Le Génie du Christianisme, Chateaubriand. Gabrielle Dubois
Le Génie du Christianisme, Chateaubriand. Gabrielle Dubois

L’espérance est en nous, faisons notre propre bonheur.


Le Génie du Christianisme,
de François René de Chateaubriand,


extrait :
« … Jésus Christ, vous seul pouviez enseigner au monde que la foi, l’espérance et la charité sont les vertus qui conviennent à l’ignorance, comme la misère à l’homme !
C’est une prodigieuse raison, sans doute, que celle qui nous a montré dans la foi la source des vertus. Il n’y a de puissance que dans la conviction. Un poème n’est divin, une peinture n’est belle que parce que l’esprit ou l’oeil qui en juge, est convaincu d’une certaine vérité cachée dans ce raisonnement, ce poème, ce tableau. Quels miracles un petit nombre de soldats persuadés de l’habileté de leur général, ne peuvent-ils pas enfanter ! (…) Colomb, seul de tout un monde, s’obstine à croire à un nouvel univers, et un nouvel univers sort des flots. L’amitié, le patriotisme, l’amour, sont aussi une espèce de foi. C’est parce qu’ils ont cru, que les Codrus, les Pylade, les Regulus, les Arie, ont fait des prodiges. Et voilà pourquoi ces cœurs qui ne croient en rien, qui traitent d’illusions tous les attachements de l’âme, et de folie toutes les belles actions, qui regardent en pitié l’imagination et la tendresse du génie ; voilà pourquoi ces cœurs n’achèveront jamais rien de grand, de généreux ; ils n’ont foi que dans la matière et dans la mort, et ils dont déjà sensibles comme l’une, et glacés comme l’autre.
(…)
Si vous employez la foi à son véritable usage, si vous la tournez entièrement vers le Créateur, si vous en faites l’œil intellectuel par qui vous découvrez les merveilles de la cité sainte, et l’empire des existences réelles, si elle sert d’ailes à votre âme, pour vous élever au-dessus des peines de la vie ; vous reconnaîtrez que l’Ecriture n’a pas trop exalté cette vertu, lorsqu’elle a parlé des prodiges qu’on peut faire avec elle. Foi céleste, foi consolatrice, tu fais plus que de transporter les montagnes, tu soulèves les poids accablants qui pèsent sur le cœur de l’homme !
(…)
L’espérance, seconde vertu théologale, a presque la même force que la foi ; le Désir est le père de la puissance ; quiconque désire fortement, obtient. Cherchez, a dit Jésus Christ, et vous trouverez ; frappez, et l’on vous ouvrira. Pythagore disait dans le même sens : La puissance habite auprès de la nécessité ; car nécessité implique privation, et privation marche avec désir. Le désir ou l’espérance, est le génie. Il a cette virilité qui enfante, et cette soif qui ne s’éteint jamais. Un homme se voit-il trompé dans ses projets ? C’est qu’il n’a pas désiré avec ardeur ; c’est qu’il a manqué de cet amour qui saisit tôt ou tard l’objet auquel il aspire, de cet amour qui dans la Divinité, embrasse tout et jouit de tous les mondes, par une immense espérance toujours satisfaite, et sui renaît toujours.
Il y a cependant une différence entre la foi, et l’espérance considérée comme force. La foi a son foyer hors de nous, pour se porter au dehors. On nous impose la première, notre propre désir fait naître la seconde ; celle-là est une obéissance ; celle-ci un amour. Mais comme la foi engendre plus facilement les autres vertus, comme elle découle directement de Dieu, et que par conséquent étant une émanation du grand être, elle est plus belle que l’espérance qui n’est qu’une partie de l’homme, l’église a dû placer la foi au premier rang.
Mais l’espérance offre en elle-même un caractère particulier : c’est celui qui la met en rapport avec nos misères. Sans doute elle fut révélée par le ciel, cette religion qui fit une vertu de l’espérance ! Cette nourrice des infortunés, placée auprès de l’homme, comme une mère auprès de son enfant malade, le berce dans ses bras, le suspend à sa mamelle intarissable, et l’abreuve d’un lait qui calme toutes ses douleurs. Elle veille à son chevet solitaire, elle l’endort par des chants magiques. N’est-il pas surprenant de voir l’espérance, qu’il est si doux de garder et qui semble un mouvement naturel de l’âme, se transformer pour le chrétien en une vertu rigoureusement exigée ? en sorte que, quoi qu’il fasse, on l’oblige à boire à grands traits à cette coupe enchantée, où tant de misérables s’estimeraient heureux de mouiller un instant leurs lèvres. Il y a plus (et c’est ici la merveille), il sera récompensé d’avoir espéré, autrement dit, d’avoir fait son propre bonheur. Le fidèle toujours militant dans la vie, toujours aux prises avec l’Ennemi, est traité par la religion dans sa défaite, comme ces généraux vaincus, que le Sénat Romain recevait en triomphe, par la seule raison qu’ils n’avaient pas désespéré du salut final. Mais si les anciens attribuaient quelque chose de merveilleux à l’homme que l’espoir n’abandonne jamais, qu’auraient-ils pensé d chrétien qui, dans son étonnant langage, ne plus entretenir, mais pratiquer l’espérance ?... »

NE DITES PLUS : C’EST L’AUTOMNE !

NE DITES PLUS : C’EST L’AUTOMNE !


Je ne veux pas vous entendre dire tout simplement : Aujourd’hui, c’est l’automne !
D’abord parce que chacun le sait, mais surtout, parce qu’il y a tant de belles façons de le vivre en France et de le dire en français…

L’automne rural
Le citadin, bien souvent, n’aime pas l’automne. Le piéton est éclaboussé par les voitures, l’usager des transports en commun suffoque dans l’air confiné et vicié du bus, l’heureux propriétaire d’une voiture ne sait plus où la garer parce que tout le monde a pris la sienne pour ne pas se mouiller.
George Sand l’avait bien compris : une seule solution pour passer un bel automne : habiter à la campagne :
« C'est au coin du feu que la nature nous convie en automne à la vie de famille, et c'est aussi en pleine campagne que les rares beaux jours de cette saison peuvent se faire sentir et goûter.
Aux champs, un rayon de soleil ou quelques heures de vent rendent l'air sain et la terre propre. La vie factice et absurde de nos riches parisiens s'épuise à lutter contre la nature. On s’imagine à Paris que la nature est morte pendant six mois, et pourtant les blés poussent dès l'automne… »

L’automne haut en couleurs
Pour le premier jour de l’automne, retenez ces quatre vers de Théodore de Banville, et au premier collègue qui dira : Aujourd’hui, c’est l’automne ! répondez :
« Sois le bienvenu, rouge Automne,
Accours dans ton riche appareil,
Embrasse le coteau vermeil
Que la vigne pare et festonne… »
Voilà qui aura plus de gueule, non ?
Et si l’on vous traite de poète du vendredi, ne vous laissez pas intimider et ajoutez quelques vers de Victor Hugo :
« …Où va ce vent d'automne au souffle desséché
Qui passe en emportant sur son aile inquiète
Et les feuilles de l'arbre et les vers du poète… »

L’AUTOMNE, ça déménage !

Mais redescendons un peu de nos hauteurs poétiques vers les chaussées de nos grandes villes avec Delphine de Girardin qui, à l’automne en 1836, rapportait le chassé-croisé des déménagements parisiens, petite pépite trouvée dans Départs d’auteurs :
« Les grands événements de la semaine parisienne sont les déménagements. C'est un immense chassé-croisé. On ne peut faire un pas sans être arrêté par une voiture de déménagement. Vous tournez une rue... et vous vous trouvez nez à nez avec un buste de grand homme qui marche à reculons. Le croira-t-on ? hier nous avons surpris un innocent jeune homme rajustant sa cravate devant une grande et belle glace qui marchait à pas mesurés devant lui. Les commissionnaires doivent être bien fatigués ce mois-ci : le mois d'octobre est un bon mois pour eux. »

L’automne poétique
Vous voulez parler de l’automne avec votre moitié, et souhaitez que la saison la fera se pâmer ? essayez quelques vers de Baudelaire
« Vous êtes un beau ciel d'automne, clair et rose !
Mais la tristesse en moi monte comme la mer,
Et laisse, en refluant, sur ma lèvre morose
Le souvenir cuisant de son limon amer… »
… ou de Théophile Gautier son maître : avec son vers octosyllabique qui lui est si cher, même La dernière feuille de l’automne devient un diamant :
« Il ne reste plus dans mon âme
Qu'un seul amour pour y chanter,
Mais le vent d'automne qui brame
Ne permet pas de l'écouter... »

Automne et philosophie
Et pourquoi au lieu d’en parler, comme la Comtesse de Noailles dans Exactitudes, n’écoutions-nous pas le silence de l'automne et n’essaierions-nous pas d’en comprendre la philosophie ?
« La nature, ayant l'expérience de son éternité, accueille sans révolte ses passagers repos. La paix tombe des cieux, s'avance de toute part, molle banquise des airs, et bâtit autour des mondes d'Occident sa calme forteresse.
Que tout est calme, désarmé.
Automne, vous qui absorbez pour émettre, connaîtrai-je un jour votre dénuement noblement accepté, et ce mystique espoir en la vie éternelle par quoi vous possédez la quiétude harmonieuse et la sérénité ? »

L’automne à toute vitesse
Mais si vous n’avez pas de mémoire, n’êtes ni poète ni philosophe, faites comme Alexandre Dumas qui lui en avait, de la mémoire ! et sautez allègrement d’une saison à l’autre. Après tout, chacun de nous connaît leur rythme et leurs couleurs !
Extrait des Mohicans de Paris :
« La fenêtre (…) s'ouvrait sur un beau jardin plein de fleurs au printemps, de fruits à l'automne, et de soleil l'été. »

Article paru dans la presse  Contrepoints

L’ÉTERNELLE JEUNESSE DE CHARLES BAUDELAIRE

L’ÉTERNELLE JEUNESSE DE CHARLES BAUDELAIRE


Baudelaire était un admirateur de Théophile Gautier, comme le bon Théo l’était de l’auteur des Fleurs du mal. Dans ce dernier recueil, dans une édition de 1868, on trouve, en préface, un bel éloge et un beau portrait de Baudelaire par Gautier :

 

La torture des passions

« Il est rare qu’un poète, qu’un artiste soit connu sous son premier et charmant aspect. La réputation ne lui vient que plus tard, lorsque déjà les fatigues de l’étude, la lutte de la vie et les tortures des passions ont altéré sa physionomie primitive ; il ne laisse de lui qu’un masque usé, flétri, où chaque douleur a mis pour stigmate une meurtrissure, une ride. C’est cette dernière image, qui a sa beauté aussi, dont on se souvient. »
Mais Gautier préfère nous peindre le portrait d’un Baudelaire tel qu’il l’a rencontré alors qu’il avait 28 ans.

DES YEUX COULEUR DE TABAC D’ESPAGNE

« La première fois que nous rencontrâmes Baudelaire, ce fut vers le milieu de 1849.
Son aspect nous frappa : il avait les cheveux coupés très raz et du plus beau noir ; ces cheveux, faisant des pointes régulières sur le front d’une éclatante blancheur, le coiffant comme un espèce de casque sarrasin ; les yeux, couleur de tabac d’Espagne, avaient un regard spirituel, profond, et d’une pénétration peut-être trop insistante ; quant à la bouche, meublée de dents très blanches, elle abritait, sous une légère et soyeuse moustache ombrageant son contour, des sinuosités mobiles, voluptueuses et ironiques comme les lèvres des figures peintes par Léonard de Vinci ; le nez, fin et délicat, un peu arrondi, aux narines palpitantes semblait subodorer de vagues parfums lointains ; une fossette vigoureuse accentuait le menton comme le coup de pouce final du statuaire ; les joues, soigneusement rasées, contrastaient, par la fleur bleuâtre que veloutait la poudre de riz, avec les nuances vermeilles des pommettes. »

CHARLES LE GENTLEMAN

« Le cou, d’une élégance et d’une blancheur féminines, apparaissait dégagé, partant d’un col de chemise rabattu et d’une étroite cravate en madras des Indes à carreaux. Son vêtement consistait en un paletot d’une étoffe noire lustrée et brillante, un pantalon noisette, des bas blancs et des escarpins vernis, le tout méticuleusement propre et correct, avec un cachet voulu de simplicité anglaise et comme l’intention de se séparer du genre artiste… Charles Baudelaire appartenait à ce dandysme sobre qui râpe ses habits avec du papier de verre pour leur ôter l’éclat endimanché et battant tout neuf, si désagréable pour le vrai gentleman. »

UN ÉGARÉ DANS LA BOHÊME

« Baudelaire se piquait de garder les plus étroites convenances, at sa politesse était excessive jusqu’à paraître maniérée, ce qu’elle n’était pas. Il mesurait ses phrases, n’employait que les termes les plus choisis, et disait certains mots d’une façon particulière, comme s’il eût voulu les souligner et leur donner une importance mystérieuse. Il avait dans la voix des italiques et des majuscules initiales.
Ses gestes étaient lents, rares et sobres, il avait horreur de la gesticulation méridionale. C’était un dandy égaré dans la bohème, mais y gardant son rang et ses manières. »

L’HOMME QUI VOLTIGEAIT SUR LES PARFUMS

« Baudelaire avait l’habitude d’appuyer, en parlant, son index contre sa tempe ; ce qui est, comme on sait, l’attitude du portrait de l’humoriste anglais, placé au commencement des œuvres du poète dont « l’âme voltige sur les parfums, comme l’âme des autres hommes voltige sur la musique. »

Article paru dans la presse : Contrepoints

LES HAUTS ET LES BAS DE LA RENTRÉE

LES HAUTS ET LES BAS DE LA RENTRÉE

BIENTÔT LA RENTRÉE

« Ah, bientôt la rentrée ! »
Exclamation à lire avec un ton de désolation extrême… pour être dans le ton !
Eh, bien, comme vous le savez peut-être déjà, j’ai la fâcheuse manie de ne pas être dans le ton.
Alors par association d’idées : rentrée, rentrée des classes, dictionnaire, j’ai cherché la définition du mot rentrée dans le Larousse, il en donne tout plein. Première de ses définitions :
« Action de rentrer quelque chose dans un local, à l'abri : Participer à la rentrée des foins. »
Mais qui peut, de nos jours, en France, dire qu’il se met à l’abri quand il rentre au travail ? Je laisse à chacun la responsabilité de sa propre réponse.

VACANCES D’ÉTÉ OU TRAVAIL D’ÉTÉ

Je vous ferai grâce des statistiques et autres sondages qui ne reflètent que ce qu’ils veulent bien refléter ; nous savons bien qu’il est un certain nombre d’indépendants, de petits entrepreneurs, de travailleurs consciencieux, d’étudiants dont les parents ne sont pas assez pauvres pour recevoir des bourses, mais pas assez riches pour leur offrir chambre en ville et argent de poche, ou encore Français qui ont un rêve et qui se donnent tous les moyens pour le réaliser, et tous leurs enfants qui ont pris le soleil sous leurs casquettes auréolées de transpiration dans la cour goudronnée du centre-aéré qui est souvent leur école-même ; bref, certains Français, les silencieux, n’ont pas ou quasiment pas quitté le boulot cet été. Et donc, pour participer à cette grande affaire qu’est la rentrée et qui semble préoccuper nombre de Français, encore faudrait-il qu’il y eût sortie !

MAIS QUI SONT CES FRANÇAIS ?

Mais pourquoi donc ces gens-là travaillent-ils sans relâche ? Qui sont-ils ? On hésite à leur mettre une étiquette : ambitieux, abrutis ? On se demande quelles sont leurs motivations : réussite à tout prix, appât du gain ? Puis l’on s’inquiète : et s’ils allaient réussir grâce à leur travail ? Quelle chance ils auraient eue ! Quelle injustice se serait pour ceux qui sont partis en vacances.
Une chance dîtes-vous ?
Eh bien, oui, une chance d’être nés travailleurs : l’effort ne leur coûte pas, le travail ne leur est pas une corvée, la patience est dans leur nature, les difficultés leur sont de joyeux défis à relever ! Donc, pourquoi, avec tant de facilités, mériteraient-ils d’atteindre les buts qu’ils se sont fixés et pour lesquels ils se sont astreints au travail pendant que nous prenions des vacances méritées et durement acquises il y a quatre-vingts ans ?
Il serait vraiment temps de revoir la définition du mot travail ! Depuis Germinal, on est resté sur l’idée que le travail est une plaie. Mais les journées de travail pour certains Français, ne font plus douze heures depuis presque un siècle, les semaines de six jours ne se voient plus que dans les manuels d’histoire, la locomotive n’est plus alimentée en charbon, et un long ennui des RTT a remplacé le plaisir de quelques heures de liberté.

QUI TRAVAILLE POUR QUI ?

Mais revenons à l’une des multiples définitions du mot rentrée du Larousse :
« Pour un acteur, un homme public, fait de reparaître, après une absence, dans son activité : Député qui prépare sa rentrée politique. »
Après un mois (ou deux ?) d’absence, le député, cette créature dont Théophile Gautier ne pensait pas grand bien, je le cite :
« Je ne comprends guère l’utilité qu’il y a à parquer deux ou trois cents provinciaux dans une baraque de bois avec un plafond peint par M. Fragonard pour leur faire tripoter et gâcher je ne sais combien de petites lois absurdes ou atroces. »
Le député, donc, reparaît… Peut-être faudrait-il que le dictionnaire ait spécifié qu’il doive se mettre au travail et non pas seulement « reparaître » ?
Ah, député, quand tu feras ta rentrée, souviens-toi que certains de tes électeurs qui ont cru travailler pour eux cet été, ont en fait travaillé pour toi, alors, s’il te plaît, travaille pour eux !
Personnellement, je fais plutôt mienne ce qu’a confié un jour Napoléon III à Arsène Houssaye :
« Sans chef et sans ministres, la France se porterait tout aussi bien. »
Mais ça, c’est une autre histoire…

LE GROUPE OCCULTE

Ce qui me fait penser à une autre définition du mot rentrée, mot qui a décidément beaucoup inspiré notre gros Larousse :
« Action de recouvrer des fonds ; somme recouvrée : Attendre des rentrées importantes »
Ah ! Si seulement retrouver les commandes de sa petite entreprise ou de son boulot voulait effectivement dire recouvrer des rentrées importantes ! Peut-être serait-ce vrai si la petite entreprise était un « Groupe occulte de personnes qui se soutiennent dans leurs intérêts par toutes sortes de moyens », cf définition du mot mafia dans livre déjà cité… !
Les personnes de ce « groupe occulte » ne seraient-elles pas au nombre de 577, cf paragraphe précédent ? En ce cas, il est normal que ce soient elles, « qui se soutiennent dans leurs intérêts par toutes sortes de moyens », qui « recouvrent les fonds », non ?

HUMOUR DE RENTRÉE

Pour toutes ces raisons, la rentrée, pour certains Français, a une allure surréaliste de :
« Retour dans les couches denses de l'atmosphère terrestre d'un véhicule spatial ou d'une tête nucléaire larguée par un missile balistique. » (autre définition du Larousse)

Mais haut les cœurs et finissons en beauté, en clin d’œil, ou en sourire ironique, voici la dernière définition laroussienne du mot rentrée :
« Période qui succède aux congés annuels au début de l'automne : Des grèves qui annoncent une rentrée difficile. »
Auteurs du Larousse, seriez-vous plein d’humour ?
Il y a fort à parier que cette définition-là ne se trouve dans aucun autre dictionnaire au monde : voilà une chose que seuls les Français possèdent… mais qui nous l’envie ?

Gabrielle Dubois  Article paru dans la presse

L’HÉRITAGE DES FRÈRES GONCOURT, par Gabrielle Dubois

L’HÉRITAGE DES FRÈRES GONCOURT, par Gabrielle Dubois


Qui sont les frères Goncourt à l’origine du célèbre prix littéraire  Comment ces deux hommes ont-ils influencé l’offre littéraire française de nos jours et formaté l’esprit de générations de lycéens.

Les Goncourt selon l’académie Goncourt


Extrait du site internet de l’Académie Goncourt, au sujet des frères Goncourt
« … rien ne flattait plus Edmond de Goncourt que de s'entendre dire qu'il avait usé sa vie d'artiste à tenter l'expression de l'inexprimable, à rendre ce qui ne saurait être rendu, et qu'il appelait dans son jargon  l'irrendable. »
Cette phrase, d’après le site de l’Académie Goncourt, est copiée du livre  Vingt-cinq ans de littérature française, par Eugène Montfort (1877-1936), publié en 1925.

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Eugène Montfort par Raoul Duffy

Les Goncourt perçus par leurs contemporains


Voici maintenant l’extrait exact d’Eugène Montfort
« … rien ne flattait plus doucement Edmond de Goncourt que de s’entendre dire qu’il avait usé sa vie d’artiste à tenter l’expression de l’inexprimable, à rendre ce qui ne saurait être rendu, et qu’il appelait dans son jargon  l’irrendable. On peut en juger par la complaisance avec laquelle il portait de pareilles inscriptions dans son journal. Lundi 24 janvier 1876 chez Alphonse Daudet  « Rendre l’irrendable, c’est ce que vous avez fait, me dit ce soir Alphonse, ça doit être l’effort actuel, mais le point où il faut s’arrêter  voilà le difficile, sous peine de tomber dans l’amphigourisme. » Jusqu’à quel point Goncourt s’est-il retenu de tomber dans l’amphigourisme, c’est ce que l’on ne saurait déterminer. »

Edmond Goncourt a donc tenté d’exprimer l’inexprimable ; le site de l’Académie Goncourt ne précise pas s’il y est arrivé… Et peut-être est-ce pourquoi les frères Goncourt passaient tant de temps chez Théophile Gautier  parce que lui y arrivait naturellement.
Dans Théophile Gautier par Charles Baudelaire, Baudelaire cite Gautier
« Tout homme qu'une idée, si subtile et si imprévue qu'on la suppose, prend en défaut, n'est pas un écrivain. L'inexprimable n'existe pas. »
Et il n’y a qu’à lire Théophile Gautier pour reconnaître cette vérité.
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Théophile Gautier
Maintenant, voici un extrait du Collier des jours, de Judith Gautier, où elle relate une conversation qu’elle a eu avec son père Théophile Gautier au sujet des frères Goncourt qui venaient très souvent rendre visite à Gautier
« - Qu’est-ce que tu penses des Goncourt  demande Théophile à sa fille.
- (…) Quand ils sont là, on est content de les voir, très intéressé par ce qu’ils disent, et cependant on ne se sent pas à l’aise, on dirait qu’on entre en classe… qu’on n’a plus le droit de dire des bêtises… c’est drôle… Enfin, je ne sais pas m’expliquer.
- Je te comprends d’autant mieux, répond Gautier, que je connais la raison de ton impression, qui est bien près d’être la mienne. Malgré le charme de leur causerie, leur aisance et leur désintéressement apparent, on sent en eux une préoccupation, une tension d’esprit. Ils ne causent pas, comme moi, par exemple, pour le simple plaisir de causer  ils étudient et ils observent ; ils se documentent.
- Oui, c’est cela. Et même nous, qui n’avons qu’à écouter, nous sommes mal à l’aise. Je vois bien que, toi aussi, tu n’es pas comme toujours et que quelque chose te gêne.
- Oui, par moments, tout à coup, je suis inquiet, et je n’ose plus me déboutonner  ils écoutent avec une attention si intense, avec la volonté si évidente de retenir, d’apprendre par cœur ce qu’ils entendent, que je suis interloqué… Comment dire tout ce qui vous passe par la tête, quand on a la sensation que l’on parle peut-être pour la postérité  On devient gauche et affecté comme devant l’appui-tête du photographe… Et note bien que, s’il m’échappe quelque ânerie, malgré la déférence respectueuse qu’ils ont pour moi, ils sont tellement éperdus de réalisme qu’ils la saisiront au vol et la reproduiront de préférence, en la grossissant malgré eux… On court le risque d’apparaître aux populations sous un jour fâcheux, autant qu’inexact, car rien ne défigure, quelquefois, comme la photographie… Oui… j’ai l’impression qu’ils prennent des notes  quand on ne les regarde pas, ils doivent écrire sur leurs manchettes.
- La littérature est donc pour eux un devoir sans récréation
- Ils en sont possédés… Pour les plus belles fleurs, ils sont toujours d’actives abeilles, jamais des papillons… Maintenant, dis ce que tu penses de leur talent, Judith.
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- (…) Leur style si nouveau et si compliqué m’intéresse beaucoup, mais en même temps, me distrait du roman. Les mots accrochent trop mon attention  je les remarque, et j’oublie de quoi l’on parle ; c’est d’ailleurs, le plus souvent, de choses insignifiantes. Les descriptions sont parfaites, mais les endroits décrits laids et ennuyeux ; les personnages sont saisissants de vérité, mais on aimerait autant ne pas les voir, et on les fuirait comme la peste, si on avait le malheur de les rencontrer.
- Tu exagères peut-être un peu ! Cependant il y a quelque chose d’assez juste dans ton observation  c’est le contraste entre le style recherché et la banalité du sujet. Ils enchâssent, dans un métal précieux et tarabiscoté, des cailloux et des tessons. Ils ne veulent pas choisir les aventures rares et dignes d’être contées, ils redoutent d’embellir la vie  aussi arrivent-ils quelquefois à être ennuyeux comme elle… Cela n’empêche pas qu’ils ne soient charmants et n’aient beaucoup de talent… »

Que chacun médite ce dernier paragraphe et se fasse sa propre idée sur une bonne partie de l’offre littéraire française, et surtout de l’offre littéraire proposée aux lycéens qui passent leur bac de français cette année, comme ma fille par exemple.

Littérature contemporaine et bonne conscience

Littérature contemporaine et bonne conscience


C’est un tort de s’imaginer qu’une certaine littérature contemporaine se complaisant dans le misérabilisme soit un bienfait, soit ce que le lecteur attend. Le lecteur est prisonnier de l’offre qui lui est proposée.
La misère existe, c’est un fait ; il faudrait que cela change, ce devrait un but. Mais en quoi écrire romans sur romans à ce sujet améliore-t-il ce fait  Un lycéen contraint de lire sept romans contemporains sur la misère humaine va-t-il se précipiter pour servir la soupe populaire le samedi soir  L’auteur du roman, l’éditeur de ce roman, les décideurs de l’Education Nationale, le professeur de français, qui se sont tous donnés une facile bonne conscience en lisant ce roman, le font-ils eux-mêmes  Quelle est la part de voyeurisme et de complaisance, la part de prise de conscience, la part de réelle compassion  Quel est cet air du temps qui susurre  il te suffira de lire ce roman dont le sujet est un sans-abri pour avoir bonne conscience ; si tu ne le lis pas, c’est que tu es une personne qui n’aime pas son prochain. En quoi de tels romans améliorent-ils la vie des personnes qui en sont les sujets  Ou bien peut-être est-ce que je me trompe  Peut-être chaque lecteur de ce roman invite-t-il un sans-abri à sa table chaque soir  Après tout, la charité doit être un acte noble et discret…
Maintenant, on peut se poser la question  quel est le but du cours de français  S’il propose essentiellement une littérature contemporaine décrivant pauvrement la misère de notre société, alors il s’apparente plus à un cours de sociologie, et son but est de toute façon nul car les élèves seront passés à côté de la littérature et aussi à côté de la sociologie, puisque traitée de façon littéraire.

Baisser les yeux pour lire un livre nous fait relever la tête


Il n’est pas dans la nature humaine d’aimer la misère. Chacun la fuit à sa façon, selon ses moyens. Chacun tend naturellement à être plus aimé, plus beau ou plus riche. Pourquoi en serait-il autrement pour un lycéen
J’ai entendu l’autre jour à la radio, deux collégiennes d’un quartier défavorisé qui avaient eu la chance de faire leur stage de troisième dans une entreprise de designers  de beaux bureaux, des gens heureux de travailler. Elles en étaient revenues éblouies, prêtes à se donner tous les moyens pour se dépasser, pour surmonter les obstacles et s’élever. Qu’est-ce qui leur avait ouvert les yeux, qu’est-ce qui leur avait donné un élan, un espoir  Était-ce de constater qu’il y avait de la misère  De regarder vers le bas  Non. C’était d’avoir levé les yeux vers un monde étranger à leur univers, pas facile à comprendre quand on n’en a pas les clés certes, mais un monde plus beau, plus riche intellectuellement et esthétiquement, ceci dit sans jugement de valeur.

La misère en littérature

gabrielle Dubois se mignoter
PIERRE-AUGUSTE COT Gabrielle Dubois roman amour

La misère en littérature


Revenons au bac de français de ma fille. Le professeur lui a donné une liste de neuf livres à lire  deux pièces de théâtre, Molière et Marivaux, et sept romans d’auteurs contemporains ayant obtenu des prix Goncourt dans les années 2000.
Les œuvres proposées en cours de français dénuées de poésie, de personnages exceptionnels, d’élévation d’esprit, de beauté, de situations rares, n’élèvent pas les collégiens et lycéens  elles les dégoûtent de la lecture, les abrutissent, au mieux, les endorment… pendant ce temps-là, au moins, peuvent-ils rêver ! La misère, intemporelle et inhérente à toute société, déjà été décrite et écrite depuis des centaines d’années, y est montrée sous le jour le plus gris et banal qui soit. Alors, puisque l’Éducation Nationale tient tant à plonger ses élèves dans la misère humaine, pourquoi ne pas la lire chez les auteurs classiques  Cela ferait d’une pierre sept coups  constater que la misère existe, la comprendre, apprendre l’histoire, la géographie, les mœurs d’un pays, découvrir la culture et surtout, surtout, le beau français !

Un exemple extrait d’Une journée à Londres, par Théophile Gautier, (orthographe du temps)
« … J’ai étudié de près la gueuserie espagnole, et j’ai souvent été accosté par les sorcières qui ont posé pour les caprices de Goya. J’ai enjambé le soir les tas de mendians qui dormaient à Grenade sur les marches du théâtre ; j’ai donné l’aumône à des Ribeira et à des Murillo sans cadre enveloppés dans des guenilles où tout ce qui n’était pas trou était tache (…), mais je n’ai jamais rien vu de plus morne, de plus triste et de plus navrant que cette vieille entrant dans un gin-temple de Londres.
(…) Quelle différence de ces lambeaux terribles aux bonnes guenilles espagnoles, rousses, dorées, picaresques, qu’un grand peintre peut reproduire, et qui font l’honneur d’une école et d’une littérature ; entre cette misère anglaise, froide, glacée comme la pluie d’hiver, et cette insouciante et poétique misère castillane, qui, à défaut de manteau, s’enveloppe d’un rayon de soleil, et qui, si le pain lui manque, étend la main et ramasse par terre une orange ou une poignée de ces bons glands doux qui faisaient les délices de Sancho Pança !
Au bout d'une minute, la vieille sortit de la boutique (…). Béni sois-tu, gin, malgré les déclamations des philanthropes et des sociétés de tempérance, pour le quart d’heure de joie et d’assoupissement que tu donnes aux misérables ! Contre de tels maux, tout remède est légitime, et le peuple ne s’y trompe pas. Voyez comme il court boire à grands coups l’eau du Léthé sous le nom de gin. Étrange humanité, qui veut que les pauvres aient toujours toute leur raison pour sentir sans relâche l’étendue de leurs malheurs !... »

N'y sont-ils pas, là, les sept coups, dans ce merveilleux texte classique méconnu  Est-ce si ardu pour un élève qui passe son bac de français qu’il ne puisse le comprendre.



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La littérature classique n’est pas pour tous, ce n’est pas une raison pour la minimiser dans les programmes scolaires.

La littérature classique n’est pas pour tous, ce n’est pas une raison pour la minimiser dans les programmes scolaires.


C’est une erreur de croire que la littérature française peut être accessible à tous les élèves. Elle ne peut pas. Certains esprits, qui peuvent être brillants par ailleurs, ne seront jamais touchés par la poésie ou la beauté d’une phrase. Ce n’est ni méchant ni méprisant de le constater. C’est plutôt heureux qu’il en soit ainsi. Comment vivrait-on dans un monde où tout le monde serait littéraire
Enseignez de nouveau la littérature classique aux élèves ! Donnons la chance à ceux qui accrocherait de pouvoir s’élever, ils ne demandent que cela. Comment
En les intéressant. Il y a des centaines d’anecdotes rigolotes, extraordinaires ou insolites sur les auteurs classiques, ces auteurs que vos élèves croient vieux et poussiéreux. À vous de montrer qu’ils sont éternellement vivants, jeunes, humains. Où trouver ces anecdotes, ces pépites  Dans les livres qui vous ont amenés à devenir professeurs de français. Sortez des sentiers battus, faites votre propre choix. Posez-vous la question comme je me la suis posée  comment il se fait que certains auteurs contemporains se retrouvent sur les listes d’achats de livres de millions de lycéens  Qui les a mis sur ces listes et pourquoi  Retrouvez vous-même le plaisir de la littérature, l’enthousiasme, le goût de l’effort et la satisfaction du résultat.

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Histoire de l'amour en poésie par Gabrielle Dubois

Brève histoire de l'amour en poésie
Brève histoire de l'amour en poésie

Brève histoire de l’amour en poésie par Gabrielle Dubois

 


Il y a 2 milliards d’années,
L’amour pullule chez les cellules :
« Cellule un dans son eau,
Cellule deux en même eau.
Deux cellules que c’est chaud,
Un organisme que c’est beau ! »

Il y a 2500 ans,
L’amour grec et antique, amour anacréontique
par Anacréon :
« L'Amour me donne des ailes légères,
Je m'élève jusques aux cieux,
Mais l'objet de mon ardeur
est insensible à mes feux. »

Il y a 900 ans,
L’amour troubadour
par Bernard de Ventadour,
« Hélas ! tant en croyais savoir
En amour, et si peu en sais.
Car j'aime sans y rien pouvoir
Celle dont jamais rien n'aurai. »

Il y a 160 ans,
L’amour romantique, amour emblématique,
par Théophile Gautier :
« À l'Idéal ouvre ton âme ;
Mets dans ton cœur beaucoup de ciel,
Aime une nue, aime une femme,
Mais aime ! C'est l'essentiel ! »

2017,
L’amour est informatique, émoticônique :
«  Brève histoire de l'amour en poésie ?
   Brève histoire de l'amour en poésie !  » 

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Lis tes ratures

Alexandre Dumas et le furoncle
Lis tes ratures

Lis tes ratures



Comment ?
Vous ne connaissez pas la chaîne Lis tes ratures ?
La chaîne Youtube qui vous dit tout ce qu'on ne vous a jamais dit sur les auteurs classiques, leurs bêtises, leurs maladresses, les situations cocasses dans lesquels ils se sont fourrés ?
Vite, allez voir, laissez vos commentaires et abonnez-vous pour ne pas manquer les prochains films !

 >>> Youtube

 

 

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Lagarde et Michard et Dumas

Gabrielle Dubois, roman historique. Dumas.
Gabrielle Dubois, roman historique. Dumas.


Lagarde et Michard et Dumas


1828, Alexandre Dumas a vingt ans, le Théâtre Français vient d’accepter son premier manuscrit : Christine, une pièce en cinq actes.
Alexandre Dumas, Mes mémoires, extrait :
«… Je sortis du théâtre léger et fier, comme lorsque ma première maîtresse m’avait dit : « Je t’aime ! » Je pris ma course vers le Faubourg Saint-Denis, toisant tous ceux que je rencontrais, et ayant l’air de leur dire : « Vous n’avez pas fait Christine, vous ! Vous ne sortez pas du Théâtre-Français, vous ! Vous n’êtes pas reçus par acclamation, vous ! » Et, dans ma préoccupation joyeuse, je prenais mal mes mesures pour sauter un ruisseau, et je tombais au milieu ; je ne voyais pas les voitures et je me jetais dans les chevaux. En arrivant au Faubourg Saint-Denis, j’avais perdu mon manuscrit ; mais peu importait ! je savais ma pièce par cœur. (…)

Je revins près de ma pauvre mère, tout émotionnée et toute tremblante du grand événement qui venait de signaler cette journée. C’était le 30 avril 1828. Je passai la soirée, la nuit et la matinée du lendemain à refaire un autre manuscrit… »

Et cet homme-là n'est même pas mentionné dans le Lagarde et Michard du XIXème siècle !

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Théophile nous élève

Atkinson Grimshaw, London, Gabrielle Dubois
Atkinson Grimshaw, London, Gabrielle Dubois

Théophile Gautier, extrait de La belle Jenny :
« Déjà se balançait à l’horizon l’immense dais de vapeur toujours suspendu sur la ville de Londres. Les cottages et les maisons, d’abord disséminés, commençaient à former des masses plus compactes. Des ébauches de rue venaient s’embrancher sur la route. Les hautes cheminées de briques des usines, pareilles à des obélisques égyptiens, se dressaient au bord du ciel et dégorgeaient leurs flots noirs dans le brouillard gris. La flèche pointue de Trinity-Church, le clocher écrasé de Saint-Olave, la sombre tour de Saint-Sauveur avec ses quatre aiguilles, se mêlaient à cette forêt de tuyaux qu’elles dominaient de toute la supériorité d’une pensée céleste sur les choses et les intérêts terrestres. »
Voilà, entre autres, pourquoi j’admire Théophile Gautier. Cette description n’est-elle pas une merveille de construction ? On commence éparpillé au ras du sol et, subtilement, on se rassemble et on s’élève. Et moi, je m’incline bien bas devant Théophile.

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Beethoven et l'orchestre de chambre de Toulouse

Gabrielle Dubois Beethoven
Gabrielle Dubois aime Beethoven et l'orchestre de chambre de Toulouse

Gabrielle Dubois aime Beethoven et l'orchestre de chambre de Toulouse.



La semaine dernière a été très éprouvante et fatigante. Cela arrive. Dimanche matin, alors que j’étais dans un état proche de celui du légume déprimé, j’ai reçu un cadeau de Noël avant l’heure : un merveilleux CD de trois pièces de Beethoven, interprétées par Gilles Colliard et le Quatuor Baroque. J’écris ces quelques lignes, mon casque sur les oreilles et il est certain que je vais l’écouter en boucle longtemps encore. Et maintenant, tout va bien !
Merci Véronique, c’est gentil et quand je dis gentil, je pèse mes mots.

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La poésie par Baudelaire

Erato, muse de la poésie lyrique Charles Meynier 1768–1832 gabrielle dubois
Erato, muse de la poésie lyrique Charles Meynier 1768–1832

La poésie par Baudelaire




« … La poésie, pour peu qu’on veuille descendre en soi-même, interroger son âme, rappeler ses souvenirs d’enthousiasme, n’a pas d’autre but qu’elle-même ; elle ne peut pas en avoir d’autre, et aucun poème ne sera si grand, si noble, si véritablement digne du nom de poème, que celui qui aura été écrit uniquement pour le plaisir d’écrire un poème. Je ne veux pas dire que la poésie n’ennoblisse pas les mœurs, qu’on me comprenne bien, que son résultat final ne soit pas d’élever l’homme au-dessus du niveau des intérêts vulgaires ; ce serait évidemment une absurdité. Je dis que si le poète a poursuivi un but moral, il a diminué sa force poétique ; et il n’est pas imprudent de parier que son œuvre sera mauvaise. La poésie ne peut pas, sous peine de mort ou de déchéance, s’assimiler à la science ou à la morale ; elle n’a pas la Vérité pour objet, elle n’a qu’Elle-même… »

Extrait de Théophile Gautier par Charles Baudelaire ; notice littéraire précédée d'une lettre de Victor Hugo

Auteur :  Baudelaire, Charles (1821-1867)

Éditeur :  Poulet-Malassis et de Broise (Paris)
Date d'édition :  1859

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Le sexe des mots ....

#roman #amour #gabrielle #dubois 1
Peter Hasenclever Lesekabinett, Gabrielle Dubois

Le sexe des mots,
ou
De l’incertitude des genres et de la certitude du grammairien.



Extrait de la Grammaire de Napoléon Landais, résumé général de toutes les grammaires françaises...
Auteur :  Napoléon Landais (1804-1852), date d'édition :  1835

« Les genres appartiennent en propre aux noms, puisque le genre en est décidé par l’autorité de l’usage, au lieu que les terminaisons génériques des adjectifs sont assujetties à la loi de la concordance. Les genres tiennent donc à la signification spécifique des noms ; et cette conclusion se confirme par cela même, que toutes les distinctions de genres, introduites dans les Grammaires particulières, se rapportent exclusivement aux noms, comme genre déterminé, genre douteux, genre commun, genre épicène et genre hétérogène.
1, Les noms d’un genre déterminé sont ceux qui sont fixés absolument par l’usage, ou au genre masculin comme pater, père, et oculus, œil ; ou au genre féminin, comme soror, sœur, et mensa, table ; ou au genre neutre comme mare, mer et templum, temple.
2, Les noms d’un genre douteux sont ceux, au contraire, qui, sous la même terminaison, se rapportent tantôt à un genre, et tantôt à un autre, au gré de celui qui parle. Ainsi dies et finis en latin, automne et foudre en français, sont tantôt masculins et tantôt féminins.
On n’aurait jamais dû tolérer qu’on répandît des doutes sur le genre de ces mots. Ceux qui sont effectivement douteux aujourd’hui, et que l’on peut librement rapporter à un genre ou à un autre, ne sont dans ce cas que parce qu’on ignore les causes qui ont occasionné ce doute, ou qu’on a perdu de vue les idées accessoires qui originairement avaient été attachées au choix du genre. L’usage primitif n’introduit rien sans cause dans les langues ; qu’on ne l’oublie pas.
(..)
Voici un exemple indiquant l’une des causes qui peuvent rendre douteux le genre des noms. Boileau, dans plusieurs éditions de son Art poétique, avait dit :
« Que votre âme et vos mœurs peints dans tous vos ouvrages. »
Attribuant à mœurs le genre masculin. Quand on lui fit apercevoir cette faute, il en convint sur le champ, s’étonna fort qu’elle eût échappé si longtemps à la critique de ses amis et de ses ennemis, et corrigea le vers comme on le trouve dans les éditions posthumes, ainsi :
« Que votre âme et vos mœurs peintes dans vos ouvrages. »
Cette faute qui avait subsisté des années sans être remarquée, pouvait l’être encore plus tard, et lorsqu’il n’aurait plus été temps de la corriger. La juste célébrité de Boileau aurait pu en imposer ensuite à quelque jeune écrivain qui l’aurait copié, pour l’être ensuite lui-même par quelque autre, s’il avait acquis une certaine réputation dans la littérature ; et voilà mœurs d’un genre douteux, à l’occasion d’une faute contre laquelle il n’y aurait eu d’abord aucune réclamation, parce qu’on ne l’aurait pas découverte à temps. Il est à présumer que telle est, en général, l’origine de l’incertitude qu’il peut y avoir sur le genre des noms, qui n’ont pas des sens différents quand on les rapporte à des genres différents.
Mais l’usage (…) parvient insensiblement à faire disparaître le doute et l’incertitude ; et à la fin, il fixe un genre déterminé à ces noms douteux et incertains. Le mot équivoque, par exemple, était encore d’un genre douteux lorsque Boileau écrivait :
« Du langage français bizarre hermaphrodite,
De quel genre te faire, équivoque maudite,
Ou maudit ? car sans peine aux rimeurs hasardeux
L’usage encor, je crois, laisse le choix des deux. »
Mais il y a longtemps que le doute a disparu ; le mot équivoque n’est plus que du genre féminin, et le Dictionnaire de l’Académie, depuis 1762, le décide ainsi. On peut croire qu’on a regardé ce mot comme originairement adjectif, et, comme tel, on a pu le rapporter au nom sous-entendu expression ou phrase ; on le rapportait peut-être encore anciennement à mot, qui est masculin ; mais les mots ne sont équivoques ordinairement, que quand ils sont isolés, et alors ils ne servent de rien ; dès qu’ils entrent dans une phrase, ils sont déterminés ; ou si l’équivoque subsiste encore, c’est la faute de la phrase.
3, Les noms d’un genre commun sont des noms d’hommes ou d’animaux, qui, sous une même terminaison, expriment tantôt le mâle, et tantôt la femelle, et sont, conséquemment, tantôt du genre masculin, et tantôt du genre féminin. (…) Tel est en français le nom enfant ; puisqu’on dit en parlant d’un garçon : le bel enfant, mon cher enfant, et en parlant d’une fille : la belle enfant, ma chère enfant. Ainsi, quand on emploi ces mots pour désigner le mâle, l’adjectif corrélatif prend la terminaison masculine, et quand on indique la femelle, l’adjectif prend la terminaison féminine. (…) On trouve, dans toutes les langues, des noms qui sont féminins ou masculins selon qu’ils expriment le mâle ou la femelle.
Le mal n’est pas grand, puisque après tout le mâle et la femelle sont de la même espèce, au sexe près. (…)
4, Les noms du genre épicène sont des noms d’animaux, qui, sous une même terminaison, sont invariablement d’un même genre déterminé, quoiqu’ils servent à exprimer les individus des deux sexes. (…) Tels sont, en français, les noms aigle, renard, toujours masculins, et les noms tourterelle, chauve-souris, toujours féminins pour les deux sexes. (…)
5, La dernière classe des noms irréguliers dans le genre, est celle des hétérogènes (…), ceux d’un genre au singulier et d’un autre au pluriel (…) »
Ici, je me permets d’introduire deux exemples. L’un de Georges Courteline : « Cet orgue est le plus beau des plus belles ». L’autre de Châteaubriand : « Il faut retourner à cette aurore de ma jeunesse où je me créai un fantôme de femme pour l’adorer. Je vis passer cette idéale image, puis vinrent les amours réelles qui n’atteignent jamais à cette félicité imaginaire dont la pensée était dans mon âme. »
Revenons à notre grammairien, notre Napoléon du genre, qui continue :
« … C’est un peu absurde, mais c’est ainsi. (…) »
Pour autant, il émet tout de même encore quelques arguments contre l’académicien Duclos qui affirmait : « L’institution des genres est une chose purement arbitraire, qui n’est nullement fondée sur la raison, qui ne paraît pas avoir le moindre avantage, et qui a beaucoup d’inconvénients. »
« L’institution des genres, nous dit Napoléon Landais, ne nous paraît être ni sans modèle ni sans utilité (…) Il est vrai que la distribution des noms en genre n’a ni la même justesse ni la même précision que celle des pronoms par les trois personnes (…) Les Grecs avaient trois genres, nous n’en avons que deux, et les Anglais n’en ont qu’un. (…) Il aurait peut-être fallu classifier les êtres par les caractères qui les différenciaient : objets réels corporels, objets réels spirituels, objets abstraits naturels ou objets abstraits artificiels, objets animaux mâles ou femelles… Il n’y avait qu’à distinguer les noms de la même manière, et à donner à leurs corrélatifs des terminaisons adaptées à ces distinctions vraiment raisonnées. Les esprits justes auraient aisément saisi ces points de vue.
Nous convenons volontiers que ce système aurait plus de justesse, plus de variété, que le système reçu ; et que peut-être il plairait davantage. Mais le langage est pour tout le monde ; et il y a plus de peuple que de philosophes… »

La Grammaire de Napoléon Landais fait 638 pages, voyez, je ne vous en ai mis qu’un minuscule extrait, et encore, je l’ai coupé. Mais avouez, c’est un pur plaisir de poésie, de philosophie !

#romanamour #roman #amour #gabrielledubois

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Le dernier roman de Gabrielle Dubois vient de paraître !

Les confessions d’une autographe
Les confessions d’une autographe

Présentation:

Gabrielle Dubois, au sujet de son dernier roman, Les confessions d’une autographe.



Dans ce troisième roman, je vous ferai découvrir une partie des mémoires de Maximilian von Lekkowski, romancier du dix-neuvième siècle, amusant et amuseur, léger et inconstant dans sa propre vie, semblant n’attacher d’importance à rien, sauf à aider et protéger le seul grand amour qu’il eût jamais connu, celui de Calixte et Marios, ses deux amis.
Grâce aux confessions de Mlle de Blanchecombe et celles des nombreux personnages qui gravitent autour d’elle, il va approfondir sa connaissance de l’âme féminine et, la poussant dans les retranchements les plus intimes de son cœur et de sa pudeur, il va pouvoir nous livrer tous les ressorts d’une grande histoire d’amour. Mais il y a toujours un risque, pour un écrivain, à vouloir se faire le confesseur de son sujet, qui est de trop s’attacher à lui...
Comme on regarderait attentivement dans ses moindres nuances une estampe à la loupe, au fil des confidences, on se fait, en même temps que Maximilian, de détails en détails, une image nette de cette autographie d’un amour.
Je vous laisserai donc entre les mains de Maximilian von Lekkowski.
Bon voyage !

 

 

EXTRAIT :


Tous droits réservés.

Chapitre 1
Le réfectoire de la deuxième chance

Le lycée Philippe le Bel, en plein cœur de Paris, sur les bancs duquel j’usais mes pantalons depuis un an déjà, avait pour élèves les rejetons de la crème de l’aristocratie française, ainsi que quelques-uns des noblesses européenne et prussienne, celle dont je faisais partie. Comme chacun sait, je suis le deuxième et dernier fils du baron Alexandre von Lekkowski. Le jour de la rentrée scolaire 1849, ce fut dans ce lycée que je rencontrai Marios Constantin pour la première fois.

Un an auparavant, après un séjour d’une année en Italie et en France avec ma tendre mère, séjour durant lequel j’avais été choyé et traité comme un prince que je pensais être, je n’étais guère désireux de rentrer chez nous, en Prusse, où m’attendait un père dont je n’étais pas le fils aîné, et un frère aîné étrangement acariâtre et méchamment ambitieux. Je dis étrangement, parce que ce frère, du point de vue du caractère, ne ressemblait en rien à nos parents, ni même à moi.
Le baron von Lekkowski mon père, passait la plus grande partie de son temps à la chasse, connaissant chaque bosquet de ses terres immenses, reconnaissant chaque cri d’animal à poils ou à plumes, capable de remonter la piste d’un gibier à l’empreinte laissée dans la neige fraîche, à la feuille froissée sur l’arbre à son passage. Si je me joignais à lui avec plaisir dès que je rentrais chez nous, je n’envisageais pas pour autant courir les bois à longueur d’année. Déjà un autre genre de chasse, en alcôve, avait ma préférence. Père aimait la nature.
À l’opposé de son mari, ma mère était une femme de salons. Musiciens, savants et écrivains formaient son petit cercle. Les deux conditions pour en faire partie, étaient d’avoir du talent et le goût du rire. Mère aimait rire.
Ils avaient l’un pour l’autre, non pas cet amour fou que l’on rencontre dans les romans et que je n’ai rencontré qu’une fois dans ma vie, mais l’affection et la tendresse que peuvent parfois se porter des époux de caractère doux, mariés par intérêt et qui, n’étant tombés amoureux ni dans le mariage, ni en dehors, prennent avec philosophie et bonheur le sort que la vie leur a réservé.

Après nos pérégrinations sous le doux soleil italien, j’obtins, par retour de courrier, l’autorisation de mon père de rester à Paris pour finir mes études et laissai mère s’en retourner chez nous. J’avais dix-sept ans. Oui, je sais, je n’étais pas bien en avance pour entrer en classe de seconde, mais ma scolarité avait été des plus décousues... nous y reviendrons.
Mon père loua donc pour moi un appartement petit, mais fort confortable, à l’hôtel des Trois Empereurs, place du Palais-Royal, mais il y mit plusieurs conditions. Je devais m’inscrire au lycée Philippe le Bel pour y suivre les cours, ma conduite devait y être irréprochable afin qu’il n’eût pas à demander à notre ambassadeur d’intervenir pour moi auprès des autorités françaises. Enfin, je devais lui envoyer, chaque trimestre, les félicitations de mes professeurs. Je remplis ces conditions. Je m’inscrivis dans ce lycée le plus prestigieux de la capitale, je n’y manquai aucun cours, n’y fis pas de grabuge. J’oubliais seulement de travailler les mathématiques et les sciences pour lesquelles je n’avais aucune affinité. Quant au français, latin et grec, qui étaient pourtant des langues que j’avais affectionnées jusqu’à ce jour, j’y consacrais si peu de temps, que je n’y brillais guère mieux. Par contre, à la fin de l’année, je dois avouer que j’excellais dans une matière jusqu’alors inconnue de moi, mais bien souvent caressée en rêves : les femmes et leurs douces langues qui, elles, étaient bien vivantes.
À bout de patience, mon père m’ordonna de rentrer à la maison dès la fin des cours. Entièrement dépendant de son bon vouloir financier, j’obéis. Si je voulais retourner à Paris pour le premier septembre suivant, je n’avais que quelques jours au mois d’août, si je décomptais l’aller et retour jusque chez nous, pour convaincre mon père. L’argument selon lequel j’étais devenu le jeune homme le plus fashionable de la capitale française, je le savais, serait à proscrire, quand bien même être à la pointe de la mode n’est pas donné au tout venant. C’est au contraire un exercice délicat qui nécessite un parfait équilibre entre les aptitudes innées qui sont de bonnes et belles dispositions physiques, et les acquises, qui sont de savoir devancer d’un soupçon les tendances mais sans trop, pour ne jamais, au grand jamais, frôler le ridicule, et rester simple et aimable en toutes circonstances. Ce dernier point est toujours celui par lequel pêchent les jeunes bellâtres qui affichent leur supériorité de don Juan blasé et par là-même, en deviennent détestables. Mais, bien évidemment, ce n’est pas à un père, tout bon qu’il fût, qui rentre crotté des pieds à la tête d’avoir battu la campagne et heureux d’avoir traqué la bête sauvage en compagnie de garde-chasse et d’une bande d’hommes des forêts, que l’on peut exposer ce genre d’évidences stylistiques, ô combien indispensables à la vie de patachon d’un jeune citadin.
J’avais aussi acquis, pendant cette douce année, une verve, une aptitude à fasciner mon auditoire par des mots choisis avec aisance et débités avec facilité. Je me rends compte aujourd’hui que mon public habituel était du genre féminin et facile, et ne demandait qu’à se laisser hypnotiser. Il faut dire que j’ai été gâté par la nature. Quand on a la taille svelte et les épaules bien développées, entretenues dans une salle d’arme, un visage fin et régulier, de beaux yeux bleus et les plus soyeuses boucles blondes, on a bien peu d’effort à fournir en matière de discours. Je n’étais pas aveugle sur moi-même au point de penser que ce genre d’atouts pouvait faire le poids face à tout le monde, et j’entends par là, mon père ou M. Dumollet, notre proviseur, homme à manier avec des pincettes.
Quelques mots ici sur M. Dumollet. Cet homme malingre au crâne ovoïde était un simple roturier sorti de nulle part, mais arrivé là certainement grâce à un entêtement hors du commun. Il avait une finesse d’esprit digne d’un prince de la plus grande lignée, mais des habitudes de bourgeois, ou devrais-je dire, de coucou suisse. Chaque premier jour des vacances, vous pouviez le voir à la gare, avec femme et enfants, partir dans sa belle-famille, à Saint-Malo. La veille, au détour d’un couloir ou en cour de récréation, il ne manquait pas d’entendre chanter, dans son dos, ce refrain populaire et joyeux :
« Bon voyage, monsieur Dumollet,
À Saint-Malo débarquez sans naufrage ! »
J’étais si convaincu d’être irrésistible, qu’avant de quitter le lycée, je mis à l’épreuve mes talents d’orateur alors que j’étais convoqué par le proviseur qui me tint à peu près ce discours :
- Lekkowski, je ne vous cache pas qu’à vous seul et ce, malgré les avertissements répétés de vos professeurs, vous avez été, cette année, pour tous nos élèves, un déplorable exemple. Non seulement vous n’avez pas travaillé, mais encore, vous avez dissipé plus d’un de vos camarades.
- Monsieur Dumollet, telle n’était pas mon intention, je vous présente mes humbles excuses.
- Elles arrivent bien tard.
- Mais pas trop tard ?
- Le résultat de votre conduite, jeune homme est que personne ici n’est content de vous et j’ose espérer que vous ne l’êtes pas vous-même.
- Bien sûr que non, monsieur. Mais il y a bien un professeur qui ne soit pas totalement insatisfait de moi ?
- Un seul, oui. Votre professeur de français qui vous a défendu mieux qu’un avocat ne l’aurait fait. Il prétend que vous en valez la peine. Mais nous ne le saurons pas, puisque vous n’allez pas vous réinscrire l’année prochaine, ce qui vous évitera la honte d’être renvoyé aujourd’hui-même.
J’affichais un air calme et détaché dont je me félicitais, mais intérieurement, je n’en menais pas large :
- Monsieur, je plaide coupable. Je n’ai effectivement pas travaillé et j’ai invité quelques-uns de mes camarades à des soirées.
- Ah ! Vous avouez enfin, Lekkowski ! Alors que je vous ai déjà convoqué deux fois dans ce bureau sans jamais obtenir de vous que vous fassiez amende honorable, ni même une quelconque amélioration de votre conduite.
- Coupable je le suis, certes, mais laissez-moi plaider ma cause auprès de vous, monsieur. Ce que vous m’avez dit jusqu’à présent est tout à fait juste. Aussi, je pense pouvoir attendre de vous, une fois que vous m’aurez écouté, la plus grande justice.
- Pourquoi pas ? J’ai dix minutes devant moi, nous sommes en juillet et j’ai moi aussi envie de me divertir un peu. Je vous écoute, dit-il, finaud, en s’adossant à son fauteuil et croisant ses mains sur son gilet.
- Je vous remercie, monsieur Dumollet. C’était mon choix d’étudier à Paris, capitale dont la pensée éclairée rayonne sur le monde. Père a eu la générosité de m’offrir son soutien financier pour que je puisse vivre ici, dans ce pays de progrès, de droit et d’équité. Fait que j’ai méprisé, pensez-vous, comme un enfant gâté. Ai-je gâché mon année ? Bien au contraire, monsieur, je puis vous l’assurer. Le remords me taraude quand je pense à cet extraordinaire privilège que j’ai pris comme un dû, alors que j’aurais dû le recevoir comme la récompense anticipée d’un mérite. Mais vous connaissez la jeunesse mieux qu’elle ne se connaît elle-même, monsieur Dumollet. Si j’ai appris une chose, c’est que je ne suis pas le genre d’homme à pouvoir vivre avec un remords et cela m’incitera, à l’avenir, à réfléchir avant d’agir afin de ne pas retomber dans les mêmes tourments.
- Vous pourriez être divertissant, Lekkowski, dit-il en réprimant un bâillement vrai ou feint, mais vous êtes à la limite de l’ennuyeux. Venez-en au fait, je vous prie.
S’il croyait me désarmer avec ces petits stratagèmes, il se trompait bien :
- J’y viens, monsieur. Loin de moi l’envie de vous faire bailler, je n’ai qu’un désir, vous faire juge de ma misère. Je plaide coupable d’avoir eu une trop grande confiance en mes capacités à vivre seul, loin de ma famille, loin de ma chère maman. Coupable d’avoir eu la faiblesse, pour pallier ce manque d’affection d’enfant exilé, de m’entourer d’élèves que, vous noterez monsieur, j’avais pris soin de ne choisir qu’en dernière année pensant qu’ils étaient capables de juger par eux-mêmes si soutenir la solitude d’un ami les détournerait ou non de leurs devoirs.
M. Dumollet sourit :
- Et vous pensez qu’un tel plaidoyer me suffira pour vous donner une deuxième chance, Lekkowski ?
- Je vois bien que non, monsieur et j’en comprends la raison : vous avez trop d’esprit pour qu’un élève, quand bien même il aurait mon potentiel, puisse influer sur votre décision. D’un autre côté, le fait que je n’ai pas atteint le niveau qui me permettrait de soutenir une conversation face à vous sans paraître trop ridicule, prouve bien que j’ai besoin, plus que quiconque, que vous me laissiez me réinscrire dans votre prestigieux établissement dont l’enseignement est le seul qui pourra faire de moi un être capable de raisonnement, tels que vous aimez en voir sortir, chaque année, du lycée Philippe le Bel.
- Je constate que tel le chat, vous avez l’art de retomber sur vos pattes, mais qu’attendez-vous de moi, exactement ?
- Autant de clémence que celle que mon père aura à mon égard, quand je vais rentrer chez nous, en août, pour subir ses récriminations justifiées et le supplier à genoux de me laisser finir mes études chez vous, monsieur Dumollet. J’ajoute que s’il y a une quelconque pénitence que vous jugiez nécessaire de m’infliger, je m’y soumettrai, ce ne serait que justice.
- Vous êtes intelligent, Lekkowski, aussi vais-je me montrer direct avec vous. Voici ce que je vous propose : si vous rameniez de chez monsieur votre père, non seulement de la clémence à votre égard, mais une contribution au réaménagement de notre réfectoire, je pense pouvoir vous garder une place jusqu’à la fin du mois d’août.
- Merci, mons...
- Attendez ! Je n’ai pas fini. À cela, j’ajoute une condition. Voyez-vous, des noceurs comme vous, qui pensent que la vie se résume à l’esthétique de la frisure d’une moustache ou à l’élégance avec laquelle ils portent un costume, des jeunes gens qui se considèrent des maîtres en rhétorique parce qu’ils ont su étourdir, par quelques vagues mots bien tournés, volés aux grands poètes, des femmes qui se seraient laissées séduire à moins ; des fils de bonne famille qui n’ont d’autre centre d’intérêt que les amusements légers, j’en ai vu passer. Ils ne guérissent pas.
- J’ai bien l’intention...
- Je ne veux rien savoir de votre vie en dehors d’ici, vous en êtes le maître. Mais ici, c’est moi, le maître. Le maître absolu. Le moindre manquement que ce soit, en cours, au travail donné ou à la discipline, et je vous mets dehors, monsieur von Lekkowski, tout baron que vous êtes et ce, même en cours d’année, alors que vos camarades eux, continueront à déjeuner dans le réfectoire flambant neuf que vous leur aurez offert.
- Bien sûr...
- Je vous arrête là ! Ne promettez rien, ne me servez plus aucun de vos piètres raisonnements. Nous nous reverrons peut-être le premier septembre, lors de mon discours de bienvenue, mais ce sera tout. Je ne veux plus jamais vous voir dans mon bureau, assis en face de moi sur cette chaise. Est-ce bien clair ? Si oui, saluez et sortez, monsieur von Lekkowski.
- Au revoir, monsieur Dumollet, lui dis-je.
Avant de passer la porte de son bureau, je lui lançai un joyeux :
- Bon voyage, monsieur Dumollet !
Le proviseur grommela en replongeant dans sa paperasserie administrative, mais son œil brillait, songeant certainement au nouveau réfectoire qu’il venait d’obtenir si facilement.

Pour mon père, que j’étudie là ou ailleurs ou pas du tout, n’avait aucune espèce d’importance. Il ne voyait pas l’intérêt de savoir le latin pour entrer dans l’armée, ce qui était mon destin depuis toujours. Alors que nous dînions en compagnie de ma mère, il s’exclama, un grand sourire aux lèvres :
- Très bien, Maximilian ! Serais-tu encore capable de porter un fusil ou tes muscles ont-ils fondu au point de ne pouvoir porter qu’une plume et un cahier ?
- Vous ne seriez pas mon père, répondis-je, vexé, que je vous aurais demandé réparation de cette injure !
- Tu as l’air bien sûr toi, l’étudiant ! Partons à la bécasse demain. Celui qui en ramène le plus décide de ton avenir.
- Père, je ne dis pas que je n’accepterais pas une mise à l’épreuve, ou que je manque de courage pour relever un défi, mais celui-ci est perdu d’avance pour moi. Je n’ai pas tiré depuis plus d’un an et la chasse est toute votre vie. Mais si c’est ce que vous demandez, je m’y plierai.
- Je n’ai jamais été injuste envers qui que ce soit, pas même envers un jeune blanc-bec dont la cravate est plus volumineuse que le jabot d’un coq !
L’air de rien, du plat de la main, je tentai d’aplatir ma cravate.
- Si tu ne veux plus que je décide de ton avenir, Maximilian, c’est donc que tu te penses supérieur à moi. Prouve-le moi !
- Que suggérez-vous, père ?
- Un duel.
- Alexandre ! s’écria ma mère, vous n’y pensez pas !
- Avec un gilet pour contenter la baronne, fils. Le premier qui touche au cœur a gagné.
- Même ainsi je vous l’interdis, messieurs ! Vous n’allez tout de même pas faire couler le sang pour une histoire de lycée !
- J’accepte, père, annonçai-je, en lui tendant la main qu’il serra.
- Prépare ton paquetage pour l’armée, fils !
- Préparez votre bourse pour mon inscription, père.
- Faites cela et je vous ôte ma tendresse à tous les deux, dit mère.
Père lui sourit et prit sa main :
- Nous verrons cela demain. En attendant, ma très chère, vous en aurez bien un peu pour moi ce soir, j’espère ?
Mère rougit et se leva :
- Des rustres, voilà ce que vous êtes ! s’exclama-t-elle, sans arriver à se fâcher vraiment.
Il m’en coûta une jolie estafilade au bras, mais je touchai père au cœur le premier. Il s’inclina et j’obtins une année de plus à Paris. Ce qui me surprit le plus lors de ce séjour chez moi, fut le soutien de mon frère, lui qui ne m’avait jamais montré qu’une fraternelle jalousie. Je ne comprendrai son objectif que trop tard. Insouciant et donc heureux, je reprenais ma route vers la France, sans savoir que cette rentrée 1849 me réservait un inestimable cadeau : un ami.

Wilde et Gautier par Gabrielle Dubois

Théophile Gautier. Oscar Wilde. Gabrielle Dubois.
Théophile Gautier. Oscar Wilde. Gabrielle Dubois.

Oscar et Théophile

 

Wilde l’écrivain aimait Gautier le poète. Dans la Revue politique et littéraire de 1892, on peut lire : « On n’imagine pas l’autorité dont jouit à Oxford, par exemple, notre Gautier, si injustement oublié chez nous, et la place que tient Mademoiselle de Maupin dans le cœur des jeunes littérateurs anglais. C’est encore de Gautier que dérive tout le système des intentions de M. Wilde. Il n’y a pas une de ses intentions qu’on ne trouverait en germe dans la préface de Gautier aux Fleurs du mal. » Dans les Intentions de Wilde on n’apprend qu’il ne goûte pas trop la peinture moderne mais, écrit-il : « J’aime fort les œuvres des peintres impressionnistes de Paris ou de Londres. La subtilité, la distinction n’ont pas encore abandonné cette école. Quelques une de leurs combinaisons et harmonies rappellent l’inégalable beauté de l’immortelle Symphonie en blanc majeur de Gautier, ce parfait chef-d’œuvre de musique, de couleur, qui a peut-être suggéré le genre aussi bien que les titres de leurs meilleurs tableaux… » Une seule des poésies de Gautier aurait inspiré le courant impressionniste dans son entier ? Quel hommage ! En tant qu’adoratrice inconditionnelle de Théophile Gautier, je ne saurais trop vous suggérer de lire ou de relire Mademoiselle de Maupin, bien évidemment.

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Se mignoter

gabrielle dubois se mignoter
PIERRE-AUGUSTE COT Gabrielle Dubois roman amour

Se mignoter



Nombre de mots disparaissent des dictionnaires pour faire place à d’autres, nettement moins poétiques, à mon avis.
Mignoter. Voilà un joli verbe qu’il me plaît de savoir encore dans un dictionnaire. Pourvu qu’il ne disparaisse pas !

Définition Larousse 1922 : Mignoter : familier. Traiter délicatement ; mignoter un enfant.
Définition tirée de : Origine et formation de la langue française. par A. de Chevallet..., édition :  1853-1857. Mignot, mignote signifiait autrefois petit, délicat, mignon, gentil, joli. Il nous est resté le verbe mignoter, caresser comme on caresse un mignot (un charmant enfant), le dorloter…

Et voici Balzac qui l’emploie dans La belle Imperia :
« … Mais en voyant l’Imperia soucieuse, il s’approcha d’elle pour la mignardement enlasser dans ses bras et la mignoter à la façon des cardinaux, gens brimballant mieux que tous autres, voire même que les soudards… »
Mais peut-être sommes-nous devenus trop politiquement corrects aujourd’hui pour entendre Balzac nous raconter les ébats des cardinaux et de leurs maîtresses ! Si certains ne se mignotent plus, heureusement, dans les romans de Gabrielle Dubois, on se mignote encore… et plus !

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Ritz

Gabrielle Dubois meilleur roman 2016
Ritz Paris

 

 

La rénovation du Ritz à Paris vient de s’achever, et l’on parle partout de César Ritz.

 

Mais comment parler du Ritz de César sans parler de sa femme Marie et de son plus célèbre chef cuisinier et cofondateur Auguste Escoffier, tous deux conseillers techniques de César ? En 1896 quand commencèrent les travaux place Vendôme, César Ritz voulait Escoffier qui avait 2,5% des parts de la compagnie Hôtel Ritz ltd, et qui organisa le recrutement du personnel. Escoffier et Marie Ritz sélectionnèrent le matériel et les fournitures et passèrent au peigne fin tous les fournisseurs de Paris, d’Europe et au-delà. Marie trouva les tapis, tapisseries, brocards, soieries et linge ; elle étudia les grands maîtres des musées et des galeries pour créer une décoration de bon goût. Escoffier organisa bien sûr la cuisine, mais aussi la salle à laquelle il attachait un soin tout particulier en ce qui concernait les serveurs, vaisselles, cristallerie et argenterie. C’est au Ritz de Paris qu’Escoffier utilisa pour la première fois des plats plaqués argent pour le service à table. Il fit créer par Christofle à Paris des plats selon son idée dont le plat carré que Christofle baptisa : plat Escoffier.

 

Renseignements tirés du livre de Kenneth James.

 

Pour ce qui est de l’ambiance du Ritz, je vous conseille l’excellent livre L’usine de Gabrielle Dubois.

 

www.gabrielle-dubois.com

 

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Tout s'use

-gabrielle-dubois-roman-amour
Gustav Leonhard-de-jonghe

Tout s'use

« Tout s’use.
Mais moi,
Je connais une chose qui ne s’use pas.
C’est la joue de maman,
Qui reçoit un baiser de son enfant. »

Combien de temps m’a-t-il fallu pour apprendre ce compliment alors que j’étais encore à la maternelle ? Je ne sais pas. Mais pour moi, c’était ma première poésie apprise par cœur et elle est restée gravée dans ma mémoire à jamais… Le cœur n’oublie pas le par cœur.

Je vous fais grâce du beau dessin de ma composition qui accompagnait ce compliment et préfère vous offrir ce tableau de Gustave Leonhard de Jonghe!

 

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Histoire de l'amour en poésie par Gabrielle Dubois

Brève histoire de l'amour en poésie
Brève histoire de l'amour en poésie

Brève histoire de l’amour en poésie par Gabrielle Dubois

 


Il y a 2 milliards d’années,
L’amour pullule chez les cellules :
« Cellule un dans son eau,
Cellule deux en même eau.
Deux cellules que c’est chaud,
Un organisme que c’est beau ! »

Il y a 2500 ans,
L’amour grec et antique, amour anacréontique
par Anacréon :
« L'Amour me donne des ailes légères,
Je m'élève jusques aux cieux,
Mais l'objet de mon ardeur
est insensible à mes feux. »

Il y a 900 ans,
L’amour troubadour
par Bernard de Ventadour,
« Hélas ! tant en croyais savoir
En amour, et si peu en sais.
Car j'aime sans y rien pouvoir
Celle dont jamais rien n'aurai. »

Il y a 160 ans,
L’amour romantique, amour emblématique,
par Théophile Gautier :
« À l'Idéal ouvre ton âme ;
Mets dans ton cœur beaucoup de ciel,
Aime une nue, aime une femme,
Mais aime ! C'est l'essentiel ! »

2017,
L’amour est informatique, émoticônique :
«  Brève histoire de l'amour en poésie ?
   Brève histoire de l'amour en poésie !  » 

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Théophile nous élève

Atkinson Grimshaw, London, Gabrielle Dubois
Atkinson Grimshaw, London, Gabrielle Dubois

Théophile Gautier, extrait de La belle Jenny :
« Déjà se balançait à l’horizon l’immense dais de vapeur toujours suspendu sur la ville de Londres. Les cottages et les maisons, d’abord disséminés, commençaient à former des masses plus compactes. Des ébauches de rue venaient s’embrancher sur la route. Les hautes cheminées de briques des usines, pareilles à des obélisques égyptiens, se dressaient au bord du ciel et dégorgeaient leurs flots noirs dans le brouillard gris. La flèche pointue de Trinity-Church, le clocher écrasé de Saint-Olave, la sombre tour de Saint-Sauveur avec ses quatre aiguilles, se mêlaient à cette forêt de tuyaux qu’elles dominaient de toute la supériorité d’une pensée céleste sur les choses et les intérêts terrestres. »
Voilà, entre autres, pourquoi j’admire Théophile Gautier. Cette description n’est-elle pas une merveille de construction ? On commence éparpillé au ras du sol et, subtilement, on se rassemble et on s’élève. Et moi, je m’incline bien bas devant Théophile.

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Le dernier roman de Gabrielle Dubois vient de paraître !

Les confessions d’une autographe
Les confessions d’une autographe

Présentation:

Gabrielle Dubois, au sujet de son dernier roman, Les confessions d’une autographe.



Dans ce troisième roman, je vous ferai découvrir une partie des mémoires de Maximilian von Lekkowski, romancier du dix-neuvième siècle, amusant et amuseur, léger et inconstant dans sa propre vie, semblant n’attacher d’importance à rien, sauf à aider et protéger le seul grand amour qu’il eût jamais connu, celui de Calixte et Marios, ses deux amis.
Grâce aux confessions de Mlle de Blanchecombe et celles des nombreux personnages qui gravitent autour d’elle, il va approfondir sa connaissance de l’âme féminine et, la poussant dans les retranchements les plus intimes de son cœur et de sa pudeur, il va pouvoir nous livrer tous les ressorts d’une grande histoire d’amour. Mais il y a toujours un risque, pour un écrivain, à vouloir se faire le confesseur de son sujet, qui est de trop s’attacher à lui...
Comme on regarderait attentivement dans ses moindres nuances une estampe à la loupe, au fil des confidences, on se fait, en même temps que Maximilian, de détails en détails, une image nette de cette autographie d’un amour.
Je vous laisserai donc entre les mains de Maximilian von Lekkowski.
Bon voyage !

 

 

EXTRAIT :


Tous droits réservés.

Chapitre 1
Le réfectoire de la deuxième chance

Le lycée Philippe le Bel, en plein cœur de Paris, sur les bancs duquel j’usais mes pantalons depuis un an déjà, avait pour élèves les rejetons de la crème de l’aristocratie française, ainsi que quelques-uns des noblesses européenne et prussienne, celle dont je faisais partie. Comme chacun sait, je suis le deuxième et dernier fils du baron Alexandre von Lekkowski. Le jour de la rentrée scolaire 1849, ce fut dans ce lycée que je rencontrai Marios Constantin pour la première fois.

Un an auparavant, après un séjour d’une année en Italie et en France avec ma tendre mère, séjour durant lequel j’avais été choyé et traité comme un prince que je pensais être, je n’étais guère désireux de rentrer chez nous, en Prusse, où m’attendait un père dont je n’étais pas le fils aîné, et un frère aîné étrangement acariâtre et méchamment ambitieux. Je dis étrangement, parce que ce frère, du point de vue du caractère, ne ressemblait en rien à nos parents, ni même à moi.
Le baron von Lekkowski mon père, passait la plus grande partie de son temps à la chasse, connaissant chaque bosquet de ses terres immenses, reconnaissant chaque cri d’animal à poils ou à plumes, capable de remonter la piste d’un gibier à l’empreinte laissée dans la neige fraîche, à la feuille froissée sur l’arbre à son passage. Si je me joignais à lui avec plaisir dès que je rentrais chez nous, je n’envisageais pas pour autant courir les bois à longueur d’année. Déjà un autre genre de chasse, en alcôve, avait ma préférence. Père aimait la nature.
À l’opposé de son mari, ma mère était une femme de salons. Musiciens, savants et écrivains formaient son petit cercle. Les deux conditions pour en faire partie, étaient d’avoir du talent et le goût du rire. Mère aimait rire.
Ils avaient l’un pour l’autre, non pas cet amour fou que l’on rencontre dans les romans et que je n’ai rencontré qu’une fois dans ma vie, mais l’affection et la tendresse que peuvent parfois se porter des époux de caractère doux, mariés par intérêt et qui, n’étant tombés amoureux ni dans le mariage, ni en dehors, prennent avec philosophie et bonheur le sort que la vie leur a réservé.

Après nos pérégrinations sous le doux soleil italien, j’obtins, par retour de courrier, l’autorisation de mon père de rester à Paris pour finir mes études et laissai mère s’en retourner chez nous. J’avais dix-sept ans. Oui, je sais, je n’étais pas bien en avance pour entrer en classe de seconde, mais ma scolarité avait été des plus décousues... nous y reviendrons.
Mon père loua donc pour moi un appartement petit, mais fort confortable, à l’hôtel des Trois Empereurs, place du Palais-Royal, mais il y mit plusieurs conditions. Je devais m’inscrire au lycée Philippe le Bel pour y suivre les cours, ma conduite devait y être irréprochable afin qu’il n’eût pas à demander à notre ambassadeur d’intervenir pour moi auprès des autorités françaises. Enfin, je devais lui envoyer, chaque trimestre, les félicitations de mes professeurs. Je remplis ces conditions. Je m’inscrivis dans ce lycée le plus prestigieux de la capitale, je n’y manquai aucun cours, n’y fis pas de grabuge. J’oubliais seulement de travailler les mathématiques et les sciences pour lesquelles je n’avais aucune affinité. Quant au français, latin et grec, qui étaient pourtant des langues que j’avais affectionnées jusqu’à ce jour, j’y consacrais si peu de temps, que je n’y brillais guère mieux. Par contre, à la fin de l’année, je dois avouer que j’excellais dans une matière jusqu’alors inconnue de moi, mais bien souvent caressée en rêves : les femmes et leurs douces langues qui, elles, étaient bien vivantes.
À bout de patience, mon père m’ordonna de rentrer à la maison dès la fin des cours. Entièrement dépendant de son bon vouloir financier, j’obéis. Si je voulais retourner à Paris pour le premier septembre suivant, je n’avais que quelques jours au mois d’août, si je décomptais l’aller et retour jusque chez nous, pour convaincre mon père. L’argument selon lequel j’étais devenu le jeune homme le plus fashionable de la capitale française, je le savais, serait à proscrire, quand bien même être à la pointe de la mode n’est pas donné au tout venant. C’est au contraire un exercice délicat qui nécessite un parfait équilibre entre les aptitudes innées qui sont de bonnes et belles dispositions physiques, et les acquises, qui sont de savoir devancer d’un soupçon les tendances mais sans trop, pour ne jamais, au grand jamais, frôler le ridicule, et rester simple et aimable en toutes circonstances. Ce dernier point est toujours celui par lequel pêchent les jeunes bellâtres qui affichent leur supériorité de don Juan blasé et par là-même, en deviennent détestables. Mais, bien évidemment, ce n’est pas à un père, tout bon qu’il fût, qui rentre crotté des pieds à la tête d’avoir battu la campagne et heureux d’avoir traqué la bête sauvage en compagnie de garde-chasse et d’une bande d’hommes des forêts, que l’on peut exposer ce genre d’évidences stylistiques, ô combien indispensables à la vie de patachon d’un jeune citadin.
J’avais aussi acquis, pendant cette douce année, une verve, une aptitude à fasciner mon auditoire par des mots choisis avec aisance et débités avec facilité. Je me rends compte aujourd’hui que mon public habituel était du genre féminin et facile, et ne demandait qu’à se laisser hypnotiser. Il faut dire que j’ai été gâté par la nature. Quand on a la taille svelte et les épaules bien développées, entretenues dans une salle d’arme, un visage fin et régulier, de beaux yeux bleus et les plus soyeuses boucles blondes, on a bien peu d’effort à fournir en matière de discours. Je n’étais pas aveugle sur moi-même au point de penser que ce genre d’atouts pouvait faire le poids face à tout le monde, et j’entends par là, mon père ou M. Dumollet, notre proviseur, homme à manier avec des pincettes.
Quelques mots ici sur M. Dumollet. Cet homme malingre au crâne ovoïde était un simple roturier sorti de nulle part, mais arrivé là certainement grâce à un entêtement hors du commun. Il avait une finesse d’esprit digne d’un prince de la plus grande lignée, mais des habitudes de bourgeois, ou devrais-je dire, de coucou suisse. Chaque premier jour des vacances, vous pouviez le voir à la gare, avec femme et enfants, partir dans sa belle-famille, à Saint-Malo. La veille, au détour d’un couloir ou en cour de récréation, il ne manquait pas d’entendre chanter, dans son dos, ce refrain populaire et joyeux :
« Bon voyage, monsieur Dumollet,
À Saint-Malo débarquez sans naufrage ! »
J’étais si convaincu d’être irrésistible, qu’avant de quitter le lycée, je mis à l’épreuve mes talents d’orateur alors que j’étais convoqué par le proviseur qui me tint à peu près ce discours :
- Lekkowski, je ne vous cache pas qu’à vous seul et ce, malgré les avertissements répétés de vos professeurs, vous avez été, cette année, pour tous nos élèves, un déplorable exemple. Non seulement vous n’avez pas travaillé, mais encore, vous avez dissipé plus d’un de vos camarades.
- Monsieur Dumollet, telle n’était pas mon intention, je vous présente mes humbles excuses.
- Elles arrivent bien tard.
- Mais pas trop tard ?
- Le résultat de votre conduite, jeune homme est que personne ici n’est content de vous et j’ose espérer que vous ne l’êtes pas vous-même.
- Bien sûr que non, monsieur. Mais il y a bien un professeur qui ne soit pas totalement insatisfait de moi ?
- Un seul, oui. Votre professeur de français qui vous a défendu mieux qu’un avocat ne l’aurait fait. Il prétend que vous en valez la peine. Mais nous ne le saurons pas, puisque vous n’allez pas vous réinscrire l’année prochaine, ce qui vous évitera la honte d’être renvoyé aujourd’hui-même.
J’affichais un air calme et détaché dont je me félicitais, mais intérieurement, je n’en menais pas large :
- Monsieur, je plaide coupable. Je n’ai effectivement pas travaillé et j’ai invité quelques-uns de mes camarades à des soirées.
- Ah ! Vous avouez enfin, Lekkowski ! Alors que je vous ai déjà convoqué deux fois dans ce bureau sans jamais obtenir de vous que vous fassiez amende honorable, ni même une quelconque amélioration de votre conduite.
- Coupable je le suis, certes, mais laissez-moi plaider ma cause auprès de vous, monsieur. Ce que vous m’avez dit jusqu’à présent est tout à fait juste. Aussi, je pense pouvoir attendre de vous, une fois que vous m’aurez écouté, la plus grande justice.
- Pourquoi pas ? J’ai dix minutes devant moi, nous sommes en juillet et j’ai moi aussi envie de me divertir un peu. Je vous écoute, dit-il, finaud, en s’adossant à son fauteuil et croisant ses mains sur son gilet.
- Je vous remercie, monsieur Dumollet. C’était mon choix d’étudier à Paris, capitale dont la pensée éclairée rayonne sur le monde. Père a eu la générosité de m’offrir son soutien financier pour que je puisse vivre ici, dans ce pays de progrès, de droit et d’équité. Fait que j’ai méprisé, pensez-vous, comme un enfant gâté. Ai-je gâché mon année ? Bien au contraire, monsieur, je puis vous l’assurer. Le remords me taraude quand je pense à cet extraordinaire privilège que j’ai pris comme un dû, alors que j’aurais dû le recevoir comme la récompense anticipée d’un mérite. Mais vous connaissez la jeunesse mieux qu’elle ne se connaît elle-même, monsieur Dumollet. Si j’ai appris une chose, c’est que je ne suis pas le genre d’homme à pouvoir vivre avec un remords et cela m’incitera, à l’avenir, à réfléchir avant d’agir afin de ne pas retomber dans les mêmes tourments.
- Vous pourriez être divertissant, Lekkowski, dit-il en réprimant un bâillement vrai ou feint, mais vous êtes à la limite de l’ennuyeux. Venez-en au fait, je vous prie.
S’il croyait me désarmer avec ces petits stratagèmes, il se trompait bien :
- J’y viens, monsieur. Loin de moi l’envie de vous faire bailler, je n’ai qu’un désir, vous faire juge de ma misère. Je plaide coupable d’avoir eu une trop grande confiance en mes capacités à vivre seul, loin de ma famille, loin de ma chère maman. Coupable d’avoir eu la faiblesse, pour pallier ce manque d’affection d’enfant exilé, de m’entourer d’élèves que, vous noterez monsieur, j’avais pris soin de ne choisir qu’en dernière année pensant qu’ils étaient capables de juger par eux-mêmes si soutenir la solitude d’un ami les détournerait ou non de leurs devoirs.
M. Dumollet sourit :
- Et vous pensez qu’un tel plaidoyer me suffira pour vous donner une deuxième chance, Lekkowski ?
- Je vois bien que non, monsieur et j’en comprends la raison : vous avez trop d’esprit pour qu’un élève, quand bien même il aurait mon potentiel, puisse influer sur votre décision. D’un autre côté, le fait que je n’ai pas atteint le niveau qui me permettrait de soutenir une conversation face à vous sans paraître trop ridicule, prouve bien que j’ai besoin, plus que quiconque, que vous me laissiez me réinscrire dans votre prestigieux établissement dont l’enseignement est le seul qui pourra faire de moi un être capable de raisonnement, tels que vous aimez en voir sortir, chaque année, du lycée Philippe le Bel.
- Je constate que tel le chat, vous avez l’art de retomber sur vos pattes, mais qu’attendez-vous de moi, exactement ?
- Autant de clémence que celle que mon père aura à mon égard, quand je vais rentrer chez nous, en août, pour subir ses récriminations justifiées et le supplier à genoux de me laisser finir mes études chez vous, monsieur Dumollet. J’ajoute que s’il y a une quelconque pénitence que vous jugiez nécessaire de m’infliger, je m’y soumettrai, ce ne serait que justice.
- Vous êtes intelligent, Lekkowski, aussi vais-je me montrer direct avec vous. Voici ce que je vous propose : si vous rameniez de chez monsieur votre père, non seulement de la clémence à votre égard, mais une contribution au réaménagement de notre réfectoire, je pense pouvoir vous garder une place jusqu’à la fin du mois d’août.
- Merci, mons...
- Attendez ! Je n’ai pas fini. À cela, j’ajoute une condition. Voyez-vous, des noceurs comme vous, qui pensent que la vie se résume à l’esthétique de la frisure d’une moustache ou à l’élégance avec laquelle ils portent un costume, des jeunes gens qui se considèrent des maîtres en rhétorique parce qu’ils ont su étourdir, par quelques vagues mots bien tournés, volés aux grands poètes, des femmes qui se seraient laissées séduire à moins ; des fils de bonne famille qui n’ont d’autre centre d’intérêt que les amusements légers, j’en ai vu passer. Ils ne guérissent pas.
- J’ai bien l’intention...
- Je ne veux rien savoir de votre vie en dehors d’ici, vous en êtes le maître. Mais ici, c’est moi, le maître. Le maître absolu. Le moindre manquement que ce soit, en cours, au travail donné ou à la discipline, et je vous mets dehors, monsieur von Lekkowski, tout baron que vous êtes et ce, même en cours d’année, alors que vos camarades eux, continueront à déjeuner dans le réfectoire flambant neuf que vous leur aurez offert.
- Bien sûr...
- Je vous arrête là ! Ne promettez rien, ne me servez plus aucun de vos piètres raisonnements. Nous nous reverrons peut-être le premier septembre, lors de mon discours de bienvenue, mais ce sera tout. Je ne veux plus jamais vous voir dans mon bureau, assis en face de moi sur cette chaise. Est-ce bien clair ? Si oui, saluez et sortez, monsieur von Lekkowski.
- Au revoir, monsieur Dumollet, lui dis-je.
Avant de passer la porte de son bureau, je lui lançai un joyeux :
- Bon voyage, monsieur Dumollet !
Le proviseur grommela en replongeant dans sa paperasserie administrative, mais son œil brillait, songeant certainement au nouveau réfectoire qu’il venait d’obtenir si facilement.

Pour mon père, que j’étudie là ou ailleurs ou pas du tout, n’avait aucune espèce d’importance. Il ne voyait pas l’intérêt de savoir le latin pour entrer dans l’armée, ce qui était mon destin depuis toujours. Alors que nous dînions en compagnie de ma mère, il s’exclama, un grand sourire aux lèvres :
- Très bien, Maximilian ! Serais-tu encore capable de porter un fusil ou tes muscles ont-ils fondu au point de ne pouvoir porter qu’une plume et un cahier ?
- Vous ne seriez pas mon père, répondis-je, vexé, que je vous aurais demandé réparation de cette injure !
- Tu as l’air bien sûr toi, l’étudiant ! Partons à la bécasse demain. Celui qui en ramène le plus décide de ton avenir.
- Père, je ne dis pas que je n’accepterais pas une mise à l’épreuve, ou que je manque de courage pour relever un défi, mais celui-ci est perdu d’avance pour moi. Je n’ai pas tiré depuis plus d’un an et la chasse est toute votre vie. Mais si c’est ce que vous demandez, je m’y plierai.
- Je n’ai jamais été injuste envers qui que ce soit, pas même envers un jeune blanc-bec dont la cravate est plus volumineuse que le jabot d’un coq !
L’air de rien, du plat de la main, je tentai d’aplatir ma cravate.
- Si tu ne veux plus que je décide de ton avenir, Maximilian, c’est donc que tu te penses supérieur à moi. Prouve-le moi !
- Que suggérez-vous, père ?
- Un duel.
- Alexandre ! s’écria ma mère, vous n’y pensez pas !
- Avec un gilet pour contenter la baronne, fils. Le premier qui touche au cœur a gagné.
- Même ainsi je vous l’interdis, messieurs ! Vous n’allez tout de même pas faire couler le sang pour une histoire de lycée !
- J’accepte, père, annonçai-je, en lui tendant la main qu’il serra.
- Prépare ton paquetage pour l’armée, fils !
- Préparez votre bourse pour mon inscription, père.
- Faites cela et je vous ôte ma tendresse à tous les deux, dit mère.
Père lui sourit et prit sa main :
- Nous verrons cela demain. En attendant, ma très chère, vous en aurez bien un peu pour moi ce soir, j’espère ?
Mère rougit et se leva :
- Des rustres, voilà ce que vous êtes ! s’exclama-t-elle, sans arriver à se fâcher vraiment.
Il m’en coûta une jolie estafilade au bras, mais je touchai père au cœur le premier. Il s’inclina et j’obtins une année de plus à Paris. Ce qui me surprit le plus lors de ce séjour chez moi, fut le soutien de mon frère, lui qui ne m’avait jamais montré qu’une fraternelle jalousie. Je ne comprendrai son objectif que trop tard. Insouciant et donc heureux, je reprenais ma route vers la France, sans savoir que cette rentrée 1849 me réservait un inestimable cadeau : un ami.

Se mignoter

gabrielle dubois se mignoter
PIERRE-AUGUSTE COT Gabrielle Dubois roman amour

Se mignoter



Nombre de mots disparaissent des dictionnaires pour faire place à d’autres, nettement moins poétiques, à mon avis.
Mignoter. Voilà un joli verbe qu’il me plaît de savoir encore dans un dictionnaire. Pourvu qu’il ne disparaisse pas !

Définition Larousse 1922 : Mignoter : familier. Traiter délicatement ; mignoter un enfant.
Définition tirée de : Origine et formation de la langue française. par A. de Chevallet..., édition :  1853-1857. Mignot, mignote signifiait autrefois petit, délicat, mignon, gentil, joli. Il nous est resté le verbe mignoter, caresser comme on caresse un mignot (un charmant enfant), le dorloter…

Et voici Balzac qui l’emploie dans La belle Imperia :
« … Mais en voyant l’Imperia soucieuse, il s’approcha d’elle pour la mignardement enlasser dans ses bras et la mignoter à la façon des cardinaux, gens brimballant mieux que tous autres, voire même que les soudards… »
Mais peut-être sommes-nous devenus trop politiquement corrects aujourd’hui pour entendre Balzac nous raconter les ébats des cardinaux et de leurs maîtresses ! Si certains ne se mignotent plus, heureusement, dans les romans de Gabrielle Dubois, on se mignote encore… et plus !

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Ritz

Gabrielle Dubois meilleur roman 2016
Ritz Paris

 

 

La rénovation du Ritz à Paris vient de s’achever, et l’on parle partout de César Ritz.

 

Mais comment parler du Ritz de César sans parler de sa femme Marie et de son plus célèbre chef cuisinier et cofondateur Auguste Escoffier, tous deux conseillers techniques de César ? En 1896 quand commencèrent les travaux place Vendôme, César Ritz voulait Escoffier qui avait 2,5% des parts de la compagnie Hôtel Ritz ltd, et qui organisa le recrutement du personnel. Escoffier et Marie Ritz sélectionnèrent le matériel et les fournitures et passèrent au peigne fin tous les fournisseurs de Paris, d’Europe et au-delà. Marie trouva les tapis, tapisseries, brocards, soieries et linge ; elle étudia les grands maîtres des musées et des galeries pour créer une décoration de bon goût. Escoffier organisa bien sûr la cuisine, mais aussi la salle à laquelle il attachait un soin tout particulier en ce qui concernait les serveurs, vaisselles, cristallerie et argenterie. C’est au Ritz de Paris qu’Escoffier utilisa pour la première fois des plats plaqués argent pour le service à table. Il fit créer par Christofle à Paris des plats selon son idée dont le plat carré que Christofle baptisa : plat Escoffier.

 

Renseignements tirés du livre de Kenneth James.

 

Pour ce qui est de l’ambiance du Ritz, je vous conseille l’excellent livre L’usine de Gabrielle Dubois.

 

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Dimanche 05 Juin je serai au salon du livre de Pamiers

Dimanche 05 Juin je serai au salon du livre de Pamiers, cela promet d'être bien sympathique !

Voici l'adorable commentaire que les Appaméennes du livre ont publié sous ma photo:
" Gabrielle Dubois :
Parler d’amour avec les mots simples… nouer des brins d’érotisme mesuré, saisir chaque instant fragile d’un amour avant qu’il ne s’éclipse. Vivre. Vivre l’intensité à travers une lecture plus large qui peut se décliner comme s’inclinent les rougeurs sur les joues et qui fait naître la fièvre dans l’imaginaire."


Cela donne à rêver, non ?

 

gabrielle roman dubois
Salon livre Pamiers 2015 Brochure Gabrielle Dubois


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Les effarés, Arthur Rimbaud

roman gabrielle
Franz Xaver Simm

Les effarés, Arthur Rimbaud

L’une de mes toutes premières émotions poétiques :

Les effarés
de
Arthur Rimbaud

Noirs dans la neige et dans la brume,
Au grand soupirail qui s’allume,
Leurs culs en rond,

À genoux, cinq petits, misère !
Regardent le Boulanger faire
Le lourd pain blond.

Ils voient le fort bras blanc qui tourne
La pâte grise et qui l’enfourne
Dans un trou clair.

Ils écoutent le bon pain cuire.
Le Boulanger au gras sourire
Grogne un vieil air.

Ils sont blottis, pas un ne bouge,
Au souffle du soupirail rouge
Chaud comme un sein.

Quand pour quelque médianoche,
Façonné comme une brioche
On sort le pain,

Quand, sous les poutres enfumées,
Chantent les croûtes parfumées
Et les grillons,

Que ce trou chaud souffle la vie,
Ils ont leur âme si ravie
Sous leurs haillons,

Ils se ressentent si bien vivre,
Les pauvres Jésus pleins de givre,
Qu’ils sont là tous,

Collant leurs petits museaux roses
Au treillage, grognant des choses
Entre les trous,

Tout bêtes, faisant leurs prières
Et repliés vers ces lumières
Du ciel rouvert,

Si fort, qu’ils crèvent leur culotte
Et que leur chemise tremblote
Au vent d’hiver.

www.gabrielle-dubois.com   www.roman-amour.fr #gabrielleduboisromanciere

 

 

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Le Petit Moulin Rouge

Moulin Rouge
Sous les eucalyptus, un roman de Gabrielle Dubois

Le Petit Moulin Rouge,
Un article de Gabrielle Dubois



Louise Saint-Quentin, l’héroïne de Sous les eucalyptus, le roman d’amour de Gabrielle Dubois est « un bon-vivant », puisqu’il ne semble pas y avoir de féminin autorisé pour cet adjectif... passons ! Il était donc impensable pour moi que dans ce roman d’aventure, mon héroïne ne rencontrât pas le grand cuisinier Auguste Escoffier, qui officiait, au moment où l’action du roman se passe à Paris, en 1876, au Petit Moulin Rouge, restaurant réputé à l’époque (à ne pas confondre avec le cabaret du Moulin Rouge).
Afin de cerner un peu le personnage, j’ai lu Auguste Escoffier & César Ritz, Les Rois de l’Hôtellerie Moderne, un livre de Kenneth James aux éditions Pilote 24, dont voici un extrait :

« ... Auguste revint donc à Paris au printemps 1873 pour diriger la cuisine du Petit Moulin Rouge. Il connaissait bien l’héritage que lui laissait Ulysse Rahaut, le bruit et la chaleur de la cuisine, l’organisation du travail désordonné et le comportement rustre de la brigade. Il savait aussi comment le personnelle était commandé par les directives d’un matamore, par des ordres que Rahaut renforçait avec des coups et de invectives grossières. Alors qu’il n’était qu’un pauvre novice et souffrait dans le restaurant de son oncle, Auguste s’était promis d’améliorer les conditions de travail lorsqu’il dirigerait sa propre cuisine. Au cours de ses précédentes fonctions d’organisateur, il avait réfléchi à bien des changements et la transformation de la cuisine était sa priorité quand il prit les commandes de celle du Petit Moulin.
L’impact initial sur le personnel fut son style de direction : calme, contrôlé et percutant. Son premier changement dans l’équipe, peut-être le plus simple, se révéla efficace. Il modifia le nom de celui qui criait les commandes en cuisine : l’aboyeur devint l’annonceur, terme plus théâtrale. Auguste interdit à l’annonceur de crier : ainsi les cris cessèrent dans la cuisine de manière à pouvoir entendre les commandes. « Le coup de feu en cuisine, ce n’est pas la fin du monde », rappelait Auguste à son personnel. Ce changement ne résolut pas tout de suite les problèmes de mauvaise humeur et de comportement grossier puisqu’il ne s’attaquait pas à la cause du mal. Les cuisinières à charbon, portées au rouge pour la cuisson des rôtis à la broche, rendaient les cuisines terriblement étouffantes. Les cuisiniers y transpiraient énormément. La fumée et les vapeurs des feux desséchaient leurs gosiers. Boire souvent était indispensable et la bière avalée pendant les douze à quatorze heur d’une journée normale de travail aurait transformé le cuisinier le plus angélique en un vulgaire ivrogne.
Auguste supprima l’alcool en cuisine, et, sur avis médical, fournit une boisson composée d’eau et d’orge, disponible à tout moment. Progrès fantastique ; mais il restait tout de même vigilant. « Si un employé aux cuisines se permettait des écarts de paroles », soulignait un de ses collaborateurs dans ses dernières années, escoffier lui faisait un signe et lui disait : « Ici, vous êtes censé être poli ; tout autre comportement est contraire à notre manière de faire. »
Lui-même suivait rigoureusement ses propres règles et restait toujours poli avec son équipe et ses collègues. Quand il perdait patience, peut-être avec un cuisinier récalcitrant, il faisait un geste : il étirait le lobe de son oreille entre le pouce et l’index, tout en se frottant la joue, une habitude d’enfance. Il disait alors : « je sors un moment, je me sens devenir nerveux. » Il revenait peu après et discutait fermement mais calmement, avec le cuisinier.
Ses nouvelles fonctions lui permettaient d’établir des contacts étroits avec les clients du restaurant, princes, ducs, et les plus hautes personnalités sociales ou politiques, ainsi que les magnats de la finance. Il aurait pu étudier leurs goûts et leurs désirs et apprendre à leur plaire. Mais il ne le fit pas et comporta sur sa renommée.
Beaucoup de ses clients d’avant-guerre (1870) revinrent au restaurant, et non des moindres : le maréchal Mac Mahon, ou, pour lui donner son nom exact : Marie Edmond Patrice Maurice comte de Mac Mahon, duc de Magenta qui, le 24 mai 1873 remplaça Adolphe Thiers à la résidence de la république française... »

Charles Worth et la « tournure »

#roman #amour
Gabrielle Dubois et la tournure

Charles Worth et la « tournure »,

 

 

 

un article de Gabrielle Dubois



La « tournure » occupe une jolie place dans le roman d’aventure SOUS LES EUCALYPTUS. Louise Saint-Quentin en porte... quand elle est habillée. Si j’avais écrit ce roman d’amour en étant une contemporaine des années 1880, je n’aurais pas eu besoin de quelques descriptions pour donner une idée au lecteur de ce que l’héroïne portait. Mais n’étant pas moi-même accoutumée aux chemises de batiste, corsets, surchemises, corsages, pantalons, jupons, tournures en métal ou en coussinets, jupes, traînes, j’ai dû me documenter, afin de pouvoir, avec la plus grande légèreté possible, habiller et déshabiller, dans le roman Sous les eucalyptus, une héroïne qui est particulièrement encline à l’amour... et à l’aventure !
Une partie de mes recherches s’est effectuée dans Une Histoire de la mode du XVIIIème au XXème siècle, Les collections du Kyoto Costume Institute, édition TASCHEN, dont voici un extrait :

« Dans la deuxième moitié du 19ème siècle, le perfectionnement du métier à tisser et des procédés de teinture permet de fabriquer toutes sortes de matières pour les jupes. La production s’envoile, car la crinoline nécessite d’énormes quantités de tissus. La tournure, qui sera bientôt  à la mode, est beaucoup moins ample, mais elle est tellement ornée de rubans et de volants qu’elle exige également beaucoup d’étoffe. Cet engouement est une bonne nouvelle pour les fabricants français, et notamment pour les soyeux de Lyon. Napoléon III soutien l’industrie textile dans le cadre de sa stratégie politique, à la grande satisfaction de la bourgeoisie. Des couturiers célèbres, notamment Charles Frederick Worth, utilisent des soies de Lyon, techniquement plus évoluées et d’un grand raffinement artistique. Du coup, Lyon retrouve sa place de principal fournisseur d’étoffe de la couture parisienne.
La tournure :
Dès la fin des années 1860, les jupes prennent du volume vers l’arrière tout en s’aplatissant nettement sur le devant. Un nouveau vêtement de dessous a été lancé sur le marché. Il s’appelle « tournure ». La tournure est coussinet rigide rembourré de différentes matières et se place sur le postérieur. La mode de la tournure dure jusque dans les années 1880, ne subissant que quelques changements mineurs. La silhouette de la robe des années 1880 est illustrée dans un tableau célèbre de Georges Seurat, Un dimanche après-midi à l’île de la Grande Jatte (1884-1886), the Art Institut of Chicago, qui représente des promeneurs anonymes à la campagne. On voit que la tournure est également portée dans les classes populaires. Au Japon, elle est appelée Rokumei-kan, d’après le nom d’un lieu de festivals et de galas qui a beaucoup contribué à l’occidentalisation de Tokyo à l’époque de la Restauration Meiji (1867-1912).
Après 1850, la plupart des robes se composent de deux pièces distinctes, un corsage et une jupe ; avec la fin du siècle, on assiste au retour des ornements et des détails. Les robes sont surchargées jusque dans leurs moindres replis de toutes sortes de détails compliqués qui finissent par engoncer totalement la silhouette. Seule exception à la règle, une robe d’une seule pièce laissant deviner les lignes du corps et créée au début des années 1870. Elle est baptisée « robe princesse » en l’honneur de la princesse Alexandra (1844-1925), future reine d’Angleterre.
Vers la fin du siècle, les coiffures de prédilection sont les chignons volumineux. Les coiffes, quasiment obligatoires tout au long du siècle se transforment en petits chapeaux à bords étroits qui laissent voir ces coiffures très élaborées. Les toques à bords presque invisibles deviennent très à la mode pour cette raison. »

Plus d’infos au MET >lien
Et retrouvez la haute couture parisienne dans le roman d’amour Sous les eucalyptus de Gabrielle Dubois

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