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François le champi, George Sand

François le champi, George Sand

Relecture après… quelques décennies, mais c’est toujours un tel bonheur de lire ou relire George Sand.

Ce roman peut sembler juste charmant, et il l’est, mais il est plus que cela. L’amour en est le sujet, sous toutes ses formes : maternel, conjugal… le désamour aussi, la méchanceté, la médisance des âmes qui ne se suffisent pas à elles-mêmes, qui se sentent ou se croient pauvres, mal aimées ou inférieures et qui imaginent qu’en rendant misérables d’autres âmes, elles les mettront à égalité avec elles. Quand elles ont affaire à un humain qui fait le mauvais choix, elles peuvent l’entraîner avec elles. Mais quand elles croisent sur leur chemin un être doux mais fort, un être résistant qui malgré toutes les tentations, toutes les souffrances physiques ou morales choisit l’honnêteté, l’amour de son prochain, garde la conscience du bien, du beau et du bon, alors les êtres vils sont battus d’avance. Peut-être pas dans l’immédiat, peut-être pas même avant leur mort, mais leur bonté aura rayonné et fait perdurer le bien à d’autres générations.

George Sand ne faisait aucune confiance en l’Église, mais elle croyait en Dieu. Un Dieu de bonté qui n’envoyait pas la pluie demandée par le paysan pour ses champs, qui n’envoyait pas l’or réclamé par l’homme avide ou feignant. Non, Sand croyait en un Dieu qui vous envoyait la force demandée pour vivre ou survivre dans un monde dont les hommes ou la nature peuvent quelques fois sembler injustes.

François le champi est un roman émouvant. S’il a été jugé gentil, bon pour les enfants ou tout autre qualificatif péjoratif dans certaines bouches, c’est parce qu’il prône la bonté. Mais la bonté n’est pas une qualité de personne faible, loin de là! Il en faut de la force, de la volonté pour rester bon dans un monde méchant, pour vaincre le mal, la tentation du facile, et faire régner l’amour.

Et surprise du roman, et grande force de romancière de Sand, l’amour qui va gagner n’est pas celui qu’on pourrait croire, et surtout pas celui que son 19ème siècle a dû croire! L’amour n’a pas toujours le visage d’une jeune et très jolie jeune fille aux joues roses. Parfois, le cœur du beau héros n’est pas gagné par la beauté d’un corps frais, mais par l’âme et le cœur qui se cache dans une enveloppe humble et sans fard.

Et encore des personnages masculins et féminins bien campés, différents de caractères, de choix de vie, aux réactions cohérentes. C’est sans doute ce qui a fait oublier George Sand pendant plus d’un siècle: c’est qu’il n’y a pas dans ses romans un seul personnage de femme: jeune, gentil, joli, ou même deux, si l’on y ajoute une méchante femme. Non, chez Sand, la femme n’est pas un type général: chacune est différente de l’autre de même que les hommes ne sont pas tous les mêmes.

Il y a même dans ce roman-ci un  personnage de femme, Zabelle, qui oscille entre ses bons et ses mauvais penchants, ou plutôt entre son cœur qui a besoin de force pour se faire entendre et la faiblesse d’une Zabelle épuisée par une vie de misère et qui la tire vers des choix peu glorieux. Mais est-ce que la société (lectrice donc éduquée) du 19ème siècle était prête à admettre un tel tiraillement de la part d’une femme, la femme étant un être bon qui devait tout endurer sans broncher ? Et admettre que les mauvais choix de Zabelle étaient dus à son découragement face à la misère était admettre que la société ne fonctionnait pas de la même façon pour tous. Difficile…

Et Blanchet? De la mauvaise graine, comme on disait! Mais Sand, lucide, n’en fait pas une fatalité: elle le replace toujours face à des choix. Libre à lui de choisir le bien, le cœur. S’il ne le fait pas, tant pis pour lui, il n’aura jamais connu ni l’amour ni l’amitié.

Et le féminisme dans tout ça? Il est à chaque page, entre les lignes. Il est dans la force des femmes, dans la lecture de sa société qui ne leur offre aucune loi pour se défendre contre des hommes mauvais, dans les opinions fortes et tenaces de cette société d’hommes et de femmes qui ne donne qu’un rôle aux femmes et le même pour toutes, et qui condamne tout chemin en dehors des sentiers battus. Le féminisme est dans certains personnages masculins: un bon père qui ne veut que le bonheur de sa fille, un champi qui est critiqué d’aimer comme une fille, mais qui n’écoute que son cœur qui aime.

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La joie du Matin, Betty Smith

La joie du matin, Betty Smith

1827, États-Unis. Annie, 18 ans, a arrêté l’école à 14 ans pour travailler. Carl, 20 ans, vient d’une famille ouvrière pauvre qui l’a poussé jusqu’à l’université de droit, qui n’est pas gratuite. Carl est très intelligent, étudie assidûment en cumulant deux jobs pour survivre quand Annie  et lui se marient par amour.

Tous deux sont ignorants de la vie à deux. Le premier jour, Carl s’avère brutal et impatient au début, alors qu’il est en même temps plein d’amour et de respect pour sa jeune épouse. Mais Annie est compréhensive mais surtout droite et sans compromis et lui met de suite les points sur les i. Naïve mais opiniâtre, elle n’accepte aucun comportement qui pourrait la blesser. Alors comment se fait-il qu’elle reste avec Carl ?

C’est qu’Annie est fine, très fine, plus fine que Carl. Si lui n’a pas réfléchi aux comportements masculins acceptés, elle, par contre, a un sens inné de la justice, de sa place: celle que sa famille et la société voudrait lui assigner à l’opposé de celle qu’inconsciemment elle sent être la sienne.

Survivre de petits boulots; partager à deux une unique chambre chez une logeuse; observer ce monde universitaire qui semble inaccessible à Annie sans argent ni éducation; mais tout faire, obstinément, avec gentillesse et respect, pour concilier mariage (heureux !) et études de Carl promesses d’avenir; trouver le moyen de s’éduquer elle-même avec le soutien inconditionnel de son jeune mari; c’est la vie d’Annie, une féministe tout en douceur.

Certains trouvent ce roman trop «gentil», pas moi.

La joie du matin est un exemple à suivre, non pas d’optimisme imbécile, ni d’acceptation aveugle de son sort, non. C’est une illustration de ce que peut être la vie quand on ne la prend pas de front, quand on l’attaque sans rage, positivement, avec humour et foi en soi:

«C’était la théorie d’Annie qu’il y avait des compensations à tout. Sa façon de penser était la suivante: chaque nuage est bordé d’une ligne argentée.»

Un petit couple inoubliable, décidé à être heureux, un roman qui pose un sourire heureux sur vos lèvres et l’y laisse…

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Histoire de chambres, Michelle Perrot

Histoire de chambres, Michelle Perrot

Chambres pour dormir, aimer, accoucher, mourir, chambres d’enfant, de jeune fille, refuge de femme, chambres témoins de sexualités diverses dans un lit ou deux, chambres où l’on viole, cellules où l’on prie ou emprisonne, chambres de bonnes, de promiscuité, chambres dortoirs d’ouvriers, de misère, pièce unique de la chaumière qui devient chambre commune la nuit, espace démesuré de suite royale, paillasses d’hospices, chambres d’hôpital…

Les chambres à travers le temps, selon les sexes et les âges, Michelle Perrot les étudie et à travers elles, nous apprend comment on vivait, comment on vit encore.

C’est une étude complète et passionnante qui nous en apprend sur l’histoire, les autres, sur soi.


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L’art de la joie, Goliarda Sapienza

 L’art de la joie, Goliarda Sapienza

CE ROMAN EST LE MEILLEUR ROMAN DU 20ème SIÈCLE.

Goliarda Sapienza (1924-1996), a écrit L’Art de la Joie entre 1967 et 1976. Après une carrière d’actrice de théâtre, Goliarda commence à écrire à la quarantaine. L’Art de la Joie, contestataire et ô combien féministe ! est refusé par tous les éditeurs italiens. Il ne sera publié que deux ans après la mort de son auteure, par son mari, à compte d’auteur. Traduit en allemand en 2005, puis en français ensuite, il est maintenant traduit en 15 langues.

Jamais, jamais, je n’ai lu un récit aussi libre et aussi puissant et aussi intelligent, et aussi rempli d’amour que L’Art de la Joie. Tant de liberté m’a même effrayée, dès le départ. Puis l’étouffement de cette liberté de femme, par les hommes qui n’ont pas voulu publier ce texte du vivant de l’auteure, m’a mise en rage.

CE ROMAN EST LE MEILLEUR ROMAN DU 20ème SIÈCLE.

Modesta, l’héroïne, naît le 1er janvier 1900. On suit sa vie jusqu’à sa vieillesse. Avec elle, on comprend ce qu’est une enfance de petite fille miséreuse dans l’arrière-pays sicilien, on subit ses terribles tourments, son éducation plus tard dans un couvent, enfermement physique et idéologique. Mais quelle volonté, quelle liberté elle a, quelle puissance qui va faire d’elle une princesse, une femme, une amante, une mère, une grand-mère qui nous délivre sans pudeur, sans honte, avec force, vérité et poésie ce que c’est qu’être une femme. Ce que ce devrait être.

CE ROMAN EST LE MEILLEUR ROMAN DU 20ème SIÈCLE.

Il est dur, d’une infinie bonté, il est juste, il ne ment pas. Il m’a bouleversée. Il m’a fait espérer qu’il y ait une vie après la mort pour pouvoir saluer bien bas, bien humblement, Goliarda Sapienza.

CE ROMAN EST LE MEILLEUR ROMAN DU 20ème SIÈCLE.


#féminisme

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En caravane, Elizabeth von Arnim

En caravane, Elizabeth von Arnim

En caravane relate un voyage bien réel qu’Elizabeth von Arnim (1866-1941) a fait, en compagnie du romancier E. M. Forster, an 1906.

Ce roman est le journal intime et fictif du personnage d’Otto von Ottringen. Il raconte une randonnée burlesque dans des roulotte tirée par des chevaux, à travers les régions du Kent et du Sussex, entreprise en compagnie de sa femme et d’un groupe d’Anglais excentriques.

Le narrateur Otto von Ottringen est un officier Prussien ayant la bonne quarantaine. Ce personnage est imbu de sa personne, idiot, donneur de leçons, misogyne. Il est persuadé d’être irrésistible, tant auprès des hommes nobles de haut rang, les seuls dont il supporte la compagnie, les autres ne sont pas assez bien pour lui, que surtout des femmes, les plus jeunes et les plus jolis, cela va sans dire ! Il est tellement aveuglé par sa propre magnificence, qu’il est bien le seul à imaginer, qu’il ne se rend pas compte que ses compagnons caravaniers le voient tel qu’il est : imbuvable, prétentieux, soulant.

Tout l’art d’Elizabeth von Arnim est d’avoir fait du journal de ce personnage une farce fine à l’humour anglais, qui m’a fait rire tout haut, même dans la salle d’attente du docteur ! Si l’on rit beaucoup des déboires du narrateur, on a toujours à l’esprit le pathétique et le tragique de la situation qui entraînera non seulement de tels esprit à la Première Guerre mondiale, mais surtout la soumission dramatique et obligatoire des femmes, à de tels maris auxquels la loi donne raison.

Ce livre est à la fois une merveilleuse introduction à l’Angleterre et à l’Allemagne du début du siècle et le roman le plus drôle, le plus gai, le plus enlevé, le plus féministe d’Elizabeth von Arnim.

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Les Femmes bagnardes, Odile Krakovitch

Les femmes bagnardes, Odile Krakovitch

Les responsables de déportation au bagne de femmes ? Deux régimes totalement différents : le Second Empire et la troisième République qui pourtant considéraient les femmes comme le "sexe faible".

On prétendit leur laisser le choix, leur offrir une terre promise, une terre de régénération, on ne fit que normaliser l’anormal, le monstrueux, légaliser massivement la mort.

Des femmes moururent aux bagnes de Guyane, de Nouvelle-Calédonie, subirent des horreurs durant les longs voyages en bateau, sur place, durent se marier à des bagnards pour peupler ces pays ; pauvres loques utilisées, épuisées et abusées moralement, psychologiquement, physiquement, elles ne furent pas en mesure de remplir le rôle que leur demandait la société : être un ventre au service de l’État « Les bagnardes furent des êtres isolés, sans foyer, sans famille, sans défense. Le ministre aux prisons les voulaient jeunes, célibataires, en bonne santé, si possible campagnardes, de la chair fraîche de qualité, en somme, voilà ce qui était demandé.

Combien de livres d’histoire ont été écrits sur les bagnes et leurs bagnards, combien de romans, combien de films ? Autant qu’on en veut. Quand et où a-t-on mentionné les femmes bagnardes ? Vous pouvez toujours chercher !

Merci Odile Krakovitch qui fait un remarquable travail sur une population méconnue et ô combien victime d’une société à la masculinité toxique. Pourtant, "les délits des femmes étaient plus défensifs qu’offensifs et répondaient surtout à un essai de survivre dans un milieu hostile. Les crimes, infanticides, meurtres, venaient plus d’une incapacité de gérer la vie et les difficultés que d’un désir de pouvoir et de richesse ou d’une volonté de révolte." Une très grande majorité de ces femmes avaient été condamné pour infanticide, le crime féminin du XIXème siècle par excellence. Il est le fait de femmes jeunes, pauvres et seules, fréquemment domestiques ou journalières. Au 19ème siècle, "la femme, maîtresse ou domestique, était" considérée comme "la protectrice, la gardienne de la maison, des biens de la famille. La voleuse faisait horreur au même titre que la mère qui tuait son enfant: elle refusait son rôle dans la société, elle sapait les bases de l’ordre. "

Pas étonnamment quand on connaît cette société, aucune femme bagnarde n’a été condamnée aux travaux forcés pour prostitution (considérée comme un délit). Doit-on supposer qu’on ne pouvait pas envoyer à l’autre bout du monde des femmes si utiles à soulager des besoins à Paris ?

Un livre très, très intéressant, complet, qui met en lumière toutes les facettes d’un pan d’histoire volontairement méconnu, un excellent, excellent et indispensable travail!

 

Gabrielle Dubois

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Les enfants au 19ème siècle, Catherine Rollet

Les enfants au 19ème siècle, Catherine Rollet





 

Il s’agit de regards d’adultes sur des identités et des vies d’enfants, les enfants n’ayant pas laissé de traces écrites de leurs vies, à part de très rares exceptions, et encore est-ce l’enfant à l’âge adulte qui a écrit sur ce qu’il se souvient avoir vécu et ressenti. Et encore, ces témoignages sont-ils masculins, les garçons ayant bien plus accès à l’école, au métier d’écrivain et étant plus libres de leurs pensées et parole.

On aborde toutes les facettes de l’enfance : avant la naissance, les conditions de vie et de survie, l’éducation en famille, le travail, le regard des adultes, la médecine et la littérature, les droits, les vêtements, l’espace dans la maison.

Après un chapitre éprouvant à lire sur le travail des enfants, on se réjouit de la première loi de 1841 le règlementant : âge minimal à l’embauche fixé à 8 ans, travail de nuit interdit aux enfants de moins de 13 ans (à moins qu’ils travaillent dans des usines à moteur continu), les enfants doivent en même remps fréquenter l’école jusqu’à 12 ans, victoire ! En réalité, avec 8 inspecteurs pour la France entière, quasiment rien ne bouge. Les quelques enfants qui arrivent à concilier travail et école s’endorment soit à l’usine où ils prennent des coups, soit à l’école… où ils prennent des coups.

Bon, c’est quand même une avancée, n’est-ce pas ? Mais ce qui est effrayant c’est d’apprendre par quel raisonnement l’État commence à se soucier de la santé physique de ses enfants : si on les laisse mourir par manque de soins médicaux et par épuisement au travail, l’État, dans les générations futures diminuées, n’aura pas assez de bras pour travailler et enrichir la classe dirigeante, ni assez de soldats pour mourir pour la patrie ! #wtf !

1833, la loi Guizot jette les bases d’une école obligatoire. Super ! En voilà un qui se soucie de l’éducation… Motivation de  l’État pour voter cette loi : l’école est un instrument d’intégration des classes populaires, que la révolte des canuts (ouvriers dans l’industrie textile) de Lyon en 1831, avait révélées potentiellement dangereuses. Rentrez dans le rang, écoliers, vous serez formatez à l’obéissance !

Bien sûr, cette école n’est pas encore pour les filles. Les premières générations de filles à être massivement scolarisées sont nées dans les années 1890.

Ce qui est très intéressant, c’est de comprendre comment l’enfant est perçu, comment le regard de l’adulte change. Un inspecteur écrit à la fin du siècle : "En face des droits de l’homme, il y a les droits de l’enfant. N’est-ce pas une anomalie d’admettre ceux-là sans ceci?"

Si, monsieur, je ne peux qu’être d’accord. En ce qui concerne les droits des femmes, des mères, des épouses, des mères célibataires, on en reparlera dans un siècle…

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Emile de Girardin, Prince de la Presse, par Pierre Pellissier

Emile de Girardin, Prince de la Presse, Pierre Pellissier

Le pouvoir ou, comment s’en servir à bon escient ? Tel aurait pu être le titre de cette excellente biographie de Pierre Pellissier sur Emile de Girardin qu’il faut que vous lisiez ! L’homme, ses idées, son travail, sa lutte pour la liberté, c’est meilleur que cinq légumes bouillis et deux plombes de yoga par jour : ça redresse la colonne vertébrale, ça relève le menton, ça donne envie de se battre pour la liberté.

Deux entités se partagent le pouvoir au 19ème siècle : la politique et la presse. Une lutte s’engage dès le début du siècle entre eux, une lutte à mort :

L’homme politique peut décider à tout moment de renforcer la censure et ainsi museler les journaux.

Le journaliste peut, grâce à ses articles, dévoiler les dessous de la politique ou du moins l’expliquer directement à ses lecteurs et ainsi renverser un gouvernement.

Bien entendu, il fallait que je le fasse remarquer, on ne parle ici d’une lutte pouvoir qui ne se passe qu’entre hommes, les femmes en sont exclues cela va sans dire.

Au final, c’est une drôle de danse tour à tour macabre, bouffonne, rarement belle, où le couple politique-journaliste tourne sur lui-même, et bien souvent ne se rend pas compte (ou n’en a que faire ?) qu’il laisse sur le bord de la piste (l’arène ?) lecteurs et électeurs. C’est pour lui seul, le plus souvent que ce couple semble danser. Jusqu’à quand ? Le temps est-il venu où certaines(ns) vont créer une autre danse, une ronde plus ouverte ?

Je m’égare.

Alors, pourquoi est-ce que la vie d’Emile de Girardin, patron du journal La Presse, député de temps à autre m’intéresse autant ? (Parce qu’il faut le dire sans tergiverser, balançons le mot : tout ce monde-là est un panier de crabes et encore, je suis méchante pour les crabes !)

Eh bien, Emile de Girardin est différent, comme le défend une femme quand il est accusé de conspiration (parce qu’il a été accusé de tout, toute sa vie, pour essayer de le faire taire) :
- Pourquoi l’as-tu jeté en prison ? demande-t-elle au ministre Cavaignac.
- Parce qu’il conspirait.
- Conspirer, Girardin ? Impossible, il est toujours seul de son avis.

Les politiques veulent le museler parce qu’ils savent qu’il n’a pas la lâcheté de courber la tête, d’amnistier les politiques coupables par la complicité de son silence.

Et des idées, de bonnes idées, justes, bienfaitrices, il en avaient. Il n’a cessé de vouloir les communiquer aux politiques au risque de perdre son journal, d’être jeté en prison, d’être menacé de mort par une manifestation de milliers d’hommes, d’ouvriers, que les politiques ont manipulés pour qu’il s’attaquent à Girardin et son journal. Homme sans peur, il est allé au-devant de cette foule hurlante, leur a expliqué avec des mots qui il était, ce qu’il proposait et la foule, bien ennuyée d’avoir voulu combattre un homme qui ne voulait que son bien, est repartie penaude.

Ce qui me plaît chez Girardin, c’est qu’il n’a toujours voulu qu’une chose : « Le plus de bonheur possible pour le plus grand nombre possible. »

Mais pas d’égalité par le bas, avec Girardin. Il voulait pour la France, les Français et les Françaises (pour lesquelles il demandait le droit de vote), il veut des écoles, des industries, des chemins de fer, des postes avec un timbre à tarif unique pour toute la France. Il dit : arrêtez de vouloir conquérir l’Algérie, nos milliards perdus dans des pays lointains seraient mieux employés à construire des ports à vocation internationale ; des écoles où élèves et professeurs feraient de la recherche pour que la France ait une agriculture moderne. Il construit d’ailleurs une école d’agriculture et de recherche, l’Institut agricole de Coëtbo (Morbihan) qui accueille une centaine d’élèves apprentis. On y forme les futurs agronomes qui recevaient une bourse en échange de quoi ils rentreraient ensuite dans leurs provinces divulguer ce qu’ils avaient appris : la modernisation de l’agriculture française. Tiens, Xavier Niel ne se serait-il pas inspiré de Girardin pour son école Hectar ?

Girardin paye plus cher ses employés que les autres journaux le font. Il crée une caisse commune dans laquelle il fait le premier versement de sa poche, pour verser un salaire à l’ouvrier malade ou accidenté, ou verser une pension aux veuve et enfants d'un ouvrier.

Mais Girardin pour autant, ne renonce pas à sa propre réussite : quand il crée La Presse, avec un tarif deux fois moins cher que celui des autres journaux, il est attaqué par les journaux pour lesquels c’est la mort annoncée. Son idée : que les journaux soient accessibles financièrement au plus grand nombre le lecteurs possible. Il n’est pas élitiste, mais le train est en marche, si tu ne le prends pas, ne t’en prends qu’à toi si tu ne fais pas partie du voyage. Par contre, quand des journaux concurrents sont menacés ou condamnés par le pouvoir en place, Girardin, solidaire, prend toujours leur défense, par qu’il prend la défense de la liberté, toujours.

« En toutes circonstances je serai l’homme de la liberté, jamais l’homme d’un parti ; quand la liberté sera menacée par un parti, je serai toujours du parti qui la défendra. Je suis comme le passager d’un navire, quand le navire penche à gauche, je me jette à droite, quand il penche à droite, je me jette à gauche. »

Messieurs les députés, « vous vous placez sur la pente la plus dangereuse en traduisant à cette barre un écrivain que vous accusez d’avoir manqué au respect qu’il devait à cette assemblée. Remarquez, Messieurs, qu’alors tous les jours se posera devant vous la question de limite, la question de savoir jusqu’à quel point le droit critique pourra aller, là où il devra s’arrêter et, aujourd’hui, telle majorité traduira tel écrivain demain telle autre majorité traduira tel autre écrivain de l’opinion opposée. »

Entêtée, sourde, aveugle, inconsciente, l’Assemblée condamne quand même.

Mais enfin, rien d’étonnant non plus : quand le pouvoir politique a-t-il écouté avec plus d’attention les hommes et les femmes de bonne volonté, que leur propre soif de pouvoir ?


Gabrielle Dubois

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L'exclusion des femmes, Masculinité et politique dans la culture au XXè siècle, de Odile Krakovitch et Geneviève Sellier

L'exclusion des femmes, Masculinité et politique dans la culture au XXè siècle, Odile Krakovitch, Geneviève Sellier

Déjà la couverture du livre est intéressante:
L’illustration est tirée de L’Assiette au beurre, magazine satirique illustré français paru de 1901 à 1936. On y voit un avocat posant sa main sur la poitrine d’une avocate et dire:
― Ça m’étonne que, malgré la fermeté de vos arguments, chère madame, votre client n’ait pas gagné!
Vous pensez que ce genre d’argument n’est plus en cours aujourd’hui?
Loin de là:
Il y a quelques jours, en plein conseil municipal, la Maire de Paimpol, Fanny Chappé a fait face aux propos sexistes du leader de l’opposition et ancien maire, Jean-Yves de Chaisemartin, qui n’a cessé de la rabaisser:

«J’ai le droit de parler, maîtresse?» ou encore «Je te parle comme je veux, ma cocotte!»
Cette vidéo est à voir sur @period.studio

Le but de ce livre, édité en 2001, est de montrer la dimension sexuée des productions culturelles: romans, films, pièces de théâtre… Les analyser permet de comprendre, au-delà de l’œuvre elle-même:
* la place d’un/e auteure/e dans son époque et sa société
* les contradictions d’une société.
Jusqu’à la fin du 20ème siècle et encore très majoritairement aujourd’hui, notre société est masculine et donne encore la part belle aux hommes.
Rien de bizarre ou surnaturel là-dedans. La plupart des journalistes, des possesseurs de journaux, magazines, les producteurs d'émissions, sont des hommes. D'une part ils sont plus facilement attirés par des auteurs, d'autre part ils jugent à 80% du temps qu'un historien est plus sérieux qu'une historienne, qu'une histoire est plus "importante" quand elle vient d’un auteur que quand elle vient d’une auteure. Je m'appuie, pour vous dire ça, sur des écrits de Simone de Beauvoir, Virginia Woolf, Florence Montreynaud, ou encore Odile Krakovitch... Les lois égalitaires sont là, maintenant, ce sont les mentalités qu'il faut changer. Les femmes doivent être vigilantes, c'est à dire se poser toujours la question: qui me présente sa vision du monde, des humains, et comment?

 

Exemple: La Grande Librairie, émission télévisée, saison 2019-2020:
Nombre de livres présentés par les libraires: 114 dont:
21 auteures, soit 18%
et
93 auteurs, soit 82%

Les historiens (encore en TRÈS grande majorité, des hommes) racontent l'Histoire. Et encore jusqu'à présent, la grande majorité des historiens n'ont pas conscience que l'histoire des hommes n'est pas universelle, puisqu'elle n'est que l'histoire de la moitié seulement des humains.

La politique, au sens large et étroit est importante puisqu'elle détermine lois et mœurs. La culture est importante puisqu'elle nous donne une vision de nous-mêmes: si toutes les histoires (romans, films, jeux vidéos...) montrent la femme faible et incapable c'est ainsi que les humains (hommes et femmes) se persuadent qu'elle est.
Il est donc important d'une part, qu'on commence à relire l'Histoire et les histoires en pensant au genre: hommes et femmes. D'autre part, que les femmes prennent conscience que les histoires d'hommes imaginées écrites par des hommes ne sont pas les histoires des humains, pas les nôtres.

Dans ce livre, on apprend, au travers de l'histoire du théâtre, des romans, du cinéma, qu’au 20ème siècle en France, elle est à 95% entièrement masculine. Mais encore plus effrayant! ces histoires, cette politique, cette culture est misogyne. Mais à un point inimaginable!

Ce qui constitue en premier lieu la femme c’est le regard que posent les hommes sur elles. Et c’est le plus souvent par le regard et le discours des hommes que nous sont parvenus les documents sur lesquels travaille l’histoire des femmes.
Par exemple:
«Michelle Coquillat la relu la "grande" littérature française depuis le XVIIème siècle pour y déceler un schéma de la création construit sur l’exclusion des femmes. Le créateur masculin, inspiré par Dieu puis assimilé à un démiurge (Personne qui crée quelque chose d’important comme un dieu crée le monde) depuis le romantisme, rival sur le plan intellectuel de la capacité procréatrice féminine, s’affirme supérieur à elle parce qu’autonome dans sa création et aspirant à l’immortalité, alors que les femmes-mères ne mettent au monde que des mortels. La création est ainsi devenue, dans la tradition littéraire française, une très brillante et très efficace machine de guerre contre l’égalité entre les sexes.»

Qu’apprend-on d’autre dans ce livre? Ceci:

«La culture d’élite est encore aujourd’hui, en France, l’objet privilégié des études académiques, en particulier celle qui relève d’un universel (masculin) qu’il serait indécent d’interroger en termes sexués, parce que ce serait faire peser un soupçon sur son universalité même, comme sur le caractère sacré de cette culture. Les œuvres intronisées par la tradition comme faisant partie de notre patrimoine intellectuel et artistique sont des objets de culte qui méritent d’être disséqués à l’infini par des générations successives d’enseignants et d’étudiants, pour en apprécier les qualités esthétiques. Ce qui exclut à la fois qu’on puisse les étudier dans une perspective critique et qu’on puisse prendre pour objet d’étude les productions culturelles qui ne font pas partie du patrimoine.(…)

Car en France plus qu’ailleurs, la culture est "haute" ou n’est pas, sans doute à cause d’une tradition ancienne de connivence entre l’État et les créateurs, solidement établie dès la Renaissance et magnifiée avec le succès que l’on sait par le Roi Soleil. Le siècle des Lumières et la Révolution ont certes constitué une rupture dans cette logique, mais le romantisme, en instituant la figure de l’artiste solitaire dans sa tour d’ivoire, a inventé une nouvelle forme d’élitisme proprement culturel, dont nous sommes les héritiers directs. Et avec cette nouvelle tradition s’est consolidée une représentation exclusivement masculine du créateur cependant que la femme est renvoyée à sa fonction biologique de reproductrice. D’un côté la transcendance et l’immortalité, de l’autre immanence, la contingence, la mort.»

Gabrielle Dubois

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Showtime Documentary Films acquiert les droits mondiaux du documentaire Cusp, de Parker Hill et Isabel Bethencourt, un article de Matt Grobar dans Deadline, 14

« Showtime Documentary Films a acquis les droits mondiaux du documentaire Cusp, réalisé par Parker Hill et Isabel Bethencourt. Showtime prévoit de sortir le film dans les salles de cinéma plus tard cette année, avant sa première sur le réseau.

Situé dans une petite ville militaire du Texas et filmé dans le style vérité, Cusp suit trois adolescentes à l'esprit sauvage pendant un été, observant les contraintes de l'adolescence se heurter à leur désir croissant d'autonomie. Ce documentaire sur le passage à l'âge adulte capture des moments authentiques d'amitié féminine, tout en abordant ce que signifie grandir dans une culture de masculinité toxique. Présenté en avant-première au festival de Sundance, ce film a valu à ses réalisateurs le prix spécial du jury pour les cinéastes émergents.

"Nous sommes ravis de travailler avec Parker et Isabel, qui, à l'instar de leurs sujets, sont sur la brèche avec ce premier film émouvant et saisissant", a déclaré Malhotra. "L'intimité brute qu'elles capturent, et les histoires qu'elles tirent de leurs sujets, sont incroyables quand on sait où elles en sont dans leur carrière."

"Nous sommes honorés de nous associer à Vinnie et à l'équipe de SHOWTIME pour partager CUSP avec les spectateurs du monde entier", ont ajouté Hill et Bethencourt. "Leur dévouement intrépide pour élever des histoires audacieuses et sans faille est inspirant. Nous sommes à jamais reconnaissants envers les incroyables jeunes femmes qui ont partagé leur vie avec nous, et nous espérons que leur bravoure et leur force encouragent les autres à se sentir moins seules et à prendre la parole."

Cusp est produit par Zachary Luke Kislevitz (Port Authority) pour Kislevitz Films, avec Hill et Bethencourt. Les producteurs exécutifs sont Chris Columbus et Eleanor Columbus pour Maiden Voyage Pictures, Joe Plummer et Jenifer Westphal pour Wavelength, et Caitlin Gold et Naomi McDougall Jones pour The 51 Fund. »

Matt Grobar
Dans Women and Hollywood


Gabrielle Dubois

 

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Le Pot de Basilic, Madeleine Clemenceau-Jacquemaire

 Le Pot de Basilic, Madeleine Clemenceau-Jacquemaire

Madeleine Clemenceau-Jacquemaire (1870-1949) est romancière, biographe, traductrice.

Son père est Georges Clemenceau (1841-1929, homme d'État français, président du Conseil, laïque, défenseur des arts, de Dreyfus dans sa fameuse affaire, contre la peine de mort, ministre de l’Intérieur surnommé Le Tigre, d’où les fameuses Brigades du…)

Sa mère est Mary Plummer, Américaine (1849-1922).

Clemenceau quitte la France à 24 ans en raison de son implication dans l'activisme politique radical contre le régime de Napoléon III. Il enseigne le français dans le Connecticut, où Mary, 16 ans, est élève.

Ils se marient en 1869, Mary a 20 ans, Clemenceau 28 ans. Ils s'installent en France un an plus tard et ont trois enfants dont Madeleine. Clemenceau a de nombreuses maîtresses et ne s’en cache pas. Mais quand Mary prend un amant, Clemenceau fait constater l'adultère, la fait emprisonner pendant deux semaines, divorce, et la renvoie aux États-Unis sur un bateau à vapeur avec un billet de 3e classe. Il obtient la déchéance de sa nationalité française et la garde de leurs enfants dont il ne s’occupera quasiment pas.

Durant la Première Guerre mondiale, Madeleine Clemenceau est infirmière major, citée en 1915 à l'ordre de l'armée pour sa bravoure .
Elle a reçu trois prix de l'Académie française qui couronne aussi l’ensemble de son œuvre.

Dans Le Pot de Basilic paru en 1928, Madeleine Clemenceau Jacquemaire raconte souvenirs et bribes de son enfance et son adolescence en Vendée. Et comme elle comprend bien l’enfance, ce que l’éducation détruit chez les enfants : son chapitre Les Limbes est absolument intelligent, perspicace !

Le chapitre L’ennui sur les mathématiques est admirable !

L’écriture de l’auteure est absolument exquise, fine, pleine d’esprit, raffinée, intelligente. Sa langue française (et vendéenne de son temps !) est un plaisir à déguster sans modération, quelques exemples en commentaires à suivre…

« La nature se joue agréablement de nos vanités. Ni bravade, ni violence, pas même d’ironie. Un rien de pollen soufflé par la brise et la plus chétive graminée peut ensevelir la plus majestueuse des mémoires humaines sous ses arabesques fleuries. Quelle élégance et quel humour dans la mystification ! »

« Le jour rassasié venait s’éteindre sur le sein de la nature. Bientôt, dans l’odeur humaine que, de la naissance à la mort, l’eau ne contrarie pas, le village s’abandonne à un épais sommeil. La nuit se répand et gagne. »

« Nous ne sommes pas innocents, même dans notre plus fraîche enfance. Tant d’héritages nous oppriment. De trop bonne heure notre tête remue des pensées indéfinies dont frémiraient ceux qui nous veillent, car ils n’ont pas pris soin de s’observer au passage, et se croient fondés à exiger de leur descendance une intégrité à laquelle ils n’ont pas atteint eux-mêmes. »

« Il me semble que c’est un indicible privilège que d’avoir plongé, au temps des grandes sensibilités (l’enfance), dans un passé où le vieux français était encore tout vif. Il y a bien de la différence entre cueillir un fruit sur l’arbre ou l’extraire péniblement d’une boîte de conserves, comme le font les écoles savantes. »


Gabrielle Dubois

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Marie Bashkirtseff, Guy de Maupassant, Correspondance

Bashkirtseff Maupassant correspondance

Quel est l’intérêt de ce livre ? Je me le demande…

Et pourtant, j’aime les correspondances d’auteures(rs) des siècles passés, j’aime la femme qu’était Marie Bashkirtseff et sa peinture.

Mais là, je suis désolée, les éditions Actes Sud ont tiré la dizaine de lettres courtes que forme cette « correspondance », mis en titre deux célébrités, belle couverture, beau papier, et « allez-y, messieurs, mesdames, achetez ce beau livre ! ».

Je vous le dis tout crument : vous n’en aurez pas pour votre argent !

J’ai hésité à même présenter ce livre, mais je me suis dit que c’était l’occasion de faire connaître la peintre et féministe Marie Bashkirtseff.

Née en Ukraine en 1858, elle meurt à Paris à 23 ans, de phtisie. À Paris, elle s’inscrit à l’Académie Julian, seule école qui accepte les femmes pour une formation artistique. Elle est très douée et reconnue... pour une femme ! Allez voir ses peintures sur Internet, vous verrez qu’elle peut être classée parmi les « grands peintres ». Mais il est quasi-impossible d’être femme, spirituelle, jolie, et peintre. Les hommes jugent plus rapidement et sottement son enveloppe charnelle que son travail.

Petite réflexion personnelle : serait-ce pour cela qu’elle a tenté, sans dévoiler son nom, (ce qui était courant à l’époque) d’entretenir des correspondances avec quelques auteurs connus de son temps ? Pour être d’abord jugée sur son esprit, son intelligence, sa culture, avant de l’être sur son physique de femme ? Je le crois volontiers. D’ailleurs, Maupassant est totalement inintéressant, souvent goujat  dans cette correspondance-là : « Je vous écris parce que je m’ennuie abominablement !... Au fait, êtes-vous maigre ? Pas trop, n’est-ce pas ? Je serais désolé d’avoir une correspondante maigre. » Marie répond : « Je ne cherche personne, monsieur, et j’estime que les hommes ne doivent être que des accessoires pour les femmes fortes. »

Finalement, il y a toujours quelque chose à retenir d’un livre !

Gabrielle Dubois

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Le Mal qu’on a dit des Femmes, par Émile Deschanel

Le Mal qu’on a dit des Femmes, Émile Deschanel

Émile Deschanel (1819-1904) est professeur, écrivain et homme politique français, père de Paul Deschanel, président de la République française en 1920.
Voilà un écrivain qui serait #féministe et a sa place dans #marsaufeminin
"Le mal que les hommes ont dit des femmes est incroyable. Certains tel Euripide ont regretté qu’il n’y eût pas d’autre moyen qu’elles pour conserver l’espèce humaine! Quoiqu’il en soit, comme la vérité seule offense, les filles d’Ève ne seront pas fâchées de savoir quels vilains propos on a tenu sur leur compte depuis le serpent.
Ce petit livre est le sac où je vais sceller tous les péchés d’injustice et d’injure dont les écrivains anciens et modernes se sont rendus coupables envers les femmes."
Nous commençons par les Grecs anciens, vous savez? ceux dont on nous apprend la philosophie censée s’adresser à l’humanité, mais ne s’adressant en fait qu’aux hommes. Ils ne nous aimaient vraiment pas! Mais en suivant, les hommes écrivains, philosophes, poètes, religieux, politiques du Moyen-Âge, des Lumières, du 19ème siècle ont traitées les femmes de tous les noms, du ridicule au méchant en passant par le vulgaire et le dégradant.
Au début, parfois, j’ai souri. Il y a de l’esprit. Puis au bout de 10mn, j’étais écœurée, j’avais l’impression de m’en prendre plein la poire, et c’était effectivement cela.


Deschanel donne sa conclusion:
"Les épigrammes innocentes sont trop faciles à rétorquer.
Les calomnies injurieuses ne méritent pas qu’on y réponde.
Il faut corriger d’abord les hommes et le milieu social qu’ils ont créé.
Les femmes aiment plus que nous, se dévouent plus que nous. Plus un être se dévoue, plus il est grand, voilà la supériorité des femmes."


Gabrielle Dubois
#féminisme #littérature

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Mémoires, Louise Michel

Louise Michel, Mémoires


Louise Michel est une femme complète. Son intelligence s’étend brillamment sur plusieurs domaines. Son esprit est ouvert en permanence au monde, sa flore, sa faune, ses hommes, ses femmes, ses enfants. Son cœur est assez grand pour accueillir les misérables de son siècle industriel et dur pour le petit peuple, les peuples d’origine  et de coutumes différent de l’Occident comme les Canaques de Nouméa qu’elle rencontre et apprend à connaître alors qu’elle est déportée après la Commune de Parsi de 1871.
Louise Michel souhaite ardemment, de tout son cœur, de toute son intelligence, de toute sa compassion que le pain ne manque sur aucune table, que les filles puissent accéder à l’éducation, que les femmes soient les égales des hommes.


Préface de 1886: "Ceux qui l’approchent pour la première fois sont tout stupéfaits de se trouver en face d’une femme à l’abord sympathique, à la voix douce, aux yeux pétillants d’intelligence et respirant la bonté. Dès qu’on a causé un quart d’heure avec elle, toutes les préventions s’effacent, tous les partis pris disparaissent: on se trouve subjugué, charmé, fasciné, conquis. On peut repousser ses idées, blâmer ses actes ; on ne saurait s’empêcher de l’aimer et de respecter, même dans leurs écarts, les convictions ardents et sincères qui l’animent." Elle vouait une véritable adoration à sa mère que pourtant ses périlleuses aventures, ses engagements risqués ont fait vieillir prématurément. L.M. "a conservé une jeunesse de cœur et d’allures, une fraîcheur de sentiments qui lui donnent un charme incroyable: câline, tendre, affectueuse, se laissant gronder par ses amis et les tourmentant, de son côté, avec une mutinerie de jeune fille."
Louise Michel est une femme de tant de richesses!


Sa sensibilité l’a faite poète. Ses poèmes sont nombreux, certains sont perdus. Ses pages décrivant la flore de Nouméa sont absolument magnifiques. Cette nature qu’on croit statique bouge sous sa plume, évolue, va, vient, se transforme et renaît dans un mouvement perpétuel merveilleusement rendu où les formes et les couleurs vous sautent aux yeux.


Sa curiosité scientifique l’a faite botaniste. Déportée en Nouvelle-Calédonie, elle vaccine des papayers avec la sève de papayers malades de la jaunisse, les papayers vaccinés attrapent la maladie et en guérissent… avant Pasteur!
Lisez ce témoignage pour l’enfance de cette femme hors du commun, son amour pour les animaux, les enfants, ses réflexions sur la mort, son écriture qui semble simple mais qui est pleine de sentiments et de pensée.
Louise Michel et les misérables: "Si seulement les enfants avaient du pain à l’appétit de leurs jeunes dents avides de petits loups humains, qui ne trouvent rien, même en sortant du bois ! Rien ! Je me trompe, ils trouveront la maison de correction, où la dureté avec laquelle ils sont traités prépare de futurs condamnés à mort ou au bagne."
Louise Michel et les femmes: "S’il est opportun à certaines gens que la fille du peuple soit dans la rue sous la pluie et la honte pour sauvegarder la fille du riche, s’il leur plaît de conduire par troupeau les femmes au lupanar; nous, qui ne voulons plus d’achat et de vente de chair humaine, nous disons bien haut: Plus de questions personnelles ni de questions de sexe!"


Louise Michel et le mariage: Alors qu’elle a douze ou treize ans, Louise Michel est demandée en mariage à ses grands-parents par deux hommes d’un certain âge, successivement. L. M. refuse le premier en citant une farce de Molière ! et le deuxième, qui a un œil de verre, en lui demandant, faussement naïve:  "Monsieur, est-ce que l’autre est en verre, aussi?" Plus sérieusement, elle en tire des réflexions sur le mariage: Ces deux prétendants "faisaient la paire. Même idée de choisir une fiancée toute jeune et de la faire repétrir comme une cire molle pendant quelques années avant de se l’offrir en holocauste."
Louise Michel et la révolution: "L’être, comme la race, monte et s’épanouit en feuilles et en fleurs. Pareils aux fruits verts, nous ne serons bons qu’à engraisser le sol, mais ceux qui viendront après nous porteront semence pour la justice et la liberté. La sève qui monte, à notre époque de transition, est puissante. Il ne peut naître aujourd’hui que des croissements humains, à travers des vicissitudes infinies, que des races révolutionnaires, chez ceux mêmes qui nient l’imminence de la Révolution… Salut à l’humanité libre et forte qui ne comprendra pas comment si longtemps nous avons végété, pareils à nos aïeux des cavernes, ne dévorant plus la chair les uns des autres (nous ne sommes plus assez forts), mais dévorant leur vie."


Louise Michel et les femmes de la Commune : "La femme, cette prétendue faible de cœur, sait plus que l’homme dire: Il le faut! Elle se sent déchirée jusqu’aux entrailles, mais elle reste impassible. Sans haine, sans colère, sans pitié pour elle-même ni pour les autres, il le faut, que le cœur saigne ou non."
Louise Michel et l’avenir: "Dominer, c’est être tyran, être dominés, c’est être lâches!... Et le lendemain? dit-on. Eh bien, le lendemain, il est l’humanité nouvelle, elle s’arrangera dans ce monde nouveau : est-ce que nous pouvons comprendre ce lendemain-là ?… En révolution, l’époque qui copie est perdue, il faut aller en avant."


Gabrielle Dubois
#féminisme #femmes #histoire

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CUSP, Prix Spécial du Jury de Sundance 2021

Award winning CUSP Sundance 2021
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CUSP, l'un des 14 films les plus buzzés à voir à Sundance

Les "14 films de Sundance les plus bruyants à vendre en 2021..." selon THE WRAP

du 25 janvier 2021.

Et devinez quoi? Le documentaire CUSP est l'un d'eux!

 

Sundance 2021

Cusp the film

The 51 Fund

Gabrielle Dubois

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La première de CUSP a fait salle comble !

Cusp the film, Sundance 2021

Le documentaire CUSP vient de vendre ses derniers tickets pour sa première à Sundance !

Salle comble, des milliers de billets vendus !

C'est si merveilleux et passionnant !

Sundance 2021

Cusp the film

The 51 Fund

Gabrielle Dubois

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Le film CUSP résonne en France

sundance cusp 2021

THE 51 FUND et moi-même sommes extrêmement fiers et reconnaissants de faire partie de CUSP, un film phénoménal et sans égal, en compétition au Sundance Festival 2021 .

CUSP est un documentaire dont le sujet résonne dans le monde entier, particulièrement en France avec le #metooInceste, suite à l’affaire Duhamel.

CUSP : Dans une petite ville du Texas, trois adolescentes à l'esprit sauvage, qui vivent dans un environnement où règne une masculinité toxique, cherchent la liberté et l'accomplissement personnel en tentant de se libérer de leurs traumatismes passés.

#The #51 #Fund #the51fund
#Cusp #the #film #cuspthefilm
#Parker #Hill
#Isabel #Bethencourt
#Gabrielle #Dubois

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THE 51 FUND Stinger

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Sundance Festival 2021, US Documentaires

Sundance Festival 2021, US Documentaires, cusp the film
Sundance Festival 2021, US Documentaires
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Mary Elizabeth Braddon, Aurora Floyd

Aurora Floyd, Mary Elizabeth Braddon

 

Les romans à suspens ne sont pas le genre de romans que j’aime, je m’explique : un secret ou un mystère révélé à la dernière page du roman m’agace. En tant que lectrice, je passe des heures de lectures dans l’ignorance du pourquoi et du comment de l’histoire. Les personnages agissent sans que je sache le pourquoi de leurs agissements. Je trouve cela sans intérêt. J’avais lu La Dame en Blanc de Wilkie Collins et cela m’avait fortement ennuyée. D’autant plus que chez lui, la psychologie et compréhension des personnages, des femmes surtout, n’était pas brillante.

Avec Aurora Floyd de Mary Elizabeth Braddon on est gâtées par sa compréhension de ses personnages, hommes comme femmes. L’auteure comprend comment ils fonctionnent et c’est un plaisir ! Ensuite, elle nous sert une belle analyse de la société, par petites touches discrètes mais ô combien révélatrices ! Et elle nous régale d’un humour fin et d’une belle écriture. Et enfin, si le secret est révélé aux deux tiers du roman, le suspense reste jusqu’à la fin du livre : sachant le secret, comment tous les personnages vont-ils réagir et se dépatouiller de la situation ? Le bien et l’amour vont-ils triompher d’autant plus qu’événements tragiques et rebondissements inextricables surviennent encore ?

Eh bien, je vais vous le dire… non mais sans blague, vous croyez vraiment que je vais vous le dire ?

William Thackeray, dont je n’ai lu que le trèèèès long Vanity Fair, dans lequel il montre son inexistante compréhension des femmes, dit de l’auteure Mary Elizabeth Braddon : "Si j’étais capable d’inventer des intrigues comme Miss Braddon, je serais le plus grand écrivain anglais." M. Thackeray, vous appelez cela un compliment ? Vous êtes bien un homme de votre temps ! Ce que vous auriez dû dire, c’est quelque chose comme : "Les intrigues de Miss Braddon font d’elle le plus grand écrivain anglais." Ah, mais que la supériorité d’une femme est inconcevable à certains hommes, à quasiment tous les hommes de l’époque de Mary Elizabeth Braddon ! Comme cela devait être frustrant pour des femmes brillantes comme l’auteure, de n’être qu’une femme qui écrit un roman comme on dirait d’elle qu’elle écrit sa liste de courses !

John Mellish a été heureux de sa naissance à ses trente-deux ans. Braddon le répète assez souvent. Insouciant, inconséquent, il a toujours vécu dans l’opulence, sans jamais avoir à s’inquiéter de choses matérielles ou immatérielles. Sa fortune est si grande, qu’il n’a pas besoin de tenir des comptes serrés pour l’économiser ou la faire perdurer. A-t-il eu des maîtresses avant de connaître Aurora ? ce n’est pas dit. Mais c’est plus que probable, Braddon ne dit pas non plus qu’il est niais. C’est un brave homme qui n’a jamais eu à se poser de question ni sur lui ni sur la vie. Sa vie est une évidence. Une pensée qui ne l’a jamais effleuré : se demander comment il se fait qu’il ait autant de privilèges : financiers (il a un immense domaine), naturels (il a une bonne santé et un physique correct) et, par-dessus tout, être un homme dans une société et un temps où les hommes sont au sommet de l’échelle sociale sans discussion possible.

John Mellish est à l’aise dans sa vie : il est né riche et propriétaire, de parents riches et propriétaire, il trouve cela tout à fait normal. Son intelligence moyenne l’empêche de s’en faire la remarque.

Aurora Floyd, bien que de richesse égale, évoluant dans la même société, est tout à fait différente. Son père est un riche banquier, certes, mais sa mère n’était qu’une actrice populaire, autrement dit, en tant que actrice de bas étage, venant d’un milieu pauvre, et femme, elle se trouvait au plus bas de l’échelle sociale. Aurora est belle, riche, intelligente, bonne, mais cela n’est pas une garantie de suivre le « droit chemin » que la société a tracé pour elle. D’une part parce qu’elle est, elle, Aurora, non pas une des représentantes de l’idéal de la femme tel que le souhaitent les hommes de sa société : douce, docile, future épouse et mère. D’autre part parce qu’elle a été élevée en liberté :

« Aurora, comme disait sa tante, avait grand besoin d’une personne accomplie et vigilante, qui aurait soin de discipliner cette plante pleine de sève qu’on avait laissée croître comme elle l’avait voulu depuis son enfance. Il fallait tailler le bel arbrisseau, l’émonder, l’attacher symétriquement aux murs de pierre de la société avec des clous cruels et des bandes de drap enchaînantes. »

Aurora n’est pas qu’une façade. Elle est une jeune femme qui a soif de vivre, d’expérimenter la vie. Et elle commet ce que la société appelle une erreur. C’était une erreur, mais pour elle seule. Elle s’en est d’ailleurs rendu compte très vite et s’en est éloignée. Elle en sera affectée toute sa vie dans sa chair et dans son cœur. N’est-ce pas suffisant ? Ce qui n’aurait dû être qu’une expérience de vie personnelle, devient un handicap à vie dans une société qui veut codifier, légiférer, dicter tous les actes privés jusqu’à ce qu’ils deviennent des blâmes entachant une vie entière. Pauvre Aurora qui s’accuse d’avoir commis une erreur alors qu’elle était de toute bonne foi et de tout bon cœur, qu’elle a été le jouet d’un misérable individu, et qu’elle a tenté de réparer ce qu’elle appelle sa faute, alors qu’elle n’a été que la victime. Comment une société peut-elle être si injuste qu’elle en vienne à blâmer une femme victime au lieu de son bourreau ?

Cette "erreur" aurait pu être commise par un John Mellish, un Talbot Bulstrode, leurs vies n’en auraient pas été entièrement affectées, elle leur auraient été pardonnée par la société, comme ce qu’elle est : une erreur de jeunesse, de jugement, une expérience de vie.

John Mellish est admirable. À mon avis, il représente ce que l’auteure Braddon aurait aimé que soient plus d’hommes de son vivant : son amour est sincère, touchant par qu’à la limite du pitoyable. Il accepte sa femme comme un cadeau immérité et surtout, il est compréhensif envers "son erreur" à tel point qu’il en rejette l’entière faute sur l’homme qui en est responsable.

Finalement, il me vient une petite idée : Mellish et Bulstrode, les deux personnages principaux masculins et bons ont des caractéristiques d’héroïnes féminines : ils sont capables d’un amour aveugle et inconditionnel d’amoureuse, ils sont compréhensifs et savent se remettre en question. C’est sans doute est-ce pour cela que je les ai aimés et que ça ne m’ait pas dérangée que les personnages féminins soient plus secondaires malgré le titre du livre ?

 

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Histoire de l'amour en poésie par Gabrielle Dubois

Brève histoire de l'amour en poésie
Brève histoire de l'amour en poésie

Brève histoire de l’amour en poésie par Gabrielle Dubois

 


Il y a 2 milliards d’années,
L’amour pullule chez les cellules :
« Cellule un dans son eau,
Cellule deux en même eau.
Deux cellules que c’est chaud,
Un organisme que c’est beau ! »

Il y a 2500 ans,
L’amour grec et antique, amour anacréontique
par Anacréon :
« L'Amour me donne des ailes légères,
Je m'élève jusques aux cieux,
Mais l'objet de mon ardeur
est insensible à mes feux. »

Il y a 900 ans,
L’amour troubadour
par Bernard de Ventadour,
« Hélas ! tant en croyais savoir
En amour, et si peu en sais.
Car j'aime sans y rien pouvoir
Celle dont jamais rien n'aurai. »

Il y a 160 ans,
L’amour romantique, amour emblématique,
par Théophile Gautier :
« À l'Idéal ouvre ton âme ;
Mets dans ton cœur beaucoup de ciel,
Aime une nue, aime une femme,
Mais aime ! C'est l'essentiel ! »

2017,
L’amour est informatique, émoticônique :
«  Brève histoire de l'amour en poésie ?
   Brève histoire de l'amour en poésie !  » 

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Théophile nous élève

Atkinson Grimshaw, London, Gabrielle Dubois
Atkinson Grimshaw, London, Gabrielle Dubois

Théophile Gautier, extrait de La belle Jenny :
« Déjà se balançait à l’horizon l’immense dais de vapeur toujours suspendu sur la ville de Londres. Les cottages et les maisons, d’abord disséminés, commençaient à former des masses plus compactes. Des ébauches de rue venaient s’embrancher sur la route. Les hautes cheminées de briques des usines, pareilles à des obélisques égyptiens, se dressaient au bord du ciel et dégorgeaient leurs flots noirs dans le brouillard gris. La flèche pointue de Trinity-Church, le clocher écrasé de Saint-Olave, la sombre tour de Saint-Sauveur avec ses quatre aiguilles, se mêlaient à cette forêt de tuyaux qu’elles dominaient de toute la supériorité d’une pensée céleste sur les choses et les intérêts terrestres. »
Voilà, entre autres, pourquoi j’admire Théophile Gautier. Cette description n’est-elle pas une merveille de construction ? On commence éparpillé au ras du sol et, subtilement, on se rassemble et on s’élève. Et moi, je m’incline bien bas devant Théophile.

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Le dernier roman de Gabrielle Dubois vient de paraître !

Les confessions d’une autographe
Les confessions d’une autographe

Présentation:

Gabrielle Dubois, au sujet de son dernier roman, Les confessions d’une autographe.



Dans ce troisième roman, je vous ferai découvrir une partie des mémoires de Maximilian von Lekkowski, romancier du dix-neuvième siècle, amusant et amuseur, léger et inconstant dans sa propre vie, semblant n’attacher d’importance à rien, sauf à aider et protéger le seul grand amour qu’il eût jamais connu, celui de Calixte et Marios, ses deux amis.
Grâce aux confessions de Mlle de Blanchecombe et celles des nombreux personnages qui gravitent autour d’elle, il va approfondir sa connaissance de l’âme féminine et, la poussant dans les retranchements les plus intimes de son cœur et de sa pudeur, il va pouvoir nous livrer tous les ressorts d’une grande histoire d’amour. Mais il y a toujours un risque, pour un écrivain, à vouloir se faire le confesseur de son sujet, qui est de trop s’attacher à lui...
Comme on regarderait attentivement dans ses moindres nuances une estampe à la loupe, au fil des confidences, on se fait, en même temps que Maximilian, de détails en détails, une image nette de cette autographie d’un amour.
Je vous laisserai donc entre les mains de Maximilian von Lekkowski.
Bon voyage !

 

 

EXTRAIT :


Tous droits réservés.

Chapitre 1
Le réfectoire de la deuxième chance

Le lycée Philippe le Bel, en plein cœur de Paris, sur les bancs duquel j’usais mes pantalons depuis un an déjà, avait pour élèves les rejetons de la crème de l’aristocratie française, ainsi que quelques-uns des noblesses européenne et prussienne, celle dont je faisais partie. Comme chacun sait, je suis le deuxième et dernier fils du baron Alexandre von Lekkowski. Le jour de la rentrée scolaire 1849, ce fut dans ce lycée que je rencontrai Marios Constantin pour la première fois.

Un an auparavant, après un séjour d’une année en Italie et en France avec ma tendre mère, séjour durant lequel j’avais été choyé et traité comme un prince que je pensais être, je n’étais guère désireux de rentrer chez nous, en Prusse, où m’attendait un père dont je n’étais pas le fils aîné, et un frère aîné étrangement acariâtre et méchamment ambitieux. Je dis étrangement, parce que ce frère, du point de vue du caractère, ne ressemblait en rien à nos parents, ni même à moi.
Le baron von Lekkowski mon père, passait la plus grande partie de son temps à la chasse, connaissant chaque bosquet de ses terres immenses, reconnaissant chaque cri d’animal à poils ou à plumes, capable de remonter la piste d’un gibier à l’empreinte laissée dans la neige fraîche, à la feuille froissée sur l’arbre à son passage. Si je me joignais à lui avec plaisir dès que je rentrais chez nous, je n’envisageais pas pour autant courir les bois à longueur d’année. Déjà un autre genre de chasse, en alcôve, avait ma préférence. Père aimait la nature.
À l’opposé de son mari, ma mère était une femme de salons. Musiciens, savants et écrivains formaient son petit cercle. Les deux conditions pour en faire partie, étaient d’avoir du talent et le goût du rire. Mère aimait rire.
Ils avaient l’un pour l’autre, non pas cet amour fou que l’on rencontre dans les romans et que je n’ai rencontré qu’une fois dans ma vie, mais l’affection et la tendresse que peuvent parfois se porter des époux de caractère doux, mariés par intérêt et qui, n’étant tombés amoureux ni dans le mariage, ni en dehors, prennent avec philosophie et bonheur le sort que la vie leur a réservé.

Après nos pérégrinations sous le doux soleil italien, j’obtins, par retour de courrier, l’autorisation de mon père de rester à Paris pour finir mes études et laissai mère s’en retourner chez nous. J’avais dix-sept ans. Oui, je sais, je n’étais pas bien en avance pour entrer en classe de seconde, mais ma scolarité avait été des plus décousues... nous y reviendrons.
Mon père loua donc pour moi un appartement petit, mais fort confortable, à l’hôtel des Trois Empereurs, place du Palais-Royal, mais il y mit plusieurs conditions. Je devais m’inscrire au lycée Philippe le Bel pour y suivre les cours, ma conduite devait y être irréprochable afin qu’il n’eût pas à demander à notre ambassadeur d’intervenir pour moi auprès des autorités françaises. Enfin, je devais lui envoyer, chaque trimestre, les félicitations de mes professeurs. Je remplis ces conditions. Je m’inscrivis dans ce lycée le plus prestigieux de la capitale, je n’y manquai aucun cours, n’y fis pas de grabuge. J’oubliais seulement de travailler les mathématiques et les sciences pour lesquelles je n’avais aucune affinité. Quant au français, latin et grec, qui étaient pourtant des langues que j’avais affectionnées jusqu’à ce jour, j’y consacrais si peu de temps, que je n’y brillais guère mieux. Par contre, à la fin de l’année, je dois avouer que j’excellais dans une matière jusqu’alors inconnue de moi, mais bien souvent caressée en rêves : les femmes et leurs douces langues qui, elles, étaient bien vivantes.
À bout de patience, mon père m’ordonna de rentrer à la maison dès la fin des cours. Entièrement dépendant de son bon vouloir financier, j’obéis. Si je voulais retourner à Paris pour le premier septembre suivant, je n’avais que quelques jours au mois d’août, si je décomptais l’aller et retour jusque chez nous, pour convaincre mon père. L’argument selon lequel j’étais devenu le jeune homme le plus fashionable de la capitale française, je le savais, serait à proscrire, quand bien même être à la pointe de la mode n’est pas donné au tout venant. C’est au contraire un exercice délicat qui nécessite un parfait équilibre entre les aptitudes innées qui sont de bonnes et belles dispositions physiques, et les acquises, qui sont de savoir devancer d’un soupçon les tendances mais sans trop, pour ne jamais, au grand jamais, frôler le ridicule, et rester simple et aimable en toutes circonstances. Ce dernier point est toujours celui par lequel pêchent les jeunes bellâtres qui affichent leur supériorité de don Juan blasé et par là-même, en deviennent détestables. Mais, bien évidemment, ce n’est pas à un père, tout bon qu’il fût, qui rentre crotté des pieds à la tête d’avoir battu la campagne et heureux d’avoir traqué la bête sauvage en compagnie de garde-chasse et d’une bande d’hommes des forêts, que l’on peut exposer ce genre d’évidences stylistiques, ô combien indispensables à la vie de patachon d’un jeune citadin.
J’avais aussi acquis, pendant cette douce année, une verve, une aptitude à fasciner mon auditoire par des mots choisis avec aisance et débités avec facilité. Je me rends compte aujourd’hui que mon public habituel était du genre féminin et facile, et ne demandait qu’à se laisser hypnotiser. Il faut dire que j’ai été gâté par la nature. Quand on a la taille svelte et les épaules bien développées, entretenues dans une salle d’arme, un visage fin et régulier, de beaux yeux bleus et les plus soyeuses boucles blondes, on a bien peu d’effort à fournir en matière de discours. Je n’étais pas aveugle sur moi-même au point de penser que ce genre d’atouts pouvait faire le poids face à tout le monde, et j’entends par là, mon père ou M. Dumollet, notre proviseur, homme à manier avec des pincettes.
Quelques mots ici sur M. Dumollet. Cet homme malingre au crâne ovoïde était un simple roturier sorti de nulle part, mais arrivé là certainement grâce à un entêtement hors du commun. Il avait une finesse d’esprit digne d’un prince de la plus grande lignée, mais des habitudes de bourgeois, ou devrais-je dire, de coucou suisse. Chaque premier jour des vacances, vous pouviez le voir à la gare, avec femme et enfants, partir dans sa belle-famille, à Saint-Malo. La veille, au détour d’un couloir ou en cour de récréation, il ne manquait pas d’entendre chanter, dans son dos, ce refrain populaire et joyeux :
« Bon voyage, monsieur Dumollet,
À Saint-Malo débarquez sans naufrage ! »
J’étais si convaincu d’être irrésistible, qu’avant de quitter le lycée, je mis à l’épreuve mes talents d’orateur alors que j’étais convoqué par le proviseur qui me tint à peu près ce discours :
- Lekkowski, je ne vous cache pas qu’à vous seul et ce, malgré les avertissements répétés de vos professeurs, vous avez été, cette année, pour tous nos élèves, un déplorable exemple. Non seulement vous n’avez pas travaillé, mais encore, vous avez dissipé plus d’un de vos camarades.
- Monsieur Dumollet, telle n’était pas mon intention, je vous présente mes humbles excuses.
- Elles arrivent bien tard.
- Mais pas trop tard ?
- Le résultat de votre conduite, jeune homme est que personne ici n’est content de vous et j’ose espérer que vous ne l’êtes pas vous-même.
- Bien sûr que non, monsieur. Mais il y a bien un professeur qui ne soit pas totalement insatisfait de moi ?
- Un seul, oui. Votre professeur de français qui vous a défendu mieux qu’un avocat ne l’aurait fait. Il prétend que vous en valez la peine. Mais nous ne le saurons pas, puisque vous n’allez pas vous réinscrire l’année prochaine, ce qui vous évitera la honte d’être renvoyé aujourd’hui-même.
J’affichais un air calme et détaché dont je me félicitais, mais intérieurement, je n’en menais pas large :
- Monsieur, je plaide coupable. Je n’ai effectivement pas travaillé et j’ai invité quelques-uns de mes camarades à des soirées.
- Ah ! Vous avouez enfin, Lekkowski ! Alors que je vous ai déjà convoqué deux fois dans ce bureau sans jamais obtenir de vous que vous fassiez amende honorable, ni même une quelconque amélioration de votre conduite.
- Coupable je le suis, certes, mais laissez-moi plaider ma cause auprès de vous, monsieur. Ce que vous m’avez dit jusqu’à présent est tout à fait juste. Aussi, je pense pouvoir attendre de vous, une fois que vous m’aurez écouté, la plus grande justice.
- Pourquoi pas ? J’ai dix minutes devant moi, nous sommes en juillet et j’ai moi aussi envie de me divertir un peu. Je vous écoute, dit-il, finaud, en s’adossant à son fauteuil et croisant ses mains sur son gilet.
- Je vous remercie, monsieur Dumollet. C’était mon choix d’étudier à Paris, capitale dont la pensée éclairée rayonne sur le monde. Père a eu la générosité de m’offrir son soutien financier pour que je puisse vivre ici, dans ce pays de progrès, de droit et d’équité. Fait que j’ai méprisé, pensez-vous, comme un enfant gâté. Ai-je gâché mon année ? Bien au contraire, monsieur, je puis vous l’assurer. Le remords me taraude quand je pense à cet extraordinaire privilège que j’ai pris comme un dû, alors que j’aurais dû le recevoir comme la récompense anticipée d’un mérite. Mais vous connaissez la jeunesse mieux qu’elle ne se connaît elle-même, monsieur Dumollet. Si j’ai appris une chose, c’est que je ne suis pas le genre d’homme à pouvoir vivre avec un remords et cela m’incitera, à l’avenir, à réfléchir avant d’agir afin de ne pas retomber dans les mêmes tourments.
- Vous pourriez être divertissant, Lekkowski, dit-il en réprimant un bâillement vrai ou feint, mais vous êtes à la limite de l’ennuyeux. Venez-en au fait, je vous prie.
S’il croyait me désarmer avec ces petits stratagèmes, il se trompait bien :
- J’y viens, monsieur. Loin de moi l’envie de vous faire bailler, je n’ai qu’un désir, vous faire juge de ma misère. Je plaide coupable d’avoir eu une trop grande confiance en mes capacités à vivre seul, loin de ma famille, loin de ma chère maman. Coupable d’avoir eu la faiblesse, pour pallier ce manque d’affection d’enfant exilé, de m’entourer d’élèves que, vous noterez monsieur, j’avais pris soin de ne choisir qu’en dernière année pensant qu’ils étaient capables de juger par eux-mêmes si soutenir la solitude d’un ami les détournerait ou non de leurs devoirs.
M. Dumollet sourit :
- Et vous pensez qu’un tel plaidoyer me suffira pour vous donner une deuxième chance, Lekkowski ?
- Je vois bien que non, monsieur et j’en comprends la raison : vous avez trop d’esprit pour qu’un élève, quand bien même il aurait mon potentiel, puisse influer sur votre décision. D’un autre côté, le fait que je n’ai pas atteint le niveau qui me permettrait de soutenir une conversation face à vous sans paraître trop ridicule, prouve bien que j’ai besoin, plus que quiconque, que vous me laissiez me réinscrire dans votre prestigieux établissement dont l’enseignement est le seul qui pourra faire de moi un être capable de raisonnement, tels que vous aimez en voir sortir, chaque année, du lycée Philippe le Bel.
- Je constate que tel le chat, vous avez l’art de retomber sur vos pattes, mais qu’attendez-vous de moi, exactement ?
- Autant de clémence que celle que mon père aura à mon égard, quand je vais rentrer chez nous, en août, pour subir ses récriminations justifiées et le supplier à genoux de me laisser finir mes études chez vous, monsieur Dumollet. J’ajoute que s’il y a une quelconque pénitence que vous jugiez nécessaire de m’infliger, je m’y soumettrai, ce ne serait que justice.
- Vous êtes intelligent, Lekkowski, aussi vais-je me montrer direct avec vous. Voici ce que je vous propose : si vous rameniez de chez monsieur votre père, non seulement de la clémence à votre égard, mais une contribution au réaménagement de notre réfectoire, je pense pouvoir vous garder une place jusqu’à la fin du mois d’août.
- Merci, mons...
- Attendez ! Je n’ai pas fini. À cela, j’ajoute une condition. Voyez-vous, des noceurs comme vous, qui pensent que la vie se résume à l’esthétique de la frisure d’une moustache ou à l’élégance avec laquelle ils portent un costume, des jeunes gens qui se considèrent des maîtres en rhétorique parce qu’ils ont su étourdir, par quelques vagues mots bien tournés, volés aux grands poètes, des femmes qui se seraient laissées séduire à moins ; des fils de bonne famille qui n’ont d’autre centre d’intérêt que les amusements légers, j’en ai vu passer. Ils ne guérissent pas.
- J’ai bien l’intention...
- Je ne veux rien savoir de votre vie en dehors d’ici, vous en êtes le maître. Mais ici, c’est moi, le maître. Le maître absolu. Le moindre manquement que ce soit, en cours, au travail donné ou à la discipline, et je vous mets dehors, monsieur von Lekkowski, tout baron que vous êtes et ce, même en cours d’année, alors que vos camarades eux, continueront à déjeuner dans le réfectoire flambant neuf que vous leur aurez offert.
- Bien sûr...
- Je vous arrête là ! Ne promettez rien, ne me servez plus aucun de vos piètres raisonnements. Nous nous reverrons peut-être le premier septembre, lors de mon discours de bienvenue, mais ce sera tout. Je ne veux plus jamais vous voir dans mon bureau, assis en face de moi sur cette chaise. Est-ce bien clair ? Si oui, saluez et sortez, monsieur von Lekkowski.
- Au revoir, monsieur Dumollet, lui dis-je.
Avant de passer la porte de son bureau, je lui lançai un joyeux :
- Bon voyage, monsieur Dumollet !
Le proviseur grommela en replongeant dans sa paperasserie administrative, mais son œil brillait, songeant certainement au nouveau réfectoire qu’il venait d’obtenir si facilement.

Pour mon père, que j’étudie là ou ailleurs ou pas du tout, n’avait aucune espèce d’importance. Il ne voyait pas l’intérêt de savoir le latin pour entrer dans l’armée, ce qui était mon destin depuis toujours. Alors que nous dînions en compagnie de ma mère, il s’exclama, un grand sourire aux lèvres :
- Très bien, Maximilian ! Serais-tu encore capable de porter un fusil ou tes muscles ont-ils fondu au point de ne pouvoir porter qu’une plume et un cahier ?
- Vous ne seriez pas mon père, répondis-je, vexé, que je vous aurais demandé réparation de cette injure !
- Tu as l’air bien sûr toi, l’étudiant ! Partons à la bécasse demain. Celui qui en ramène le plus décide de ton avenir.
- Père, je ne dis pas que je n’accepterais pas une mise à l’épreuve, ou que je manque de courage pour relever un défi, mais celui-ci est perdu d’avance pour moi. Je n’ai pas tiré depuis plus d’un an et la chasse est toute votre vie. Mais si c’est ce que vous demandez, je m’y plierai.
- Je n’ai jamais été injuste envers qui que ce soit, pas même envers un jeune blanc-bec dont la cravate est plus volumineuse que le jabot d’un coq !
L’air de rien, du plat de la main, je tentai d’aplatir ma cravate.
- Si tu ne veux plus que je décide de ton avenir, Maximilian, c’est donc que tu te penses supérieur à moi. Prouve-le moi !
- Que suggérez-vous, père ?
- Un duel.
- Alexandre ! s’écria ma mère, vous n’y pensez pas !
- Avec un gilet pour contenter la baronne, fils. Le premier qui touche au cœur a gagné.
- Même ainsi je vous l’interdis, messieurs ! Vous n’allez tout de même pas faire couler le sang pour une histoire de lycée !
- J’accepte, père, annonçai-je, en lui tendant la main qu’il serra.
- Prépare ton paquetage pour l’armée, fils !
- Préparez votre bourse pour mon inscription, père.
- Faites cela et je vous ôte ma tendresse à tous les deux, dit mère.
Père lui sourit et prit sa main :
- Nous verrons cela demain. En attendant, ma très chère, vous en aurez bien un peu pour moi ce soir, j’espère ?
Mère rougit et se leva :
- Des rustres, voilà ce que vous êtes ! s’exclama-t-elle, sans arriver à se fâcher vraiment.
Il m’en coûta une jolie estafilade au bras, mais je touchai père au cœur le premier. Il s’inclina et j’obtins une année de plus à Paris. Ce qui me surprit le plus lors de ce séjour chez moi, fut le soutien de mon frère, lui qui ne m’avait jamais montré qu’une fraternelle jalousie. Je ne comprendrai son objectif que trop tard. Insouciant et donc heureux, je reprenais ma route vers la France, sans savoir que cette rentrée 1849 me réservait un inestimable cadeau : un ami.

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Se mignoter

gabrielle dubois se mignoter
PIERRE-AUGUSTE COT Gabrielle Dubois roman amour

Se mignoter



Nombre de mots disparaissent des dictionnaires pour faire place à d’autres, nettement moins poétiques, à mon avis.
Mignoter. Voilà un joli verbe qu’il me plaît de savoir encore dans un dictionnaire. Pourvu qu’il ne disparaisse pas !

Définition Larousse 1922 : Mignoter : familier. Traiter délicatement ; mignoter un enfant.
Définition tirée de : Origine et formation de la langue française. par A. de Chevallet..., édition :  1853-1857. Mignot, mignote signifiait autrefois petit, délicat, mignon, gentil, joli. Il nous est resté le verbe mignoter, caresser comme on caresse un mignot (un charmant enfant), le dorloter…

Et voici Balzac qui l’emploie dans La belle Imperia :
« … Mais en voyant l’Imperia soucieuse, il s’approcha d’elle pour la mignardement enlasser dans ses bras et la mignoter à la façon des cardinaux, gens brimballant mieux que tous autres, voire même que les soudards… »
Mais peut-être sommes-nous devenus trop politiquement corrects aujourd’hui pour entendre Balzac nous raconter les ébats des cardinaux et de leurs maîtresses ! Si certains ne se mignotent plus, heureusement, dans les romans de Gabrielle Dubois, on se mignote encore… et plus !

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#roman #amour #aventure #gabrielle #dubois

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Ritz

Gabrielle Dubois meilleur roman 2016
Ritz Paris

 

 

La rénovation du Ritz à Paris vient de s’achever, et l’on parle partout de César Ritz.

 

Mais comment parler du Ritz de César sans parler de sa femme Marie et de son plus célèbre chef cuisinier et cofondateur Auguste Escoffier, tous deux conseillers techniques de César ? En 1896 quand commencèrent les travaux place Vendôme, César Ritz voulait Escoffier qui avait 2,5% des parts de la compagnie Hôtel Ritz ltd, et qui organisa le recrutement du personnel. Escoffier et Marie Ritz sélectionnèrent le matériel et les fournitures et passèrent au peigne fin tous les fournisseurs de Paris, d’Europe et au-delà. Marie trouva les tapis, tapisseries, brocards, soieries et linge ; elle étudia les grands maîtres des musées et des galeries pour créer une décoration de bon goût. Escoffier organisa bien sûr la cuisine, mais aussi la salle à laquelle il attachait un soin tout particulier en ce qui concernait les serveurs, vaisselles, cristallerie et argenterie. C’est au Ritz de Paris qu’Escoffier utilisa pour la première fois des plats plaqués argent pour le service à table. Il fit créer par Christofle à Paris des plats selon son idée dont le plat carré que Christofle baptisa : plat Escoffier.

 

Renseignements tirés du livre de Kenneth James.

 

Pour ce qui est de l’ambiance du Ritz, je vous conseille l’excellent livre L’usine de Gabrielle Dubois.

 

www.gabrielle-dubois.com

 

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Dimanche 05 Juin je serai au salon du livre de Pamiers

Dimanche 05 Juin je serai au salon du livre de Pamiers, cela promet d'être bien sympathique !

Voici l'adorable commentaire que les Appaméennes du livre ont publié sous ma photo:
" Gabrielle Dubois :
Parler d’amour avec les mots simples… nouer des brins d’érotisme mesuré, saisir chaque instant fragile d’un amour avant qu’il ne s’éclipse. Vivre. Vivre l’intensité à travers une lecture plus large qui peut se décliner comme s’inclinent les rougeurs sur les joues et qui fait naître la fièvre dans l’imaginaire."


Cela donne à rêver, non ?

 

gabrielle roman dubois
Salon livre Pamiers 2015 Brochure Gabrielle Dubois


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Les effarés, Arthur Rimbaud

roman gabrielle
Franz Xaver Simm

Les effarés, Arthur Rimbaud

L’une de mes toutes premières émotions poétiques :

Les effarés
de
Arthur Rimbaud

Noirs dans la neige et dans la brume,
Au grand soupirail qui s’allume,
Leurs culs en rond,

À genoux, cinq petits, misère !
Regardent le Boulanger faire
Le lourd pain blond.

Ils voient le fort bras blanc qui tourne
La pâte grise et qui l’enfourne
Dans un trou clair.

Ils écoutent le bon pain cuire.
Le Boulanger au gras sourire
Grogne un vieil air.

Ils sont blottis, pas un ne bouge,
Au souffle du soupirail rouge
Chaud comme un sein.

Quand pour quelque médianoche,
Façonné comme une brioche
On sort le pain,

Quand, sous les poutres enfumées,
Chantent les croûtes parfumées
Et les grillons,

Que ce trou chaud souffle la vie,
Ils ont leur âme si ravie
Sous leurs haillons,

Ils se ressentent si bien vivre,
Les pauvres Jésus pleins de givre,
Qu’ils sont là tous,

Collant leurs petits museaux roses
Au treillage, grognant des choses
Entre les trous,

Tout bêtes, faisant leurs prières
Et repliés vers ces lumières
Du ciel rouvert,

Si fort, qu’ils crèvent leur culotte
Et que leur chemise tremblote
Au vent d’hiver.

www.gabrielle-dubois.com   www.roman-amour.fr #gabrielleduboisromanciere

 

 

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Le Petit Moulin Rouge

Moulin Rouge
Sous les eucalyptus, un roman de Gabrielle Dubois

Le Petit Moulin Rouge,
Un article de Gabrielle Dubois



Louise Saint-Quentin, l’héroïne de Sous les eucalyptus, le roman d’amour de Gabrielle Dubois est « un bon-vivant », puisqu’il ne semble pas y avoir de féminin autorisé pour cet adjectif... passons ! Il était donc impensable pour moi que dans ce roman d’aventure, mon héroïne ne rencontrât pas le grand cuisinier Auguste Escoffier, qui officiait, au moment où l’action du roman se passe à Paris, en 1876, au Petit Moulin Rouge, restaurant réputé à l’époque (à ne pas confondre avec le cabaret du Moulin Rouge).
Afin de cerner un peu le personnage, j’ai lu Auguste Escoffier & César Ritz, Les Rois de l’Hôtellerie Moderne, un livre de Kenneth James aux éditions Pilote 24, dont voici un extrait :

« ... Auguste revint donc à Paris au printemps 1873 pour diriger la cuisine du Petit Moulin Rouge. Il connaissait bien l’héritage que lui laissait Ulysse Rahaut, le bruit et la chaleur de la cuisine, l’organisation du travail désordonné et le comportement rustre de la brigade. Il savait aussi comment le personnelle était commandé par les directives d’un matamore, par des ordres que Rahaut renforçait avec des coups et de invectives grossières. Alors qu’il n’était qu’un pauvre novice et souffrait dans le restaurant de son oncle, Auguste s’était promis d’améliorer les conditions de travail lorsqu’il dirigerait sa propre cuisine. Au cours de ses précédentes fonctions d’organisateur, il avait réfléchi à bien des changements et la transformation de la cuisine était sa priorité quand il prit les commandes de celle du Petit Moulin.
L’impact initial sur le personnel fut son style de direction : calme, contrôlé et percutant. Son premier changement dans l’équipe, peut-être le plus simple, se révéla efficace. Il modifia le nom de celui qui criait les commandes en cuisine : l’aboyeur devint l’annonceur, terme plus théâtrale. Auguste interdit à l’annonceur de crier : ainsi les cris cessèrent dans la cuisine de manière à pouvoir entendre les commandes. « Le coup de feu en cuisine, ce n’est pas la fin du monde », rappelait Auguste à son personnel. Ce changement ne résolut pas tout de suite les problèmes de mauvaise humeur et de comportement grossier puisqu’il ne s’attaquait pas à la cause du mal. Les cuisinières à charbon, portées au rouge pour la cuisson des rôtis à la broche, rendaient les cuisines terriblement étouffantes. Les cuisiniers y transpiraient énormément. La fumée et les vapeurs des feux desséchaient leurs gosiers. Boire souvent était indispensable et la bière avalée pendant les douze à quatorze heur d’une journée normale de travail aurait transformé le cuisinier le plus angélique en un vulgaire ivrogne.
Auguste supprima l’alcool en cuisine, et, sur avis médical, fournit une boisson composée d’eau et d’orge, disponible à tout moment. Progrès fantastique ; mais il restait tout de même vigilant. « Si un employé aux cuisines se permettait des écarts de paroles », soulignait un de ses collaborateurs dans ses dernières années, escoffier lui faisait un signe et lui disait : « Ici, vous êtes censé être poli ; tout autre comportement est contraire à notre manière de faire. »
Lui-même suivait rigoureusement ses propres règles et restait toujours poli avec son équipe et ses collègues. Quand il perdait patience, peut-être avec un cuisinier récalcitrant, il faisait un geste : il étirait le lobe de son oreille entre le pouce et l’index, tout en se frottant la joue, une habitude d’enfance. Il disait alors : « je sors un moment, je me sens devenir nerveux. » Il revenait peu après et discutait fermement mais calmement, avec le cuisinier.
Ses nouvelles fonctions lui permettaient d’établir des contacts étroits avec les clients du restaurant, princes, ducs, et les plus hautes personnalités sociales ou politiques, ainsi que les magnats de la finance. Il aurait pu étudier leurs goûts et leurs désirs et apprendre à leur plaire. Mais il ne le fit pas et comporta sur sa renommée.
Beaucoup de ses clients d’avant-guerre (1870) revinrent au restaurant, et non des moindres : le maréchal Mac Mahon, ou, pour lui donner son nom exact : Marie Edmond Patrice Maurice comte de Mac Mahon, duc de Magenta qui, le 24 mai 1873 remplaça Adolphe Thiers à la résidence de la république française... »

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Charles Worth et la « tournure »

#roman #amour
Gabrielle Dubois et la tournure

Charles Worth et la « tournure »,

 

 

 

un article de Gabrielle Dubois



La « tournure » occupe une jolie place dans le roman d’aventure SOUS LES EUCALYPTUS. Louise Saint-Quentin en porte... quand elle est habillée. Si j’avais écrit ce roman d’amour en étant une contemporaine des années 1880, je n’aurais pas eu besoin de quelques descriptions pour donner une idée au lecteur de ce que l’héroïne portait. Mais n’étant pas moi-même accoutumée aux chemises de batiste, corsets, surchemises, corsages, pantalons, jupons, tournures en métal ou en coussinets, jupes, traînes, j’ai dû me documenter, afin de pouvoir, avec la plus grande légèreté possible, habiller et déshabiller, dans le roman Sous les eucalyptus, une héroïne qui est particulièrement encline à l’amour... et à l’aventure !
Une partie de mes recherches s’est effectuée dans Une Histoire de la mode du XVIIIème au XXème siècle, Les collections du Kyoto Costume Institute, édition TASCHEN, dont voici un extrait :

« Dans la deuxième moitié du 19ème siècle, le perfectionnement du métier à tisser et des procédés de teinture permet de fabriquer toutes sortes de matières pour les jupes. La production s’envoile, car la crinoline nécessite d’énormes quantités de tissus. La tournure, qui sera bientôt  à la mode, est beaucoup moins ample, mais elle est tellement ornée de rubans et de volants qu’elle exige également beaucoup d’étoffe. Cet engouement est une bonne nouvelle pour les fabricants français, et notamment pour les soyeux de Lyon. Napoléon III soutien l’industrie textile dans le cadre de sa stratégie politique, à la grande satisfaction de la bourgeoisie. Des couturiers célèbres, notamment Charles Frederick Worth, utilisent des soies de Lyon, techniquement plus évoluées et d’un grand raffinement artistique. Du coup, Lyon retrouve sa place de principal fournisseur d’étoffe de la couture parisienne.
La tournure :
Dès la fin des années 1860, les jupes prennent du volume vers l’arrière tout en s’aplatissant nettement sur le devant. Un nouveau vêtement de dessous a été lancé sur le marché. Il s’appelle « tournure ». La tournure est coussinet rigide rembourré de différentes matières et se place sur le postérieur. La mode de la tournure dure jusque dans les années 1880, ne subissant que quelques changements mineurs. La silhouette de la robe des années 1880 est illustrée dans un tableau célèbre de Georges Seurat, Un dimanche après-midi à l’île de la Grande Jatte (1884-1886), the Art Institut of Chicago, qui représente des promeneurs anonymes à la campagne. On voit que la tournure est également portée dans les classes populaires. Au Japon, elle est appelée Rokumei-kan, d’après le nom d’un lieu de festivals et de galas qui a beaucoup contribué à l’occidentalisation de Tokyo à l’époque de la Restauration Meiji (1867-1912).
Après 1850, la plupart des robes se composent de deux pièces distinctes, un corsage et une jupe ; avec la fin du siècle, on assiste au retour des ornements et des détails. Les robes sont surchargées jusque dans leurs moindres replis de toutes sortes de détails compliqués qui finissent par engoncer totalement la silhouette. Seule exception à la règle, une robe d’une seule pièce laissant deviner les lignes du corps et créée au début des années 1870. Elle est baptisée « robe princesse » en l’honneur de la princesse Alexandra (1844-1925), future reine d’Angleterre.
Vers la fin du siècle, les coiffures de prédilection sont les chignons volumineux. Les coiffes, quasiment obligatoires tout au long du siècle se transforment en petits chapeaux à bords étroits qui laissent voir ces coiffures très élaborées. Les toques à bords presque invisibles deviennent très à la mode pour cette raison. »

Plus d’infos au MET >lien
Et retrouvez la haute couture parisienne dans le roman d’amour Sous les eucalyptus de Gabrielle Dubois

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