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Mémoires de l'Occitanienne, par Léontine de Villeneuve, Comtesse de Castelbajac,

Léontine de Villeneuve, Mémoires de l'Occitanienne

Non, Léontine de Castelbajac n’est pas « l’Occitanienne » décrite par Chateaubriand dans ses Mémoires d’Outre-Tombe, tome V. Quand Léontine rencontre l’écrivain, de trente-cinq ans son aîné, en cure dans les Pyrénées, à Cauterets, la jeune fille l’admire, échange des conversations, mais certainement pas de l’amour ! Comme un grand vieil auteur aime parfois à s’aveugler ou à paraître ! Mais passons…

Quelques portraits de différents proches de Léontine, née en 1803 :
« Au moral, elle possédait, comme certaines Méridionales, quelque chose de capricieux et d’attirant. Au physique, son regard était prompt, sa bouche un peu dédaigneuse et son sourire singulièrement doux et spirituel : ses manières étaient tantôt hautaines, tantôt d’une aimable simplicité. Il y a dans toute sa personne de l’abandon et de la dignité, de l’innocence et de l’art. »

« Mme de Castelbajac n’appartenait pas en vain à cette lignée des Villeneuve dont plus d’une femme avait une plume dans sa corbeille à ouvrage et savait fort bien s’en servir. »
Quand à la grand-mère de Léontine, « Elle n’avait d’autre occupation que de lire ou d’écrire. Les travaux féminins lui étaient inconnus. Les lectures étaient sa joie. Tout lui était bon, pourvu que cela l’amusât ou l’intéressât. » Un jour qu’elle lisait un roman facile, sa fille lui dit :
« - C’est une littérature indigne de vous !
- Ces absurdités m’amusent, répondit la grand-mère avec gaieté. Et l’on aurait le vertige s’il fallait toujours rester dans les hauteurs ! »

Combien de plumes de femmes élevées dans l’idée de se faire humbles, n’ont pas pu exprimer toutes leurs idées, tout leur potentiel ?
Léontine de Castelbajac, bien que toute empreinte de sa noble condition, est de celles-là. Il ne faut pas imaginer pour autant que sa vie a toujours été facile. Les enfants, nobles ou paysans, à Hauterive, étaient tous élevés « à la dure ». La petite Léontine, pour endurcir son organisme, était très peu couverte en hiver et n’avait pas le droit de s’approcher de la cheminée le soir. Elle a le souvenir d’avoir crevé de froid pendant des années !
Léontine commence ses mémoires familiales avant sa propre naissance. On voit comment la Révolution Française a été vécue et c’est passionnant et merveilleusement écrit. Je me suis beaucoup servie de ce livre en tant que bibliographie pour mon roman Violette et Napoléon.
Il n’est malheureusement plus réédité depuis… toujours ? Donc, si vous le trouvez, chez un bouquiniste, achetez-le, il vaut le coup !

Le 21ème siècle doit être féminin ! Gabrielle Dubois©

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Madame de Charrière, Lettres écrites de Lausanne

Mme de Charrière


L’auteure, Isabelle Agneta van Tuyll van Serooskerken van Zuyle, est née en 1740, en Hollande dans une très riche et noble famille. Elle était intelligente, féministe, peu conformiste et belle. Elle était compositrice et musicienne, fut demandée plusieurs fois en mariage, mais Belle de Zuylen était aussi romanesque. Elle n’avait pas bonne opinion du mariage mais, après une passion pour l’oncle de Benjamin Constant, bien plus vieux qu’elle, elle épousa M. de Charrière.

Ces Lettres de Lausanne ou Caliste, sont, sous couvert de roman, un traité sur l’éducation des filles et la condition des femmes. Caliste, personnage qui occupe toute la deuxième partie de ces Lettres, est une histoire dans l’histoire.

Claudine Hermann, qui préface parfaitement cette édition Des Femmes de 1979, en parle très bien, je lui laisse donc la parole :

« L’une des idées intéressantes me paraît être que Caliste soit aimée en remplacement du frère, que la cousine soit épousée à cause de son fils et que la consolation finale soit trouvée dans une promenade touristique avec le jeune lord. On ne peut pas dire mieux que la femme occupe dans la société une position de remplacement où l’amour ne peut être qu’un accident fâcheux. Le plus triste est que le jeune lord, connaissant l’histoire de Caliste, n’en décide pas pour autant d’ épouser Cécile qu’il aime, démontrant par là l’inutilité de la littérature et l’impuissance du récit. »

Germaine de Staël, qui admirait sincèrement les écrits de Mme de Charrière, reprend beaucoup de Caliste pour sa Corinne. Vraiment beaucoup. Mme de Staël prendra aussi le jeune Benjamin Constant amant de Mme de Charrière ! Dans cette histoire, Benjamin Constant est loin d’avoir un beau rôle, cf la préface de Claudine Hermann où le mot « muflerie » est lâché. Mais Mme de Charrière, intelligente et pleine d’humour, a de bonnes réponses.

L’amoureux de Caliste, les amoureux de Caliste, le père, le mari, sous la plume de Mme de Charrière, n’ont pas le beau rôle : ils sont faibles, bornée, plein de préjugés, fats, inconscients. Certes, leur société les a élevé en leur faisant croire qu’ils avaient la science infuse de tout et des femmes. Mais quand même, sont-ils lents ! L’amoureux narrateur de la deuxième partie de ces lettres est d’une faiblesse et d’une mollesse qui m’a tant irritée que j’aurais cessé la lecture, si la plume de l’auteure ne m’avait retenue !

Et Caliste excuse, comprend, s’excuse, pardonne alors qu’elle devrait, et pourrait se permettre d’envoyer tout balader ! mais vivre en dehors de la société demande une force peu commune.

Pour le plaisir de lire la fine et belle écriture de Mme de Charrière, quelques extraits :

Lettre 7 :
« On parle tant des illusions de l’amour-propre. Cependant, il est bien rare, quand on est véritablement aimé, qu’on croie l’être autant qu’on l’est. Un enfant ne voit pas combien il occupe continuellement sa mère. Un amant ne voit pas que sa maîtresse ne voit et n’entend partout que lui. Une maîtresse ne voit pas qu’elle ne dit pas un mot, qu’elle ne fait pas un geste qui ne fasse plaisir ou peine à son amant. Si on le savait, combien on s’observerait, par pitié, par générosité, par intérêt, pour ne pas perdre le bien inestimable et incompensable d’être tendrement aimé. »

Lettre 12 :
« Il ne faut pas vous faire illusion : un homme cherche à inspirer, pour lui seul, à chaque femme un sentiment qu’il n’a le plus souvent que pour l’espèce. »

Lettre 15, parlant des frères jumeaux :
« … en admirant la vivacité d’esprit et la gentillesse du cadet, on aurait voulu qu’il parlât moins, qu’il fût circonspect et modeste, sans penser alors qu’il n’y aurait plus rien à admirer non plus qu’à critiquer chez aucun des deux. On ne voit point assez que, chez nous autres humains, le revers de la médaille est de son essence aussi bien que le beau côté. Changez quelque chose, vous changez tout. Dans l’équilibre des facultés, vous trouverez la médiocrité comme la sagesse. »

Lettre 18, pour consoler d’un chagrin d’amour :
« Au lieu de raisonner, au lieu de moraliser, donnez à aimer à quelqu’un qui aime. Si aimer fait son danger, aimer sera sa sauvegarde. Si aimer fait son malheur, aimer sera sa consolation. Pour qui sait aimer, c’est la seule occupation, la seule distraction, le seul plaisir de la vie. »

Lettre 21 :
« Je ne sentais pas encore que le projet du bien public n’est qu’une noble chimère ; que la fortune, les circonstances, des événements que personne ne prévoit et n’amène, changent les nations sans les améliorer ni les empirer, et que les intentions du citoyen le plus vertueux n’ont presque jamais influencé sur le bien-être de sa patrie ; je ne voyais pas que l’esclave de l’ambition est encore plus puéril et plus malheureux que l’esclave d’une femme. »

« Quoiqu’il n’y paraisse pas toujours, les femmes ont une grande confiance au jugement et au goût les unes des autres. Un homme est une parfaite marchandise qui, en circulant entre leurs mains, hausse quelque temps le prix, jusqu’à ce qu’elle tombe tout-à-coup dans un décri total, qui n’est d’ordinaire que trop juste. »

« Être très pauvre et très jolie, pour une fille, mène à une perte presque sûre et entière. »

Le 21ème siècle doit être féminin ! Gabrielle Dubois©

#feministe #feminisme

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Les gens normaux

"Les gens "normaux "sont dégoûtés du féminisme…"  a dit une femme.
"Qu’appelez-vous "Les gens "normaux", s’il vous plaît ?" lui ai-je demandé.
"C’est pourtant simple," m’a répondu un homme, "la normalité c’est la majorité."
Ah, ah, ah ! Merci, monsieur, c’est bon de rire !
Une fois que mon fou rire s’est calmé, je me suis posée plusieurs questions.
La première :
Suis-je "normale" ?
Eh, bien, la réponse n’est pas évidente :
Je suis normale :
70% des Français portent des lunettes. Je porte des lunettes, donc je suis normale. Désolée, vous, les 30% de Français ayant une bonne vision, vous n’êtes pas normaux.
80% des humains ont les yeux marrons, j’ai les yeux marrons, donc je suis normale. Désolée de vous l’apprendre, vous les 20% d’yeux bleus, vous n’êtes pas normaux.
Je ne suis pas normale :
60% de la population mondiale est asiatique. Je ne suis pas asiatique, donc, je ne suis pas normale.
50,4% de la population mondiale sont des hommes. Je suis une femme, donc, je ne suis pas normale.
On pourrait continuer allonger cette liste avec des sujets plus d’actualité, plus sensibles, plus dramatiques, tels que la sexualité, la condition des femmes, la richesse et la pauvreté… Mais, bref, je vous fait confiance pour comprendre mon ironique propos ! Et, si vous avez des exemples à ajouter à ma liste, partagez-les, nous les lirons avec plaisir.

La deuxième question que je me suis posée est :
Ai-je envie d’être "normale" ?
Ma réponse est évidente : NON !
Alors, monsieur, j’espère que vous faites partie du petit pourcentage de plaisantins, et que donc vous n’êtes pas…

Gabrielle Dubois©

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Simone de Beauvoir, Pourquoi je suis une féministe, 11

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Simone de Beauvoir, Pourquoi je suis une féministe, 10

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Morceaux choisis

Morceaux choisis de Gabrielle Dubois

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Simone de Beauvoir, Pourquoi je suis une féministe, 9

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Irène Carole Reweliotty, Journal d'une jeune fille

Irène-Carole Reweliotty, Journal d'une jeune fille, auteure

Inattendu, agaçant, émouvant, lassant, prenant, poignant, attendrissant.
Ce journal commence en 1938 : Irène-Carole a 18 ans, elle passe son bac, elle veut devenir écrivain. Une terrible maladie la contraint à partir à Pau pour une cure de plusieurs mois, alors que sa famille reste à Paris. Elle souffre, elle peut mourir. « Je veux la santé, à en mourir. »
Elle vivra encore sept années de cures, de repos, de lutte contre la maladie, de découragement, d’interrogations, d’impatience.
« Mon cœur lui-même ne sait plus qu’ironiser… J’en ai marre. Noël et leurs arbres ridicules… J’ai foutu le mien par terre et j’en ai honte. »
Irène-Carole cherche à comprendre qui elle :
« Devenir d’abord maîtresse de moi-même, avant que d’être celle d’un autre… »
Parfois elle s’impose :
« Je ne reconnais à aucun homme le droit de s’emparer de ma vie spirituelle. »
Mais surtout, comme toute jeune fille, elle espère l’amour : « Je n’en puis plus de ma solitude. Que l’autre vienne, quel qu’il soit. »
Alors que l’Europe est à feu et à sang, c’est son corps qui est à feu et à sang. « Chaque jour qui passe et le temps de la mort qui approche. »
L’Europe sera libérée des Nazis en 1945 quand le corps d’Irène-Carole sera libéré de ses souffrances par la mort :
« Et je viens de voir que j’aimais Dieu.
Je dors au centre du monde. »

Et juste pour le plaisir du lecteur :
« La poésie, c’est comme une maladie, il faut que ça sorte. Sans ça, on s’intoxique et on meurt bientôt, l’âme étouffée de toutes les jolies choses qu’on voulait dire et qu’on n’a pas osées. »

Gabrielle Dubois©

#Reweliotty #journal #mémoires #maladie #livre #auteure #femme

Lien vers livre de femmes

 

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Simone de Beauvoir, Pourquoi je suis une féministe, 8

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Simone de Beauvoir, Pourquoi je suis une féministe 1

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Cannes 2020 et les femmes ?©

Césars, Cannes 2020, César

 

Chaque année le très officiel Centre du Cinéma Français publie son bilan sur l’état des lieux du cinéma français. Le dernier bilan paru du CNC est celui de 2018 :

Sur le nombre total de films qui ont vu le jour en France, il y a :
75% de réalisateurs, 23% de réalisatrices, 2% de mixtes.
Le devis moyen des films réalisés par des femmes est inférieur de 55% à celui des films réalisés par des hommes.
L’écart s’accentue depuis dix ans, le devis moyen des films de réalisateurs baisse de 17%, tandis que celui des films de réalisatrices baisse de 29%.

Forcément, les hommes en surnombre se retrouvent parmi les nominés à Cannes en 2020 sur l’attribution des Césars suivants :

César du meilleur film, un film d’homme.
(nominés 5 films d’hommes, 1 film de femme)

César du meilleur réalisateur, un homme
(nominés 5 hommes, 1 femme)

César du public, 1 film d’homme
(nominés 5 films d’homme)   

César du meilleur premier film, un film de femme
(nominés 3 films d’homme, 2 films de femme)

César du meilleur film étranger, un film d’homme
(nominés 6 films d’homme)

César du meilleur scénario original, un film d’homme
(nominés 4 hommes, 1 femme)

César meilleure adaptation, un film d’homme
(nominés 5 hommes)

César meilleurs costumes, une femme
(nominés 1 homme, 4 femmes)

César meilleurs décors, un homme
(nominés 5 hommes)

Sur ces 9 Césars gagnés, 7 le sont par des hommes, 2 par des femmes.
Sur ces 48 nominations, 39 sont des hommes, 9 sont des femmes.

Ça, ce sont les chiffres officiels, vous êtes assez futées pour en tirer vos propres conclusions.

Maintenant, mon humble avis personnel sur les films J’accuse et Le portrait de la jeune fille en feu :

Je n’ai pas vu J’accuse de Roman Polanski et je n’irai pas le voir pour les raisons suivantes :

1) Roman Polanski :
Sérieusement ? Vous donnez un CINQUIÈME César à cet homme ? Le Centre National du Cinéma a subventionné cet homme ? Encore ?
Alors, oui…, il y a un débat : doit-on sanctionner l’artiste ou ne tenir compte que de son œuvre ?
Un artiste n’est qu’un homme, après tout… ou une femme ! Il a droit à l’erreur et au faux pas. Oui, je crois. Mais il a aussi, comme chacun, le devoir de repentance et de pénitence.
Donc, je ne subventionnerai pas cet artiste avec le prix de mon ticket de cinéma.

2) J’en ai assez des histoires d’hommes ! Il y en a trop eu et y en a encore trop. Elles ont leur public et c’est très bien. Mais j’ai regardé des films d’hommes, j’ai lu à 95% des livres d’auteurs hommes pendant les quarante-cinq premières années de ma vie, maintenant, dans le temps qu’il me reste, je préfère regarder des histoires de et par les femmes.

3) J’accuse.
Sérieusement ? Vous n’en avez pas assez de ce procès qu’on a dû apprendre au lycée, dont on parle régulièrement dans les journaux encore et encore ? Et encore Zola dont la « chambre est tendue de tapisseries anciennes avec un lit Henri II qui s’avance au milieu de la vaste pièce éclairée par d’anciens vitraux d’église qui jettent leur lumière bariolée sur mille bibelots fantaisistes, inattendus en cet antre de l’intransigeance littéraire, » comme le décrivait Maupassant.
Ok, le gars a été accusé à tort. Ok, il y a eu injustice, antisémitisme. Ok, l’honneur des mecs, etc..., mais…

4) Quelqu’un peut-il m’expliquer pourquoi, mais pourquoi donc l'histoire du procès d'un officier de l'armée aurait-elle plus de signification historique que l'histoire intemporelle de trois femmes ― qui représentent toutes les femmes, soit, je vous le rappelle la moitié de l’humanité ― femmes qui luttent ou survivent dans une société qui ne les respecte pas ?
Lorsque j'étais enfant et adolescente, j’ai vu aux informations télévisées, des hommes noirs d'Afrique du Sud qui manifestaient contre l'apartheid dans leur pays. J’ai encore en mémoire les images de ces hommes qui ne marchent pas, mais qui trottinent, parce que les marches de protestations étaient interdites, soulevant des nuages de poussière. Et j'entends encore les commentaires des journalistes hommes des années 70-80 : « voici des hommes qui se rassemblent, qui se battent ensemble, qui courent, qui bravent le danger, la prison, la police... »
Je relis en ce moment Femme et Noire en Afrique du Sud, d'Ellen Kuzwayo, publié en 1883. Et j’enrage. Où étaient toutes les femmes noires qui ont combattu, ont été emprisonnées, ont construit et reconstruit leur pays ? Pas au journal télévisé ! Qui aurait pu voir ces femmes, connaître leur existence, leur résistance, leur infinie bonté et générosité ? Personne, car personne ne les a citées au journal télévisé !

J’ai vu Le portrait de la jeune fille en feu :
C’est une très bonne et belle histoire, intemporelle.
Les actrices sont parfaites. J’ai beaucoup aimé le visage de Noémie Merlant, l’amitié entre les trois filles, le fait qu’il n’y ait pas d’hommes. J’ai trouvé bien que le futur époux ne soit ni vu ni décrit, le propos n’est pas, peu importe l’homme, on ne doit pas marier deux personnes sans qu’elles se connaissent et en aient envie.
Le paysage, le décor de la maison, très bien.
Les costumes étaient très bien fait et beaux. La mère et la fille assorties en bleu foncé, en tissu noble, la peintre en rouge, plus libre, et la servante en blanc à fleur, plus enfant, plus innocente et naïve. Parfait.
La scène du feu et des femmes qui chantent était super ! émouvante, forte ; le chant, même s’il n’était pas d’époque, était parfait, et à sa place, et poignant.

Petits bémols :
Tout d’abord, un peu trop long ; dû au fait que chaque personnage attend pour répondre à l’autre. Les silences, les poses, le paysage, le portrait, les jeux de regards, étaient bien et utiles, mais la lenteur des dialogues était un peu agaçante.
Ensuite je crois que Céline Sciamma a fait, dans de minuscules détails, l’erreur que font beaucoup de femmes depuis qu’elles écrivent des histoires ou font des films : elles racontent une histoire pour tenir un propos. Je m’explique :
Quand un homme raconte une histoire, il ne te dit pas : voici un super héros, c’est un super héros parce que les hommes sont forts, ils sauvent les femmes parce que les femmes ne peuvent pas se sauver elles-mêmes, ils sauvent le monde parce qu’eux seuls sont capables de le faire. Non. Un homme raconte son histoire, sans se justifier. C’est le spectateur qui inconsciemment en déduit que l’homme est le plus fort et c’est comme ça !
C’est pour cela qu’en France, « on » dit que les films de femmes sont parfois ennuyeux : parce qu’elles veulent toujours prouver quelque chose, en tant que revendicatrices d’un juste droit à l’égalité, que victimes d’un monde d’hommes ou autre. Alors que le spectateur, femme ou homme, ne veut que voir une histoire, pas une thèse sur le féminisme.
(Si Céline Sciamma souhaite que je développe sur ce sujet, voici mon email : gabrielle.dubois.31@gmail.com )

Au final, un très bon film, une très bonne histoire, une bonne psychologie des personnages, dont celui de la mère, de bonnes actrices, costumes, décors, et une belle façon de filmer. Je recommande Le portrait de la jeune fille en feu.

Maintenant, le film de Céline Sciamma aurait-il dû gagner à Cannes ? Je ne sais pas, je n’ai pas vu les autres films. En tout cas, malgré mes critiques négatives sur des petites choses, c’était un très bon film, une très belle histoire, universelle, malheureusement encore intemporelle.
Adèle Haenel aurai-elle dû ne pas quitter la salle ? Je ne sais pas, je n’ai pas suivi toutes les coulisses de cette « affaire Cannes 2020 ». Mais s’il doit être « excusé », j’excuse son geste :
Un artiste doit être libre d’exprimer sa pensée. Et je crois que c’est en bousculant pacifiquement des millénaires de mainmise masculine sur un monde qui est aussi celui des 50% de femmes qui l’habitent, que cela pourra changer.©
Le futur est féminin,
Gabrielle Dubois

 

#Césars #futur #féminin #femmes #histoire #Cannes #2020 #Céline #Sciamma #Adèle #Haenel

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La séquestrée, par Charlotte Perkins Gilman

La séquestrée, Charlotte Perkins Gilman, Gabrielle Dubois

La dépression, la folie, ne sont mes sujets de prédilection.
Alors, pourquoi ai-je achetée cette nouvelle, ce mini roman qui a pour titre La séquestrée ? Parce que la libraire me l’a conseillé… et elle a bien fait, ce livre est un chef-d’œuvre !

Charlotte Perkins Gilman s’est expliquée sur cette nouvelle angoissante dans le journal The Forerunner (Le Précurseur) créé par elle-même :

« Pourquoi j’ai écrit The yellow Wallpaper (La séquestrée)
« Bien des lecteurs m’ont posé cette question. Quand ce récit fut publié pour la première fois dans le New England Magazine vers 1981, un médecin de Boston protesta dans The Transcript :
‘Une telle histoire n’aurait jamais dû être écrite. Il y avait de quoi rendre n’importe qui fou.’
Un autre médecin (originaire du Kansas, je crois) écrivit pour dire que j’avais fait la description d’une folie naissante la plus convaincante qui soit, et demandait ― que je veuille bien l’excuser ― s’il s’agissait de moi-même ?
L’histoire de cette histoire, la voici :
Pendant des années, j’ai souffert d’une dépression nerveuse allant jusqu’à la mélancolie et au-delà. Au cours de la troisième année, environ, de cette maladie, j’allai, poussée par la confiance et un léger accès d’espoir, consulter le spécialiste des maladies nerveuses le plus célèbre de notre pays. Cet homme, si plein de sagesse, m’ordonna le lit. Cette cure de repos, à laquelle ma constitution encore solide répondit rapidement, le persuada que je n’étais pas vraiment malade ; aussi me renvoya-t-il à la maison, me conseillant solennellement de vivre autant que possible une vie casanière, de ne donner que deux heures par jour à la « vie intellectuelle », « de ne plus jamais toucher  ni à une plume, ni à un pinceau, ni à un crayon » tant que je vivrais. Nous étions en 1887.

Je rentrai chez moi et me conformai à ces instructions pendant près de trois mois ; c’est alors que je frôlai de si près la maladie mentale qu’il me semblait en avoir franchi les frontières. Alors, rassemblant les restes de mon intelligence, aidée par un ami avisé, je me libérai des conseils de ce médecin célèbre, et recommençai à travailler ― je retrouvai le travail, la vie normale de tout être humain. Le travail : cette joie, cet épanouissement, cette aide sans lesquels nous ne sommes que des misérables, des parasites ― et je finis par récupérer un semblant de forces.

Bien évidemment, je fus poussée à me réjouir d’avoir pu sauver ma peau et j’écrivis The yellow Wallpaper, avec ses transpositions et ses métamorphoses, pour exprimer enfin cet idéal de la création (même si je n’eus jamais d’hallucinations ou de réserves quant à ma décoration murale), et j’en envoyai une copie au médecin qi avait failli me rendre folle. Il ne m’en accusa jamais  réception.

Ce petit livre est ailé des aliénistes comme un bon spécimen de la littérature des malades. À ma connaissance, il a permis à une autre femme d’éviter un sort semblable, tant il a terrifié sa famille qui, du coup, lui a permis de reprendre une activité normale si bien qu’elle guérit.
Mais le résultat le plus satisfaisant, le voici : bien des années plus tard j’appris qu’après avoir lu The yellow Wallpaper le célèbre spécialiste en question avait changé sa méthode de soins pour guérir la neurasthénie.
Ce récit n’était pas destiné à rendre les gens fous, mais à les sauver d’une folie menaçante. Et ce fut une réussite ! »

L’histoire, écrite en 1881, est celle de tant de femmes qui ne pouvaient pas (ne peuvent toujours pas, dans tellement de pays à travers le monde) s’exprimer.
La narratrice nous parle directement, pendant les trois mois qu’elle passe dans une maison de location, pendant que leur propre maison est en travaux. Elle a un mari, apparemment attentionné et gentil, un bébé dont s’occupe une nourrice, une bonne. La narratrice avoue n’avoir à s’occuper que d’elle-même, c’est même ce que lui demande son mari, sauf que…
Sauf que la narratrice voudrait écrire, voudrait comprendre ce qu’elle veut, qui elle est, faire quelque chose, travailler, faire quelque chose de sa vie, lui donner un sens et cela la ronge.

Son mari, lui, croit sincèrement que sa femme n’est qu’une enfant, que la seule chose qui peut lui faire du bien, est de ne rien faire d’autre que des siestes, des promenades dans le jardin, bien se nourrir, ne surtout pas penser, ne pas écrire.
Confusément, la narratrice sent que là est le nœud du problème : qu’elle veuille penser, réfléchir par elle-même, trouver ce qui est bon pour elle. Mais elle est entourée par son mari et son frère, tous deux médecins respectés pour leur savoir, sa belle-sœur, qui se satisfait d’une vie oisive (effectivement, un oiseau chante agréablement, a un plumage plaisant à regarder mais il est en cage !).
L’auteure est née en 1860, a peu suivi l’école et de toute façon, quelle éducation était proposée aux filles en ce temps-là ? Aucune qui vous permette de vivre d’un travail décent ou reconnu éminent.
La narratrice tente bien de se comprendre pour se sortir de la dépression. Mais voilà, comment faire entendre à votre entourage que vous pensez pouvoir être autre chose qu’une mineure infantilisée, qu’un bel oiseau décoratif, quand votre entourage croit depuis tout temps qu’une femme est bel et bien une mineure, un bel oiseau décoratif ? Quand vous n’avez même pas l’éducation nécessaire qui vous aurait permis d’analyser votre situation et de trouver les mots pour l’expliquer, de prendre votre vie en main par le travail, de trouver l’énergie incroyable nécessaire à toute personne qui voudrait se mettre volontairement en marge de sa famille, de sa société, pour se sauver elle-même, pour exister ?
Le mari, qui représente les hommes de son temps, n’est pas complètement coupable. On lui a appris que la femme n’a pas de vie propre : la femme est une épouse dévouée à son mari, une mère consacrée à ses enfants, une femme de ménage soigneuse de sa maison. Pour tout cela on l’admire, la femme devrait s’en trouver heureuse. Mais voilà, quand elle ne l’est pas, le mari ne peut pas le comprendre. Qu’une femme veuille de l’indépendance heurte l’image que le mari s’est fait de lui-même et de la société qu’il a façonnée.
Oui, il est très difficile d’exiger son indépendance, de dire NON au rôle que vous attribue la société, dont l’un d’eux est la procréation. Et justement, la narratrice vient de mettre au monde un bébé qu’elle laisse aux soins de la nourrice. Qui peut l’aider dans cette dépression qui suit parfois l’accouchement ? Certainement pas son mari médecin qui ne sait soigner que les maux physiques et de toute façon, pour lui, les maux autres que physiques n’existent pas en dehors de l’esprit dérangé d’une femme hystérique.

Extrait :
« John se moque de moi, mais à quoi d’autre peut-on s’attendre dans un mariage ?
John est pragmatique à l’extrême. Il n’a aucune patience à l’égard de la foi, éprouve une répulsion intense envers la superstition, il se gausse ouvertement de tout ce qui n’est pas tangible, visible et traduisible en chiffres.
John est médecin, et c’est là, peut-être ― bien entendu, je ne le dirai jamais à âme qui vive mais après tout ceci n’est que du papier mort et l’écrire soulage mon esprit ―, la raison pour laquelle mon état ne s’améliore en rien.
Il ne croit pas que je suis malade, vous comprenez.

Alors que faire ?
Si un médecin de haut niveau, votre propre mari qui plus est, se porte garant auprès des mais et des membres de la famille que vous n’avez vrai ment rien― tout juste une simple dépression passagère, un léger penchant à l’hystérie ― que peut-on faire ?
Mon frère est médecin, lui aussi, d’un haut niveau également, et il dit la même chose.
Alors je fais mes séjours ici, je prends mes phosphates ou mes phosphites ― c’est l’un ou l’autre ―, mes fortifiants, du grand air, de l’exercice, mais il m’est absolument interdit de travailler jusqu’à ce que je sois guérie.
Personnellement, je n’approuve pas leurs idées.
Personnellement, je crois qu’un travail intéressant, qui me procurerait un changement et qui me stimulerait, me ferait du bien.
Mais que peut-on faire ?
Malgré eux, j’ai quand même réussi à écrire pendant quelque temps, mais il est vrai que cela m’épuise d’avoir à le faire si sournoisement, quand je n’ai pas à me heurter à leur pesante opposition.
Parfois, j’imagine que dans ma condition, si j’étais moins contrariée, si je rencontrais une stimulation plus grande… Mais John me dit que le pire est de réfléchir à mon état, et j’avoue que je me sens toujours mal dès que j’y pense. Alors j’y renonce… »

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Histoire de l'amour en poésie par Gabrielle Dubois

Brève histoire de l'amour en poésie
Brève histoire de l'amour en poésie

Brève histoire de l’amour en poésie par Gabrielle Dubois

 


Il y a 2 milliards d’années,
L’amour pullule chez les cellules :
« Cellule un dans son eau,
Cellule deux en même eau.
Deux cellules que c’est chaud,
Un organisme que c’est beau ! »

Il y a 2500 ans,
L’amour grec et antique, amour anacréontique
par Anacréon :
« L'Amour me donne des ailes légères,
Je m'élève jusques aux cieux,
Mais l'objet de mon ardeur
est insensible à mes feux. »

Il y a 900 ans,
L’amour troubadour
par Bernard de Ventadour,
« Hélas ! tant en croyais savoir
En amour, et si peu en sais.
Car j'aime sans y rien pouvoir
Celle dont jamais rien n'aurai. »

Il y a 160 ans,
L’amour romantique, amour emblématique,
par Théophile Gautier :
« À l'Idéal ouvre ton âme ;
Mets dans ton cœur beaucoup de ciel,
Aime une nue, aime une femme,
Mais aime ! C'est l'essentiel ! »

2017,
L’amour est informatique, émoticônique :
«  Brève histoire de l'amour en poésie ?
   Brève histoire de l'amour en poésie !  » 

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Théophile nous élève

Atkinson Grimshaw, London, Gabrielle Dubois
Atkinson Grimshaw, London, Gabrielle Dubois

Théophile Gautier, extrait de La belle Jenny :
« Déjà se balançait à l’horizon l’immense dais de vapeur toujours suspendu sur la ville de Londres. Les cottages et les maisons, d’abord disséminés, commençaient à former des masses plus compactes. Des ébauches de rue venaient s’embrancher sur la route. Les hautes cheminées de briques des usines, pareilles à des obélisques égyptiens, se dressaient au bord du ciel et dégorgeaient leurs flots noirs dans le brouillard gris. La flèche pointue de Trinity-Church, le clocher écrasé de Saint-Olave, la sombre tour de Saint-Sauveur avec ses quatre aiguilles, se mêlaient à cette forêt de tuyaux qu’elles dominaient de toute la supériorité d’une pensée céleste sur les choses et les intérêts terrestres. »
Voilà, entre autres, pourquoi j’admire Théophile Gautier. Cette description n’est-elle pas une merveille de construction ? On commence éparpillé au ras du sol et, subtilement, on se rassemble et on s’élève. Et moi, je m’incline bien bas devant Théophile.

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Le dernier roman de Gabrielle Dubois vient de paraître !

Les confessions d’une autographe
Les confessions d’une autographe

Présentation:

Gabrielle Dubois, au sujet de son dernier roman, Les confessions d’une autographe.



Dans ce troisième roman, je vous ferai découvrir une partie des mémoires de Maximilian von Lekkowski, romancier du dix-neuvième siècle, amusant et amuseur, léger et inconstant dans sa propre vie, semblant n’attacher d’importance à rien, sauf à aider et protéger le seul grand amour qu’il eût jamais connu, celui de Calixte et Marios, ses deux amis.
Grâce aux confessions de Mlle de Blanchecombe et celles des nombreux personnages qui gravitent autour d’elle, il va approfondir sa connaissance de l’âme féminine et, la poussant dans les retranchements les plus intimes de son cœur et de sa pudeur, il va pouvoir nous livrer tous les ressorts d’une grande histoire d’amour. Mais il y a toujours un risque, pour un écrivain, à vouloir se faire le confesseur de son sujet, qui est de trop s’attacher à lui...
Comme on regarderait attentivement dans ses moindres nuances une estampe à la loupe, au fil des confidences, on se fait, en même temps que Maximilian, de détails en détails, une image nette de cette autographie d’un amour.
Je vous laisserai donc entre les mains de Maximilian von Lekkowski.
Bon voyage !

 

 

EXTRAIT :


Tous droits réservés.

Chapitre 1
Le réfectoire de la deuxième chance

Le lycée Philippe le Bel, en plein cœur de Paris, sur les bancs duquel j’usais mes pantalons depuis un an déjà, avait pour élèves les rejetons de la crème de l’aristocratie française, ainsi que quelques-uns des noblesses européenne et prussienne, celle dont je faisais partie. Comme chacun sait, je suis le deuxième et dernier fils du baron Alexandre von Lekkowski. Le jour de la rentrée scolaire 1849, ce fut dans ce lycée que je rencontrai Marios Constantin pour la première fois.

Un an auparavant, après un séjour d’une année en Italie et en France avec ma tendre mère, séjour durant lequel j’avais été choyé et traité comme un prince que je pensais être, je n’étais guère désireux de rentrer chez nous, en Prusse, où m’attendait un père dont je n’étais pas le fils aîné, et un frère aîné étrangement acariâtre et méchamment ambitieux. Je dis étrangement, parce que ce frère, du point de vue du caractère, ne ressemblait en rien à nos parents, ni même à moi.
Le baron von Lekkowski mon père, passait la plus grande partie de son temps à la chasse, connaissant chaque bosquet de ses terres immenses, reconnaissant chaque cri d’animal à poils ou à plumes, capable de remonter la piste d’un gibier à l’empreinte laissée dans la neige fraîche, à la feuille froissée sur l’arbre à son passage. Si je me joignais à lui avec plaisir dès que je rentrais chez nous, je n’envisageais pas pour autant courir les bois à longueur d’année. Déjà un autre genre de chasse, en alcôve, avait ma préférence. Père aimait la nature.
À l’opposé de son mari, ma mère était une femme de salons. Musiciens, savants et écrivains formaient son petit cercle. Les deux conditions pour en faire partie, étaient d’avoir du talent et le goût du rire. Mère aimait rire.
Ils avaient l’un pour l’autre, non pas cet amour fou que l’on rencontre dans les romans et que je n’ai rencontré qu’une fois dans ma vie, mais l’affection et la tendresse que peuvent parfois se porter des époux de caractère doux, mariés par intérêt et qui, n’étant tombés amoureux ni dans le mariage, ni en dehors, prennent avec philosophie et bonheur le sort que la vie leur a réservé.

Après nos pérégrinations sous le doux soleil italien, j’obtins, par retour de courrier, l’autorisation de mon père de rester à Paris pour finir mes études et laissai mère s’en retourner chez nous. J’avais dix-sept ans. Oui, je sais, je n’étais pas bien en avance pour entrer en classe de seconde, mais ma scolarité avait été des plus décousues... nous y reviendrons.
Mon père loua donc pour moi un appartement petit, mais fort confortable, à l’hôtel des Trois Empereurs, place du Palais-Royal, mais il y mit plusieurs conditions. Je devais m’inscrire au lycée Philippe le Bel pour y suivre les cours, ma conduite devait y être irréprochable afin qu’il n’eût pas à demander à notre ambassadeur d’intervenir pour moi auprès des autorités françaises. Enfin, je devais lui envoyer, chaque trimestre, les félicitations de mes professeurs. Je remplis ces conditions. Je m’inscrivis dans ce lycée le plus prestigieux de la capitale, je n’y manquai aucun cours, n’y fis pas de grabuge. J’oubliais seulement de travailler les mathématiques et les sciences pour lesquelles je n’avais aucune affinité. Quant au français, latin et grec, qui étaient pourtant des langues que j’avais affectionnées jusqu’à ce jour, j’y consacrais si peu de temps, que je n’y brillais guère mieux. Par contre, à la fin de l’année, je dois avouer que j’excellais dans une matière jusqu’alors inconnue de moi, mais bien souvent caressée en rêves : les femmes et leurs douces langues qui, elles, étaient bien vivantes.
À bout de patience, mon père m’ordonna de rentrer à la maison dès la fin des cours. Entièrement dépendant de son bon vouloir financier, j’obéis. Si je voulais retourner à Paris pour le premier septembre suivant, je n’avais que quelques jours au mois d’août, si je décomptais l’aller et retour jusque chez nous, pour convaincre mon père. L’argument selon lequel j’étais devenu le jeune homme le plus fashionable de la capitale française, je le savais, serait à proscrire, quand bien même être à la pointe de la mode n’est pas donné au tout venant. C’est au contraire un exercice délicat qui nécessite un parfait équilibre entre les aptitudes innées qui sont de bonnes et belles dispositions physiques, et les acquises, qui sont de savoir devancer d’un soupçon les tendances mais sans trop, pour ne jamais, au grand jamais, frôler le ridicule, et rester simple et aimable en toutes circonstances. Ce dernier point est toujours celui par lequel pêchent les jeunes bellâtres qui affichent leur supériorité de don Juan blasé et par là-même, en deviennent détestables. Mais, bien évidemment, ce n’est pas à un père, tout bon qu’il fût, qui rentre crotté des pieds à la tête d’avoir battu la campagne et heureux d’avoir traqué la bête sauvage en compagnie de garde-chasse et d’une bande d’hommes des forêts, que l’on peut exposer ce genre d’évidences stylistiques, ô combien indispensables à la vie de patachon d’un jeune citadin.
J’avais aussi acquis, pendant cette douce année, une verve, une aptitude à fasciner mon auditoire par des mots choisis avec aisance et débités avec facilité. Je me rends compte aujourd’hui que mon public habituel était du genre féminin et facile, et ne demandait qu’à se laisser hypnotiser. Il faut dire que j’ai été gâté par la nature. Quand on a la taille svelte et les épaules bien développées, entretenues dans une salle d’arme, un visage fin et régulier, de beaux yeux bleus et les plus soyeuses boucles blondes, on a bien peu d’effort à fournir en matière de discours. Je n’étais pas aveugle sur moi-même au point de penser que ce genre d’atouts pouvait faire le poids face à tout le monde, et j’entends par là, mon père ou M. Dumollet, notre proviseur, homme à manier avec des pincettes.
Quelques mots ici sur M. Dumollet. Cet homme malingre au crâne ovoïde était un simple roturier sorti de nulle part, mais arrivé là certainement grâce à un entêtement hors du commun. Il avait une finesse d’esprit digne d’un prince de la plus grande lignée, mais des habitudes de bourgeois, ou devrais-je dire, de coucou suisse. Chaque premier jour des vacances, vous pouviez le voir à la gare, avec femme et enfants, partir dans sa belle-famille, à Saint-Malo. La veille, au détour d’un couloir ou en cour de récréation, il ne manquait pas d’entendre chanter, dans son dos, ce refrain populaire et joyeux :
« Bon voyage, monsieur Dumollet,
À Saint-Malo débarquez sans naufrage ! »
J’étais si convaincu d’être irrésistible, qu’avant de quitter le lycée, je mis à l’épreuve mes talents d’orateur alors que j’étais convoqué par le proviseur qui me tint à peu près ce discours :
- Lekkowski, je ne vous cache pas qu’à vous seul et ce, malgré les avertissements répétés de vos professeurs, vous avez été, cette année, pour tous nos élèves, un déplorable exemple. Non seulement vous n’avez pas travaillé, mais encore, vous avez dissipé plus d’un de vos camarades.
- Monsieur Dumollet, telle n’était pas mon intention, je vous présente mes humbles excuses.
- Elles arrivent bien tard.
- Mais pas trop tard ?
- Le résultat de votre conduite, jeune homme est que personne ici n’est content de vous et j’ose espérer que vous ne l’êtes pas vous-même.
- Bien sûr que non, monsieur. Mais il y a bien un professeur qui ne soit pas totalement insatisfait de moi ?
- Un seul, oui. Votre professeur de français qui vous a défendu mieux qu’un avocat ne l’aurait fait. Il prétend que vous en valez la peine. Mais nous ne le saurons pas, puisque vous n’allez pas vous réinscrire l’année prochaine, ce qui vous évitera la honte d’être renvoyé aujourd’hui-même.
J’affichais un air calme et détaché dont je me félicitais, mais intérieurement, je n’en menais pas large :
- Monsieur, je plaide coupable. Je n’ai effectivement pas travaillé et j’ai invité quelques-uns de mes camarades à des soirées.
- Ah ! Vous avouez enfin, Lekkowski ! Alors que je vous ai déjà convoqué deux fois dans ce bureau sans jamais obtenir de vous que vous fassiez amende honorable, ni même une quelconque amélioration de votre conduite.
- Coupable je le suis, certes, mais laissez-moi plaider ma cause auprès de vous, monsieur. Ce que vous m’avez dit jusqu’à présent est tout à fait juste. Aussi, je pense pouvoir attendre de vous, une fois que vous m’aurez écouté, la plus grande justice.
- Pourquoi pas ? J’ai dix minutes devant moi, nous sommes en juillet et j’ai moi aussi envie de me divertir un peu. Je vous écoute, dit-il, finaud, en s’adossant à son fauteuil et croisant ses mains sur son gilet.
- Je vous remercie, monsieur Dumollet. C’était mon choix d’étudier à Paris, capitale dont la pensée éclairée rayonne sur le monde. Père a eu la générosité de m’offrir son soutien financier pour que je puisse vivre ici, dans ce pays de progrès, de droit et d’équité. Fait que j’ai méprisé, pensez-vous, comme un enfant gâté. Ai-je gâché mon année ? Bien au contraire, monsieur, je puis vous l’assurer. Le remords me taraude quand je pense à cet extraordinaire privilège que j’ai pris comme un dû, alors que j’aurais dû le recevoir comme la récompense anticipée d’un mérite. Mais vous connaissez la jeunesse mieux qu’elle ne se connaît elle-même, monsieur Dumollet. Si j’ai appris une chose, c’est que je ne suis pas le genre d’homme à pouvoir vivre avec un remords et cela m’incitera, à l’avenir, à réfléchir avant d’agir afin de ne pas retomber dans les mêmes tourments.
- Vous pourriez être divertissant, Lekkowski, dit-il en réprimant un bâillement vrai ou feint, mais vous êtes à la limite de l’ennuyeux. Venez-en au fait, je vous prie.
S’il croyait me désarmer avec ces petits stratagèmes, il se trompait bien :
- J’y viens, monsieur. Loin de moi l’envie de vous faire bailler, je n’ai qu’un désir, vous faire juge de ma misère. Je plaide coupable d’avoir eu une trop grande confiance en mes capacités à vivre seul, loin de ma famille, loin de ma chère maman. Coupable d’avoir eu la faiblesse, pour pallier ce manque d’affection d’enfant exilé, de m’entourer d’élèves que, vous noterez monsieur, j’avais pris soin de ne choisir qu’en dernière année pensant qu’ils étaient capables de juger par eux-mêmes si soutenir la solitude d’un ami les détournerait ou non de leurs devoirs.
M. Dumollet sourit :
- Et vous pensez qu’un tel plaidoyer me suffira pour vous donner une deuxième chance, Lekkowski ?
- Je vois bien que non, monsieur et j’en comprends la raison : vous avez trop d’esprit pour qu’un élève, quand bien même il aurait mon potentiel, puisse influer sur votre décision. D’un autre côté, le fait que je n’ai pas atteint le niveau qui me permettrait de soutenir une conversation face à vous sans paraître trop ridicule, prouve bien que j’ai besoin, plus que quiconque, que vous me laissiez me réinscrire dans votre prestigieux établissement dont l’enseignement est le seul qui pourra faire de moi un être capable de raisonnement, tels que vous aimez en voir sortir, chaque année, du lycée Philippe le Bel.
- Je constate que tel le chat, vous avez l’art de retomber sur vos pattes, mais qu’attendez-vous de moi, exactement ?
- Autant de clémence que celle que mon père aura à mon égard, quand je vais rentrer chez nous, en août, pour subir ses récriminations justifiées et le supplier à genoux de me laisser finir mes études chez vous, monsieur Dumollet. J’ajoute que s’il y a une quelconque pénitence que vous jugiez nécessaire de m’infliger, je m’y soumettrai, ce ne serait que justice.
- Vous êtes intelligent, Lekkowski, aussi vais-je me montrer direct avec vous. Voici ce que je vous propose : si vous rameniez de chez monsieur votre père, non seulement de la clémence à votre égard, mais une contribution au réaménagement de notre réfectoire, je pense pouvoir vous garder une place jusqu’à la fin du mois d’août.
- Merci, mons...
- Attendez ! Je n’ai pas fini. À cela, j’ajoute une condition. Voyez-vous, des noceurs comme vous, qui pensent que la vie se résume à l’esthétique de la frisure d’une moustache ou à l’élégance avec laquelle ils portent un costume, des jeunes gens qui se considèrent des maîtres en rhétorique parce qu’ils ont su étourdir, par quelques vagues mots bien tournés, volés aux grands poètes, des femmes qui se seraient laissées séduire à moins ; des fils de bonne famille qui n’ont d’autre centre d’intérêt que les amusements légers, j’en ai vu passer. Ils ne guérissent pas.
- J’ai bien l’intention...
- Je ne veux rien savoir de votre vie en dehors d’ici, vous en êtes le maître. Mais ici, c’est moi, le maître. Le maître absolu. Le moindre manquement que ce soit, en cours, au travail donné ou à la discipline, et je vous mets dehors, monsieur von Lekkowski, tout baron que vous êtes et ce, même en cours d’année, alors que vos camarades eux, continueront à déjeuner dans le réfectoire flambant neuf que vous leur aurez offert.
- Bien sûr...
- Je vous arrête là ! Ne promettez rien, ne me servez plus aucun de vos piètres raisonnements. Nous nous reverrons peut-être le premier septembre, lors de mon discours de bienvenue, mais ce sera tout. Je ne veux plus jamais vous voir dans mon bureau, assis en face de moi sur cette chaise. Est-ce bien clair ? Si oui, saluez et sortez, monsieur von Lekkowski.
- Au revoir, monsieur Dumollet, lui dis-je.
Avant de passer la porte de son bureau, je lui lançai un joyeux :
- Bon voyage, monsieur Dumollet !
Le proviseur grommela en replongeant dans sa paperasserie administrative, mais son œil brillait, songeant certainement au nouveau réfectoire qu’il venait d’obtenir si facilement.

Pour mon père, que j’étudie là ou ailleurs ou pas du tout, n’avait aucune espèce d’importance. Il ne voyait pas l’intérêt de savoir le latin pour entrer dans l’armée, ce qui était mon destin depuis toujours. Alors que nous dînions en compagnie de ma mère, il s’exclama, un grand sourire aux lèvres :
- Très bien, Maximilian ! Serais-tu encore capable de porter un fusil ou tes muscles ont-ils fondu au point de ne pouvoir porter qu’une plume et un cahier ?
- Vous ne seriez pas mon père, répondis-je, vexé, que je vous aurais demandé réparation de cette injure !
- Tu as l’air bien sûr toi, l’étudiant ! Partons à la bécasse demain. Celui qui en ramène le plus décide de ton avenir.
- Père, je ne dis pas que je n’accepterais pas une mise à l’épreuve, ou que je manque de courage pour relever un défi, mais celui-ci est perdu d’avance pour moi. Je n’ai pas tiré depuis plus d’un an et la chasse est toute votre vie. Mais si c’est ce que vous demandez, je m’y plierai.
- Je n’ai jamais été injuste envers qui que ce soit, pas même envers un jeune blanc-bec dont la cravate est plus volumineuse que le jabot d’un coq !
L’air de rien, du plat de la main, je tentai d’aplatir ma cravate.
- Si tu ne veux plus que je décide de ton avenir, Maximilian, c’est donc que tu te penses supérieur à moi. Prouve-le moi !
- Que suggérez-vous, père ?
- Un duel.
- Alexandre ! s’écria ma mère, vous n’y pensez pas !
- Avec un gilet pour contenter la baronne, fils. Le premier qui touche au cœur a gagné.
- Même ainsi je vous l’interdis, messieurs ! Vous n’allez tout de même pas faire couler le sang pour une histoire de lycée !
- J’accepte, père, annonçai-je, en lui tendant la main qu’il serra.
- Prépare ton paquetage pour l’armée, fils !
- Préparez votre bourse pour mon inscription, père.
- Faites cela et je vous ôte ma tendresse à tous les deux, dit mère.
Père lui sourit et prit sa main :
- Nous verrons cela demain. En attendant, ma très chère, vous en aurez bien un peu pour moi ce soir, j’espère ?
Mère rougit et se leva :
- Des rustres, voilà ce que vous êtes ! s’exclama-t-elle, sans arriver à se fâcher vraiment.
Il m’en coûta une jolie estafilade au bras, mais je touchai père au cœur le premier. Il s’inclina et j’obtins une année de plus à Paris. Ce qui me surprit le plus lors de ce séjour chez moi, fut le soutien de mon frère, lui qui ne m’avait jamais montré qu’une fraternelle jalousie. Je ne comprendrai son objectif que trop tard. Insouciant et donc heureux, je reprenais ma route vers la France, sans savoir que cette rentrée 1849 me réservait un inestimable cadeau : un ami.

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Se mignoter

gabrielle dubois se mignoter
PIERRE-AUGUSTE COT Gabrielle Dubois roman amour

Se mignoter



Nombre de mots disparaissent des dictionnaires pour faire place à d’autres, nettement moins poétiques, à mon avis.
Mignoter. Voilà un joli verbe qu’il me plaît de savoir encore dans un dictionnaire. Pourvu qu’il ne disparaisse pas !

Définition Larousse 1922 : Mignoter : familier. Traiter délicatement ; mignoter un enfant.
Définition tirée de : Origine et formation de la langue française. par A. de Chevallet..., édition :  1853-1857. Mignot, mignote signifiait autrefois petit, délicat, mignon, gentil, joli. Il nous est resté le verbe mignoter, caresser comme on caresse un mignot (un charmant enfant), le dorloter…

Et voici Balzac qui l’emploie dans La belle Imperia :
« … Mais en voyant l’Imperia soucieuse, il s’approcha d’elle pour la mignardement enlasser dans ses bras et la mignoter à la façon des cardinaux, gens brimballant mieux que tous autres, voire même que les soudards… »
Mais peut-être sommes-nous devenus trop politiquement corrects aujourd’hui pour entendre Balzac nous raconter les ébats des cardinaux et de leurs maîtresses ! Si certains ne se mignotent plus, heureusement, dans les romans de Gabrielle Dubois, on se mignote encore… et plus !

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#roman #amour #aventure #gabrielle #dubois

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Ritz

Gabrielle Dubois meilleur roman 2016
Ritz Paris

 

 

La rénovation du Ritz à Paris vient de s’achever, et l’on parle partout de César Ritz.

 

Mais comment parler du Ritz de César sans parler de sa femme Marie et de son plus célèbre chef cuisinier et cofondateur Auguste Escoffier, tous deux conseillers techniques de César ? En 1896 quand commencèrent les travaux place Vendôme, César Ritz voulait Escoffier qui avait 2,5% des parts de la compagnie Hôtel Ritz ltd, et qui organisa le recrutement du personnel. Escoffier et Marie Ritz sélectionnèrent le matériel et les fournitures et passèrent au peigne fin tous les fournisseurs de Paris, d’Europe et au-delà. Marie trouva les tapis, tapisseries, brocards, soieries et linge ; elle étudia les grands maîtres des musées et des galeries pour créer une décoration de bon goût. Escoffier organisa bien sûr la cuisine, mais aussi la salle à laquelle il attachait un soin tout particulier en ce qui concernait les serveurs, vaisselles, cristallerie et argenterie. C’est au Ritz de Paris qu’Escoffier utilisa pour la première fois des plats plaqués argent pour le service à table. Il fit créer par Christofle à Paris des plats selon son idée dont le plat carré que Christofle baptisa : plat Escoffier.

 

Renseignements tirés du livre de Kenneth James.

 

Pour ce qui est de l’ambiance du Ritz, je vous conseille l’excellent livre L’usine de Gabrielle Dubois.

 

www.gabrielle-dubois.com

 

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Dimanche 05 Juin je serai au salon du livre de Pamiers

Dimanche 05 Juin je serai au salon du livre de Pamiers, cela promet d'être bien sympathique !

Voici l'adorable commentaire que les Appaméennes du livre ont publié sous ma photo:
" Gabrielle Dubois :
Parler d’amour avec les mots simples… nouer des brins d’érotisme mesuré, saisir chaque instant fragile d’un amour avant qu’il ne s’éclipse. Vivre. Vivre l’intensité à travers une lecture plus large qui peut se décliner comme s’inclinent les rougeurs sur les joues et qui fait naître la fièvre dans l’imaginaire."


Cela donne à rêver, non ?

 

gabrielle roman dubois
Salon livre Pamiers 2015 Brochure Gabrielle Dubois


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Les effarés, Arthur Rimbaud

roman gabrielle
Franz Xaver Simm

Les effarés, Arthur Rimbaud

L’une de mes toutes premières émotions poétiques :

Les effarés
de
Arthur Rimbaud

Noirs dans la neige et dans la brume,
Au grand soupirail qui s’allume,
Leurs culs en rond,

À genoux, cinq petits, misère !
Regardent le Boulanger faire
Le lourd pain blond.

Ils voient le fort bras blanc qui tourne
La pâte grise et qui l’enfourne
Dans un trou clair.

Ils écoutent le bon pain cuire.
Le Boulanger au gras sourire
Grogne un vieil air.

Ils sont blottis, pas un ne bouge,
Au souffle du soupirail rouge
Chaud comme un sein.

Quand pour quelque médianoche,
Façonné comme une brioche
On sort le pain,

Quand, sous les poutres enfumées,
Chantent les croûtes parfumées
Et les grillons,

Que ce trou chaud souffle la vie,
Ils ont leur âme si ravie
Sous leurs haillons,

Ils se ressentent si bien vivre,
Les pauvres Jésus pleins de givre,
Qu’ils sont là tous,

Collant leurs petits museaux roses
Au treillage, grognant des choses
Entre les trous,

Tout bêtes, faisant leurs prières
Et repliés vers ces lumières
Du ciel rouvert,

Si fort, qu’ils crèvent leur culotte
Et que leur chemise tremblote
Au vent d’hiver.

www.gabrielle-dubois.com   www.roman-amour.fr #gabrielleduboisromanciere

 

 

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Le Petit Moulin Rouge

Moulin Rouge
Sous les eucalyptus, un roman de Gabrielle Dubois

Le Petit Moulin Rouge,
Un article de Gabrielle Dubois



Louise Saint-Quentin, l’héroïne de Sous les eucalyptus, le roman d’amour de Gabrielle Dubois est « un bon-vivant », puisqu’il ne semble pas y avoir de féminin autorisé pour cet adjectif... passons ! Il était donc impensable pour moi que dans ce roman d’aventure, mon héroïne ne rencontrât pas le grand cuisinier Auguste Escoffier, qui officiait, au moment où l’action du roman se passe à Paris, en 1876, au Petit Moulin Rouge, restaurant réputé à l’époque (à ne pas confondre avec le cabaret du Moulin Rouge).
Afin de cerner un peu le personnage, j’ai lu Auguste Escoffier & César Ritz, Les Rois de l’Hôtellerie Moderne, un livre de Kenneth James aux éditions Pilote 24, dont voici un extrait :

« ... Auguste revint donc à Paris au printemps 1873 pour diriger la cuisine du Petit Moulin Rouge. Il connaissait bien l’héritage que lui laissait Ulysse Rahaut, le bruit et la chaleur de la cuisine, l’organisation du travail désordonné et le comportement rustre de la brigade. Il savait aussi comment le personnelle était commandé par les directives d’un matamore, par des ordres que Rahaut renforçait avec des coups et de invectives grossières. Alors qu’il n’était qu’un pauvre novice et souffrait dans le restaurant de son oncle, Auguste s’était promis d’améliorer les conditions de travail lorsqu’il dirigerait sa propre cuisine. Au cours de ses précédentes fonctions d’organisateur, il avait réfléchi à bien des changements et la transformation de la cuisine était sa priorité quand il prit les commandes de celle du Petit Moulin.
L’impact initial sur le personnel fut son style de direction : calme, contrôlé et percutant. Son premier changement dans l’équipe, peut-être le plus simple, se révéla efficace. Il modifia le nom de celui qui criait les commandes en cuisine : l’aboyeur devint l’annonceur, terme plus théâtrale. Auguste interdit à l’annonceur de crier : ainsi les cris cessèrent dans la cuisine de manière à pouvoir entendre les commandes. « Le coup de feu en cuisine, ce n’est pas la fin du monde », rappelait Auguste à son personnel. Ce changement ne résolut pas tout de suite les problèmes de mauvaise humeur et de comportement grossier puisqu’il ne s’attaquait pas à la cause du mal. Les cuisinières à charbon, portées au rouge pour la cuisson des rôtis à la broche, rendaient les cuisines terriblement étouffantes. Les cuisiniers y transpiraient énormément. La fumée et les vapeurs des feux desséchaient leurs gosiers. Boire souvent était indispensable et la bière avalée pendant les douze à quatorze heur d’une journée normale de travail aurait transformé le cuisinier le plus angélique en un vulgaire ivrogne.
Auguste supprima l’alcool en cuisine, et, sur avis médical, fournit une boisson composée d’eau et d’orge, disponible à tout moment. Progrès fantastique ; mais il restait tout de même vigilant. « Si un employé aux cuisines se permettait des écarts de paroles », soulignait un de ses collaborateurs dans ses dernières années, escoffier lui faisait un signe et lui disait : « Ici, vous êtes censé être poli ; tout autre comportement est contraire à notre manière de faire. »
Lui-même suivait rigoureusement ses propres règles et restait toujours poli avec son équipe et ses collègues. Quand il perdait patience, peut-être avec un cuisinier récalcitrant, il faisait un geste : il étirait le lobe de son oreille entre le pouce et l’index, tout en se frottant la joue, une habitude d’enfance. Il disait alors : « je sors un moment, je me sens devenir nerveux. » Il revenait peu après et discutait fermement mais calmement, avec le cuisinier.
Ses nouvelles fonctions lui permettaient d’établir des contacts étroits avec les clients du restaurant, princes, ducs, et les plus hautes personnalités sociales ou politiques, ainsi que les magnats de la finance. Il aurait pu étudier leurs goûts et leurs désirs et apprendre à leur plaire. Mais il ne le fit pas et comporta sur sa renommée.
Beaucoup de ses clients d’avant-guerre (1870) revinrent au restaurant, et non des moindres : le maréchal Mac Mahon, ou, pour lui donner son nom exact : Marie Edmond Patrice Maurice comte de Mac Mahon, duc de Magenta qui, le 24 mai 1873 remplaça Adolphe Thiers à la résidence de la république française... »

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Charles Worth et la « tournure »

#roman #amour
Gabrielle Dubois et la tournure

Charles Worth et la « tournure »,

 

 

 

un article de Gabrielle Dubois



La « tournure » occupe une jolie place dans le roman d’aventure SOUS LES EUCALYPTUS. Louise Saint-Quentin en porte... quand elle est habillée. Si j’avais écrit ce roman d’amour en étant une contemporaine des années 1880, je n’aurais pas eu besoin de quelques descriptions pour donner une idée au lecteur de ce que l’héroïne portait. Mais n’étant pas moi-même accoutumée aux chemises de batiste, corsets, surchemises, corsages, pantalons, jupons, tournures en métal ou en coussinets, jupes, traînes, j’ai dû me documenter, afin de pouvoir, avec la plus grande légèreté possible, habiller et déshabiller, dans le roman Sous les eucalyptus, une héroïne qui est particulièrement encline à l’amour... et à l’aventure !
Une partie de mes recherches s’est effectuée dans Une Histoire de la mode du XVIIIème au XXème siècle, Les collections du Kyoto Costume Institute, édition TASCHEN, dont voici un extrait :

« Dans la deuxième moitié du 19ème siècle, le perfectionnement du métier à tisser et des procédés de teinture permet de fabriquer toutes sortes de matières pour les jupes. La production s’envoile, car la crinoline nécessite d’énormes quantités de tissus. La tournure, qui sera bientôt  à la mode, est beaucoup moins ample, mais elle est tellement ornée de rubans et de volants qu’elle exige également beaucoup d’étoffe. Cet engouement est une bonne nouvelle pour les fabricants français, et notamment pour les soyeux de Lyon. Napoléon III soutien l’industrie textile dans le cadre de sa stratégie politique, à la grande satisfaction de la bourgeoisie. Des couturiers célèbres, notamment Charles Frederick Worth, utilisent des soies de Lyon, techniquement plus évoluées et d’un grand raffinement artistique. Du coup, Lyon retrouve sa place de principal fournisseur d’étoffe de la couture parisienne.
La tournure :
Dès la fin des années 1860, les jupes prennent du volume vers l’arrière tout en s’aplatissant nettement sur le devant. Un nouveau vêtement de dessous a été lancé sur le marché. Il s’appelle « tournure ». La tournure est coussinet rigide rembourré de différentes matières et se place sur le postérieur. La mode de la tournure dure jusque dans les années 1880, ne subissant que quelques changements mineurs. La silhouette de la robe des années 1880 est illustrée dans un tableau célèbre de Georges Seurat, Un dimanche après-midi à l’île de la Grande Jatte (1884-1886), the Art Institut of Chicago, qui représente des promeneurs anonymes à la campagne. On voit que la tournure est également portée dans les classes populaires. Au Japon, elle est appelée Rokumei-kan, d’après le nom d’un lieu de festivals et de galas qui a beaucoup contribué à l’occidentalisation de Tokyo à l’époque de la Restauration Meiji (1867-1912).
Après 1850, la plupart des robes se composent de deux pièces distinctes, un corsage et une jupe ; avec la fin du siècle, on assiste au retour des ornements et des détails. Les robes sont surchargées jusque dans leurs moindres replis de toutes sortes de détails compliqués qui finissent par engoncer totalement la silhouette. Seule exception à la règle, une robe d’une seule pièce laissant deviner les lignes du corps et créée au début des années 1870. Elle est baptisée « robe princesse » en l’honneur de la princesse Alexandra (1844-1925), future reine d’Angleterre.
Vers la fin du siècle, les coiffures de prédilection sont les chignons volumineux. Les coiffes, quasiment obligatoires tout au long du siècle se transforment en petits chapeaux à bords étroits qui laissent voir ces coiffures très élaborées. Les toques à bords presque invisibles deviennent très à la mode pour cette raison. »

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