Mon univers - BLOG

Ça y est, je fais le grand saut !


J’ai toujours travaillé pour gagner ma vie et celle de mes enfants. Jusque-là, rien d’extraordinaire. J’ai un travail physiquement éreintant, qui nécessite de porter beaucoup de poids à bout de bras. L’arthrose a élu domicile dans toutes mes articulations. Depuis 15 ans, elle trouve mon corps très accueillant ! Moi, je me sens comme un automate en fer rouillé.
Il y a six ans, quand je me suis mise à écrire les romans qui envahissaient ma tête depuis toujours, j’ai donc dû les écrire la nuit, les dimanches après-midi après le travail, et à chaque heure que je pouvais grappiller de-ci de-là ! (cf Liberté, Histoires et Bonheur )
Bref, comme j’ai besoin de plus, que les quatre heures par nuit qui suffisaient à Napoléon ! en mars dernier j’ai pris une énorme décision. Alors que nous travaillions, mon mari et moi ― nous travaillons ensemble, nous avons créé notre petite entreprise, il y a seize ans. Je lui ai dit tout à coup :
- Chéri, à la fin de l’année, j’arrête !
En même temps, je n’avais pas trop le choix, le docteur venait de me dire que je perdrais mes bras si je continuais à travailler ainsi. Mais la décision était très difficile à prendre parce que je ne peux pas être remplacée. Cela impliquait donc la fermeture de notre entreprise. Par conséquent, mon mari se retrouverait lui aussi sans travail, alors que nos deux enfants font des études. Mais il a dit :
- Ok, tu ne peux de toute façon plus continuer à t’épuiser comme ça, physiquement et moralement.
N’est-il pas chouette, mon mari ?

Alors, nous y sommes presque. En début d’année prochaine, en 2020, mon mari part à la recherche d’un nouvel emploi et moi, je me consacre à mon écriture.
Nous allons devoir nous serrer la ceinture, ce n’est pas grave, j’ai de la réserve ! Mais je suis TERRIFIÉE parce que je me suis toujours promis de pourvoir aux études de mes enfants et je ne manquerai pas à la promesse que je me suis faite. S’il le faut, je trouverai un petit boulot pour joindre les deux bouts. Mais nous n’en sommes pas encore là !
En même temps, je suis EXCITÉE. parce qu’après avoir mis des années à surmonter les déboires de mon enfance, je vais enfin faire ce qui me plaît : raconter des histoires à plein temps.

Alors, depuis des semaines, je me sens toute bizarre. Je suis en coton. J’ai envie de rire et de pleurer en même temps, bref, je suis toute pleine d’émotions. Mais je n’ai pas vraiment peur, finalement. Je suis reconnaissante à la vie de m’offrir à vivre toutes ces émotions.

Le passé, il faut se pencher dessus pour comprendre son présent. Mais une fois que c’est fait : pfuit, à la mer ! Il faut avoir le courage de se jeter à l’eau et d’accoster des terres nouvelles. Je suis reconnaissante à la vie qui donne des secondes chances à tout âge.
Je suis reconnaissante à la vie de me donner des choix. Et je choisis de tenter de vivre de mon écriture, avec enthousiasme, avec assurance, car je sais une chose : il n’y a rien de pire que d’avoir des regrets.©


Gabrielle Dubois©
 

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Olivia, de Dorothy Bussy

Olivia par Olivia, Dorothy Bussy

C’est dans la première édition de 1949 que j’ai lu Olivia, par Olivia. J’ai cherché qui pouvait être cette Olivia et j’ai trouvé : Dorothy Bussy (1865-1960), Anglaise, publia trois œuvres, dont un seul roman, Olivia en 1949. Elle le fait publier sous le pseudonyme d’Olivia.
Ce roman a fait scandale à sa sortie. Pourquoi ? Parce qu’il est une autobiographie déguisée et que son sujet en est l’amour de l’auteure pour sa professeure.
Dans ce roman-autobiographie, Olivia, jeune Anglaise de seize ans, est envoyé poursuivre ses études dans un pensionnat français réputé. Deux femmes et amantes le dirigent : Mlle Julie, ― dans la vraie vie Marie Souvestre (1835-1905), Française ― et Mlle Cara.
Dès son arrivée dans ce petit pensionnat n’accueillant pas plus de trente-cinq adolescentes, Olivia tombe amoureuse de Mlle Julie qui ne semble pas indifférente à la jeune fille. Cet amour restera peut-être chaste, hormis quelques frôlements de mains et de rares embrassades. Mais qu’importe le flou, l’amour est là, réel, passionné.
Olivia j’y jette à cœur perdu, sans avoir la clé de ce qu’est cet amour. C’est son premier amour, il est violent, entier, beau. Olivia découvrira que c’est de l’amour, elle découvrira aussi la jalousie, l’égoïsme, la haine, tout ce qui vient à la traîne de l’amour ou ce qui le contrarie.
Si elle a aimé après, ce premier amour ne l’en aura pas moins marquée à vie.

« C’est pour moi qu’elle lisait. Pour moi, pour moi seule. Je le savais. Oui, moi seule pouvait comprendre. Moi, et nulle autre ! Et, de nouveau, par tout mon être, je goûtais cette sensation d’intimité totale, d’étroite communication, que les paroles, que les caresses même sont impuissantes à éveiller. J’étais avec elle, pour toujours ; j’étais près d’elle, à son côté, dans cette région infiniment belle, infiniment lointaine, dont le divin rayonnement répandait sur notre monde ténébreux et glacé la chaleur de la pitié, de la tendresse, du renoncement. »

Une très belle histoire d’amour, toute en nuance, où la littérature classique et la poésie, enseignées au pensionnat et lues à ses élèves par Mlle Julie, sont autant déclencheurs des élans du cœur, qu’apaisement des cœurs amoureux et malheureux.

Il y a un passage du livre qui m’a personnellement touchée. Une personne qui m’est chère, dans ma vie, a emprunté depuis des années un mauvais chemin, mauvais pour elle et pour sa famille. Je m’en suis rendu compte il y a des mois. Mais elle ne veut pas de mon aide et refuse de voir la réalité de sa situation en face. Elle court à la catastrophe, cela me brise le cœur, et mon impuissance me ronge. J’essaie de me faire à l’idée qu’on ne peut pas aider une personne malgré elle, malgré tour le désir qu’on en a. Chacun est responsable de ses choix et de sa vie. C’est pourquoi, quand j’ai lu le passage suivant, cela m’a aidé à accepter :
« La pauvre Mlle Cara n’avait été qu’une faible créature, égoïste et vaniteuse. C’est ainsi que je la jugeais. Elle s’était laissée dégrader par la souffrance ; elle n’avait pas su lutter contre la jalousie et le mauvais orgueil. Aurait-elle été capable de lutter ? Je n’en savais rien. Mais on pouvait lutter et je saurais lutter ! Ne suffisait-il pas, entre le bien et mal, de choisir le bien ? »

Les grandes auteures font du bien !©

Gabrielle Dubois

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Les auteurs femmes et l’automne, hommage de Gabrielle Dubois aux grandes poétesses et romancières

Jeanne Loiseau, poétesse, Automne

Épisode 3 :

Jeanne Loiseau (1860-1921) et son Paysage d'Octobre

« Octobre finit : dans l'allée,
La couronne de la forêt,
Jaunie et flétrie, est foulée
Sous le pied du passant distrait.

À cette parure enlaidie,
Dépouille des beaux jours défunts,
Par moments la brise tiédie
Vient dérober d'âcres parfums.

Dans la plaine, où flotte et se pose
Un touchant et dernier rayon,
Le laboureur grave dispose
La charrue au bout du sillon.
Sur un peuplier, malgré l'heure,
Des feuilles frémissent encor ;
Un soleil pâle les effleure,
Et l'on dirait un arbre d'or.

Les vignes courent, avalanches,
Du haut des coteaux jusqu'en bas,
Et dressent dans les brumes blanches
Leurs milliers de noirs échalas.

Au loin passe une silhouette
Au mouvement discret et lent :
C'est un chasseur, dont le chien guette
Le lièvre en son gîte tremblant.

Les prés, que l'humidité ronge
Et colore d'un brun sanguin,
Portent en ligne qui s'allonge
Les meules hautes du regain.

Et, comme une âme désolée,
Là-bas fuit dans le ciel profond
La silencieuse volée
Des hirondelles qui s'en vont. »

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Les auteurs femmes et l’automne, hommage de Gabrielle Dubois aux grandes poétesses et romancières

L'Automne, Marceline Desbordes-Valmore, poétesse

Épisode 2 :

Extrait de La Promenade d'Automne, de la grande poétesse Marceline Desbordes-Valmore (1786-1859)

« Te souvient-il, ô mon âme, ô ma vie,
D'un jour d'automne et pâle et languissant ?
Il semblait dire un adieu gémissant
Aux bois qu'il attristait de sa mélancolie.
Les oiseaux dans les airs ne chantaient plus l'espoir ;
Une froide rosée enveloppait leurs ailes,
Et, rappelant au nid leurs compagnes fidèles,
Sur des rameaux sans fleurs ils attendaient le soir.

 
Les troupeaux, à regret menés aux pâturages,
N'y trouvaient plus que des herbes sauvages ;
Et le pâtre, oubliant sa rustique chanson,
Partageait le silence et le deuil du vallon.
Rien ne charmait l'ennui de la nature.
La feuille qui perdait sa riante couleur,
Les coteaux dépouillés de leur verte parure,
Tout demandait au ciel un rayon de chaleur.

Seule, je m'éloignais d'une fête bruyante ;
Je fuyais tes regards, je cherchais ma raison :
Mais la langueur des champs, leur tristesse attrayante,
À ma langueur secrète ajoutaient leur poison.
Sans but et sans espoir suivant ma rêverie,
Je portais au hasard un pas timide et lent ;
L'Amour m'enveloppa de ton ombre chérie,
Et, malgré la saison, l'air me parut brûlant.

Je voulais, mais en vain, par un effort suprême,
En me sauvant de toi, me sauver de moi-même ;
Mon œil, voilé de pleurs, à la terre attaché,
Par un charme invincible en fut comme arraché.
À travers les brouillards, une image légère
Fit palpiter mon sein de tendresse et d'effroi ;
Le soleil reparaît, l'environne, l'éclaire,
Il entr'ouvre les cieux.... Tu parus devant moi.
Je n'osai te parler ; interdite, rêveuse,
Enchaînée et soumise à ce trouble enchanteur,
Je n'osai te parler : pourtant j'étais heureuse ;
Je devinai ton âme, et j'entendis mon cœur.

Mais quand ta main pressa ma main tremblante,
Quand un frisson léger fit tressaillir mon corps,
Quand mon front se couvrit d'une rougeur brûlante,
Dieu ! qu'est-ce donc que je sentis alors ?
J'oubliai de te fuir, j'oubliai de te craindre ;
Pour la première fois ta bouche osa se plaindre,
Ma douleur à la tienne osa se révéler,
Et mon âme vers toi fut près de s'exhaler.
Il m'en souvient ! T'en souvient-il, ma vie,
De ce tourment délicieux,
De ces mots arrachés à ta mélancolie :
« Ah ! si je souffre, on souffre aux cieux ! »

Des bois nul autre aveu ne troubla le silence.
Ce jour fut de nos jours le plus beau, le plus doux ;
Prêt à s'éteindre, enfin il s'arrêta sur nous,
Et sa fuite à mon cœur présagea ton absence :
L'âme du monde éclaira notre amour ;
Je vis ses derniers feux mourir sous un nuage ;
Et dans nos cœurs brisés, désunis sans retour,
Il n'en reste plus que l'image ! »

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L'Automne, George Sand

L'Automne, George Sand

Les auteurs femmes et l’automne, hommage de Gabrielle Dubois aux grandes poétesses et romancières

Épisode 1 :
Extrait de François le Champi de George Sand, offert par Gabrielle Dubois

« Nous revenions de la promenade, au clair de la lune, qui argentait faiblement les sentiers dans la campagne assombrie. C'était une soirée d'automne tiède et doucement voilée. Nous remarquions la sonorité de l'air dans cette saison et ce je ne sais quoi de mystérieux qui règne alors dans la nature. On dirait qu'à l'approche du lourd sommeil de l'hiver chaque être et chaque chose s'arrangent furtivement pour jouir d'un reste de vie et d'animation avant l'engourdissement fatal de la gelée. Et, comme s'ils voulaient tromper la marche du temps, comme s'ils craignaient d'être surpris et interrompus dans les derniers ébats de leur fête, les êtres et les choses de la nature procèdent sans bruit et sans activité apparente à leurs ivresses nocturnes. Les oiseaux font entendre des cris étouffés au lieu des joyeuses fanfares de l'été. L'insecte des sillons laisse échapper parfois une exclamation indiscrète. Mais tout aussitôt il s'interrompt et va rapidement porter son chant ou sa plainte à un autre point de rappel. Les plantes se hâtent d'exhaler un dernier parfum, d'autant plus suave qu'il est plus subtil et comme contenu. Les feuilles jaunissantes n'osent frémir au souffle de l'air et les troupeaux paissent en silence sans cris d'amour ou de combat

Nous marchions avec une certaine précaution. Un recueillement instinctif nous rendait muets et comme attentifs à la beauté adoucie de la nature, à l'harmonie enchanteresse de ses derniers accords, qui s'éteignaient dans un pianissimo insaisissable. L'automne est un andante mélancolique et gracieux qui prépare admirablement le solennel adagio de l'hiver. »

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Nord et Sud, Elizabeth Gaskell

Elizabeth Gaskell, Nord et Sud, Gabrielle Dubois

Qu’est-ce qu’un roman ? C’est Nord et Sud d’Elizabeth Gaskell !
Comment faire la critique d’un tel livre ? Par quel bout le prendre ? Il y a tant de choses, dans ce roman ! Allons, essayons !

Je lis en marquant avec des petits post-it jaunes les passages intéressants, poétiques, humoristiques, pleins de belle pensée ou positifs. Comment vous dire ? On ne voit plus la tranche des pages, elle est jaune de post-it ! Donc, je vais vous livrer mes réflexions en vrac !

Chaque être humain a une vision bien à lui de ce qu’il veut dans la vie. Il est normal que ces visions diverses diverges d’un être humain à l’autre. Aujourd’hui, et depuis la nuit des temps, il en résulte disputes et conflits. Patrons contre ouvriers, intellectuels contre manuels, enfants contre parents, anglicans contre catholiques, hommes contre femmes, société contre femmes, etc… Gaskell propose la discussion, la connaissance de l’autre qui entraîne la compréhension de l’autre pour apaiser les tensions. Attention ! Elle ne dit pas que ce soit la solution de tous les problèmes, ou encore moins qu’on doive adopter les idées des autres et se fondre tous dans un même moule, non. Elle dit seulement qu’en apprenant à connaître l’autre, on est plus enclin à la discussion raisonnée qu’au conflit enragé.

Ce roman se situe dans l’Angleterre industrialisée du milieu du 19ème siècle. Cette société est pleine de barrières, comme je viens de le dire. Gaskell les abolit subtilement :
* Le père de l’héroïne est un homme faible par certains côtés, ce qui force l’héroïne, Margaret à prendre en main la maison et la famille (sa mère malade, son frère en difficulté, son père qu’elle doit consoler et réconforter). La fille tient le rôle que la société dévolue au père. Et, oh ! surprise, elle s’en tire très bien ! Est-ce à dire que les femmes sont plus capables qu’on le pensait ?
* Le patron de manufacture, représenté par Thornton, n’est pas un homme inhumain, ambitieux et avide de pouvoir qui ne voit le bonheur que son chiffre d’affaire. Tous les patrons ne seraient-ils pas des hommes sans cœur ? De même que l’ouvrier représenté par Higgins n’est pas un homme sans cervelle et est capable de comprendre tout autant les ouvriers que le travail du patron.
* Thornton, le manufacturier orphelin de père, a dû quitter l’école tôt pour subvenir aux besoins de sa famille. Adulte, il décide de se remettre à l’étude des classiques et y prend un grand plaisir. La culture ne serait-elle pas le seul apanage des universitaires ?
* La cousine de Margaret, Edith, est une jeune femme qui vit comme se doit de vivre une femme de son temps et de sa classe : elle n’a d’intérêt que pour la parure, les dîners et le rang social. Mais un autre modèle de femme est possible : Margaret, qui a une tête et qui s’en sert, qui est indépendante et finira par l’imposer à tous, avec cœur et grâce.

La société enferme les êtres humains dans des schémas de vie et de pensée. Gaskell, libre comme l’air, les en sort :
* M. Higgins, l’ouvrier bourru, se montre très maternel,
* Margaret organise le départ de Helstone comme un homme,
* M. Thornton est tendre avec sa mère, comme le serait une fille.
Oh ! Que j’aime, comme Gaskell, prendre chaque individu pour ce qu’il est et non pour la case dans laquelle la société veut le ranger !

Et puis il y a les innombrables liens entre êtres humains, ces liens qui nous unissent et nous déchirent aussi souvent. Ces liens sont complexes et nécessiteraient une bien plus grande attention que ce que les hommes leur ont porté jusqu’ici. Ces liens nécessitent toute l’attention que leur porte Gaskell et ses consœurs auteurs femmes telle George Sand ou Betty Smith…
Et puis il y a les institutions par lesquelles on ne doit pas se laisser aveuglément guider, qu’elles soient :
*  religieuses, M. Hale, le pasteur, prendra le chemin que lui dicte sa conscience,
*  étatiques, Frederick désobéit à la Marine quand les supérieurs sont inhumains  ,
* ou même universitaires : certains professeurs oublient que l’intelligence peut se dénicher ailleurs qu’à l’université, comme ils oublient l’humilité.
Et puis il y a le pouvoir. Ce pouvoir tant convoité par tant d’hommes. Ce pouvoir que prend innocemment Margaret quand dès sa première rencontre avec Thornton, elle lui dit franchement ce qu’elle pense et l’oblige à se remettre en cause. Voilà un pouvoir utilisé à bon escient.

Il y a tout cela et beaucoup plus, dans ce roman.
Il y a des choses essentielles : de l’humilité, de l’amour, de la force, de l’intelligence. Il y a de l’élégance. Non pas une élégance ayant rapport à la mode, non. Il y a de l’élégance de cœur, de comportement. Il y a tout ce à quoi je voudrais tendre. Allez, au travail !

Mais ce n’est pas tout ! Il y a en plus une belle et bonne histoire, de l’humour de-ci de-là, une belle écriture. Gaskell, je vous aime !

PS : Pour ceux qui ont comparé ce roman au Germinal de Zola,
Gaskell est bien au-dessus de Zola ; sa vision de l’humanité est bien plus large ; elle n’a pas l’à priori de Zola qui montre basiquement l’ouvrier comme bon et le patron comme méchant. Pourvu que nous tendions vers la vision du monde plus compréhensive et apaisée de l'autrice Gaskell  que vers une vision d’opposition et de conflits à la Zola. Le futur est féminin!

 

Gabrielle Dubois ©
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Le baiser final, par Gabrielle Dubois©

Au siècle précédent, au millénaire précédent, dans les années 1970, quand j’étais enfant, il n’y avait qu’une seule télévision, qu’un seul écran dans la maison. Veuillez excuser cette précision. Elle peut être nécessaire à des jeunes de dix-huit et vingt ans comme mes enfants qui croient qu’Internet, les ordinateurs, les portables, les écrans de toutes sortes ont toujours existé pour un usage courant et familial !
Donc, nous avions une seule télévision dont l’accès, dans ma famille, était très strictement réglementé. Je n’ai eu droit à voir des grands films, que lorsque j’ai été adolescente et uniquement les samedis soirs seul jour où il n’y avait pas école le lendemain. Ah, mais quelle inhumanité parentale !
Et encore, n’étions-nous autorisées, mes sœurs et moi, à ne voir que des westerns des années 50 et 60. Un héros, le « gentil », dégommait un ou plusieurs méchant pendant une heure trente minutes, ce qui l’autorisait à embrasser la femme patiente et pure qui l’avait attendu tout ce temps.

Moi, les plans peu subtils du héros justicier, les plans machiavéliques des méchants, les coups de feu, tout cela m’indifférait. Non, moi, la seule chose qui m’intéressait dans tout ça, c’était l’histoire d’amour. La seule chose que j’attendais, c’était le baiser final qui effaçait, par la puissance de l’amour, toute les horreurs des hommes, mais…
Mais quand le gentil héros s’était débarrassé des méchants, mon père estimait que l’histoire était terminée. Alors il se levait. Il allumait la lumière du salon, que la nuit qu’on avait pas vue arriver avait plongé dans l’obscurité, et il passait devant l’écran de la télévision pour l’éteindre pendant le baiser final ! NOOOOON ! Une heure et demi de poussière des plaines de l’Ouest américain, une heure et demi de coups de feu, une heure et demi de crachats de chique, de regards mauvais et sournois, de vilenies masculines pour quoi ? Pour rien ! Le baiser était gâché par la lumière de l’ampoule électrique soudainement allumée et qui m’aveuglait au seul bon moment du film ! Et ça, c’était au mieux ! Au pire, la télévision était éteinte juste au moment où les amants se réunissaient, juste avant l’étreinte.

Alors… Alors, merci, papa. Oui, merci ! Grâce à la seule minute des films que j’attendais et que je manquais tant de fois à cause de ton impatience, j’ai développé mon imagination. Une fois dans mon lit, j’imaginais les histoires que j’aurais aimé voir.
Et dans mes histoires, certes, il y avait des méchants, tout comme dans la vie, mais ils n’avaient pas droit à plus de cinq minutes ! Certes, il y avait un beau héros mais il ne tenait pas le premier rôle ! Non ! Dans mes histoires, le héros était l’héroïne et l’amour et l’amitié étaient son moteur, le bonheur (pas au détriments des autres) était sa quête.

Héros, soufflez pour la dernière fois sur la fumée qui s’échappe de vos pistolets bien trop souvent utilisés ! S’il y a un feu à allumer, c’est celui de l’amour !

 Gabrielle Dubois

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La Nature exposée, Erri de Luca


Ce livre m’a été prêté par ma marraine qui l’avait beaucoup aimé. Ma marraine est croyante et catholique.

Ce roman est court mais dense. Ses phrases sont simples mais profondes. Il se lit en trois ou quatre heures mais c’est un long voyage. Il pèse trois fois rien, comme le balluchon d’un migrant. Mais il pèse sur votre conscience comme la misère humaine. Il est lourd d’érudition comme est lourd un bloc de marbre. Mais tel le tailleur de pierre qui, grâce à son ciseau, extrait une statue lumineuse du bloc de marbre, Erri de Luca, grâce à sa plume, couche sur le papier ses pensées pour éclairer un peu de votre vie en passant.
Le narrateur aime les hommes plus que le divin.
« Pour moi, les réfugiés sont des voyageurs d’infortune qui en ont trop eu à la fois. Ils tentent de s’en débarrasser avec le voyage. L’infortune est une gale à gratter. Nombre d’entre eux ne parviennent pas à s’en défaire, elle pèse lourd sur leur dos, elle les écrase. »

Je lis, je dépose quelques post-it, puis je tombe sur un post-it déposé par ma marraine sur lequel elle a écrit : « le pardon ». Je me penche plus attentivement sur le passage sous le post-it. Le narrateur, devant une statue de marbre de Jésus sur la croix, se l’imagine :
« Avait-il froid ? Il était sûrement parcouru de frissons, en perdant sa chaleur en même temps que son sang. Il avait soif à cause de l’hémorragie. Il avait de la résistance, il resta en vie plus longtemps que les deux autres.
Il avait quelque chose à dire : les pardonner, non pas les deux condamnés, mais tous les autres. Il demandait à la divinité d’absoudre les assassins. Et lui ? Il les avait absous, mais ça ne lui suffisait pas. Il devait obtenir le pardon suprême.
Sa requête, étouffée par sa faible respiration due à la position comprimée de son thorax, monta comme une vapeur.
Personne avant lui n’était allée jusqu’à la limite d’une telle requête : les pardonner. Ses mots élèvent sa mort au rang de sacrifice. Sans eux, la croix reste la poutre de supplice d’un innocent. »
Et je pense à ma marraine qui a dû tant s’interroger sur le pardon qui est si difficile à pratiquer.

Et je continue ma lecture :
« Il existe des livres qui font ressentir un amour plus intense que celui qu’on a connu, un courage plus grand que celui dont on fait preuve. C’est l’effet que doit produire l’art : il dépasse l’expérience personnelle, il fait atteindre des limites inconnues au corps, aux nerfs, au sang. »
Je suis bien d’accord !

« Au travail, le corps produit sa meilleure chaleur, celle qui tire son origine de l’intérieur. »
Oui, cela peut aussi s’appliquer au bonheur : celui qu’on tire de soi est celui qui nous réchauffe le plus.

Erri de Luca, toujours devant son crucifix de marbre, pense que Jésus « se cambre afin de voler la gorgée d’air nécessaire pour mourir. Dans une cabane, j’ai entendu une femme dire : « Ouvrez la fenêtre, sinon il ne meurt pas. » »
Cela me rappelle Les Saint-Charles de Molly Keane, que j’ai lu récemment. L’histoire se passe au début du 20ème siècle, en Irlande. Un personnage meurt et une femme ouvre grand la fenêtre pour que son âme puisse s’échapper du corps.
Je crois qu’Erri de Luca ne savait peut-être pas cela. Le mort n’a pas besoin d’une dernière bouffée d’air pour mourir, je crois plutôt qu’il a besoin de libérer son âme.

Il y a encore pas mal d’extrait que je pourrais vous citer. J’ai aimé cette histoire très originale de tailleur de pierre, de passeurs d’hommes.
Le narrateur vit de presque rien avec une économie de biens matériels et de voyages extravagants, qui fait honneur à la planète. Il compati à la douleur humaine, et donne même de sa personne pour la soulager un peu. Mais le narrateur ― qui semble être Erri de Luca dans la pensée ― garde précieusement son détachement d’ermite, libre d’attaches, libre de cœur. Il y a là une incompatibilité qui m’a laissé un peu chagrine.
Pour moi, se frotter aux humains, fonder une famille, avoir un petit cercle de vrais amis, c’est forcément une perte d’une partie de sa liberté individuelle. Mon temps ne m’appartient plus à cent pour cent, puisque je dois t’en consacrer une partie. Je dois constamment sortir de ma route pour t’aider sur la tienne… et vice-versa, c’est ce qui est formidable !

Gabrielle Dubois©

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Les Saint-Charles, de Molly Keane

Molly Keane


J’ai commencé ce livre sans savoir de quoi il s’agissait, et très peu engagée à le lire du fait de la couverture : un tableau de Meredith Frampton, Portrait of a young Woman ― laquelle jeune femme a l’air pincé, méprisant, coincé.

Bref, j’ai quand même ouvert ce livre, parce que j’étais en vacances à l’étranger, voir Ellen versus Warriors  et que c’était le seul des livres que j’avais emportés qu’il me restait à lire ! Je dois dire que les premières pages m’ont rebutée ― aucun d’eux n’est sympathique, empathique ou aimable. Ils sont méprisants, suffisants, bornés, inintéressants et je n’avais qu’une seule envie : refermer la porte de leur maison dans laquelle j’étais entrée pour les laisser entre eux, et ne plus jamais les revoir ! Mais quand on n’a qu’un seul livre à livre et qu’on adore lire…. On continue !
Pourtant, on n’aime pas ces personnages vils, imbus de leur personne, qui ne savent pas où ils vont et ne cherchent pas à le savoir ; des personnages qui ne supportent pas le bonheur des autres parce qu’ils sont incapables de faire le leur, qui espère que les autres soient malheureux pour qu’ils s’engluent à leur mal-être :
« J’eus la satisfaction de savoir qu’elle était moins heureuse et donc que j’avais plus d’importance. »

Puis, au fur et à mesure de la lecture, comme c’est bien fait et bien écrit, on finit par se laisser aller, bien que les personnages restent encrottés dans leur misérabilisme inactif :
« La raison pour laquelle je me plaît au désastre des autres, c’est parce qu’ils suscitent ma compréhension et ma sympathie comme ne le font jamais leurs réussites. »

Le père de l’héroïne se trouve immobilisé au lit, elle s’occupe de lui. Alors on pense : Ah ! Enfin un peu d’altruisme ! Mais elle pense :
« Tous les jours mon cœur était plus calme et réconforté grâce à l’importance que j’avais prise. »

La mère de l’héroïne doit faire des économie, soit, c’est louable. Sauf quand : « son objectif final était la pénitence pour tous. Elle voulait que tout le monde souffrît. »

Et cette pauvre héroïne que sa mère et elle-même trouvent trop grande et trop grosse. Toujours dans ses mesures d’économie, ― après avoir jeté l’argent par les fenêtres toute sa vie et sans jamais avoir eu aucune idée ni de la valeur de l’argent ni du prix de quoi que ce soit ― la mère décide de ne presque plus chauffer la maison. Je vous signale que l’histoire se passe en Irlande, pays que j’adore mais dont les hivers sont comment dire… humides et frais ! 😊 Aroon, la narratrice, tente de se rebiffer contre sa mère, mais : « À la façon dont ma mère me regardait, je devinais qu’elle mourait d’envie d’ajouter : les gros ne sentent pas le froid. »

Oui, la jeune Aroon a eu des parents qui n’auraient jamais dû être des parents. Oui, elle a un physique qui ne correspond pas aux critères de beauté de son temps. Oui, elle n’a pas été aimée.
Mais elle a ce que nous tous avons : le choix !
Alors qu’elle finit par pouvoir faire le bon choix pour elle : prendre sa liberté ; à mon avis, elle fait le mauvais : maintenir cet idéal idiot de bonne conduite qu’il en coûte sa dignité ou son bonheur :
"Nous avons gardé la tête au-dessus du murmure, étouffés en criant de désespoir seulement par l'exercice de la bonne conduite."

Pour moi, ce choix-là est un renoncement à la vie par faiblesse. Et j’ai beaucoup de mal à accepter un tel comportement, je vais vous dire pourquoi :
Une personne qui se refuse à voir la réalité en face et à affronter sa vie ne fait pas que se rendre malheureuse elle-même. Elle met aussi dans la souffrance les personnes autour d’elle. Soit on, par amour, on se sent obligé de l’aider à gérer sa vie, soit la façon qu’elle a de gérer sa vie impacte négativement sur son entourage.
Donc, non, définitivement, non, je n’ai pas aimé les personnages de Molly Keane, dont la jeune Aroon. Je n’ai du plaisir qu’à lire des histoires, vraies ou de fiction, sur des personnages qui s’élèvent et m’élèvent avec eux.

Alors, pourquoi ai-je finalement et malgré tout aimé ce livre ? La faute en revient au grand écrivain Molly Keane : son écriture est une merveille de subtilités distillées, de réflexions en apparence anodines mais qui en disent si long. Ah ! Si seulement l’éditeur français avait gardé le titre original Good Behaviour ! On aurait tout de suite su à quoi s’en tenir !
Et quand je vous dirai que c’est très facile à lire, vous n’aurez plus aucune excuse pour ne pas lire ce livre !©

Gabrielle Dubois

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Ellen versus warriors©, par Gabrielle Dubois

Colonne de la Victoire berlin

Au mois d’Août, j’ai passé une semaine à Berlin et Potsdam, en Allemagne, en famille.

Pendant ce séjour riche en visites historiques et culturelles, en moments de détente et de surprises, j’ai bien entendu trouvé le temps de lire. J’ai lu Call me Woman, de Ellen Kuzwayo. Ma critique ici.

Un jour, entre autres, nous avons vu La Colonne de la Victoire, un des symboles les plus connus de Berlin. Son socle carré, décoré de bas-reliefs, relate les guerres connues en Allemagne sous le terme de « guerres d'unification » (guerre des Duchés de 1864, guerre austro-prussienne de 1866 et guerre franco-prussienne de 1870). Voilà pour un très bref historique.
Ce qui m’a marqué étaient les bas-reliefs. Sur de puissants destriers, des héros gonflaient leur poitrine. De braves et courageux soldats tuaient des ennemis ou mouraient pour leur pays, ou les deux ! Morts, estropiés ou vivants, les lauriers de la reconnaissance et de la victoire étaient leur récompense.

Quoi ? Où sont les femmes, demandez-vous ?

Elles y étaient aussi, bien sûr… mais si peu ! Les femmes étaient : une mère qui offre bravement ses fils comme chair à canon, une femme qui laisse partir son mari l’assurant qu’elle prendra en charge les enfants et la ferme, une autre qui remet avec émotion et dévotion une couronne de laurier au valeureux soldat.
Vous êtes rassurés ? Pas moi !

Où est le bas-relief montrant la vie détruite de toutes les mères qui perdent leurs fils dans la fleur de l’âge et qui n’auront plus aucun support dans leurs vieux jours ?
Où est le bas-relief montrant toutes les jeunes femmes qui ne pourront ni trouver l’amour ni fonder une famille parce que les hommes sont morts ?
Où est le bas-relief montrant les femmes violées dans un camp comme dans l’autre ?
Où est le bas-relief montrant les femmes qui assument seules la charge des moyens d’existence de la famille dans des temps de guerre si difficile ?

Où est-il gravé dans la pierre, sur tous ces monuments de par le monde, que les hommes demandent pardon pour toutes ces vies détruites et promettent de ne plus recommencer ?

Nulle part !

Le soir, après la visite de ce monument que l’on retrouve dans mon pays comme dans tant de pays du monde, je me suis replongée dans le livre autobiographique d’Ellen Kuzwayo (1914-2006). Cette femme noire d’Afrique du Sud a passé sa vie remplie de tant de malheurs, à tout faire pour construire son pays au lieu de le détruire, à nouer des liens d’amitié et d’entraide entre les femmes et les hommes au lieu de fissures de haine.

Ce parallèle entre d’une part, les monuments célébrants les victoires ou rendant hommage aux morts dans les guerres, érigés par les hommes depuis des milliers d’années et d’autre part, des livres rendant compte d’actions ou de pensée positives de femmes intelligentes et bienveillantes, m’a donné à réfléchir.
Disons, depuis environ 2500 d’Histoire, les hommes régissent le monde et les femmes. Leurs traces sur cette Terre sont grandioses : monuments guerriers célébrant une puissance aveugle, châteaux de rois célébrant une grandeur bien éphémère. Bien sûr, on a aussi des poètes, mais certaines femmes aussi ont des âmes de poètes, seulement, peu d’entre elles ont pu l’exprimer. Alors, je me demande :

Et si, à compter d’aujourd’hui, nous laissions les femmes trouver un autre moyen de vivre pour les 2500 ans à venir ? Bon, admettons que le monde « va plus vite » depuis l’ère informatique et donnons aux femmes 1000 ans seulement.
Que feraient-elles de mieux ? demandez-vous ?
Elles pourraient nous surprendre en tentant de vivre ensemble et autrement. Ce monde d’hommes avides de pouvoir, qui se sont disputés depuis des milliers d’années pour être chef de familles, chef de clans, chef de pays, chef d’empires, chef du monde, a peut-être fait des femmes des êtres ayant plus de compréhension pour contrebalancer la dureté autour d’elles, qui sait ?

Ce projet est irréalisable, trop long, trop utopique, trop loin des vies impuissantes de la plupart de nous, me dites-vous ?
OK. Alors que diriez-vous de ceci :
La prochaine fois que vous visiterez un monument historique souvenez-vous que l’Histoire n’est pas que masculine. Les femmes ont vécu, souffert et sont mortes durant leurs guerres et longtemps après.
La prochaine fois que vous visiterez un château historique ou une résidence présidentielle souvenez-vous que la gloire n’en revient pas qu’à Louis XIV ou Abraham Lincoln. Les femmes n’ont pas eu leur mot à dire au sujet du système politique qui ne mettait sur les trônes que des hommes, réduisant les femmes à des mineures. Alors que, ne seraient-ils pas morts de faim si des femmes ne leur avaient pas préparé leurs repas ?
La prochaine fois que vous lirez Victor Hugo, demandez-vous pourquoi il a été et est encore plus connu et publié que la grande, l’intelligente, la bonne George Sand. Je vais vous le dire, pourquoi : du temps de Victor Hugo, les critiques de livres étaient des hommes. Ils ont encensé des hommes et on prend encore leur avis pour argent comptant.

Et les hommes, dans tout ça ? osez-vous demander, d’une petite voix.
Mais osez, osez, j’aime la discussion ! Les hommes ? Aimez-les, ils en ont tant besoin ! Mais restez vigilantes et gardez à l’esprit que vous êtes capables d’occuper pacifiquement 51% de nos sociétés.
Mais dans le fond, pourquoi le ferions-nous ? Certaines d’entre nous vivent très bien dans la place qu’il leur est octroyée dans leur société ?
Parce que décharger les hommes de la moitié de la responsabilité de notre avenir commun les soulagera certainement d’un grand poids et ils n’en seront que plus détendus ! C'est gagnant-gagnant !©

Gabrielle Dubois

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Femme et noire en Afrique du Sud, par Ellen Kuzwayo

Ellen Kuzwayo, Femme et noire en Afrique du Sud

« Cholofelo ga e tlhabise ditlhong. »

« Il n’y a pas de honte à espérer. »

 

Ellen Kuzwayo, femme noire Sud-Africaine, est née en 1914 et décédée en 2006 en Afrique du Sud. Toute sa vie, elle a œuvré et demandé, pour les femmes de son pays (et les hommes) :

Des droits pour les femmes noires égaux à ceux des hommes noirs et à ceux des femmes et des hommes blancs,

L’école pour les petites filles,
Un accès à toutes études supérieures,
Un accès à tous les métiers,
Une hygiène décente, etc…

Élevée dans la religion chrétienne, elle était croyante et tenait sa force de sa foi et des paroles de ses grands-parents, grand-mère et mère. Elle a eu une enfance heureuse, mais de très traumatisantes épreuves à l’âge adulte, accompagnés de bonheurs aussi, car elle n’a jamais, jamais baissé les bras. Son autobiographie, Call Me Woman (Femme et Noire en Afrique du Sud), publiée en 1985 alors que les principales lois de l'apartheid sont toujours en vigueur et qu’elle a 71 ans.

D’une part, Ellen Kuzwayo explique l’histoire de l’Afrique du Sud, des tribus africaines d’origine à l’Apartheid, en passant par les missionnaires chrétiens. Ces mélanges de cultures, ou plutôt ces coupures brutales d’un monde à un autre sont analysées par l’auteur avec clairvoyance et sans haine aucune. Chaque culture a ses défauts et ses qualités. Ellen aurait seulement aimé que chacun prenne le meilleur des différentes cultures. Mais ce n’est jamais le cas.

D’autre part, au-delà de l’Histoire du pays, elle nous présente les parcours des femmes noires, dont le sien. À cause de lois injustes, les hommes sont partis travailler dans les mines, les femmes sont restées seules dans les villages et les campagnes pour faire vivre les familles.
C’est aux femmes noires de son pays qu’Ellen a dédié sa vie. Femmes anonymes, courageuses, maltraitées par les lois, par les hommes noirs eux-mêmes, emprisonnées pour un morceau de pain volé pour leurs enfants ou une demande de droits égaux au moins à ceux des hommes noirs, emprisonnées et maltraitées même dès l’âge de douze ans, violées parce qu’elles osent créer un club de soutien aux femmes, accablées de charges et de travail alors même qu’elles sont considérées par la loi comme des mineures et qu’elles ont besoin de la signature du fils qui est à leur charge pour tout papier officiel !
Il faut lire ce livre pour comprendre le travail qu’ont fourni tant de femmes noires tout au long du 20ème siècle pour vivre, survivre, éduquer leurs enfants, dans un monde dirigé par les hommes et par l’Apartheid.

Je ne connaissais que très peu l’Afrique du Sud. Pour tout dire, à part Nelson Mandela, je n’aurais pas su nommer une seule personne de ce pays !
Et je lis ce livre, et ÇA M’ÉNERVE !
Encore une fois, où sont les femmes, dans les journaux, dans les manuels d’Histoire ?

Où sont Gladys,
Debra Nikiwe Matshoba,
Motena,
Phyllis Noluthando Mzaidume,
Matilda Papo,
Joyce Seroke,
Noniah Ramphomane,
Esther Seokelo,
Violet Sibusisiwe,
Winnie Motlalepule Monyatsi,
Minah Tembeka Soga,

Charlotte Manye Maxeke, qui disait : « Il faut tuer l’esprit du soi et ne pas vivre au-dessus des vôtres, mais avec les vôtres. En vous élevant, élevez les autres avec vous. Débarrassez-vous de cette affreuse bête tapie en chacun de nous, la jalousie. Tuez la jalousie et aimez vos frères et vos sœurs. »

Magdeline Sesedi,
Elisabeth Wolpert,
Winnie Nomzamo Madikizela-Mandela,
Phyllis Noluthando,
Ann Magadzi,
Bertha Maboko…,

Toutes ces femmes et d’autres ont monté des associations, créé des entreprises, bâti des écoles !
Toutes ces femmes et d’autres ont tout fait pour construire un pays au lieu de le détruire !
Toutes ces femmes et d’autres ont noué des liens d’amitié et d’entraide entre les femmes et les hommes au lieu de fissures de haine !
Où donc sont mentionnés leurs noms, à part dans de rares livres écrits par d’autres femmes et plutôt confidentiels ?

« Je le dis et le redirai tout au long de ce livre, la femme noire a trop longtemps souffert d’une double discrimination, en tant que femme et en tant que Noire. » Mais ces femmes sont pleines de ressources face à l’adversité. « Celles que la loi considérait comme des mineures se sont révélées de vaillantes héroïnes qui se sont battues contre vents et marées pour l’amour des leurs. »

Ce livre est le livre d’une héroïne : Ellen Kuzwayo, qui a survécu à un mari violent, à la séparation d’avec ses deux premiers fils alors qu’ils étaient en bas âge, à l’assignation de son fils loin des siens, à son propre emprisonnement sans motif ni jugement ; une femme qui a vu ses sœurs noires endurer les pires traitements. Malgré tout, Ellen a toujours gardé un espoir incroyable ; elle ne s’est jamais laissée envahir ni par le découragement ni par la haine.

« Itsose Moea Wa Me. » « Éveille mon âme. » C’est ce que Ellen Kuzwayo fait à chaque lecteur de son livre.

Gabrielle Dubois

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Le Lys de Brooklyn, de Betty Smith

Le lys de Brooklyn, Betty Smith


C’est le meilleur livre que j’ai lu cette année ! Romanciers mâles proclamés meilleurs romanciers de tous les temps par des critiques mâles, nommés dans les top 10 ou 20 des meilleurs romanciers, vous n’arrivez pas à la cheville d’un roman comme Le Lys de Brooklyn de Betty Smith, histoire extraordinaire de femmes extraordinaires d’une famille de Brooklyn !

Pourquoi ?
Mais parce qu’il y a tout ce qui fait un extraordinaire roman, dans ce Lys de Brooklyn !
Une histoire incroyable ou devrais-je dire, des histoires incroyables et pourtant vraies, fortes, poignantes, crues, chaleureuses, drôles, touchantes !
Des femmes fortes, intelligentes, modernes, aimantes, humaines.
Une écriture atypique et parfaite.
Les images de Brooklyn du début du 20ème siècle vous sautent aux yeux, violentes, douces, amères, nostalgiques.
Les personnages sont attachants. Qu’ils soient principaux ou secondaires, l’auteur montre leurs défauts mais aussi leurs qualités, si rares soient-elles, elles rendent chaque vie unique et indispensable.
Cela donne envie de lire, de se prendre en main, de lutter pour ceux qu’on aime, de remarquer la poésie qui nous entoure, de danser, de chanter, d’aimer, de vivre, de ne pas perdre une miette de vie !

Il m’a tant parlé, ce livre. Les rapports mère-fille sont si délicats et décisifs dans une vie.
Il m’a tant parlé, ce livre. L’Histoire faite et écrite par les hommes : chronologies sans fin des rois, présidents, lois, guerres, jusqu’à quand va-t-on accepter que ce soit là la seule vérité historique qui a le droit d’être mise en avant ? Suis-je moi parce que le président de mon pays est un homme ou un autre ? Non ! Cent fois, non !
Je suis moi, d’une part parce que ma mère était celle qu’elle était, ainsi que sa mère et sa grand-mère, d’autre part parce que j’ai décidé d’être moi, en rupture avec mes mères, grands-mères et arrières grands-mères et avec leur héritage.

Je trouve admirable de vivre en suivant son chemin tout en acceptant ceux des autres. Il y a une telle tolérance, dans ce livre. Mais une tolérance sans faiblesse, sans apitoiement, ni sur soi ni sur les autres. C’est ainsi qu’il faut tendre à vivre : comme les femmes de la famille Rommely du Lys de Brooklyn !

De l’importance de la compréhension de la langue :
La grand-mère Rommely, Autrichienne mariée à un Autrichien qui est le diable en personne, trouve un moyen très particulier de protéger ses filles contre les paroles violentes et blessantes de leur père. Alors qu’elle -même et son mari ne parlent que quelques mots d’anglais, elle ne parle qu’anglais avec ses filles :
« Elle s’était présentée à l’école que fréquentaient ses filles et, dans l’anglais haché dont elle était capable, avait prié la maîtresse d’inviter ses enfants à ne parler qu’anglais entre eux, de ne jamais tolérer de leur part une phrase allemande, même pas un mot. C’est ainsi qu’elle entendait les protéger contre leur père. »

De naître femme :
« Quand une de ses filles donnait naissance à une fille, Mary Rommely fondait en larmes, sachant bien qu’être une femme c’est être condamnée à une vie de privations et d’humilité. »

Être soi :
« Un complexe de toutes ces choses (note de Gabrielle Dubois : ses ascendants, son quartier, la bibliothèque, son frère, l’arbre dans la cour…) qui lui venait de ses lectures, de son goût d’observer la vie, au jour le jour, de quelque chose qui venait d’elle et d’elle seule, de quelque chose qui différait de ce qu’avait apporté en naissant n’importe quel membre de l’une ou de l’autre famille. C’était ce que Dieu, ou ce qui en tient lieu, d »pose en chacune des âmes à qui la vie est dispensée ; le tour particulier qui fait qu’il n’y a pas au monde deux empreintes digitales identiquement pareilles. »

Comment les femmes font croire aux hommes qu’ils sont des héros :
Katie accouche de Francie. Quarante-huit heures de travail, de douleur, de pleurs, de cris déchirants, de fatigue, de force. Johnny, son mari, ne peut supporter plus de quelques heures de souffrance de sa femme. Alors il quitte la maison, va se souler et dormir chez sa mère pour être dorloté comme un enfant. Quand il revient, douze heures après la naissance de l’enfant.
« Katie avait bien souffert. Pourquoi Johnny aurait-il à souffrir, lui qui n’était pas fait pour souffrir, tandis qu’elle, oui… Elle était faible, or, c’était lui qu’elle consolait, c’était elle qui lui disait de ne pas se faire de souci, qu’elle aurait soin de lui ! Johnny commençait à se sentir mieux. Il lui dit qu’après tout, c’était peu de chose, qu’il venait d’apprendre qu’un tas de maris avaient passé par là aussi. ‘Moi aussi, maintenant, dit-il, j’y ai passé ! À présent, je suis un homme ! »

Clairvoyance et obscurantisme :
Si on n'avait pas enseigné aux femmes qu'elles avaient besoin d'un mari, Katie n'aurait eu qu'à se soucier de son enfant et pas d'un mari en plus. Avec l'aide de ses mères, belle-mère et sœurs, elle s'en serait très bien tiré. Pourtant sa propre mère lui a mis en tête, comme la mienne, que les femmes étaient là pour prendre soin des hommes et même pour excuser les violeurs!
Malgré cela, c’est cette grand-mère qui, après la naissance se petite-fille va donner la clé à sa fille pour élever son enfant, c’est-à-dire, l’éduquer et l’élever au-dessus de leur propre condition. C’est admirable, cette notion innée de ce qui est juste et de la dignité. Cf le dialogue entre Katie et Mary Rommely après la naissance de Francie.

Oh, mon Dieu ! Cette critique est déjà trop longue, je dois m’arrêter là. Pourtant, il y a tant d’autres choses à dire sur ce livre remarquable !
Comme la discussion au sujet de la politique entre Katie et Johnny, chapitre XXIV. Bien entendu, j’approuve Katie à 100% !
Comme la discussion entre Francie et son père au sujet de la gratuité des cabs, chapitre XXV. Là, je suis bien d’accord avec Johnny : Français, prenez-en de la graine !
Je me suis reconnue dans Francie à la fin du chapitre XXVI.
Et la réflexion sur l’importance de l’éducation que se fait Katie chapitre XXVII, une véritable pierre précieuse !
Et les propos des hommes au bar chapitre XLI ! Ces hommes sûrs d’eux quand ils affirment qu’ils méritent bien quelques bières après le travail, eux ! Et que font leurs femmes, pendant ce temps ? Oh ! Trois fois rien… Elles font leurs journées de travail à l’usine ou des ménages, les courses, le ménage, la cuisine, les enfants… si peu de chose, pourquoi mériteraient-elles de se relaxer au bar devant une bonne bière ?
Et au chapitre XLVIII, cette belle envie de vivre de l’adolescente Francie, cette saine envie d’être consciente de vivre :
« Mon Dieu, faites que je sois quelque chose, à chaque instant de chacune des heures de ma vie. Faites que je sois gaie ; faites que je sois triste ; que j’ai froid ou chaud ; que j’ai faim… ou trop à manger ; que je sois en haillons ou mise avec élégance, que je sois sincère ou perfide ; loyale ou menteuse ; digne d’estime ou pécheresse. Mais faites que je sois quelque chose, à chaque instant ! Et quand je dors, faites que je ne cesse de rêver, afin que pas le moindre petit morceau de mon existence ne soit perdu ! »

Une chose est sûre, mon temps n’a pas été perdu à lire Betty Smith !

Gabrielle Dubois©

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Es-tu assez belle ?

Es-tu assez belle ?

Je ne vais pas à la plage cet été. Je ne vais jamais à la plage l’été. Je n’aime pas ça, pour toutes les raisons qui font que ceux qui y vont aiment ça : le soleil qui brûle, le sable dans le sandwich, l’eau froide, la glace qui fond sur les doigts, les vacanciers en maillots de bains, les serviettes de bain sur lesquelles on se tort le cou pour arriver péniblement à lire son livre et, aberration des aberrations : exposer au soleil une peau gluante d’écran solaire au lieu de se mettre à l’ombre fraîche d’un arbre !

J’aime la plage l’hiver, sous un ciel gris plombé, emmitouflée dans un pull de laine. Je sais, je suis une forte tête. J’assume.

Mais toi qui aime les torticolis, les frisbees, les bikinis, le clapotis, n’oublie pas de t’aimer aussi, s’il te plaît.
Parce que, d’après une enquête IFOP d’avril 2019 auprès de femmes européennes, seules 23% se trouvent assez jolies et 6% très jolies.

Quelques questions me viennent à l’esprit :
Pourquoi ce sondage n’a-t-il été fait qu’auprès des femmes ?
Les hommes ne se poseraient-ils pas la question ou n’auraient-ils pas à se la poser ?
Pourquoi les magazines féminins culpabilisent et stressent-ils encore les femmes, du premier janvier au 30 juin, en portant toute leur attention sur les régimes à faire pour glisser leurs corps si divers dans des maillots de bains trop petits ?
Pourquoi les femmes lisent-elles encore ces articles et s’inquiètent-elles encore du regard des autres ?
Pourquoi donc croient-elles encore que les hommes soient si parfaits qu’elles ne seront jamais assez belles pour eux ?

Les hommes, comme les femmes, rêvent peut-être d’un idéal de beauté. Mais l’idéal de beauté est différent pour chacun de nous, il n’est pas celui, seul et unique, des magazines.
Ce n’est pas parce que vous serez « plus belle » que votre voisine, que le nouveau voisin engagera la conversation avec vous, par-dessus votre haie mal taillée. C’est parce qu’il aura aimé votre « Bonjour ! » jovial, l’odeur de brûlé qui s’est un jour échappé de votre cuisine, votre sourire sympathique, votre timidité, votre humour, votre regard renfrogné sous votre gros bonnet de laine, vos yeux expressifs, vos ongles naturels, les piles de livres que vous ramenez chaque semaine de la bibliothèque… que sais-je encore ?

Oui, que sais-je encore ? Alors, je m’arrête d’écrire et je crie à mon mari qui est dans une autre pièce de la maison :
« Doudou, pourquoi es-tu tombé amoureux de moi ? »
Il arrive, tout penaud :
« Eh, bien, je ne sais pas, moi ! »
« Allez, réfléchis ! »
« Qu’est-ce que tu veux que je te dise ? Je ne sais pas dire ces choses-là… Parce que tu étais différente. »
Voilà, c’est tout.
Je n’étais pas plus belle qu’une autre selon un critère de mode, de siècle, de magazine ou d’Hollywood. Mes seins n’étaient ni gros ni ronds, mon nez n’était pas droit, ma chevelure n’était pas aussi abondante, brillante et lisse que dans une publicité. Mais j’étais différente. C’est-à-dire, j’étais celle qu’il trouvait faite pour lui.
À côté de moi, au même moment, aurait pu se trouver une créature idéale et hollywoodienne, cela n’y aurait rien changé. Un homme qui cherche un amour durable pour créer un foyer ne choisit pas le soleil immense et unique, il choisit le simple feu de bois.

Alors, sea, sex and sun, si tu aimes ça, tant mieux pour toi ! Profite de tes vacances sans t’encombrer l’humeur à te comparer à toutes les filles et femmes de la plage. Les femmes ne sont pas tes rivales, elles sont tes sœurs. Et si un Bachelor te demande de croire le contraire… éteins ta tablette ! Lève-toi de ta serviette de plage, prends tes imperfections et toutes tes qualités et va batifoler dans les vagues !

Quand j’avais vingt ans, j’étais mince, jolie… et malheureuse.
Aujourd’hui, j’ai cinquante-et-un ans. Je suis trop grosse selon les critères de beauté des magazines, j’ai un bras brûlé, des vergetures au ventre dues aux grossesses et certainement des rides, je ne sais pas, je dois changer mes lunettes bientôt ! Et je suis heureuse.
Le bonheur ne viendrait donc ni du physique, ni de la jeunesse, ni du bikini ? En voici une bonne nouvelle !
Gabrielle Dubois©
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Lettres scandinaves, Mary Wollstonecraft

Wollstonecraft, Gabrielle Dubois écrivain, roman historique

J’ai eu un peu de mal à entrer dans ces lettres scandinaves qui ne m’ont pas emportée au premier abord et j’ai compris pourquoi à la lettre XX : Mary Wollstonecraft manque de la liberté et de l’humour d’un Théophile Gautier ou d’un Alexandre Dumas quand ils écrivaient leurs propres récits de voyages. Cela est peut-être dû à la nature de MW, mais c’est aussi dû au fait qu’elle est une femme. Je m’explique :
Bien qu’elle eût déjà écrit The Vindication of the Rights of Women, MW, à ma très humble opinion, ne semble pas s’autoriser à s’épancher sur ses propres sentiments : ceux de l’amoureuse trahie mais toujours amoureuse, ceux de la mère qui aime tendrement son bébé. Sans doute pensait-elle que ce serait jugé comme de la « sentimentalité féminine » au sens le plus péjoratif et que cela nuirait au respect qui serait accordé à son travail d’écrivain.
Ensuite, elle ne fait pas là un voyage d’agrément ou d’aventurier curieux, comme ont pu les faire Gautier ou Dumas en Espagne ou en Russie, par exemple. Son voyage est au bénéfice de l’amant qui l’a trahie, pour qu’elle enquête sur la disparition d’un de ses bateaux marchands. MW a donc des impératifs de travail. Peut-être aussi espère-t-elle que son amant lui reviendra au vu du mal qu’elle s’est donné pour ses affaires ?
Enfin, elle part avec sa fille Fanny qui a à peine un an. Ce qui ne laisse pas la liberté d’esprit d’un voyageur homme, célibataire et sans entraves.

Mais peut-être MW s’est-elle empêchée de trop dévoiler son cœur par retenue si ce n’est par pudeur ? Veut-elle prouver qu’une femme est aussi intelligente qu’un homme et ce serait la raison qui la pousserait à ne s’autoriser que très, très peu d’humour ou de laisser-aller ? Ces lettres sont celles d’une femme intelligente, forte, toute en esprit mais avec un bon gros d’enfant qui peut être si facilement blessé, doublée d’un « enquêteur soucieux du bonheur des hommes, » plus que d’un touriste… et c’est tant mieux !
En tout cas, chaque lettre contient une pépite, telle la

Lettre I :
« Au cours du souper, mon hôte me dit que j’étais une femme d’observation, car je lui posais des questions d’homme. »

Lettre II :
Une remarque très fine sur la civilisation, l’imagination, les plaisirs et les sens, que je vous laisse découvrir.

Lettre III :

Une réflexion sur le tourisme que je me suis déjà faite :
Il y a deux ou trois ans, je suis allée à Rome. Je rêvais d’y aller depuis de nombreuses années, pour voir les tableaux dans les églises, les places magnifiques, les fontaines merveilleuses… Mais je dois dire que le nombre de touristes venus dans cette ville historique seulement parce que le vol en avion d’une compagnie low-cost leur permet de multiplier les destinations sans discernement, m’a complètement écœurée. Les rues étaient noires de monde qui prenaient des selfies pour prouver qu’ils étaient bien allés à Rome. Ces touristes ne semblent avoir pour but que de cocher une longue liste de destinations sans même apprécier l’architecture, l’histoire, les habitants ou leur cuisine.
MW exprime cela si bien et avec quelle juste intuition !
« Les voyages provoquent de nombreux questionnements utiles auxquels le voyageur n’aurait pas songé s’il avait eu pour seul objet de voir autant de choses que possible sans jamais se demander dans quel but. »

Lettre VI :

Un accueil extrêmement touchant des hôtes norvégiens qui révèle l’état d’esprit troublé de MW :
« La sollicitude me toucha plus qu’elle l’aurait fait si mes forces morales n’avaient pas été épuisées par plusieurs causes : une réflexion abondante, des méditations qui me conduisaient aux confins de la folie, et même une légère mélancolie qui flottait dans mon cœur du fait que j’avais quitté ma fille pour la première fois. »
MW avait laissé son enfant avec sa nounou en Suède, le temps d’aller en Norvège. On verra que sa fille lui manquera bien plus que cela. Mais cela amène le paragraphe suivant :
« Vous savez qu’en tant que femme je suis particulièrement attachée à elle (sa fille Fanny) : je ressens plus que la tendresse et l’inquiétude d’une mère lorsque je pense à l’état de dépendance et d’oppression dans lequel est maintenu son sexe. Je crains qu’elle ne soit forcée de sacrifier son cœur à ses principes, ou ses principes à son cœur. C’est d’une main tremblante que je cultiverai sa sensibilité, et que je chérirai la délicatesse de ses sentiments, de peur d’aiguiser, en prêtant à la rose ses premiers rougissements, les épines qui blesseront le sein que je souhaite tant protéger. Je crains d’épanouir son esprit, car cela pourrait la rendre inadaptée au monde dans lequel elle doit vivre. Malheureuse femme ! Quel triste destin que le tien ! »
C’est clairvoyant, déchirant, je n’ai rien à ajouter, à part que les dernières lignes de cette lettre, que je ne vous cite pas, sont pleine d’émotion et de sensibilité.

Lettre VII :

Une belle interrogation sur notre existence sur terre qui se termine par une phrase plus personnelle sur l’absence de l’être aimé.

Lettre VIII :

D’intelligentes réflexions sur l’établissement du pouvoir et la raison du peuple. Je ne peux pas tout vous citer, vous m’en voudriez de ne pas vous avoir laissé découvrir ces lettres par vous-mêmes !

Lettre IX :

MW ressent la poésie des paysages norvégiens, ils émeuvent son cœur sensible, mais elle n’en tire pas de poésie, même si elle cite Shakespeare, Milton, … Elle est penseuse, philosophe, mais ni poète ni romancière, du moins dans ces lettres. Mais on en a une « explication » à la fin de la lettre.

La lettre X :

confirme son caractère rigoureux dans son goût pour le pin majestueux et droit qu’elle préfère au hêtre poussant dans toutes les directions. MW est toute raison… et observation :
Elle est passionnante quand elle raconte comment vivent les Norvégiens d'un point de vue organisation politique, du roi au simple paysan ou pêcheur.
À la fin de la lettre, MW va de la tristesse à la joie, de manière si forte, que ce doit être difficile à vivre :
« Ah ! Laissez-moi être heureuse tant que je le peux ! … Je dois fuir la réflexion et trouver refuge loin du chagrin, dans une puissante imagination, seul réconfort d’un cœur sensible. »

Lettre XI :

Le troisième paragraphe est étonnant : Dans un bateau qui erre entre deux côtes, évitant de peu des rochers meurtriers, MW y médite sur « les progrès futurs du monde ». Il n’est pas étonnant qu'elle s'émeuve si facilement, alors qu'elle pleure sur les conditions de vie des hommes dans un million d'années !
« … je fus bouleversée par mes semblables qui n’étaient pas encore nés. »
La page suivante nous confirme que MW est vraiment tout esprit… vous verrez.

Lettre XIII :

Elle est particulièrement belle. MW s'épanche sur l'amour pour sa fille qui lui manque et l'amour perdu de Imlay qui l’a trompée et quittée. C'est très juste et très beau.
Il faut aussi se rappeler que MW voyage dans un pays inconnu dont elle ne sait pas la langue, et dont quasiment personne ne connaît la sienne, ou si peu de mots. Je connais ce sentiment de solitude qui peut être une épreuve. Une petite citation, pour le plaisir des belles citations :
« Le feu de mon imagination, que la campagne avait maintenu, fut presque étouffé par les pensées que m’inspiraient les maux accablant une si grande part de l’humanité. J’eus l’impression d’être un oiseau qui agitait ses ailes au sol, incapable de s’envoler, mais refusant de ramper tranquillement comme un reptile tant qu’il avait conscience d’avoir des ailes. »
Au-delà de la poésie, quelle douleur pour une femme de ressentir cela !

Lettre XIV :

« L’homme est ce mélange de faiblesse et de folie qui tour à tour doit susciter l’amour et le dégoût, l’admiration et le mépris. »
Mais MW dit : « J’ai besoin d’avoir foi en quelque chose ! » Alors, malgré tout, elle a foi en l’homme, mais pas en tous les hommes. À plusieurs reprises, MW revient sur les méfaits de l’alcool sur les hommes, sur l’ineptie d’un trop grand enrichissement personnel dans le seul but d’acquérir plus de biens matériels, et sur l’honnêteté douteuse des hommes politiques…
« Être un gredin sans se mettre soi-même en danger est un art qu’on porté à son plus haut degré de perfection l’homme d’État et l’escroc. »
Je suis assez d’accord avec elle !

La lettre XV :

Il y a un paragraphe de pensées magnifiques, bouleversantes, pessimistes aussi, qui lui sont inspirées par un pont de bois qui enjambe un torrent non loin d’un cascade. Je résiste à grand-peine à vous le citer dans son entier, mais voici la dernière ligne :
« Je tendais la main vers l’éternité, bondissant par-dessus ce point sombre qu’était ma vie à venir. »

Lettre XIX

Deux paragraphes sur les conditions des hommes et des femmes et leur interaction qui est très juste… féminisme…
« Toujours à rabâcher le même sujet, vous exclamerez-vous. Comment puis-je faire autrement quand la plupart des combats d’une vie riche en événements ont été occasionnés par l’oppression que subit mon sexe ? Les raisonnements sont profonds quand les sentiments sont intenses. »

Lettre XXII

MW est une voyageuse intelligente : on sent une progression dans son raisonnement et même change-t-elle d’avis sur certains points, ce qui montre que son esprit est bien ouvert, curieux, compréhensif et en perpétuelle évolution. MW réfléchit, réfléchit. Mais à un moment, sa servante, qui ne s’est pas fait autant de réflexions que MW, et qui n’a qu’une hâte, rentrer pour raconter son voyage, montrer les pièces étrangères qu’elle a collectionnées, parler des costumes que portaient les femmes, amène MW à conclure :
« Heureuse insouciance, oui , et vanité innocente et enviable, qui produisait une gaieté du cœur qui valait bien toute ma philosophie. »

Annexe de MW à ses lettres :
MW a observé des peuples aux mœurs différentes dues au climat, à la situation géographique, à leur Histoire personnelle, à leur organisation politique. Elle voit bien quels changements seraient profitables à ces pays, quelle direction ils devraient prendre pour atteindre plus de bonheur, de culture, de paix. Mais elle comprend aussi qu’on ne peut pas faire le bonheur d'un peuple brusquement et d'après sa propre conception du bonheur.
Je pense qu’un peuple est comme une personne : il ne peut trouver le bonheur qu’en lui-même. Rien ne sert de le bouleverser par la guerre ou par des lois trop rapidement mises en places qui ne suivraient pas l’évolution plus lente des générations. À bon entendeur, salut !

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Le plus grand espoir du monde©


Ma nièce et filleule vient de donner naissance à un adorable petit Antone.
Ce bébé est le premier d’une nouvelle génération dans notre famille. À l’heure où j’écris ce texte, Antone a deux jours d’existence. Il est tout petit, tout mignon, tout merveilleux, tout plein de mystère surtout. Qu’aimera-t-il ? Quel sera son caractère ? Quel enfant sera-t-il ? Quel adulte deviendra-t-il ? Nous n’avons qu’une seule certitude : Antone fait partie des bébés chanceux qui reçoivent tout l’amour et l’attention qui leur sont dus.
Cette naissance, qui a fait de moi une grand-tante toute émue, m’a donné à réfléchir. Alors que nous sommes parait-il si nombreux, nous avons les moyens de choisir ou non de mettre au monde un nouvel être humain. Pourquoi faisons-nous des enfants ? Pourquoi en ai-je fait deux il y a une vingtaine d’années ?
Est-ce l’animal en nous qui nous commande de nous reproduire pour préserver l’espèce ? Peut-être. De même que le nouveau-né trouve le moyen de manifester sa faim pour être rassasié ou son inconfort pour être lavé et changé, nous avons encore des instincts qui nous rappellent comment vivre. Et peut-être devrions-nous les écouter plus souvent, mais ça, c’est un autre sujet…

Mais il y a bien autre chose, non ? Qu’a-t-elle de plus que l’instinct de reproduction, cette naissance d’un bébé humain attendue avec espoir et fébrilité ?
Elle est unique parce que chaque nouveau-né est unique. Il n’est pas un chien parmi les chiens, ni une fleur parmi les fleurs. Un enfant n’est pas la reproduction d’un autre humain. Un enfant est autre, un enfant est neuf.
On le désire, on l’attend, on l’espère, on le fête parce qu’on a foi en sa capacité d’aimer, de créer, d’innover. On a l’espoir qu’il agisse pour lui et pour les autres mieux que ce que nous avons fait. Surtout, on a tant d’amour à donner.

Donner naissance à un nouvel être humain, ce n’est que produire des pages blanches. Un nouveau-né est la lettre majuscule et enluminée de la première phrase d’une histoire inédite, inimaginable. Il est les points d’exclamation de l’émerveillement, il est les points d’interrogation de la surprise. Un nouveau-né est l’auteur d’un nouveau roman qu’on lira au fur et à mesure de sa vie. L’enfant nouveau aura la liberté d’écrire l’histoire à  sa façon et ceux qui l’ont mis au monde n’auront sur lui que l’impact qu’il les laissera avoir.

Le nouveau-né est une création aléatoire, incontrôlable et merveilleuse. Il représente notre foi en l’être humain, malgré tous ses défauts et toutes ses fautes. Le nouveau-né est l’espoir d’un monde meilleur et d’un amour plus grand.
Bienvenue, Antone !

Gabrielle Dubois   

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Germaine Greer, La femme eunuque

Voici un livre de poche publié en 1973, à la police de caractère de toute petite taille, au texte quasiment sans marges, comptant 450 pages, sans préface, à la couverture la plus horrible qui soit au monde ! Mais comment et pourquoi me suis-je procurée ce livre ? Je ne sais plus. Ce que je sais, c’est que j’aurais dû le lire quand j’étais jeune, cela aurait bouleversé ma vision des femmes, ma vision de moi-même.
Aujourd’hui, après avoir lu George Sand, Mary Wollstonecraft, Virginia Woolf, et tant d’autres grands auteurs, le livre de Germaine Greer a conforté les observations que je me suis déjà faites au sujet de la condition des femmes, de celles de nos mères et grands-mères, des miennes en tout cas.

Ce livre n’est pas un pamphlet contre les hommes, il est la revendication de son auteur pour les femmes, de leur droit à l’existence. Certes, il est sorti en 1970 et heureusement beaucoup de choses ont changé depuis, en ce qui concerne la vie des femmes, des enfants et leur éducation. Mais il y a encore beaucoup à faire, d’où l’intérêt de lire ce livre.
De fait, l’égalité des droits, dans les pays occidentaux surtout, sont réels. Ce qu’il reste à faire est « rectifier des perspectives faussées par nos préjugés sur la féminité, la sexualité, l’amour et la société, » dixit Greer. C’est déjà ce qu’écrivait George Sand dans Indiana : Il reste « à guerroyer contre l’opinion ; car c’est elle qui retarde ou prépare les améliorations sociales. »
Greer pense donc que « les femmes, en se libérant, libéreront aussi leur oppresseur. » (soit l’homme ou plutôt certains hommes). « Les hommes ont des raisons de penser qu’en tant que seuls détenteurs de l’énergie sexuelle et protecteurs universels des femmes et des enfants, ils ont entrepris l’impossible, surtout aujourd’hui où leur génie créateur a produit l’arme nucléaire. » Mais, ajoute Greer, les hommes sont prêts à partager les responsabilité et sont en quête d’un rôle plus satisfaisant. Mais les femmes ont-elles envie de partager, à la façon des hommes, la direction d’un monde qu’ils ont poussé au chaos politique, économique, écologique ?
Ce qui est sûr, c’est que les femmes devront inventer leur propre façon de vivre, devront expérimenter la liberté, et « la liberté nous fait peur. » Mais « les femmes ne chercheront pas à éliminer tous les systèmes au profit du leur. Si diverses que soient leurs solutions, elles ne seront pas nécessairement inconciliables car les femmes ne seront pas tyranniques. »

Germaine Greer a séparé son livre en cinq parties : Le Corps, L’Âme, L’Amour, La Haine et La Révolution, eux-mêmes divisés chapitres, chacun sur un thème précis, tel :
Le corps : « Chaque fois que nous réduisons le corps féminin à n’être qu’un objet esthétique, sans autre fonction que de plaire, nous portons atteinte à son intégrité physique et à l’équilibre physiologique de la femme. »
Dans le chapitre 6, La Matrice, Germaine Greer adopte des positions très tranchées et pour le moins inattendues, positions qui ont pu et peuvent choquer, qui, personnellement, m’ont un peu écœurée, mais qui ont l’intérêt de l’audace, de l’outrance de l’auteur qui veut faire réagir les femmes comme les hommes. Elle conclue : « La menstruation ne fait pas de nous des folles ou des infirmes, mais nous nous en passerions volontiers. »
Le chapitre 7, Le Stéréotype, se résume bien dans cette citation de Mary Wollstonecraft : « L’esprit, auquel on a appris depuis l’enfance que la beauté est le sceptre de la femme, se conforme au corps et, errant dans sa cage dorée, il ne chercher plus qu’à orner sa prison. »
Ce qui est remarquable, dans ce livre, est la façon dont Greer décortique et analyse les comportements des femmes qui ne sont pas libérées et des hommes qui ne sont pas féministes. C’est très juste et j’ai vu dans ces types de femmes, ma mère, ma grand-mère et, je dois l’avouer, un peu de moi à l’époque où j’étais perdue entre l’éducation que j’avais reçue, l’attaque que j’avais subie et celle que j’étais au fond de moi et que je cachais pour des motifs obscurs alors.

J’ai beaucoup aimé le chapitre 8, L’Énergie. « L’Énergie est l’élément moteur de tout être humain. Les efforts que nous accomplissons ne la dissipent pas mais l’entretiennent car elle a sa source dans la psyché. Elle est pervertie par les entraves et les répressions. » Quand l’énergie d’une femme est destructrice (pour elle-même le plus souvent, mais aussi pour son mari ou ses enfants), c’est que « cette destructivité n’est que de la créativité retournée contre elle-même par suite d’une frustration constante. »
Dans le chapitre 9, Le Bébé, Greer évoque Maria Montessori et c’est passionnant. Puis le chapitre suivant aborde l’éducation différenciée des filles et des garçons. J’ai moi-même un garçon et une fille. Je pense les avoir élevé de la même façon l’un et l’autre. Ils ont aujourd’hui 18 et 20 ans, et je crois que j’y suis arrivée. Ma fille n’a pas plus peur que mon fils du monde extérieur et elle se sent aussi libre d’être qui elle est que son frère. S’ils diffèrent totalement, ce n’est dû qu’à leurs caractères !

Arrivée à ce point de ma critique, je me rends compte que j’ai mis des repères sur une page sur deux du livre ! Donc, si vous voulez en savoir plus, il vous faudra lire le livre vous-même ! 😊
Ce que je peux encore vous dire est que, si des choses datent, certaines sont encore bien présentes dans notre société. Qu’il y a un chapitre sur les horreurs subies par les femmes de la part de certains hommes, je dirais plutôt : monstres, que je n’ai pu que survoler tant il est cru et insupportable.

Les pour, en plus de tout ce que j’ai déjà écrit :
Greer condamne le consumérisme, le fait de s’obliger à se transformer en un canon de beauté irréalisable et qui de toute façon n’est pas soi et beaucoup d’autres sujets.

Les contre :
Greer pense que la famille n’est pas une bonne chose. C’est une généralité. Certains s’oppressent et se déchirent dans la famille, d’autres y trouvent amour, soutien et épanouissement.
Greer recommande la consommation de marijuana ! Pas moi. Je crois que comme l’alcool, il faut savoir consommer cela avec GRANDE modération. Ou pas du tout, concernant la marijuana. Pour échapper à la réalité, un bon livre est idéal !
Greer, à moins que je n’ai pas bien saisi le sens de ses phrases, désapprouve les homosexuels et les  transsexuels. Il n’y a ni à approuver ni à désapprouver, chaque nature fait partie de la nature.
Greer pense aussi le communisme est une solution. Je pense que le communisme est un échec et quelques pays l’ont déjà prouvé ! Si chacun doit avoir les mêmes droits, nous ne sommes pas égaux en nature : certains sont plus travailleurs, plus intelligents, plus créatifs, plus acharnés. Les résultats de nos vies menées si différemment ne peuvent pas être les mêmes et ce serait injuste de demander à celui qui a coupé son bois tout l’été de partager son bois, l’hiver venu, avec celui qui a passé son été à bronzer à la plage.
Greer désapprouve aussi les romans d’amour et leurs Princes Charmants. Je comprends son raisonnement : ces romans font croire aux femmes au mythe de l’homme idéal, de l’amour unique, du mariage comme condition d’une vie de rêve. Oui, sans doute. Mais si on dépasse cela, les romans d’amour sont nécessaire à toute vie « normale » faite de doutes, de routine, de travail pas gratifiant, de corvées, des malheurs. La plupart des femmes qui lisent un livre dont l’amant est un homme charmant, attentionné, même romantique, ne méprisent pas pour autant leur mari commun. Chacun a besoin de rêver. Certaines d’un amoureux merveilleux, d’autres qu’ils sont des héros invincibles. Peu importe la forme du rêve pourvu que le rêve permette de supporter la réalité qui manque souvent de fleurs et de courage.

Maintenant, je ne sais rien de Germaine Greer à part ce livre que je viens de lire. Je ne me permettrait pas de la juger par ses écrits d’il y a 49 ans ! À deux reprises dans le livre, Germaine Greer évoque brièvement son enfance qui n’a pas été un chemin pavé de pétales de roses. Alors, on ne peut qu’admirer le chemin qu’elle a parcouru en pensée. Si l’humanité progresse à une lenteur d’escargot, l’être humain, lui, durant sa vie, peut changer et évoluer radicalement. N’est-ce pas merveilleux ?

Voici une héroïne qui a su prendre sa vie en main: Calixte, dans Confessions d'une Autographe

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La joie dans la création

La joie dans la création, c’est le travail plus ou moins long qu’on accomplit pour mener à bien un projet qui nous tient à cœur : faire de nos enfants des adultes responsables et heureux ― long travail ! Passer quelques heures en cuisine pour savourer le bonheur d’une tablée de convives heureux autour de soi. Lire et lire encore des tonnes de livres pour la bibliographie de son propre roman ; écrire, jeter, couper, retrancher, réécrire, jusqu’au mot FIN ― qui vous laisse à la fois heureux et malheureux ! (Pourquoi ? Ça, c’est une autre histoire !)
La création et le travail qu’elle demande sont la joie.


La conséquence de la joie est le bonheur : bonheur d’une famille harmonieuse autour de soi ― qu’elle que soit sa forme ; bonheur partagé des convives autour de sa table ; bonheur que vous donnez aux lecteurs et qui vous revient au centuple.

Mais, n’anticipons pas. Le jour où je me suis mise à écrire, j’ai ressenti de la joie pour différentes raisons : mon existence prenait enfin un sens, le travail de création solitaire, acharné, épuisant, gratifiant, me comblait, et j’exprimais enfin ce que j’avais toujours été, mais que je n’avais révélé ni à moi ni aux autres.
Pour autant, tout le temps qu’a duré l’écriture de mon premier roman, je ne fis part de ma joie à personne. Pourquoi ? Parce que, si j’avais confiance en moi, je ne pouvais pas m’appuyer sur une inexistante confiance de mon entourage en moi. Alors je préférai ne pas m’exposer à la raillerie qui tue l’inspiration. Car on ne vient à bout que de ce dont on ne permet ni aux autres ni à soi de douter. Je marchais donc seule, mais remplie de joie !
Cela peut sembler contradictoire, d’être seule, mais en joie. Pourtant, cela ne l’est pas quand on est dans un processus de création. Car, bien que le cœur et l’esprit marchent de pair, on crée avant tout avec son cœur.

Quand une action est guidée au départ par des motifs sans âme ni conscience, elle n’est pas viable à long terme ― demandez aux dictateurs qu’ils soient chef d’État ou de famille, ils font le malheur de leur peuple ou de leur famille et se retrouvent seuls à la fin. Par contre, quand l’esprit se donne à fond au service du cœur ou mené par le cœur, le rêve se réalise.

Cela, vous me direz, ce sont des mots ! Pas seulement, quand derrière il y a une puissante conviction. Le créateur doit avoir l’égoïsme des grands travailleurs, c’est-à-dire qu’il doit savoir sacrifier du temps aux autres pour en avoir assez pour lui. Ce n’est pas facile tous les jours, mais la vie est faite de choix quotidiens et de devoirs, je ne vous apprends rien ! L’un des premiers devoirs, quand on se lance dans un travail de création, est de l’achever. Cela semble évident et tout simple à dire, c’est pourtant ce qui est le plus difficile à tenir : accomplir jusqu’à son terme ce que l’on commence.
Oui, c’est bien là qu’est la joie : dans le travail, dans la réalisation-même de l’œuvre, qu’elle soit une famille, un repas, une entreprise, un tableau ou un roman. C’est une joie interne, créée par soi et pour soi et qui est nécessaire. Pourquoi ? Parce que si le créateur ne laisse pas, un jour ou l’autre, sortir sa création, à plus ou moins long terme, elle l’étouffera intérieurement.

Ceci dit, la création, une fois achevée, a des conséquences : une famille unie, des convives comblés, une entreprise florissante, un tableau admiré ou un roman apprécié. Ce sont des bonheurs qui vous font évidemment plaisir, mais qui vous viennent de l’extérieur. Une sorte de cerise sur le gâteau ! Pourquoi pas, c’est toujours bon à prendre, n’est-ce pas ?

Alors, ne vous demandez plus si le nombre de lecteurs influe sur la joie de l’écrivain de cœur ; sa joie n’en dépend en rien : elle est dans son écriture.
Personnellement, il n’y avait que deux choses que je n’avais pas imaginées, pendant que j’écrivais :
L’une était le bonheur que j’allais donner à mes premières lectrices, aux véritables aventurières des livres ! De bien belles cerises qui m’ont fait l’inestimable honneur de se poser sur mon gâteau ! Merci. Donner du bonheur est un bonheur.
L’autre était la connexion qui s’est créée entre ces lectrices de la première heure et moi, à travers le monde, les différents pays et cultures. C’est un étonnement de tous les jours, de constater combien une histoire peut unir des femmes de vies et de pensées différentes. Créer un trait d’union d’une telle puissance, c’est un bonheur dont je remercie mes premières lectrices !©

Gabrielle Dubois©

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SHIRLEY, par CHARLOTTE BRONTË


Un roman intelligent, plein de suspense, de personnages attachants et complexes et de féminisme. Mais comme j'ai beaucoup de travail ce mois-ci, je n'ai pas le temps de faire une critique, alors j'ai juste choisi quelques passages que j'ai commentés avec le groupe Victorians! sur Goodreads.

Quel plaidoyer en faveur du féminisme dans la discussion des enfants Yorke au chapitre 9 ! Excellent, je voyais Charlotte Bronte s'amuser en l'écrivant !

« - Tous les enfants, surtout nous les filles, doivent se taire en présence de leurs aînés. Pourquoi avons-nous des langues, alors ? demanda Jessy. Et pourquoi surtout les filles, mère ?

- Premièrement, parce que je le dis, et deuxièmement, parce que la discrétion et la réserve sont la meilleure sagesse d'une fille.
- Les gens, poursuivit Jessy, font attention aux garçons. Tous mes oncles et tantes semblent penser que leurs neveux sont meilleurs que leurs nièces, et quand des messieurs viennent ici pour dîner, ce sont toujours mes frères à qui on parle, et jamais Rose et moi... »

Robert Moore, le personnage principal masculin, tente de se remettre de la faillite de sa famille et de garder son entreprise pour continuer à fournir du travail, source d'argent et de vie pour les familles des ouvriers.
Robert Moore a été dur quand il a répondu à l’ouvrier Farren. Mais il s’en est expliqué à M. Yorke. Robert sait qu'il a commis une erreur, mais "Que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre."
« Oui, c'est vrai, dit Robert Moore à Yorke. Farren n’a exprimé que la vérité et le bon sens. Je lui ai répondu aussi grossièrement qu’aux autres, qui n'ont fait que jacassé. Je ne pouvais pas faire de distinction. Son apparence racontait ce qu'il avait vécu dernièrement de façon plus claire que ses paroles ; mais à quoi bon expliquer ? Donnons-lui du travail. »
Robert est étranglé. Il se bat pour ne pas perdre son emploi, c'est-à-dire son usine. Il comprend les travailleurs comme Farren, pour qui le travail qu'il leur donne est vital, mais pour l'instant, il n'y peut rien. C'est sans doute en raison de son impuissance face à la crise mondiale et aux crises familiales de ses ouvriers, que Robert Moore a été dur avec Farren. Moore est un homme fort qui réagit avec force. Ce n'est pas contre Farren qu'il s'est fâché, mais contre une situation qui échappe à son contrôle en ce moment. Et dans le dialogue avec Yorke, il explique :
«  J'ai reçu ce matin des lettres qui me montrent assez clairement où j'en suis, et ce n'est pas loin de la fin. Mon marché étranger, en tout cas, est englouti. S'il n'y a pas de changement - s'il n'y a aucune perspective de paix - si les décrets du Conseil ne sont pas, au moins, suspendus, afin d'ouvrir notre chemin en Occident - je ne sais pas vers qui me tourner. Je ne vois pas plus de lumière que si j'étais enfermée dans une grotte, de sorte que pour moi prétendre offrir un gagne-pain à un homme serait faire une chose malhonnête. »

Robert Moore est un homme honnête :
« Oui, un deuxième échec - que je peux retarder, mais que je ne vois aucun moyen d'éviter pour l'instant - aurait complètement détruit le nom de Moore ; et vous savez que j'avais de bonnes intentions de rembourser chaque dette et de rétablir l'ancienne société sur ses anciennes bases. »

Je comprends la détresse des travailleurs qui perdent leur emploi à cause des progrès des machines. Mais tel est le progrès. Tôt ou tard, chacun doit s'adapter, et casser des machines qui ne leur appartiennent pas n'est pas la solution.
Dans mon autre travail, non pas celui d'écrivain, mais celui qui nous fait vivre mes enfants et moi, j'ai été confronté à cette situation. J'ai dû m'adapter, et je n'ai pas détruit de machines ni d'hommes pour ça. C'est la vie !
La vie de Farren l’ouvrier n'est pas facile. Mais la vie de Robert Moore le manufacturier ne l'est pas plus. S'il fait faillite, il se retrouvera sans ressources, comme Farren, et en plus, non seulement lui-même, mais aussi ses travailleurs seront au chômage et cela pèsera sur son cœur.

Maintenant, laissons Shirley se décrire :
« Les affaires ! Vraiment, ce mot me fait prendre conscience que je ne suis plus une fille, mais une vraie femme et plus. Je suis un Esquire ! Shirley Keeldar, Esquire, devrait être mon genre et mon titre. On m’a donné un nom d'homme, j'occupe un poste d'homme, il suffit de m'inspirer d'une touche de virilité, et des gens comme ce Moore me parlent sérieusement des affaires, je me sens vraiment comme un gentleman. »
Qui est-elle ? Nul doute qu'elle est féministe et certainement la femme que Charlotte Brontë aurait aimé être : indépendante, libre pour deux raisons : premièrement, l'argent rend libre, deuxièmement, c'est un esprit libre... et ça, ce n'est pas l'argent qui le donne et pas à tous !
Qui est Shirley ?
À la fin du chapitre 15 : L'Exode de M. Donne, les hommes pourraient vous répondre : c'est un homme, plus encore, c’est un gentleman !
Je réponds : Shirley est une femme, plus encore, une femme courageuse et honnête !
Et Donne, cet arrogant qu’elle met à la porte ? Donne était stupéfait. Les aveugles sont forcément surpris devant des femmes lucides !
Quant à Caroline Helstone, il semble qu’elle n'ait été considérée que par une seule personne : Robert. Ou c'est ce qu'elle croyait...
Sa mère est inexistante, on ne sait pas pourquoi, mais elle n'est pas très bien jugée par ceux qui l'ont connue. Son père était un horrible personnage. Son oncle s'occupe bien d'elle, mais par devoir plutôt que par amour. Hortense, si je me souviens bien, ne lui donne des cours de français que parce que cela la rend personnellement heureuse.
Caroline a donc beaucoup investi dans son amour pour Robert. Plus on croit en une chose, plus on est déçu quand ce n'est pas ce qu'on croyait.

Le féminisme est au chapitre XIV et partout ailleurs dans Shirley !
« Les hommes aiment rarement que leurs semblables lisent leur nature intérieure trop clairement et vraiment. Il est bon pour les femmes, en particulier, d'être dotées d'une cécité douce : avoir des yeux doux et sombres, qui ne pénètrent jamais sous la surface des choses - qui prennent tout pour argent comptant : des milliers, sachant cela, gardent leurs paupières closes par habitude ; mais le regard le plus bas a sa brèche, par laquelle il peut, à l'occasion, faire sa propre enquête sur la vie. »

Et féminisme encore, qui me rappelle l’Indiana de George Sand et qu’on retrouve chez Charlotte Brontë dans le chapitre 21 de Shirley dans le dialogue entre Mme Pryor et Caroline.

La différence est que, dans son observation, Charlotte Brontë me semble triste et désespérée alors que George Sand, qui avait lutté pour se faire une vie libre, ne l'était pas. Quoi qu'il en soit, leur observation est la même. Voici le dialogue de Charlotte Brontë :

« - Dans ce cas, le mariage ne devrait pas exister.
- Il devrait, ma chère, s'il ne s'agissait que de prouver que cette vie n'est qu'une simple mise à l'épreuve, où ni le repos ni la récompense ne doivent être garantis. (...)
Dieu mêle quelque chose du baume de la miséricorde, même dans les fioles des malheurs les plus corrosifs. Il peut ainsi tourner les événements, afin que du même acte aveugle et téméraire jaillisse la malédiction de la moitié de notre vie, puisse couler la bénédiction du reste de l'humanité. Je n'aurais jamais dû me marier : ma nature n'est pas faite pour cela. J'étais tout à fait consciente de mon inéligibilité ; et si je n'avais pas été si malheureuse comme gouvernante, je ne me serais jamais mariée… »

Chapitre 22, extrait :

"Les gens détestent qu'on leur rappelle des maux auxquels ils ne peuvent ou ne veulent pas remédier : un tel rappel, en leur imposant le sentiment de leur propre incapacité, ou le sentiment plus douloureux d'une obligation de faire un effort désagréable, trouble leur aisance et secoue leur complaisance personnelle...".
C'est exactement ce que ma propre expérience m’a fait découvrir il y a quelques années. Quand j'ai finalement dit que j'avais été agressée, les adultes qui auraient dû le voir cela dans mon enfance n'ont toujours pas été capables de l'entendre à l'âge adulte. Ainsi va la vie ! Nous apprenons que certaines questions resteront sans réponse, mais la guérison vient de la capacité à poser la question et à supporter la non-réponse.

Chapitre 22, nouvel extrait :

« Les vieilles servantes, comme les sans-logis et les chômeurs pauvres, ne devraient pas demander une place et une occupation dans le monde : la demande dérange les heureux et les riches... »
Encore une fois, cela m'a rappelé ce que George Sand dans Indiana :
« … la société, organisée comme elle l’était alors, lui était favorable et avantageuse ; elle ne pouvait pas être dérangée sans que la somme de son bien-être fût diminuée, et c’est un merveilleux enseignement à la modération que cette parfaite quiétude de situation qui se communique à la pensée. Quel homme est assez ingrat envers la Providence pour lui reprocher le malheur des autres, si pour lui elle n’a eu que des sourires et des bienfaits ? Comment eût-on pu persuader à ces jeunes appuis de la monarchie constitutionnelle que la constitution était déjà vieille, qu’elle pesait sur le corps social et le fatiguait, lorsqu’ils la trouvaient légère pour eux-mêmes et n’en recueillaient que les avantages ? Qui croit à la misère qu’il ne connaît pas ?... »

Et quel plaidoyer féministe et indépendant Shirley envoie à son oncle à la fin du roman ! Vas-y, Shirley !

Belle phrase de Charlotte Brontë dite par Robert Moore, au chapitre 35 :
« Nous nous souviendrons que nous serons jugés à la mesure dont nous aurons jugé les autres ; c’est pourquoi dans notre cœur régnera l’affection au lieu du mépris. »

Et la dernière phrase du roman :
« L'histoire est finie. Il me semble voir le lecteur judicieux mettre ses lunettes à la recherche de la morale. Ce serait une insulte à sa sagacité que de lui offrir des directives. Je lui dis seulement : que Dieu l'assiste dans sa quête ! »
S'il vous plaît, honorable Professeur C. Brontë, puis-je seulement apprécier ce roman, ou dois-je vraiment y réfléchir ? Eh bien ! j'y réfléchirai, ce qui sera un très humble remerciement à vous qui avez écrit ces belles et fortes pages.

Mon cher Théophile Gautier a écrit :
« Qu'importe que ce soit un sabre, un goupillon ou un parapluie qui vous gouverne ! C’est toujours un bâton, et je m'étonne que des hommes de progrès en soient à disputer sur le choix du gourdin qui leur doit chatouiller l'épaule, tandis qu'il serait beaucoup plus progressif et moins dispendieux de le casser et d'en jeter les morceaux à tous les diables. » (L'épée étant le symbole de la force armée, le goupillon celui du clergé et le parapluie celui de l'autorité séculière.)
Dans Shirley, tous les personnages sont soumis à une ou plusieurs autorités : le lointain et étranger Napoléon, Lord Wellington l’Anglais, les hommes d’Église, l'oncle..., dont les décisions ont un impact direct sur leur vie.
Question : Avons-nous encore vraiment besoin de tous ces soi-disant chefs ou directeurs de conscience ? Les humains ne sont pas encore assez sages, me répondrez-vous, donc ils ont encore besoin de chefs. Mais les les chefs qu’ils se choisissent sont-ils des sages, eux ?

Quoi, Mlle Brontë ? Ce n'est pas assez ? Ok, voyons voir....
D'une part, Robert Moore, bien qu'il ait du cœur, dirige son usine d’une main de fer. Il la défend fusil contre fusil. Il en résulte des morts, des blessés et de la vengeance, et qu'à la fin, c'est Robert Moore qui se sent mal et qui est seul.
D'un autre côté, Shirley, comme Moore, gère son domaine et ses gens. Elle aussi a du cœur, mais elle est sans violence : elle ne réprimande pas sa cuisinière qui la vole ouvertement. La cuisinière a finalement été conquise par ce bon cœur : elle n'a plus volé sa maîtresse et l'a même défendue. Shirley n'est pas isolée comme Moore, elle se fait des amis : Mme Pryor, Caroline, M. Hall, Henry, etc..... Avec des moyens différents de ceux de Moore, elle parvient à gérer son domaine.
Robert Moore agit d'abord conformément à l’éducation qu’il a reçu de la société et l’époque dans laquelle il vit : il agit comme un homme. Mais, heureusement, il est l'un des héros du roman et, seul, il apprendra à changer pour son propre bien et celui des autres.
Shirley, elle, agit avec les qualités d’une femme de son époque : gentillesse, compréhension, etc..... bien que son caractère soit aussi impétueux que celui de Robert Moore, il est atténué par son éducation. Elle a de la chance, parce que, prenons l'exemple de la cuisinière : Mme Gil, c'est son nom, je crois ? Mme Gil aurait pu être une personne sans cœur et continuer à voler Shirley, auquel cas Shirley aurait dû agir.
Deux leaders, deux façons différentes de diriger. Voir: Comment les films enseignent l'humanité, Ted Talk de Colin Stokes


Toujours pas assez ? Au sujet du féminisme, Mlle Brontë ?

Eh bien ! il y a eu des progrès, mais il reste encore beaucoup à faire ! Merci pour ce beau roman, Charlotte Brontë !

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L’être humain est bon et mauvais.©

 Notre-Dame de Paris

Quand il va, petit, concentré sur lui-même, rampant par les rues de ses villes, grouillant d’une agitation stérile, on pourrait le détester.

Quand il ne croit plus qu’en lui-même, dans le moment présent qui est si peu de chose et qu’il erre, perdu dans sa propre vie, on pourrait le plaindre.

Mais quand il lève la tête vers le ciel pour chercher à s’élever lui-même et qu’il bâtit Notre-Dame de Paris pour qu’elle domine, de toute la supériorité de sa pensée céleste, les choses et les intérêts terrestres, alors on peut l’admirer.

Puis, quand le déluge frappe les efforts de beauté des êtres humains et anéantit en une nuit une partie de leur mémoire, les laissant orphelins de leurs ancêtres, culture et Histoire, alors, on ne peut que pleurer avec eux.©

Gabrielle Dubois©

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Nanon, par George Sand

Bouguereau, la Bergère, Nanon, George Sand

« Les moutons n’ont pas grand jugement, il faut bien le dire ; ils broutent où ils se trouvent et ne quittent la place que lorsqu’il n’y a plus que de la terre à mordre. C’est bien d’eux qu’on peut dire qu’ils ne voient pas plus loin que leur nez, à cause de leur paresse à regarder. »
Connaissez-vous l’opposé d’un mouton ?
George Sand !

Dieu que cette femme était grande, puissante, intelligente, merveilleuse, visionnaire ! Je l’admire et je l’aime !

Et j’ai aimé Nanon, pour tant de raisons :
Des raisons affectives : c’est une très belle histoire de femme, d’amour, d’aventure.
Des raisons d’Histoire : au travers des différents personnages si bien campés, si profond, on comprend les enjeux, aspirations, contradictions de cette période troublée qu’était la Révolution de 1789 les années qui l’ont suivie.
Des raisons de cœur : le personnage de Nanon et les hommes qui l’entourent sont éminemment féministes.
Des raisons de révolte : pourquoi, mais pourquoi donc a-t-on des dizaines de films des Trois Mousquetaires, de Le Rouge et le noir, de Madame Bovary, de Germinal, des Misérables et autres romans d’hommes et pourquoi aucun film n’a été tiré de Nanon ?

Est-ce parce que George Sand a osé penser autrement que les autres, alors que les femmes étaient nées pour être malheureuses ? George Sand en avait, du courage, et elle ne s’est jamais apitoyée sur elle-même. Espérons que les penseurs de l’Éducation Nationale qui font les choix des auteurs dans les manuels de français des lycéens, aient un jour un centième du courage de George Sand et osent lui donner une place plus importante que le 0,1% qu’elle y a actuellement !
Parce qu’on ne pourra pas vivre toujours en ne laissant que 8 voire, 2% de place aux auteurs femmes dans les manuels de français des lycéens. Faire croire que les auteurs hommes sont toute la pensée du 19ème siècle est un mensonge. Aujourd’hui, au 21ème siècle, cela étouffe 50% de la population qui ne le permettra plus bien longtemps !
Le temps est venu d’achever ce que des femmes telle George Sand avait commencé : signifier aux femmes qu’elle sont en droit d’avoir 50% de place dans le monde.
(Heureusement, les femmes de THE 51 FUND seront d’une grande aide dans ce beau projet !)

Bref, lisez Nanon, il y a tant de belles choses dans ce roman historique, tant de profit personnel à lire George Sand ! C’est aussi bon pour l’esprit que pour le cœur !

Grâce à George Sand, le futur est féminin.©
Gabrielle Dubois©

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Histoire de l'amour en poésie par Gabrielle Dubois

Brève histoire de l'amour en poésie
Brève histoire de l'amour en poésie

Brève histoire de l’amour en poésie par Gabrielle Dubois

 


Il y a 2 milliards d’années,
L’amour pullule chez les cellules :
« Cellule un dans son eau,
Cellule deux en même eau.
Deux cellules que c’est chaud,
Un organisme que c’est beau ! »

Il y a 2500 ans,
L’amour grec et antique, amour anacréontique
par Anacréon :
« L'Amour me donne des ailes légères,
Je m'élève jusques aux cieux,
Mais l'objet de mon ardeur
est insensible à mes feux. »

Il y a 900 ans,
L’amour troubadour
par Bernard de Ventadour,
« Hélas ! tant en croyais savoir
En amour, et si peu en sais.
Car j'aime sans y rien pouvoir
Celle dont jamais rien n'aurai. »

Il y a 160 ans,
L’amour romantique, amour emblématique,
par Théophile Gautier :
« À l'Idéal ouvre ton âme ;
Mets dans ton cœur beaucoup de ciel,
Aime une nue, aime une femme,
Mais aime ! C'est l'essentiel ! »

2017,
L’amour est informatique, émoticônique :
«  Brève histoire de l'amour en poésie ?
   Brève histoire de l'amour en poésie !  » 

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Théophile nous élève

Atkinson Grimshaw, London, Gabrielle Dubois
Atkinson Grimshaw, London, Gabrielle Dubois

Théophile Gautier, extrait de La belle Jenny :
« Déjà se balançait à l’horizon l’immense dais de vapeur toujours suspendu sur la ville de Londres. Les cottages et les maisons, d’abord disséminés, commençaient à former des masses plus compactes. Des ébauches de rue venaient s’embrancher sur la route. Les hautes cheminées de briques des usines, pareilles à des obélisques égyptiens, se dressaient au bord du ciel et dégorgeaient leurs flots noirs dans le brouillard gris. La flèche pointue de Trinity-Church, le clocher écrasé de Saint-Olave, la sombre tour de Saint-Sauveur avec ses quatre aiguilles, se mêlaient à cette forêt de tuyaux qu’elles dominaient de toute la supériorité d’une pensée céleste sur les choses et les intérêts terrestres. »
Voilà, entre autres, pourquoi j’admire Théophile Gautier. Cette description n’est-elle pas une merveille de construction ? On commence éparpillé au ras du sol et, subtilement, on se rassemble et on s’élève. Et moi, je m’incline bien bas devant Théophile.

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Le dernier roman de Gabrielle Dubois vient de paraître !

Les confessions d’une autographe
Les confessions d’une autographe

Présentation:

Gabrielle Dubois, au sujet de son dernier roman, Les confessions d’une autographe.



Dans ce troisième roman, je vous ferai découvrir une partie des mémoires de Maximilian von Lekkowski, romancier du dix-neuvième siècle, amusant et amuseur, léger et inconstant dans sa propre vie, semblant n’attacher d’importance à rien, sauf à aider et protéger le seul grand amour qu’il eût jamais connu, celui de Calixte et Marios, ses deux amis.
Grâce aux confessions de Mlle de Blanchecombe et celles des nombreux personnages qui gravitent autour d’elle, il va approfondir sa connaissance de l’âme féminine et, la poussant dans les retranchements les plus intimes de son cœur et de sa pudeur, il va pouvoir nous livrer tous les ressorts d’une grande histoire d’amour. Mais il y a toujours un risque, pour un écrivain, à vouloir se faire le confesseur de son sujet, qui est de trop s’attacher à lui...
Comme on regarderait attentivement dans ses moindres nuances une estampe à la loupe, au fil des confidences, on se fait, en même temps que Maximilian, de détails en détails, une image nette de cette autographie d’un amour.
Je vous laisserai donc entre les mains de Maximilian von Lekkowski.
Bon voyage !

 

 

EXTRAIT :


Tous droits réservés.

Chapitre 1
Le réfectoire de la deuxième chance

Le lycée Philippe le Bel, en plein cœur de Paris, sur les bancs duquel j’usais mes pantalons depuis un an déjà, avait pour élèves les rejetons de la crème de l’aristocratie française, ainsi que quelques-uns des noblesses européenne et prussienne, celle dont je faisais partie. Comme chacun sait, je suis le deuxième et dernier fils du baron Alexandre von Lekkowski. Le jour de la rentrée scolaire 1849, ce fut dans ce lycée que je rencontrai Marios Constantin pour la première fois.

Un an auparavant, après un séjour d’une année en Italie et en France avec ma tendre mère, séjour durant lequel j’avais été choyé et traité comme un prince que je pensais être, je n’étais guère désireux de rentrer chez nous, en Prusse, où m’attendait un père dont je n’étais pas le fils aîné, et un frère aîné étrangement acariâtre et méchamment ambitieux. Je dis étrangement, parce que ce frère, du point de vue du caractère, ne ressemblait en rien à nos parents, ni même à moi.
Le baron von Lekkowski mon père, passait la plus grande partie de son temps à la chasse, connaissant chaque bosquet de ses terres immenses, reconnaissant chaque cri d’animal à poils ou à plumes, capable de remonter la piste d’un gibier à l’empreinte laissée dans la neige fraîche, à la feuille froissée sur l’arbre à son passage. Si je me joignais à lui avec plaisir dès que je rentrais chez nous, je n’envisageais pas pour autant courir les bois à longueur d’année. Déjà un autre genre de chasse, en alcôve, avait ma préférence. Père aimait la nature.
À l’opposé de son mari, ma mère était une femme de salons. Musiciens, savants et écrivains formaient son petit cercle. Les deux conditions pour en faire partie, étaient d’avoir du talent et le goût du rire. Mère aimait rire.
Ils avaient l’un pour l’autre, non pas cet amour fou que l’on rencontre dans les romans et que je n’ai rencontré qu’une fois dans ma vie, mais l’affection et la tendresse que peuvent parfois se porter des époux de caractère doux, mariés par intérêt et qui, n’étant tombés amoureux ni dans le mariage, ni en dehors, prennent avec philosophie et bonheur le sort que la vie leur a réservé.

Après nos pérégrinations sous le doux soleil italien, j’obtins, par retour de courrier, l’autorisation de mon père de rester à Paris pour finir mes études et laissai mère s’en retourner chez nous. J’avais dix-sept ans. Oui, je sais, je n’étais pas bien en avance pour entrer en classe de seconde, mais ma scolarité avait été des plus décousues... nous y reviendrons.
Mon père loua donc pour moi un appartement petit, mais fort confortable, à l’hôtel des Trois Empereurs, place du Palais-Royal, mais il y mit plusieurs conditions. Je devais m’inscrire au lycée Philippe le Bel pour y suivre les cours, ma conduite devait y être irréprochable afin qu’il n’eût pas à demander à notre ambassadeur d’intervenir pour moi auprès des autorités françaises. Enfin, je devais lui envoyer, chaque trimestre, les félicitations de mes professeurs. Je remplis ces conditions. Je m’inscrivis dans ce lycée le plus prestigieux de la capitale, je n’y manquai aucun cours, n’y fis pas de grabuge. J’oubliais seulement de travailler les mathématiques et les sciences pour lesquelles je n’avais aucune affinité. Quant au français, latin et grec, qui étaient pourtant des langues que j’avais affectionnées jusqu’à ce jour, j’y consacrais si peu de temps, que je n’y brillais guère mieux. Par contre, à la fin de l’année, je dois avouer que j’excellais dans une matière jusqu’alors inconnue de moi, mais bien souvent caressée en rêves : les femmes et leurs douces langues qui, elles, étaient bien vivantes.
À bout de patience, mon père m’ordonna de rentrer à la maison dès la fin des cours. Entièrement dépendant de son bon vouloir financier, j’obéis. Si je voulais retourner à Paris pour le premier septembre suivant, je n’avais que quelques jours au mois d’août, si je décomptais l’aller et retour jusque chez nous, pour convaincre mon père. L’argument selon lequel j’étais devenu le jeune homme le plus fashionable de la capitale française, je le savais, serait à proscrire, quand bien même être à la pointe de la mode n’est pas donné au tout venant. C’est au contraire un exercice délicat qui nécessite un parfait équilibre entre les aptitudes innées qui sont de bonnes et belles dispositions physiques, et les acquises, qui sont de savoir devancer d’un soupçon les tendances mais sans trop, pour ne jamais, au grand jamais, frôler le ridicule, et rester simple et aimable en toutes circonstances. Ce dernier point est toujours celui par lequel pêchent les jeunes bellâtres qui affichent leur supériorité de don Juan blasé et par là-même, en deviennent détestables. Mais, bien évidemment, ce n’est pas à un père, tout bon qu’il fût, qui rentre crotté des pieds à la tête d’avoir battu la campagne et heureux d’avoir traqué la bête sauvage en compagnie de garde-chasse et d’une bande d’hommes des forêts, que l’on peut exposer ce genre d’évidences stylistiques, ô combien indispensables à la vie de patachon d’un jeune citadin.
J’avais aussi acquis, pendant cette douce année, une verve, une aptitude à fasciner mon auditoire par des mots choisis avec aisance et débités avec facilité. Je me rends compte aujourd’hui que mon public habituel était du genre féminin et facile, et ne demandait qu’à se laisser hypnotiser. Il faut dire que j’ai été gâté par la nature. Quand on a la taille svelte et les épaules bien développées, entretenues dans une salle d’arme, un visage fin et régulier, de beaux yeux bleus et les plus soyeuses boucles blondes, on a bien peu d’effort à fournir en matière de discours. Je n’étais pas aveugle sur moi-même au point de penser que ce genre d’atouts pouvait faire le poids face à tout le monde, et j’entends par là, mon père ou M. Dumollet, notre proviseur, homme à manier avec des pincettes.
Quelques mots ici sur M. Dumollet. Cet homme malingre au crâne ovoïde était un simple roturier sorti de nulle part, mais arrivé là certainement grâce à un entêtement hors du commun. Il avait une finesse d’esprit digne d’un prince de la plus grande lignée, mais des habitudes de bourgeois, ou devrais-je dire, de coucou suisse. Chaque premier jour des vacances, vous pouviez le voir à la gare, avec femme et enfants, partir dans sa belle-famille, à Saint-Malo. La veille, au détour d’un couloir ou en cour de récréation, il ne manquait pas d’entendre chanter, dans son dos, ce refrain populaire et joyeux :
« Bon voyage, monsieur Dumollet,
À Saint-Malo débarquez sans naufrage ! »
J’étais si convaincu d’être irrésistible, qu’avant de quitter le lycée, je mis à l’épreuve mes talents d’orateur alors que j’étais convoqué par le proviseur qui me tint à peu près ce discours :
- Lekkowski, je ne vous cache pas qu’à vous seul et ce, malgré les avertissements répétés de vos professeurs, vous avez été, cette année, pour tous nos élèves, un déplorable exemple. Non seulement vous n’avez pas travaillé, mais encore, vous avez dissipé plus d’un de vos camarades.
- Monsieur Dumollet, telle n’était pas mon intention, je vous présente mes humbles excuses.
- Elles arrivent bien tard.
- Mais pas trop tard ?
- Le résultat de votre conduite, jeune homme est que personne ici n’est content de vous et j’ose espérer que vous ne l’êtes pas vous-même.
- Bien sûr que non, monsieur. Mais il y a bien un professeur qui ne soit pas totalement insatisfait de moi ?
- Un seul, oui. Votre professeur de français qui vous a défendu mieux qu’un avocat ne l’aurait fait. Il prétend que vous en valez la peine. Mais nous ne le saurons pas, puisque vous n’allez pas vous réinscrire l’année prochaine, ce qui vous évitera la honte d’être renvoyé aujourd’hui-même.
J’affichais un air calme et détaché dont je me félicitais, mais intérieurement, je n’en menais pas large :
- Monsieur, je plaide coupable. Je n’ai effectivement pas travaillé et j’ai invité quelques-uns de mes camarades à des soirées.
- Ah ! Vous avouez enfin, Lekkowski ! Alors que je vous ai déjà convoqué deux fois dans ce bureau sans jamais obtenir de vous que vous fassiez amende honorable, ni même une quelconque amélioration de votre conduite.
- Coupable je le suis, certes, mais laissez-moi plaider ma cause auprès de vous, monsieur. Ce que vous m’avez dit jusqu’à présent est tout à fait juste. Aussi, je pense pouvoir attendre de vous, une fois que vous m’aurez écouté, la plus grande justice.
- Pourquoi pas ? J’ai dix minutes devant moi, nous sommes en juillet et j’ai moi aussi envie de me divertir un peu. Je vous écoute, dit-il, finaud, en s’adossant à son fauteuil et croisant ses mains sur son gilet.
- Je vous remercie, monsieur Dumollet. C’était mon choix d’étudier à Paris, capitale dont la pensée éclairée rayonne sur le monde. Père a eu la générosité de m’offrir son soutien financier pour que je puisse vivre ici, dans ce pays de progrès, de droit et d’équité. Fait que j’ai méprisé, pensez-vous, comme un enfant gâté. Ai-je gâché mon année ? Bien au contraire, monsieur, je puis vous l’assurer. Le remords me taraude quand je pense à cet extraordinaire privilège que j’ai pris comme un dû, alors que j’aurais dû le recevoir comme la récompense anticipée d’un mérite. Mais vous connaissez la jeunesse mieux qu’elle ne se connaît elle-même, monsieur Dumollet. Si j’ai appris une chose, c’est que je ne suis pas le genre d’homme à pouvoir vivre avec un remords et cela m’incitera, à l’avenir, à réfléchir avant d’agir afin de ne pas retomber dans les mêmes tourments.
- Vous pourriez être divertissant, Lekkowski, dit-il en réprimant un bâillement vrai ou feint, mais vous êtes à la limite de l’ennuyeux. Venez-en au fait, je vous prie.
S’il croyait me désarmer avec ces petits stratagèmes, il se trompait bien :
- J’y viens, monsieur. Loin de moi l’envie de vous faire bailler, je n’ai qu’un désir, vous faire juge de ma misère. Je plaide coupable d’avoir eu une trop grande confiance en mes capacités à vivre seul, loin de ma famille, loin de ma chère maman. Coupable d’avoir eu la faiblesse, pour pallier ce manque d’affection d’enfant exilé, de m’entourer d’élèves que, vous noterez monsieur, j’avais pris soin de ne choisir qu’en dernière année pensant qu’ils étaient capables de juger par eux-mêmes si soutenir la solitude d’un ami les détournerait ou non de leurs devoirs.
M. Dumollet sourit :
- Et vous pensez qu’un tel plaidoyer me suffira pour vous donner une deuxième chance, Lekkowski ?
- Je vois bien que non, monsieur et j’en comprends la raison : vous avez trop d’esprit pour qu’un élève, quand bien même il aurait mon potentiel, puisse influer sur votre décision. D’un autre côté, le fait que je n’ai pas atteint le niveau qui me permettrait de soutenir une conversation face à vous sans paraître trop ridicule, prouve bien que j’ai besoin, plus que quiconque, que vous me laissiez me réinscrire dans votre prestigieux établissement dont l’enseignement est le seul qui pourra faire de moi un être capable de raisonnement, tels que vous aimez en voir sortir, chaque année, du lycée Philippe le Bel.
- Je constate que tel le chat, vous avez l’art de retomber sur vos pattes, mais qu’attendez-vous de moi, exactement ?
- Autant de clémence que celle que mon père aura à mon égard, quand je vais rentrer chez nous, en août, pour subir ses récriminations justifiées et le supplier à genoux de me laisser finir mes études chez vous, monsieur Dumollet. J’ajoute que s’il y a une quelconque pénitence que vous jugiez nécessaire de m’infliger, je m’y soumettrai, ce ne serait que justice.
- Vous êtes intelligent, Lekkowski, aussi vais-je me montrer direct avec vous. Voici ce que je vous propose : si vous rameniez de chez monsieur votre père, non seulement de la clémence à votre égard, mais une contribution au réaménagement de notre réfectoire, je pense pouvoir vous garder une place jusqu’à la fin du mois d’août.
- Merci, mons...
- Attendez ! Je n’ai pas fini. À cela, j’ajoute une condition. Voyez-vous, des noceurs comme vous, qui pensent que la vie se résume à l’esthétique de la frisure d’une moustache ou à l’élégance avec laquelle ils portent un costume, des jeunes gens qui se considèrent des maîtres en rhétorique parce qu’ils ont su étourdir, par quelques vagues mots bien tournés, volés aux grands poètes, des femmes qui se seraient laissées séduire à moins ; des fils de bonne famille qui n’ont d’autre centre d’intérêt que les amusements légers, j’en ai vu passer. Ils ne guérissent pas.
- J’ai bien l’intention...
- Je ne veux rien savoir de votre vie en dehors d’ici, vous en êtes le maître. Mais ici, c’est moi, le maître. Le maître absolu. Le moindre manquement que ce soit, en cours, au travail donné ou à la discipline, et je vous mets dehors, monsieur von Lekkowski, tout baron que vous êtes et ce, même en cours d’année, alors que vos camarades eux, continueront à déjeuner dans le réfectoire flambant neuf que vous leur aurez offert.
- Bien sûr...
- Je vous arrête là ! Ne promettez rien, ne me servez plus aucun de vos piètres raisonnements. Nous nous reverrons peut-être le premier septembre, lors de mon discours de bienvenue, mais ce sera tout. Je ne veux plus jamais vous voir dans mon bureau, assis en face de moi sur cette chaise. Est-ce bien clair ? Si oui, saluez et sortez, monsieur von Lekkowski.
- Au revoir, monsieur Dumollet, lui dis-je.
Avant de passer la porte de son bureau, je lui lançai un joyeux :
- Bon voyage, monsieur Dumollet !
Le proviseur grommela en replongeant dans sa paperasserie administrative, mais son œil brillait, songeant certainement au nouveau réfectoire qu’il venait d’obtenir si facilement.

Pour mon père, que j’étudie là ou ailleurs ou pas du tout, n’avait aucune espèce d’importance. Il ne voyait pas l’intérêt de savoir le latin pour entrer dans l’armée, ce qui était mon destin depuis toujours. Alors que nous dînions en compagnie de ma mère, il s’exclama, un grand sourire aux lèvres :
- Très bien, Maximilian ! Serais-tu encore capable de porter un fusil ou tes muscles ont-ils fondu au point de ne pouvoir porter qu’une plume et un cahier ?
- Vous ne seriez pas mon père, répondis-je, vexé, que je vous aurais demandé réparation de cette injure !
- Tu as l’air bien sûr toi, l’étudiant ! Partons à la bécasse demain. Celui qui en ramène le plus décide de ton avenir.
- Père, je ne dis pas que je n’accepterais pas une mise à l’épreuve, ou que je manque de courage pour relever un défi, mais celui-ci est perdu d’avance pour moi. Je n’ai pas tiré depuis plus d’un an et la chasse est toute votre vie. Mais si c’est ce que vous demandez, je m’y plierai.
- Je n’ai jamais été injuste envers qui que ce soit, pas même envers un jeune blanc-bec dont la cravate est plus volumineuse que le jabot d’un coq !
L’air de rien, du plat de la main, je tentai d’aplatir ma cravate.
- Si tu ne veux plus que je décide de ton avenir, Maximilian, c’est donc que tu te penses supérieur à moi. Prouve-le moi !
- Que suggérez-vous, père ?
- Un duel.
- Alexandre ! s’écria ma mère, vous n’y pensez pas !
- Avec un gilet pour contenter la baronne, fils. Le premier qui touche au cœur a gagné.
- Même ainsi je vous l’interdis, messieurs ! Vous n’allez tout de même pas faire couler le sang pour une histoire de lycée !
- J’accepte, père, annonçai-je, en lui tendant la main qu’il serra.
- Prépare ton paquetage pour l’armée, fils !
- Préparez votre bourse pour mon inscription, père.
- Faites cela et je vous ôte ma tendresse à tous les deux, dit mère.
Père lui sourit et prit sa main :
- Nous verrons cela demain. En attendant, ma très chère, vous en aurez bien un peu pour moi ce soir, j’espère ?
Mère rougit et se leva :
- Des rustres, voilà ce que vous êtes ! s’exclama-t-elle, sans arriver à se fâcher vraiment.
Il m’en coûta une jolie estafilade au bras, mais je touchai père au cœur le premier. Il s’inclina et j’obtins une année de plus à Paris. Ce qui me surprit le plus lors de ce séjour chez moi, fut le soutien de mon frère, lui qui ne m’avait jamais montré qu’une fraternelle jalousie. Je ne comprendrai son objectif que trop tard. Insouciant et donc heureux, je reprenais ma route vers la France, sans savoir que cette rentrée 1849 me réservait un inestimable cadeau : un ami.

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Se mignoter

gabrielle dubois se mignoter
PIERRE-AUGUSTE COT Gabrielle Dubois roman amour

Se mignoter



Nombre de mots disparaissent des dictionnaires pour faire place à d’autres, nettement moins poétiques, à mon avis.
Mignoter. Voilà un joli verbe qu’il me plaît de savoir encore dans un dictionnaire. Pourvu qu’il ne disparaisse pas !

Définition Larousse 1922 : Mignoter : familier. Traiter délicatement ; mignoter un enfant.
Définition tirée de : Origine et formation de la langue française. par A. de Chevallet..., édition :  1853-1857. Mignot, mignote signifiait autrefois petit, délicat, mignon, gentil, joli. Il nous est resté le verbe mignoter, caresser comme on caresse un mignot (un charmant enfant), le dorloter…

Et voici Balzac qui l’emploie dans La belle Imperia :
« … Mais en voyant l’Imperia soucieuse, il s’approcha d’elle pour la mignardement enlasser dans ses bras et la mignoter à la façon des cardinaux, gens brimballant mieux que tous autres, voire même que les soudards… »
Mais peut-être sommes-nous devenus trop politiquement corrects aujourd’hui pour entendre Balzac nous raconter les ébats des cardinaux et de leurs maîtresses ! Si certains ne se mignotent plus, heureusement, dans les romans de Gabrielle Dubois, on se mignote encore… et plus !

Instagram #gabrielleduboisromanciere

#roman #amour #aventure #gabrielle #dubois

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Ritz

Gabrielle Dubois meilleur roman 2016
Ritz Paris

 

 

La rénovation du Ritz à Paris vient de s’achever, et l’on parle partout de César Ritz.

 

Mais comment parler du Ritz de César sans parler de sa femme Marie et de son plus célèbre chef cuisinier et cofondateur Auguste Escoffier, tous deux conseillers techniques de César ? En 1896 quand commencèrent les travaux place Vendôme, César Ritz voulait Escoffier qui avait 2,5% des parts de la compagnie Hôtel Ritz ltd, et qui organisa le recrutement du personnel. Escoffier et Marie Ritz sélectionnèrent le matériel et les fournitures et passèrent au peigne fin tous les fournisseurs de Paris, d’Europe et au-delà. Marie trouva les tapis, tapisseries, brocards, soieries et linge ; elle étudia les grands maîtres des musées et des galeries pour créer une décoration de bon goût. Escoffier organisa bien sûr la cuisine, mais aussi la salle à laquelle il attachait un soin tout particulier en ce qui concernait les serveurs, vaisselles, cristallerie et argenterie. C’est au Ritz de Paris qu’Escoffier utilisa pour la première fois des plats plaqués argent pour le service à table. Il fit créer par Christofle à Paris des plats selon son idée dont le plat carré que Christofle baptisa : plat Escoffier.

 

Renseignements tirés du livre de Kenneth James.

 

Pour ce qui est de l’ambiance du Ritz, je vous conseille l’excellent livre L’usine de Gabrielle Dubois.

 

www.gabrielle-dubois.com

 

Instagram #gabrielleduboisromanciere 

 

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Dimanche 05 Juin je serai au salon du livre de Pamiers

Dimanche 05 Juin je serai au salon du livre de Pamiers, cela promet d'être bien sympathique !

Voici l'adorable commentaire que les Appaméennes du livre ont publié sous ma photo:
" Gabrielle Dubois :
Parler d’amour avec les mots simples… nouer des brins d’érotisme mesuré, saisir chaque instant fragile d’un amour avant qu’il ne s’éclipse. Vivre. Vivre l’intensité à travers une lecture plus large qui peut se décliner comme s’inclinent les rougeurs sur les joues et qui fait naître la fièvre dans l’imaginaire."


Cela donne à rêver, non ?

 

gabrielle roman dubois
Salon livre Pamiers 2015 Brochure Gabrielle Dubois


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Les effarés, Arthur Rimbaud

roman gabrielle
Franz Xaver Simm

Les effarés, Arthur Rimbaud

L’une de mes toutes premières émotions poétiques :

Les effarés
de
Arthur Rimbaud

Noirs dans la neige et dans la brume,
Au grand soupirail qui s’allume,
Leurs culs en rond,

À genoux, cinq petits, misère !
Regardent le Boulanger faire
Le lourd pain blond.

Ils voient le fort bras blanc qui tourne
La pâte grise et qui l’enfourne
Dans un trou clair.

Ils écoutent le bon pain cuire.
Le Boulanger au gras sourire
Grogne un vieil air.

Ils sont blottis, pas un ne bouge,
Au souffle du soupirail rouge
Chaud comme un sein.

Quand pour quelque médianoche,
Façonné comme une brioche
On sort le pain,

Quand, sous les poutres enfumées,
Chantent les croûtes parfumées
Et les grillons,

Que ce trou chaud souffle la vie,
Ils ont leur âme si ravie
Sous leurs haillons,

Ils se ressentent si bien vivre,
Les pauvres Jésus pleins de givre,
Qu’ils sont là tous,

Collant leurs petits museaux roses
Au treillage, grognant des choses
Entre les trous,

Tout bêtes, faisant leurs prières
Et repliés vers ces lumières
Du ciel rouvert,

Si fort, qu’ils crèvent leur culotte
Et que leur chemise tremblote
Au vent d’hiver.

www.gabrielle-dubois.com   www.roman-amour.fr #gabrielleduboisromanciere

 

 

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Le Petit Moulin Rouge

Moulin Rouge
Sous les eucalyptus, un roman de Gabrielle Dubois

Le Petit Moulin Rouge,
Un article de Gabrielle Dubois



Louise Saint-Quentin, l’héroïne de Sous les eucalyptus, le roman d’amour de Gabrielle Dubois est « un bon-vivant », puisqu’il ne semble pas y avoir de féminin autorisé pour cet adjectif... passons ! Il était donc impensable pour moi que dans ce roman d’aventure, mon héroïne ne rencontrât pas le grand cuisinier Auguste Escoffier, qui officiait, au moment où l’action du roman se passe à Paris, en 1876, au Petit Moulin Rouge, restaurant réputé à l’époque (à ne pas confondre avec le cabaret du Moulin Rouge).
Afin de cerner un peu le personnage, j’ai lu Auguste Escoffier & César Ritz, Les Rois de l’Hôtellerie Moderne, un livre de Kenneth James aux éditions Pilote 24, dont voici un extrait :

« ... Auguste revint donc à Paris au printemps 1873 pour diriger la cuisine du Petit Moulin Rouge. Il connaissait bien l’héritage que lui laissait Ulysse Rahaut, le bruit et la chaleur de la cuisine, l’organisation du travail désordonné et le comportement rustre de la brigade. Il savait aussi comment le personnelle était commandé par les directives d’un matamore, par des ordres que Rahaut renforçait avec des coups et de invectives grossières. Alors qu’il n’était qu’un pauvre novice et souffrait dans le restaurant de son oncle, Auguste s’était promis d’améliorer les conditions de travail lorsqu’il dirigerait sa propre cuisine. Au cours de ses précédentes fonctions d’organisateur, il avait réfléchi à bien des changements et la transformation de la cuisine était sa priorité quand il prit les commandes de celle du Petit Moulin.
L’impact initial sur le personnel fut son style de direction : calme, contrôlé et percutant. Son premier changement dans l’équipe, peut-être le plus simple, se révéla efficace. Il modifia le nom de celui qui criait les commandes en cuisine : l’aboyeur devint l’annonceur, terme plus théâtrale. Auguste interdit à l’annonceur de crier : ainsi les cris cessèrent dans la cuisine de manière à pouvoir entendre les commandes. « Le coup de feu en cuisine, ce n’est pas la fin du monde », rappelait Auguste à son personnel. Ce changement ne résolut pas tout de suite les problèmes de mauvaise humeur et de comportement grossier puisqu’il ne s’attaquait pas à la cause du mal. Les cuisinières à charbon, portées au rouge pour la cuisson des rôtis à la broche, rendaient les cuisines terriblement étouffantes. Les cuisiniers y transpiraient énormément. La fumée et les vapeurs des feux desséchaient leurs gosiers. Boire souvent était indispensable et la bière avalée pendant les douze à quatorze heur d’une journée normale de travail aurait transformé le cuisinier le plus angélique en un vulgaire ivrogne.
Auguste supprima l’alcool en cuisine, et, sur avis médical, fournit une boisson composée d’eau et d’orge, disponible à tout moment. Progrès fantastique ; mais il restait tout de même vigilant. « Si un employé aux cuisines se permettait des écarts de paroles », soulignait un de ses collaborateurs dans ses dernières années, escoffier lui faisait un signe et lui disait : « Ici, vous êtes censé être poli ; tout autre comportement est contraire à notre manière de faire. »
Lui-même suivait rigoureusement ses propres règles et restait toujours poli avec son équipe et ses collègues. Quand il perdait patience, peut-être avec un cuisinier récalcitrant, il faisait un geste : il étirait le lobe de son oreille entre le pouce et l’index, tout en se frottant la joue, une habitude d’enfance. Il disait alors : « je sors un moment, je me sens devenir nerveux. » Il revenait peu après et discutait fermement mais calmement, avec le cuisinier.
Ses nouvelles fonctions lui permettaient d’établir des contacts étroits avec les clients du restaurant, princes, ducs, et les plus hautes personnalités sociales ou politiques, ainsi que les magnats de la finance. Il aurait pu étudier leurs goûts et leurs désirs et apprendre à leur plaire. Mais il ne le fit pas et comporta sur sa renommée.
Beaucoup de ses clients d’avant-guerre (1870) revinrent au restaurant, et non des moindres : le maréchal Mac Mahon, ou, pour lui donner son nom exact : Marie Edmond Patrice Maurice comte de Mac Mahon, duc de Magenta qui, le 24 mai 1873 remplaça Adolphe Thiers à la résidence de la république française... »

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Charles Worth et la « tournure »

#roman #amour
Gabrielle Dubois et la tournure

Charles Worth et la « tournure »,

 

 

 

un article de Gabrielle Dubois



La « tournure » occupe une jolie place dans le roman d’aventure SOUS LES EUCALYPTUS. Louise Saint-Quentin en porte... quand elle est habillée. Si j’avais écrit ce roman d’amour en étant une contemporaine des années 1880, je n’aurais pas eu besoin de quelques descriptions pour donner une idée au lecteur de ce que l’héroïne portait. Mais n’étant pas moi-même accoutumée aux chemises de batiste, corsets, surchemises, corsages, pantalons, jupons, tournures en métal ou en coussinets, jupes, traînes, j’ai dû me documenter, afin de pouvoir, avec la plus grande légèreté possible, habiller et déshabiller, dans le roman Sous les eucalyptus, une héroïne qui est particulièrement encline à l’amour... et à l’aventure !
Une partie de mes recherches s’est effectuée dans Une Histoire de la mode du XVIIIème au XXème siècle, Les collections du Kyoto Costume Institute, édition TASCHEN, dont voici un extrait :

« Dans la deuxième moitié du 19ème siècle, le perfectionnement du métier à tisser et des procédés de teinture permet de fabriquer toutes sortes de matières pour les jupes. La production s’envoile, car la crinoline nécessite d’énormes quantités de tissus. La tournure, qui sera bientôt  à la mode, est beaucoup moins ample, mais elle est tellement ornée de rubans et de volants qu’elle exige également beaucoup d’étoffe. Cet engouement est une bonne nouvelle pour les fabricants français, et notamment pour les soyeux de Lyon. Napoléon III soutien l’industrie textile dans le cadre de sa stratégie politique, à la grande satisfaction de la bourgeoisie. Des couturiers célèbres, notamment Charles Frederick Worth, utilisent des soies de Lyon, techniquement plus évoluées et d’un grand raffinement artistique. Du coup, Lyon retrouve sa place de principal fournisseur d’étoffe de la couture parisienne.
La tournure :
Dès la fin des années 1860, les jupes prennent du volume vers l’arrière tout en s’aplatissant nettement sur le devant. Un nouveau vêtement de dessous a été lancé sur le marché. Il s’appelle « tournure ». La tournure est coussinet rigide rembourré de différentes matières et se place sur le postérieur. La mode de la tournure dure jusque dans les années 1880, ne subissant que quelques changements mineurs. La silhouette de la robe des années 1880 est illustrée dans un tableau célèbre de Georges Seurat, Un dimanche après-midi à l’île de la Grande Jatte (1884-1886), the Art Institut of Chicago, qui représente des promeneurs anonymes à la campagne. On voit que la tournure est également portée dans les classes populaires. Au Japon, elle est appelée Rokumei-kan, d’après le nom d’un lieu de festivals et de galas qui a beaucoup contribué à l’occidentalisation de Tokyo à l’époque de la Restauration Meiji (1867-1912).
Après 1850, la plupart des robes se composent de deux pièces distinctes, un corsage et une jupe ; avec la fin du siècle, on assiste au retour des ornements et des détails. Les robes sont surchargées jusque dans leurs moindres replis de toutes sortes de détails compliqués qui finissent par engoncer totalement la silhouette. Seule exception à la règle, une robe d’une seule pièce laissant deviner les lignes du corps et créée au début des années 1870. Elle est baptisée « robe princesse » en l’honneur de la princesse Alexandra (1844-1925), future reine d’Angleterre.
Vers la fin du siècle, les coiffures de prédilection sont les chignons volumineux. Les coiffes, quasiment obligatoires tout au long du siècle se transforment en petits chapeaux à bords étroits qui laissent voir ces coiffures très élaborées. Les toques à bords presque invisibles deviennent très à la mode pour cette raison. »

Plus d’infos au MET >lien
Et retrouvez la haute couture parisienne dans le roman d’amour Sous les eucalyptus de Gabrielle Dubois

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