vous arrête là ! Ne promettez rien, ne me servez plus aucun de vos piètres raisonnements. Nous nous reverrons peut-être le premier septembre, lors de mon discours de bienvenue, mais ce sera tout. Je ne veux plus jamais vous voir dans mon bureau, assis en face de moi sur cette chaise. Est-ce bien clair ? Si oui, saluez et sortez, monsieur von Lekkowski.
- Au revoir, monsieur Dumollet, lui dis-je.
Avant de passer la porte de son bureau, je lui lançai un joyeux :
- Bon voyage, monsieur Dumollet !
Le proviseur grommela en replongeant dans sa paperasserie administrative, mais son œil brillait, songeant certainement au nouveau réfectoire qu’il venait d’obtenir si facilement.

Pour mon père, que j’étudie là ou ailleurs ou pas du tout, n’avait aucune espèce d’importance. Il ne voyait pas l’intérêt de savoir le latin pour entrer dans l’armée, ce qui était mon destin depuis toujours. Alors que nous dînions en compagnie de ma mère, il s’exclama, un grand sourire aux lèvres :
- Très bien, Maximilian ! Serais-tu encore capable de porter un fusil ou tes muscles ont-ils fondu au point de ne pouvoir porter qu’une plume et un cahier ?
- Vous ne seriez pas mon père, répondis-je, vexé, que je vous aurais demandé réparation de cette injure !
- Tu as l’air bien sûr toi, l’étudiant ! Partons à la bécasse demain. Celui qui en ramène le plus décide de ton avenir.
- Père, je ne dis pas que je n’accepterais pas une mise à l’épreuve, ou que je manque de courage pour relever un défi, mais celui-ci est perdu d’avance pour moi. Je n’ai pas tiré depuis plus d’un an et la chasse est toute votre vie. Mais si c’est ce que vous demandez, je m’y plierai.
- Je n’ai jamais été injuste envers qui que ce soit, pas même envers un jeune blanc-bec dont la cravate est plus volumineuse que le jabot d’un coq !
L’air de rien, du plat de la main, je tentai d’aplatir ma cravate.
- Si tu ne veux plus que je décide de ton avenir, Maximilian, c’est donc que tu te penses supérieur à moi. Prouve-le moi !
- Que suggérez-vous, père ?
- Un duel.
- Alexandre ! s’écria ma mère, vous n’y pensez pas !
- Avec un gilet pour contenter la baronne, fils. Le premier qui touche au cœur a gagné.
- Même ainsi je vous l’interdis, messieurs ! Vous n’allez tout de même pas faire couler le sang pour une histoire de lycée !
- J’accepte, père, annonçai-je, en lui tendant la main qu’il serra.
- Prépare ton paquetage pour l’armée, fils !
- Préparez votre bourse pour mon inscription, père.
- Faites cela et je vous ôte ma tendresse à tous les deux, dit mère.
Père lui sourit et prit sa main :
- Nous verrons cela demain. En attendant, ma très chère, vous en aurez bien un peu pour moi ce soir, j’espère ?
Mère rougit et se leva :
- Des rustres, voilà ce que vous êtes ! s’exclama-t-elle, sans arriver à se fâcher vraiment.
Il m’en coûta une jolie estafilade au bras, mais je touchai père au cœur le premier. Il s’inclina et j’obtins une année de plus à Paris. Ce qui me surprit le plus lors de ce séjour chez moi, fut le soutien de mon frère, lui qui ne m’avait jamais montré qu’une fraternelle jalousie. Je ne comprendrai son objectif que trop tard. Insouciant et donc heureux, je reprenais ma route vers la France, sans savoir que cette rentrée 1849 me réservait un inestimable cadeau : un ami.

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Se mignoter

gabrielle dubois se mignoter
PIERRE-AUGUSTE COT Gabrielle Dubois roman amour

Se mignoter



Nombre de mots disparaissent des dictionnaires pour faire place à d’autres, nettement moins poétiques, à mon avis.
Mignoter. Voilà un joli verbe qu’il me plaît de savoir encore dans un dictionnaire. Pourvu qu’il ne disparaisse pas !

Définition Larousse 1922 : Mignoter : familier. Traiter délicatement ; mignoter un enfant.
Définition tirée de : Origine et formation de la langue française. par A. de Chevallet..., édition :  1853-1857. Mignot, mignote signifiait autrefois petit, délicat, mignon, gentil, joli. Il nous est resté le verbe mignoter, caresser comme on caresse un mignot (un charmant enfant), le dorloter…

Et voici Balzac qui l’emploie dans La belle Imperia :
« … Mais en voyant l’Imperia soucieuse, il s’approcha d’elle pour la mignardement enlasser dans ses bras et la mignoter à la façon des cardinaux, gens brimballant mieux que tous autres, voire même que les soudards… »
Mais peut-être sommes-nous devenus trop politiquement corrects aujourd’hui pour entendre Balzac nous raconter les ébats des cardinaux et de leurs maîtresses ! Si certains ne se mignotent plus, heureusement, dans les romans de Gabrielle Dubois, on se mignote encore… et plus !

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Ritz

Gabrielle Dubois meilleur roman 2016
Ritz Paris

 

 

La rénovation du Ritz à Paris vient de s’achever, et l’on parle partout de César Ritz.

 

Mais comment parler du Ritz de César sans parler de sa femme Marie et de son plus célèbre chef cuisinier et cofondateur Auguste Escoffier, tous deux conseillers techniques de César ? En 1896 quand commencèrent les travaux place Vendôme, César Ritz voulait Escoffier qui avait 2,5% des parts de la compagnie Hôtel Ritz ltd, et qui organisa le recrutement du personnel. Escoffier et Marie Ritz sélectionnèrent le matériel et les fournitures et passèrent au peigne fin tous les fournisseurs de Paris, d’Europe et au-delà. Marie trouva les tapis, tapisseries, brocards, soieries et linge ; elle étudia les grands maîtres des musées et des galeries pour créer une décoration de bon goût. Escoffier organisa bien sûr la cuisine, mais aussi la salle à laquelle il attachait un soin tout particulier en ce qui concernait les serveurs, vaisselles, cristallerie et argenterie. C’est au Ritz de Paris qu’Escoffier utilisa pour la première fois des plats plaqués argent pour le service à table. Il fit créer par Christofle à Paris des plats selon son idée dont le plat carré que Christofle baptisa : plat Escoffier.

 

Renseignements tirés du livre de Kenneth James.

 

Pour ce qui est de l’ambiance du Ritz, je vous conseille l’excellent livre L’usine de Gabrielle Dubois.

 

www.gabrielle-dubois.com

 

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Dimanche 05 Juin je serai au salon du livre de Pamiers

Dimanche 05 Juin je serai au salon du livre de Pamiers, cela promet d'être bien sympathique !

Voici l'adorable commentaire que les Appaméennes du livre ont publié sous ma photo:
" Gabrielle Dubois :
Parler d’amour avec les mots simples… nouer des brins d’érotisme mesuré, saisir chaque instant fragile d’un amour avant qu’il ne s’éclipse. Vivre. Vivre l’intensité à travers une lecture plus large qui peut se décliner comme s’inclinent les rougeurs sur les joues et qui fait naître la fièvre dans l’imaginaire."


Cela donne à rêver, non ?

 

gabrielle roman dubois
Salon livre Pamiers 2015 Brochure Gabrielle Dubois


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Les effarés, Arthur Rimbaud

roman gabrielle
Franz Xaver Simm

Les effarés, Arthur Rimbaud

L’une de mes toutes premières émotions poétiques :

Les effarés
de
Arthur Rimbaud

Noirs dans la neige et dans la brume,
Au grand soupirail qui s’allume,
Leurs culs en rond,

À genoux, cinq petits, misère !
Regardent le Boulanger faire
Le lourd pain blond.

Ils voient le fort bras blanc qui tourne
La pâte grise et qui l’enfourne
Dans un trou clair.

Ils écoutent le bon pain cuire.
Le Boulanger au gras sourire
Grogne un vieil air.

Ils sont blottis, pas un ne bouge,
Au souffle du soupirail rouge
Chaud comme un sein.

Quand pour quelque médianoche,
Façonné comme une brioche
On sort le pain,

Quand, sous les poutres enfumées,
Chantent les croûtes parfumées
Et les grillons,

Que ce trou chaud souffle la vie,
Ils ont leur âme si ravie
Sous leurs haillons,

Ils se ressentent si bien vivre,
Les pauvres Jésus pleins de givre,
Qu’ils sont là tous,

Collant leurs petits museaux roses
Au treillage, grognant des choses
Entre les trous,

Tout bêtes, faisant leurs prières
Et repliés vers ces lumières
Du ciel rouvert,

Si fort, qu’ils crèvent leur culotte
Et que leur chemise tremblote
Au vent d’hiver.

www.gabrielle-dubois.com   www.roman-amour.fr #gabrielleduboisromanciere

 

 

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Le Petit Moulin Rouge

Moulin Rouge
Sous les eucalyptus, un roman de Gabrielle Dubois

Le Petit Moulin Rouge,
Un article de Gabrielle Dubois



Louise Saint-Quentin, l’héroïne de Sous les eucalyptus, le roman d’amour de Gabrielle Dubois est « un bon-vivant », puisqu’il ne semble pas y avoir de féminin autorisé pour cet adjectif... passons ! Il était donc impensable pour moi que dans ce roman d’aventure, mon héroïne ne rencontrât pas le grand cuisinier Auguste Escoffier, qui officiait, au moment où l’action du roman se passe à Paris, en 1876, au Petit Moulin Rouge, restaurant réputé à l’époque (à ne pas confondre avec le cabaret du Moulin Rouge).
Afin de cerner un peu le personnage, j’ai lu Auguste Escoffier & César Ritz, Les Rois de l’Hôtellerie Moderne, un livre de Kenneth James aux éditions Pilote 24, dont voici un extrait :

« ... Auguste revint donc à Paris au printemps 1873 pour diriger la cuisine du Petit Moulin Rouge. Il connaissait bien l’héritage que lui laissait Ulysse Rahaut, le bruit et la chaleur de la cuisine, l’organisation du travail désordonné et le comportement rustre de la brigade. Il savait aussi comment le personnelle était commandé par les directives d’un matamore, par des ordres que Rahaut renforçait avec des coups et de invectives grossières. Alors qu’il n’était qu’un pauvre novice et souffrait dans le restaurant de son oncle, Auguste s’était promis d’améliorer les conditions de travail lorsqu’il dirigerait sa propre cuisine. Au cours de ses précédentes fonctions d’organisateur, il avait réfléchi à bien des changements et la transformation de la cuisine était sa priorité quand il prit les commandes de celle du Petit Moulin.
L’impact initial sur le personnel fut son style de direction : calme, contrôlé et percutant. Son premier changement dans l’équipe, peut-être le plus simple, se révéla efficace. Il modifia le nom de celui qui criait les commandes en cuisine : l’aboyeur devint l’annonceur, terme plus théâtrale. Auguste interdit à l’annonceur de crier : ainsi les cris cessèrent dans la cuisine de manière à pouvoir entendre les commandes. « Le coup de feu en cuisine, ce n’est pas la fin du monde », rappelait Auguste à son personnel. Ce changement ne résolut pas tout de suite les problèmes de mauvaise humeur et de comportement grossier puisqu’il ne s’attaquait pas à la cause du mal. Les cuisinières à charbon, portées au rouge pour la cuisson des rôtis à la broche, rendaient les cuisines terriblement étouffantes. Les cuisiniers y transpiraient énormément. La fumée et les vapeurs des feux desséchaient leurs gosiers. Boire souvent était indispensable et la bière avalée pendant les douze à quatorze heur d’une journée normale de travail aurait transformé le cuisinier le plus angélique en un vulgaire ivrogne.
Auguste supprima l’alcool en cuisine, et, sur avis médical, fournit une boisson composée d’eau et d’orge, disponible à tout moment. Progrès fantastique ; mais il restait tout de même vigilant. « Si un employé aux cuisines se permettait des écarts de paroles », soulignait un de ses collaborateurs dans ses dernières années, escoffier lui faisait un signe et lui disait : « Ici, vous êtes censé être poli ; tout autre comportement est contraire à notre manière de faire. »
Lui-même suivait rigoureusement ses propres règles et restait toujours poli avec son équipe et ses collègues. Quand il perdait patience, peut-être avec un cuisinier récalcitrant, il faisait un geste : il étirait le lobe de son oreille entre le pouce et l’index, tout en se frottant la joue, une habitude d’enfance. Il disait alors : « je sors un moment, je me sens devenir nerveux. » Il revenait peu après et discutait fermement mais calmement, avec le cuisinier.
Ses nouvelles fonctions lui permettaient d’établir des contacts étroits avec les clients du restaurant, princes, ducs, et les plus hautes personnalités sociales ou politiques, ainsi que les magnats de la finance. Il aurait pu étudier leurs goûts et leurs désirs et apprendre à leur plaire. Mais il ne le fit pas et comporta sur sa renommée.
Beaucoup de ses clients d’avant-guerre (1870) revinrent au restaurant, et non des moindres : le maréchal Mac Mahon, ou, pour lui donner son nom exact : Marie Edmond Patrice Maurice comte de Mac Mahon, duc de Magenta qui, le 24 mai 1873 remplaça Adolphe Thiers à la résidence de la république française... »

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Charles Worth et la « tournure »

#roman #amour
Gabrielle Dubois et la tournure

Charles Worth et la « tournure »,

 

 

 

un article de Gabrielle Dubois



La « tournure » occupe une jolie place dans le roman d’aventure SOUS LES EUCALYPTUS. Louise Saint-Quentin en porte... quand elle est habillée. Si j’avais écrit ce roman d’amour en étant une contemporaine des années 1880, je n’aurais pas eu besoin de quelques descriptions pour donner une idée au lecteur de ce que l’héroïne portait. Mais n’étant pas moi-même accoutumée aux chemises de batiste, corsets, surchemises, corsages, pantalons, jupons, tournures en métal ou en coussinets, jupes, traînes, j’ai dû me documenter, afin de pouvoir, avec la plus grande légèreté possible, habiller et déshabiller, dans le roman Sous les eucalyptus, une héroïne qui est particulièrement encline à l’amour... et à l’aventure !
Une partie de mes recherches s’est effectuée dans Une Histoire de la mode du XVIIIème au XXème siècle, Les collections du Kyoto Costume Institute, édition TASCHEN, dont voici un extrait :

« Dans la deuxième moitié du 19ème siècle, le perfectionnement du métier à tisser et des procédés de teinture permet de fabriquer toutes sortes de matières pour les jupes. La production s’envoile, car la crinoline nécessite d’énormes quantités de tissus. La tournure, qui sera bientôt  à la mode, est beaucoup moins ample, mais elle est tellement ornée de rubans et de volants qu’elle exige également beaucoup d’étoffe. Cet engouement est une bonne nouvelle pour les fabricants français, et notamment pour les soyeux de Lyon. Napoléon III soutien l’industrie textile dans le cadre de sa stratégie politique, à la grande satisfaction de la bourgeoisie. Des couturiers célèbres, notamment Charles Frederick Worth, utilisent des soies de Lyon, techniquement plus évoluées et d’un grand raffinement artistique. Du coup, Lyon retrouve sa place de principal fournisseur d’étoffe de la couture parisienne.
La tournure :
Dès la fin des années 1860, les jupes prennent du volume vers l’arrière tout en s’aplatissant nettement sur le devant. Un nouveau vêtement de dessous a été lancé sur le marché. Il s’appelle « tournure ». La tournure est coussinet rigide rembourré de différentes matières et se place sur le postérieur. La mode de la tournure dure jusque dans les années 1880, ne subissant que quelques changements mineurs. La silhouette de la robe des années 1880 est illustrée dans un tableau célèbre de Georges Seurat, Un dimanche après-midi à l’île de la Grande Jatte (1884-1886), the Art Institut of Chicago, qui représente des promeneurs anonymes à la campagne. On voit que la tournure est également portée dans les classes populaires. Au Japon, elle est appelée Rokumei-kan, d’après le nom d’un lieu de festivals et de galas qui a beaucoup contribué à l’occidentalisation de Tokyo à l’époque de la Restauration Meiji (1867-1912).
Après 1850, la plupart des robes se composent de deux pièces distinctes, un corsage et une jupe ; avec la fin du siècle, on assiste au retour des ornements et des détails. Les robes sont surchargées jusque dans leurs moindres replis de toutes sortes de détails compliqués qui finissent par engoncer totalement la silhouette. Seule exception à la règle, une robe d’une seule pièce laissant deviner les lignes du corps et créée au début des années 1870. Elle est baptisée « robe princesse » en l’honneur de la princesse Alexandra (1844-1925), future reine d’Angleterre.
Vers la fin du siècle, les coiffures de prédilection sont les chignons volumineux. Les coiffes, quasiment obligatoires tout au long du siècle se transforment en petits chapeaux à bords étroits qui laissent voir ces coiffures très élaborées. Les toques à bords presque invisibles deviennent très à la mode pour cette raison. »

Plus d’infos au MET >lien
Et retrouvez la haute couture parisienne dans le roman d’amour Sous les eucalyptus de Gabrielle Dubois

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