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La séquestrée, par Charlotte Perkins Gilman

La séquestrée, Charlotte Perkins Gilman, Gabrielle Dubois

La dépression, la folie, ne sont mes sujets de prédilection.
Alors, pourquoi ai-je achetée cette nouvelle, ce mini roman qui a pour titre La séquestrée ? Parce que la libraire me l’a conseillé… et elle a bien fait, ce livre est un chef-d’œuvre !

Charlotte Perkins Gilman s’est expliquée sur cette nouvelle angoissante dans le journal The Forerunner (Le Précurseur) créé par elle-même :

« Pourquoi j’ai écrit The yellow Wallpaper (La séquestrée)
« Bien des lecteurs m’ont posé cette question. Quand ce récit fut publié pour la première fois dans le New England Magazine vers 1981, un médecin de Boston protesta dans The Transcript :
‘Une telle histoire n’aurait jamais dû être écrite. Il y avait de quoi rendre n’importe qui fou.’
Un autre médecin (originaire du Kansas, je crois) écrivit pour dire que j’avais fait la description d’une folie naissante la plus convaincante qui soit, et demandait ― que je veuille bien l’excuser ― s’il s’agissait de moi-même ?
L’histoire de cette histoire, la voici :
Pendant des années, j’ai souffert d’une dépression nerveuse allant jusqu’à la mélancolie et au-delà. Au cours de la troisième année, environ, de cette maladie, j’allai, poussée par la confiance et un léger accès d’espoir, consulter le spécialiste des maladies nerveuses le plus célèbre de notre pays. Cet homme, si plein de sagesse, m’ordonna le lit. Cette cure de repos, à laquelle ma constitution encore solide répondit rapidement, le persuada que je n’étais pas vraiment malade ; aussi me renvoya-t-il à la maison, me conseillant solennellement de vivre autant que possible une vie casanière, de ne donner que deux heures par jour à la « vie intellectuelle », « de ne plus jamais toucher  ni à une plume, ni à un pinceau, ni à un crayon » tant que je vivrais. Nous étions en 1887.

Je rentrai chez moi et me conformai à ces instructions pendant près de trois mois ; c’est alors que je frôlai de si près la maladie mentale qu’il me semblait en avoir franchi les frontières. Alors, rassemblant les restes de mon intelligence, aidée par un ami avisé, je me libérai des conseils de ce médecin célèbre, et recommençai à travailler ― je retrouvai le travail, la vie normale de tout être humain. Le travail : cette joie, cet épanouissement, cette aide sans lesquels nous ne sommes que des misérables, des parasites ― et je finis par récupérer un semblant de forces.

Bien évidemment, je fus poussée à me réjouir d’avoir pu sauver ma peau et j’écrivis The yellow Wallpaper, avec ses transpositions et ses métamorphoses, pour exprimer enfin cet idéal de la création (même si je n’eus jamais d’hallucinations ou de réserves quant à ma décoration murale), et j’en envoyai une copie au médecin qi avait failli me rendre folle. Il ne m’en accusa jamais  réception.

Ce petit livre est ailé des aliénistes comme un bon spécimen de la littérature des malades. À ma connaissance, il a permis à une autre femme d’éviter un sort semblable, tant il a terrifié sa famille qui, du coup, lui a permis de reprendre une activité normale si bien qu’elle guérit.
Mais le résultat le plus satisfaisant, le voici : bien des années plus tard j’appris qu’après avoir lu The yellow Wallpaper le célèbre spécialiste en question avait changé sa méthode de soins pour guérir la neurasthénie.
Ce récit n’était pas destiné à rendre les gens fous, mais à les sauver d’une folie menaçante. Et ce fut une réussite ! »

L’histoire, écrite en 1881, est celle de tant de femmes qui ne pouvaient pas (ne peuvent toujours pas, dans tellement de pays à travers le monde) s’exprimer.
La narratrice nous parle directement, pendant les trois mois qu’elle passe dans une maison de location, pendant que leur propre maison est en travaux. Elle a un mari, apparemment attentionné et gentil, un bébé dont s’occupe une nourrice, une bonne. La narratrice avoue n’avoir à s’occuper que d’elle-même, c’est même ce que lui demande son mari, sauf que…
Sauf que la narratrice voudrait écrire, voudrait comprendre ce qu’elle veut, qui elle est, faire quelque chose, travailler, faire quelque chose de sa vie, lui donner un sens et cela la ronge.

Son mari, lui, croit sincèrement que sa femme n’est qu’une enfant, que la seule chose qui peut lui faire du bien, est de ne rien faire d’autre que des siestes, des promenades dans le jardin, bien se nourrir, ne surtout pas penser, ne pas écrire.
Confusément, la narratrice sent que là est le nœud du problème : qu’elle veuille penser, réfléchir par elle-même, trouver ce qui est bon pour elle. Mais elle est entourée par son mari et son frère, tous deux médecins respectés pour leur savoir, sa belle-sœur, qui se satisfait d’une vie oisive (effectivement, un oiseau chante agréablement, a un plumage plaisant à regarder mais il est en cage !).
L’auteure est née en 1860, a peu suivi l’école et de toute façon, quelle éducation était proposée aux filles en ce temps-là ? Aucune qui vous permette de vivre d’un travail décent ou reconnu éminent.
La narratrice tente bien de se comprendre pour se sortir de la dépression. Mais voilà, comment faire entendre à votre entourage que vous pensez pouvoir être autre chose qu’une mineure infantilisée, qu’un bel oiseau décoratif, quand votre entourage croit depuis tout temps qu’une femme est bel et bien une mineure, un bel oiseau décoratif ? Quand vous n’avez même pas l’éducation nécessaire qui vous aurait permis d’analyser votre situation et de trouver les mots pour l’expliquer, de prendre votre vie en main par le travail, de trouver l’énergie incroyable nécessaire à toute personne qui voudrait se mettre volontairement en marge de sa famille, de sa société, pour se sauver elle-même, pour exister ?
Le mari, qui représente les hommes de son temps, n’est pas complètement coupable. On lui a appris que la femme n’a pas de vie propre : la femme est une épouse dévouée à son mari, une mère consacrée à ses enfants, une femme de ménage soigneuse de sa maison. Pour tout cela on l’admire, la femme devrait s’en trouver heureuse. Mais voilà, quand elle ne l’est pas, le mari ne peut pas le comprendre. Qu’une femme veuille de l’indépendance heurte l’image que le mari s’est fait de lui-même et de la société qu’il a façonnée.
Oui, il est très difficile d’exiger son indépendance, de dire NON au rôle que vous attribue la société, dont l’un d’eux est la procréation. Et justement, la narratrice vient de mettre au monde un bébé qu’elle laisse aux soins de la nourrice. Qui peut l’aider dans cette dépression qui suit parfois l’accouchement ? Certainement pas son mari médecin qui ne sait soigner que les maux physiques et de toute façon, pour lui, les maux autres que physiques n’existent pas en dehors de l’esprit dérangé d’une femme hystérique.

Extrait :
« John se moque de moi, mais à quoi d’autre peut-on s’attendre dans un mariage ?
John est pragmatique à l’extrême. Il n’a aucune patience à l’égard de la foi, éprouve une répulsion intense envers la superstition, il se gausse ouvertement de tout ce qui n’est pas tangible, visible et traduisible en chiffres.
John est médecin, et c’est là, peut-être ― bien entendu, je ne le dirai jamais à âme qui vive mais après tout ceci n’est que du papier mort et l’écrire soulage mon esprit ―, la raison pour laquelle mon état ne s’améliore en rien.
Il ne croit pas que je suis malade, vous comprenez.

Alors que faire ?
Si un médecin de haut niveau, votre propre mari qui plus est, se porte garant auprès des mais et des membres de la famille que vous n’avez vrai ment rien― tout juste une simple dépression passagère, un léger penchant à l’hystérie ― que peut-on faire ?
Mon frère est médecin, lui aussi, d’un haut niveau également, et il dit la même chose.
Alors je fais mes séjours ici, je prends mes phosphates ou mes phosphites ― c’est l’un ou l’autre ―, mes fortifiants, du grand air, de l’exercice, mais il m’est absolument interdit de travailler jusqu’à ce que je sois guérie.
Personnellement, je n’approuve pas leurs idées.
Personnellement, je crois qu’un travail intéressant, qui me procurerait un changement et qui me stimulerait, me ferait du bien.
Mais que peut-on faire ?
Malgré eux, j’ai quand même réussi à écrire pendant quelque temps, mais il est vrai que cela m’épuise d’avoir à le faire si sournoisement, quand je n’ai pas à me heurter à leur pesante opposition.
Parfois, j’imagine que dans ma condition, si j’étais moins contrariée, si je rencontrais une stimulation plus grande… Mais John me dit que le pire est de réfléchir à mon état, et j’avoue que je me sens toujours mal dès que j’y pense. Alors j’y renonce… »

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Fais-moi ma dissert !

Gabrielle Dubois auteure femme

Hier, sur mon Instagram @gabrielleduboisthestoryteller, j’ai reçu un message privée d’une personne que je ne connaissais pas, à laquelle je n’étais pas abonnée et qui n’était pas abonnée à moi.

Attendez, avant de continuer mon histoire, je dois vous dire que je reçois une fois par semaine des messages privés d’hommes que je ne connais, messages que je refuse maintenant sans avoir même regardé de quoi il s’agit, parce qu’ils sont tous du genre :
« Hello sweetie ! » ou « Nice to meet you, beautiful ! »
Et, ne me demandez pas pourquoi, tous ces messages proviennent en majorité de gradés de l’armée américaine dans la cinquantaine et soixantaine, suivis de près par des médecins et autre cols blancs… d’après la photo de profil qu’ils présentent !
Pourquoi ces hommes semblent attirés par mon profil sur lequel je ne parle que de mes lectures d’auteurs du 19ème siècle, où je ne poste que des photos de livres ?
Comment voulez-vous que je le sache ! Je n’ai pas de temps à perdre avec ça, je les mets directement dans ma poubelle où ils doivent peut-être parler eux, je ne sais pas !

Donc, hier, j’ai reçu ce message privé venant manifestement d’une jeune fille. Avant d’ouvrir son message, je vais jeter un coup d’œil à sa page Instagram. Manifestement, c’est une mignonne lycéenne qui se présente avec ses amies, en tenue de sport, à la terrasse d’un café… un peu m’as-tu vue, mais c’est dans l’air du temps. Bref, tout ça me semblait bien inoffensif, donc, j’ouvre son message (Je vous transcris la conversation qui était en anglais) :

« Salut ! Grâce à votre hashtag #callmewoman, j'ai vu que vous avez lu le livre d'Ellen Kuzwayo. Je suis une lycéenne danoise et je dois faire un devoir avec ce livre. Mais je n'ai pas le temps de le lire. Si vous avez 10 minutes pour répondre rapidement à la question suivante, vous me sauveriez la vie ! Les questions sont les suivantes :
- Est-ce qu'Ellen Kuzwayo essaie de convaincre quelque chose dans le livre ?
- Comment essaie-t-elle de présenter certains problèmes ?
Merci pour votre aide »

Là, abasourdie par tant d’audace, j’éclate de rire !
J’ai effectivement lu ce témoignage incroyable et poignant et intéressant de Ellen Kuzwayo, le livre en français a pour titre Femme et Noire en Afrique du Sud et j’ai parlé sur www.gabrielle-dubois.com il y a un an.
Je relis le message : cette charmante lycéenne me demandait de lui faire son devoir, ni plus ni moins ! Il aurait donc fallu que je relise le livre pour répondre à ses questions, parce que depuis, beaucoup d’autres livres sont passés par-dessus.

Je lis à ma fille, 19 ans, étudiante, confinée à la maison pour cause de pandémie et je lui dis :
― Jamais, si Internet et les réseaux sociaux avaient existé quand j’étais au lycée, je n’aurais osé demander à une inconnue de faire mes devoirs à ma place ! Je n’en reviens pas ! Et d’un côté, j’admire cette audace, cette tranquillité naïve des jeunes d’aujourd’hui qui ne se gêne pas pour tout demander.
― Elle a eu une bonne idée, maman, me répond ma fille. Dommage que je ne l’ai pas eue quand j’étais au lycée. Elle a raison d’essayer, si ce n’est pas toi, je suis sûre qu’une personne répondra à ses questions !

Cela me donne à réfléchir. Cette lycéenne, de sexe féminin, manifestement métisse de Noir et de Blanc, a tout pour être intéressée par le sujet de ce livre. Il serait dommage qu’elle ne le lise pas. Alors je lui répond :

« Chère ***,
Jamais un message privé ne m’a fait autant rire ! Vous êtes trop mignonne !
J’ai deux enfants de 19 et 20 ans, alors, je ne me fâche pas de votre culot et je m’amuse de votre naïveté.
J’ai écrit ma critique de ce magnifique livre sur www.gabrielledubois.net en août dernier. Tu peux la lire, mais elle ne répond pas précisément à tes deux questions et… moi non plus, je n’ai pas le temps d’écrire ta dissertation sur ce livre, mais :
Je crois vraiment que tu devrais « prendre le temps » de le lire.
Au-delà du problème particulier de l’Afrique du Sud à l’époque où Ellen Kuzwayo y a vécu, son histoire de femme s’étend à l’histoire de toutes les femmes du monde, à ton histoire personnelle, toi, jeune fille du 21ème siècle qui, d’après ton profil Instagram que je viens de regarder rapidement, fait partie des « privilégiées » de ce monde. Je veux dire que tu sembles avoir accès à l’eau potable chaude et froide, être vêtue correctement, être libre de tes mouvements… et de tes pensées.
Lis ce livre, ***, fais-en une critique, réponds à ces deux questions. Peu importe si tu te trompes, si la note que le prof te donnera n’est pas à la hauteur de ton effort. Toi, tu auras utilisé ton cerveau pour le comprendre, ton cœur pour compatir à la cause des femmes qui est aussi la tienne, là où tu vis et maintenant. Quelle que soit la vie, le témoignage, l’histoire, il est important que ce soit enfin raconté par les femmes elles-mêmes et non raconté par les hommes.
Tu es plus qu’une jolie fille, ***, montre aussi ton cerveau et ton cœur.
Je suppose que je t’ai embêté comme un parent avec des idées de vieux, mais si tu lis cette phrase, c’est que tu es arrivée jusque-là et donc que tu as dû penser qu’il doit y avoir un fond de vérité dans ce que je viens de te dire !
Si tu te décidais à lire cet incroyable livre et à écrire ce que tu en penses, dis-le moi, cela me fera plaisir de te lire,
Tu peux le faire,
Gabrielle »

 

Et je clique : Envoyer !
On verra bien. *** se vexera-t-elle ? Jettera-t-elle mon message et basta ? Pensera-t-elle : « Quelle vieille schnock, on dirait mon prof ! »
Oh, euh, pour les jeunes qui me lisent, schnock veut dire vieil imbécile un peu fou. Je précise parce que mes enfants me disent toujours que j’emploi des mots qu’ils n’ont jamais entendu… j’ai tendance à penser que c’est parce qu’ils ne m’ont que peu écoutée, mais ça, c’est une autre histoire ! 😊

Une heure après ― *** devait être en cours ― une réponse m’arrive :
« Salut Gabrielle,
Merci pour votre gentille réponse. Je suis heureuse que mon message vous ait fait rire :-) Vous m'avez vraiment inspiré et motivé ! Je vais certainement essayer de trouver le temps de lire le livre ― je suis sûr qu'il est beau et touchant ! Et je vous remercie de m'avoir envoyé le lien vers votre critique du livre !
Je vous le ferai savoir si j'écris ce que j'en pense :-)
*** »

Moi :
« Eh bien, vous savez, c'est une femme noire qui vit dans l'apartheid... évidemment elle est totalement contre !
Vous êtes futée, ***, vous essayez de me faire répondre à vos questions ! Ok, je vous dis quelques trucs et vous lisez le livre.
Il me semble que dans la première partie du livre, Ellen Kuzwayo raconte sa jeunesse, avant l'apartheid. Ensuite, elle explique comment et quand l'apartheid a commencé. C'est facile et rapide à lire. Ensuite, elle raconte sa vie personnelle pendant l'apartheid et à l'âge adulte, mais sa vie personnelle est liée et influencée par l'apartheid.
Mais, autant que je me souvienne, parce que beaucoup de livres depuis, elle n'est pas contre les Blancs. Elle a un grand cœur et un grand esprit et elle voit au-delà de la question des Noirs et des Blancs, au-delà de la politique. Elle s'intéresse beaucoup et surtout à la condition des femmes. Car elle a observé que même si les Noirs obtenaient des droits égaux à ceux des Blancs, les femmes noires seraient toujours "en dessous" des hommes.  Si vous voulez en savoir plus, lisez également The Wrong Kind of Women de Naomi McDougall Jones qui est sorti il y a quelques semaines. Mon avis sur www.gabrielledubois.net

Faites-le, c'est passionnant et facile à lire !

Réponse de *** :
« Bon, on dirait qu'elle ne fait que décrire sa vie et la condition des femmes. Je vais aussi jeter un œil sur l'autre livre !
Mais merci beaucoup Gabrielle ! Je vous souhaite une très bonne journée, ️ ️
*** »

Alors, pourquoi je vous raconte cet échange de messages privés ? Pour trois raisons :

Tout d’abord pour vous dire que je trouve qu’Internet est formidable !
Alors oui, ma vieille maman ne voit que les dangers d’Internet et de ses réseaux sociaux et il y en a. Mais ni plus ni moins que dans la « vraie vie ». Les réseaux sociaux ne sont pas une entité à part, ils sont nous, les humains, ils ne reflètent que nous, les humains. À nous de nous efforcer, tout comme dans la « vraie vie », de s’y montrer respectueux et bons. À nous d’y neutraliser, comme dans la « vraie vie », les mauvaises actions ou les mauvaises personnes.
Je trouve que quand Internet peut servir à deux personnes de pays différents, de cultures différentes, de générations différentes, à communiquer entre elles, c’est merveilleux !
Car, non, je n’aurai certainement jamais plus aucun contact avec cette lycéenne qui n’a « pas la temps de lire » ! Même si elle ne lit pas le livre et se débrouille autrement pour faire son devoir ― ce qui, à mon avis, démontre qu’elle n’est pas en manque de ressources ! ― un jour où elle aura fait le tour des activités possibles coincées en confinement chez ses parents, ou peut-être dans dix ou vingt ans, même sans se souvenir de cette conversation, elle se mettra peut-être à lire ce livre ou à penser ou agir avec compréhension dans une certaine situation, parce qu’il y aura eu cette minuscule échange positif qui, parmi tant d’autres qu’elle aura dans sa vie, forgera ce qu’elle sera.
Comme le dit Ellen Kuzwayo :
« Une personne est une personne à travers une autre personne. Vous êtes ce que vous êtes grâce aux personnes qui vous sont proches. »
À chacun de nous de choisir ses proches et quelle petite partie de leur âme on laisse pénétrer la nôtre.

Ensuite, je vous ai raconté cette histoire pour vous dire : Lisez les femmes ! Pourquoi ?
Parce que : Le monde ne tourne pas rond ? Un microscopique virus ébranle le système politique et économique mis en place depuis des milliers d’années ? Quel autre système pourrait voir le jour pour remplacer celui-ci ? Je ne sais pas. Mais je crois qu’une solution plus humaine, plus compréhensive peut exister. Je crois que plus on s’imprégnera de la vision des femmes, plus on créera d’harmonie dans nos rapports hommes-femmes, dans nos rapports humains, plus on sera à même de créer, naturellement, un  autre monde, une autre façon de vivre et de gérer nos affaires.

Et parce que : avez-vous tant de choses à faire que ça, coincées en quarantaine dans vos maisons, que vous n’ayez le temps de lire les auteures femmes ?

Et enfin, je dois bien l’avouer, je suis un peu satisfaite de cette petite victoire personnelle : comme quoi, avec un peu de gentillesse et de compréhension, on peut arriver à de surprenants résultats. Comme quoi un bras de fer viril n’est pas toujours ― jamais même, oserais-je dire ― la solution.
Ceci dit, j’ai mes jours aussi… je ne suis qu’une humaine !

Allez, bises à toutes (et tous), portez-vous bien et… lisez !©
Gabrielle Dubois

PS : Le jour où j'ai pris la photo, il y avait un vent terrible... d'où mon très seyant casque de cheveux !

#auteure #ecrivaine #Gabrielle #Dubois #feminin #histoires #de #femmes

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Le visage du monde n'est pas le nôtre©

#Gabrielle #Dubois

Hier, je triais mes photos dans mon ordinateur. C’est-à-dire que je jetais les cinq cents… et quelques ! photos inintéressantes gardées depuis qu’on peut prendre autant de photos qu’on veut grâce au numérique sans que ça ne coûte rien ! Que celle ou celui qui n’a pas des centaines de photos à trier se fasse connaître !
Bref, là n’est pas le propos de ce blog post, si tant est que ce soit un propos !

Ce qui est bien, avec les photos, c’est qu’on n’y voit que les bons moments de notre vie. Je ne vous parlerai pas des moments les plus délicieux, ceux de ma vie privée avec mes enfants et mon mari, parce qu’ils ne vous intéresseraient pas. Si ? Vous voudriez bien voir mes photos privées ? Bon, d’accord !
Non, je blague ! Tant pis pour vous !

Bref, j’ai de la chance. Dans ma vie, j’ai vu la Tour Eiffel à Paris, Big Ben à Londres, La Kölner Dom en Allemagne, l’Alcazar à Séville, La Fontaine de Trevi à Rome. J’admire les anciens bâtiments autant que les anciens livres.
(Je précise que les quatre exemples ne sont pas exhaustifs, mais je n’ai pas voyagé partout ! Mais vous le verrez, mon propos est valable aussi, je crois, pour tous les continents.)
J’imagine, quand je les foule, ceux qui les ont foulés avant moi, ceux qui les ont construits.

Mais hier, en triant mes photos, pour me délasser d’un travail que je fais sur les écrivains femmes des siècles passées, je pensais : quelle beauté, quel art, quel maîtrise, quelle richesse ! Puis je me suis dit : oui, il en faut de la richesse, pour construire tous ces beaux bâtiments, symboles de la grandeur et de la puissance de l’ingénierie, de la politique, de la religion, de l’art.
Qui a donné la richesse nécessaire à bâtir les bâtiments qui sont l’image de notre monde ?
Les hommes riches et puissants.
Qui les a construit ?
Les hommes moins riches et moins puissants… mais ça, c’est une autre histoire !
Qui a fait tous ces hommes, nourris tous ces hommes, lavé, habillé, consolé, encouragé, diverti, aimé tous ces hommes ? Qui a porté leurs enfants ? nourris tous ces enfants, lavé, habillé, consolé, encouragé, diverti, aimé tous ces enfants ?
Les femmes.

Donc, ai-je humblement pensé, nous vivons dans un passé (et présent, d’ailleurs !) architectural masculin, nous lisons une littérature historique très majoritairement masculine, nous regardons des films américains dans le monde entier, films écrits et réalisés par qui ?
Réponse de Naomi McDougall Jones, dans The Wrong Kind of Women: Inside Our Revolution to Dismantle the Gods of Hollywood :
"Les hommes blancs ont créé 95% des images cinématographiques que nous avons vues dans les films américains de grande diffusion, ont pris toutes les micro-décisions liées aux plans, au cadrage, à l'éclairage, à la conception sonore des images cinématographiques que nous avons vues (depuis plus de soixante ans, note de Gabrielle Dubois). L'impact du cinéma et l'omniprésence de la perspective des hommes blancs pour le façonner sont si puissants que leur vision du monde a été normalisée au point d'être considérée comme le seul reflet fidèle, précis et exhaustif de la réalité. Ce n'est pas le cas. C'est un prisme étroit à travers lequel nous sommes tous obligés de regarder."

Nous vivons bien dans un monde d’hommes et il serait plus que temps que ce soient les femmes qui puissent le chanter.

Ma maman m’a dit hier : Oui, ok, tes théories… bon, mais… qui peut dire que ce sera mieux si ça change ?
Maman, ai-je répondu, pourquoi 50% des humains devraient-ils vivre dans un monde conçu et pensé (pensé ?) par les autres 50% ? Qui peut assurer que ce sera pire si ça change ?
Personne !
Personne ne peut dire ce que ça sera, car une Terre où femmes et hommes seraient non seulement égaux en droit mais où les femmes seraient aussi et surtout considérées égales dans l’opinion de tous, un tel monde n’a encore jamais existé. Il est aussi mystérieux et inimaginable que la vie (ou le néant, chacun sa croyance) après la mort.
Imaginer ce monde-là serait comme tenter de décrire notre Terre si les femmes avaient été considérées de tout temps comme les égales des hommes, avaient été considérées tout court.
Entrons dans la science-fiction historique jamais encore envisagée :

Les femmes auraient-elles construit une tour de fer de 324 mètres de hauteur pour l’Exposition universelle de Paris de 1889 ? Est-ce que prouver qu’on peut construire une tour plus haute que celle du voisin pour l’impressionner, est la conception que se seraient faite les femmes des rapports humains ?
Peut-être, peut-être pas.
Les femmes auraient-elles créé une cloche de 13,5 tonnes pour la hisser au la tour de l’horloge du Palais de Westminster, siège du Houses of Parliament à Londres, pour que les heures qui égrainent vie d’un peuple soient marquées par un pouvoir qui ne connaît pas leur vie… ou si peu ou si mal ?
Peut-être, peut-être pas.
Les femmes auraient-elles bâti une cathédrale géante qui monte vers le ciel pour… ? Pourquoi ? Pour que les hommes se prouvent qu’ils sont capables de toucher un ciel habité par un Dieu et de s’approprier ainsi un  peu de sa puissance, de son inaccessibilité, un peu de surhumain ?
Peut-être, peut-être pas.
Les femmes auraient-elles construit l'Alcazar de Séville, palais fortifié construit par de puissants califes musulmans en Espagne ? Auraient-elles fait en sorte qu’une poutre, à terre, à l’entrée de la salle du roi, oblige tous les visiteurs à baisser les yeux pour ne pas se casser la figure, et par là-même, courbent involontairement l’échine devant le roi des lieux ?
Peut-être, peut-être pas.
Les femmes auraient-elles imaginé et construit une fontaine de Trevi, au 18ème siècle, en style baroque ? Style qui se retrouve aussi bien en architecture qu’en peinture, musique, littérature. Qu’auraient été les arts, si les femmes avaient pu aussi y exprimer leur âme ? Auraient-elles été nulles, pareilles que les hommes ? Les femmes auraient-elles créé un autre monde ?
Peut-être et je dis : sûrement !

Mais ce silence en architecture, politique, religion, littérature, peinture, sculpture, musique, cinéma, qui a été imposé aux femmes, a construit le monde que nous connaissons.

N’êtes-vous pas curieuses de connaître un jour un monde à 50% féminin ?©

#Gabrielle #Dubois

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Isidora, par George Sand

Isidora, George Sand

Voici La Dame aux Camélias originelle ! Non pas celle écrite plus tard par Alexandre Dumas-fils qui avait lu l’Isidora de Sand, ni La Traviata de Verdi, non ! Nous avons ici la vraie Dame aux Camélias, pensée et écrite par une femme : George Sand.


Quelle est la différence ?

Le regard d’une femme sur les femmes.
Est-ce important ?
Oh, oui !
Pourquoi ?
Parce qui peut mieux comprendre une femme qu’une autre femme ? Dans Isodora, George Sand fait dire à son personnage Jacques : Je crois qu’Isodora en sait beaucoup plus que moi sur le sujet des femmes.
Personnellement, j’en suis sûre !

George Sand casse tous les codes créés par les hommes depuis des millénaires. Dans Isodora, elle montre que les femmes ne sont pas classables en deux catégories :
la femme pure qui est soit la jeune fille vierge, soit la mère et épouse,
la femme impure qui est soit la courtisane, soit la femme libre,
comme le dénonce Naomi McDougall Jones dans The wrong Kind of women, en 2020, soit 180 ans plus tard !

Isidora commence par les questions que se pose Jacques, l’un des trois personnages du livre. Jacques voudrait répondre à des questions qui n’ont jamais encore été posées telles que :
La femme est-elle ou n’est-elle pas l’égale de l’homme dans la pensée de Dieu ?
Mais Jacques reformule immédiatement sa question :
L’espèce humaine est-elle composée de deux êtres différents, l’homme et la femme ?
C’est aussi la question que se pose Germaine Greer dans La Femme Eunuque, en 1973, soit 130 ans plus tard !
George Sand aimerait bien pouvoir « régler les rapports de l’homme et de la femme dans la société, dans la famille, dans la politique. » En passant, son personnage Jacques égratigne auteurs, utopistes, métaphysiciens et poètes, tous hommes qui ont cavalièrement et lestement tranché ce problème en plaçant la femme soit trop haut soit trop bas. Autre question de Jacques, alias Sand :
Quelle sera l’éducation des enfants dans la République idéale ?
C’est-à-dire à qui sera confiée cette éducation ? à l’homme, à la femme, à la société ? dès quel âge ? jusqu’à quel âge ?
Jacques continue à se questionner :
« Il est convenu de dire que la femme a moins de capacités que l’homme (…) c’est un point très controversable. Qu’en savons-nous ? Leur éducation les détourne des études sérieuses, nos préjugés les leur interdisent… Ajoutez que nous avons des exemples du contraire. Quelle logique divine aurait donc présidé à la création d’un être si nécessaire à l’homme, si capable de gouverner et pourtant si inférieur à lui ? »

Tant de questions…
Dans le siècle de George Sand, des courtisanes pouvaient parfois être régénérées par l’amour d’un homme : elles devenaient de sages épouses, rentraient dans le rang. L’amour d’un homme lavait leurs péchés ; leur conduite de femmes repentantes jusqu’à la mort faisait d’elles des femmes presque fréquentables. Ainsi La Dame aux Camélias d’Alexandre Dumas fils et la Violette de la Traviata de Verdi sauvent-elles leurs âmes grâce à un homme.

L’Isidora de George Sand ne sera pas sauvée par un homme, mais par l’amitié d’une autre femme. Si tant est qu’elle doive être sauvée… parce que George Sand, femme, comprend les Isidora de ce monde, comprend que leur métier de courtisane découle en grande partie de la façon dont fonctionne la société… d’hommes.
Dans cette société, comment Alice, la jeune veuve marié tôt à un méchant mari et Isidora, personnage double mi-ange mi-démon, vont cheminer l’une vers l’autre, se comprendre. Entre elles deux, le pauvre Jacques, désireux de savourer un démon, mais rêvant d’un ange, aura bien du mal à comprendre les femmes. Pourtant, elles ne sont pas des êtres mystérieux. Il suffirait de les écouter raconter leurs propres histoires pour les comprendre et les aimer telles qu’elles sont.

Ô moderne, intelligente, clairvoyante George Sand !
Bien avant les féministes du 20ème siècle, bien avant les admirables femmes qui tentent encore, au 21ème siècle, d’obtenir une égalité entre les femmes et les hommes, telles les brillantes femmes de THE 51 FUND, maison de production de films écrits et réalisés par des femmes, toi, George Sand, tu n’as cessé de faire en sorte que les hommes ouvrent leurs yeux sur ce que sont les femmes : des humains divers et variés, avec leurs qualités et leurs défauts, leur histoire tue depuis la nuit des temps, leur capacité à être amies et à se soutenir entre elles.

Citation de George Sand :
« Le bonheur, dit-on, rend égoïste… Hélas ! ce bonheur réservé aux uns au détriment des autres doit rendre tel, en effet. Ô mon Dieu ! le bonheur partagé, celui qu’on trouverait en travaillant au bonheur de ses semblables, rendrait l’homme aussi grand que sa destinée sur la terre, aussi bon que vous-même ! »»

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The wrong Kind of Women, by Naomi McDougall-Jones

Ce livre est un état des lieux de l’industrie du film américain et particulièrement hollywoodien. En gros, ce n’est pas joli, vraiment, vraiment pas joli… et en particulier pour les femmes, qu’elles soient storyteller, réalisatrice ou actrices.

Pour amener le public à comprendre cette étude, Naomi commence par nous dévoiler, sans rien omettre, sa propre expérience en tant que jeune actrice sortie de la célèbre American Academy of Dramatic Arts : l’AADA.
Si vous croyez que sortir ―et déjà entrer !― de l’AADA est la voie royale pour Hollywood, eh bien, Naomi vous détrompe grandement ! C’est à ce moment que débute le livre, quand la jeune actrice essaye, comme des centaines de ses camarades, de décrocher, même pas un rôle ! seulement un casting.
Là, tout devient, glauque, sombre, voire, malheureusement, souvent sordide ! Bon, vous allez me dire, on connaît ça, les jeunes acteurs qui font la plonge dans un restaurant et vivent dans de petits appartements en colocation pour survivre en attendant de décrocher Le rôle. Mais rien de ce que vous avez pu voir, entendre ou lire ne vous prépare à cette plongée ethnographique au Purgatoire, comme l’appelle Naomi McDougall Jones.
Les filles, surtout, sont traitées comme du bétail. Pire : le bétail garde son cuir, les filles, elles, perdent souvent non seulement leurs vêtements , mais aussi leur dignité.

Bon, là, vous vous dites : Eh bien, qu’elles fassent un autre métier ! C’est aussi ce que je me suis dit.

Mais c’est là que le livre devient encore plus intéressant… parce que l’auteur est loin d’être bête et se pose des questions, dont la première :
‘Et si j’arrêtais de vouloir devenir à tout prix une actrice ?
Dois-je effacer les premières rides qui menacent ma jeunesse physique ?
Dois-je perdre quatre pounds ?
Suis-je trop rousse ? Trop grande ? Trop intelligente ?
Suis trop ceci, pas assez cela ?
Pourquoi mon amie actrice noire n’obtient-elle de rôle que quand elle prend un soi-disant accent noir ?
Pourquoi aucun producteur et distributeur ne font confiance à mon amie réalisatrice ?
Pourquoi les actrices ont moins de premiers rôles que les acteurs ?
Pourquoi les rôles féminins ont-ils si peu de texte par rapport au rôles masculins ?
Dois-je rentrer dans le moule ?’

Réponse des directeurs de casting, réalisateurs :
‘Ne pose pas de questions, ne fait pas de vagues, n’ouvre pas ta bouche et espère que ta carrière va décoller dans ce monde tel qu’il est : un monde hollywoodien aux mains d’hommes blancs.’

‘Bon, d’accord’, a dit Naomi MacDougall Jones…

Non ! Je blague !
Naomi a ouvert sa bouche, a dénoncé un système vicieux, a écrit un livre que je vous conseille grandement de lire.
Tout d’abord parce que, comme Naomi l’explique, l’impact du cinéma, des histoires racontées au cinéma a un énorme impact sur la représentation de la femme dans l’inconscient collectif, un énorme impact que la vision que chaque femme a d’elle-même, dans le monde.
Ensuite parce que la seule chose qui aidera les femmes à être considérées comme les égales des hommes, est d’être solidaires. Cela ne veut pas dire se fondre dans le même moule, avoir les mêmes idées politiques, artistiques ou autres. Au contraire, les femmes doivent être solidaires en gardant chacune leurs différences. Nous sommes plus qu’une secrétaire blonde et idiote, qu’une femme fatale brune, qu’une femme noire, grosse et agent de sécurité, qu’une femme indienne empêtrée dans la tradition, qu’une femme mexicaine sans carte de séjour.

Vous croyez que je vous ai révélé tout le livre ? Loin de là ! Certaines révélations sur les dessous du cinéma m’ont fait tomber à la renverse !
Naomi McDougall Jones veut nous aider à montrer notre diversité, notre existence, notre intelligence, notre variété de corps et d’esprit. Seule contre Hollywood elle a osé porter la parole des femmes, lisons son livre pour diffuser cette parole, notre parole.  
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Ça y est, je fais le grand saut !


J’ai toujours travaillé pour gagner ma vie et celle de mes enfants. Jusque-là, rien d’extraordinaire. J’ai un travail physiquement éreintant, qui nécessite de porter beaucoup de poids à bout de bras. L’arthrose a élu domicile dans toutes mes articulations. Depuis 15 ans, elle trouve mon corps très accueillant ! Moi, je me sens comme un automate en fer rouillé.
Il y a six ans, quand je me suis mise à écrire les romans qui envahissaient ma tête depuis toujours, j’ai donc dû les écrire la nuit, les dimanches après-midi après le travail, et à chaque heure que je pouvais grappiller de-ci de-là ! (cf Liberté, Histoires et Bonheur )
Bref, comme j’ai besoin de plus, que les quatre heures par nuit qui suffisaient à Napoléon ! en mars dernier j’ai pris une énorme décision. Alors que nous travaillions, mon mari et moi ― nous travaillons ensemble, nous avons créé notre petite entreprise, il y a seize ans. Je lui ai dit tout à coup :
- Chéri, à la fin de l’année, j’arrête !
En même temps, je n’avais pas trop le choix, le docteur venait de me dire que je perdrais mes bras si je continuais à travailler ainsi. Mais la décision était très difficile à prendre parce que je ne peux pas être remplacée. Cela impliquait donc la fermeture de notre entreprise. Par conséquent, mon mari se retrouverait lui aussi sans travail, alors que nos deux enfants font des études. Mais il a dit :
- Ok, tu ne peux de toute façon plus continuer à t’épuiser comme ça, physiquement et moralement.
N’est-il pas chouette, mon mari ?

Alors, nous y sommes presque. En début d’année prochaine, en 2020, mon mari part à la recherche d’un nouvel emploi et moi, je me consacre à mon écriture.
Nous allons devoir nous serrer la ceinture, ce n’est pas grave, j’ai de la réserve ! Mais je suis TERRIFIÉE parce que je me suis toujours promis de pourvoir aux études de mes enfants et je ne manquerai pas à la promesse que je me suis faite. S’il le faut, je trouverai un petit boulot pour joindre les deux bouts. Mais nous n’en sommes pas encore là !
En même temps, je suis EXCITÉE. parce qu’après avoir mis des années à surmonter les déboires de mon enfance, je vais enfin faire ce qui me plaît : raconter des histoires à plein temps.

Alors, depuis des semaines, je me sens toute bizarre. Je suis en coton. J’ai envie de rire et de pleurer en même temps, bref, je suis toute pleine d’émotions. Mais je n’ai pas vraiment peur, finalement. Je suis reconnaissante à la vie de m’offrir à vivre toutes ces émotions.

Le passé, il faut se pencher dessus pour comprendre son présent. Mais une fois que c’est fait : pfuit, à la mer ! Il faut avoir le courage de se jeter à l’eau et d’accoster des terres nouvelles. Je suis reconnaissante à la vie qui donne des secondes chances à tout âge.
Je suis reconnaissante à la vie de me donner des choix. Et je choisis de tenter de vivre de mon écriture, avec enthousiasme, avec assurance, car je sais une chose : il n’y a rien de pire que d’avoir des regrets.©


Gabrielle Dubois©
 

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Olivia, de Dorothy Bussy

Olivia par Olivia, Dorothy Bussy

C’est dans la première édition de 1949 que j’ai lu Olivia, par Olivia. J’ai cherché qui pouvait être cette Olivia et j’ai trouvé : Dorothy Bussy (1865-1960), Anglaise, publia trois œuvres, dont un seul roman, Olivia en 1949. Elle le fait publier sous le pseudonyme d’Olivia.
Ce roman a fait scandale à sa sortie. Pourquoi ? Parce qu’il est une autobiographie déguisée et que son sujet en est l’amour de l’auteure pour sa professeure.
Dans ce roman-autobiographie, Olivia, jeune Anglaise de seize ans, est envoyé poursuivre ses études dans un pensionnat français réputé. Deux femmes et amantes le dirigent : Mlle Julie, ― dans la vraie vie Marie Souvestre (1835-1905), Française ― et Mlle Cara.
Dès son arrivée dans ce petit pensionnat n’accueillant pas plus de trente-cinq adolescentes, Olivia tombe amoureuse de Mlle Julie qui ne semble pas indifférente à la jeune fille. Cet amour restera peut-être chaste, hormis quelques frôlements de mains et de rares embrassades. Mais qu’importe le flou, l’amour est là, réel, passionné.
Olivia j’y jette à cœur perdu, sans avoir la clé de ce qu’est cet amour. C’est son premier amour, il est violent, entier, beau. Olivia découvrira que c’est de l’amour, elle découvrira aussi la jalousie, l’égoïsme, la haine, tout ce qui vient à la traîne de l’amour ou ce qui le contrarie.
Si elle a aimé après, ce premier amour ne l’en aura pas moins marquée à vie.

« C’est pour moi qu’elle lisait. Pour moi, pour moi seule. Je le savais. Oui, moi seule pouvait comprendre. Moi, et nulle autre ! Et, de nouveau, par tout mon être, je goûtais cette sensation d’intimité totale, d’étroite communication, que les paroles, que les caresses même sont impuissantes à éveiller. J’étais avec elle, pour toujours ; j’étais près d’elle, à son côté, dans cette région infiniment belle, infiniment lointaine, dont le divin rayonnement répandait sur notre monde ténébreux et glacé la chaleur de la pitié, de la tendresse, du renoncement. »

Une très belle histoire d’amour, toute en nuance, où la littérature classique et la poésie, enseignées au pensionnat et lues à ses élèves par Mlle Julie, sont autant déclencheurs des élans du cœur, qu’apaisement des cœurs amoureux et malheureux.

Il y a un passage du livre qui m’a personnellement touchée. Une personne qui m’est chère, dans ma vie, a emprunté depuis des années un mauvais chemin, mauvais pour elle et pour sa famille. Je m’en suis rendu compte il y a des mois. Mais elle ne veut pas de mon aide et refuse de voir la réalité de sa situation en face. Elle court à la catastrophe, cela me brise le cœur, et mon impuissance me ronge. J’essaie de me faire à l’idée qu’on ne peut pas aider une personne malgré elle, malgré tour le désir qu’on en a. Chacun est responsable de ses choix et de sa vie. C’est pourquoi, quand j’ai lu le passage suivant, cela m’a aidé à accepter :
« La pauvre Mlle Cara n’avait été qu’une faible créature, égoïste et vaniteuse. C’est ainsi que je la jugeais. Elle s’était laissée dégrader par la souffrance ; elle n’avait pas su lutter contre la jalousie et le mauvais orgueil. Aurait-elle été capable de lutter ? Je n’en savais rien. Mais on pouvait lutter et je saurais lutter ! Ne suffisait-il pas, entre le bien et mal, de choisir le bien ? »

Les grandes auteures font du bien !©

Gabrielle Dubois

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Les auteurs femmes et l’automne, hommage de Gabrielle Dubois aux grandes poétesses et romancières

Jeanne Loiseau, poétesse, Automne

Épisode 3 :

Jeanne Loiseau (1860-1921) et son Paysage d'Octobre

« Octobre finit : dans l'allée,
La couronne de la forêt,
Jaunie et flétrie, est foulée
Sous le pied du passant distrait.

À cette parure enlaidie,
Dépouille des beaux jours défunts,
Par moments la brise tiédie
Vient dérober d'âcres parfums.

Dans la plaine, où flotte et se pose
Un touchant et dernier rayon,
Le laboureur grave dispose
La charrue au bout du sillon.
Sur un peuplier, malgré l'heure,
Des feuilles frémissent encor ;
Un soleil pâle les effleure,
Et l'on dirait un arbre d'or.

Les vignes courent, avalanches,
Du haut des coteaux jusqu'en bas,
Et dressent dans les brumes blanches
Leurs milliers de noirs échalas.

Au loin passe une silhouette
Au mouvement discret et lent :
C'est un chasseur, dont le chien guette
Le lièvre en son gîte tremblant.

Les prés, que l'humidité ronge
Et colore d'un brun sanguin,
Portent en ligne qui s'allonge
Les meules hautes du regain.

Et, comme une âme désolée,
Là-bas fuit dans le ciel profond
La silencieuse volée
Des hirondelles qui s'en vont. »

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Les auteurs femmes et l’automne, hommage de Gabrielle Dubois aux grandes poétesses et romancières

L'Automne, Marceline Desbordes-Valmore, poétesse

Épisode 2 :

Extrait de La Promenade d'Automne, de la grande poétesse Marceline Desbordes-Valmore (1786-1859)

« Te souvient-il, ô mon âme, ô ma vie,
D'un jour d'automne et pâle et languissant ?
Il semblait dire un adieu gémissant
Aux bois qu'il attristait de sa mélancolie.
Les oiseaux dans les airs ne chantaient plus l'espoir ;
Une froide rosée enveloppait leurs ailes,
Et, rappelant au nid leurs compagnes fidèles,
Sur des rameaux sans fleurs ils attendaient le soir.

 
Les troupeaux, à regret menés aux pâturages,
N'y trouvaient plus que des herbes sauvages ;
Et le pâtre, oubliant sa rustique chanson,
Partageait le silence et le deuil du vallon.
Rien ne charmait l'ennui de la nature.
La feuille qui perdait sa riante couleur,
Les coteaux dépouillés de leur verte parure,
Tout demandait au ciel un rayon de chaleur.

Seule, je m'éloignais d'une fête bruyante ;
Je fuyais tes regards, je cherchais ma raison :
Mais la langueur des champs, leur tristesse attrayante,
À ma langueur secrète ajoutaient leur poison.
Sans but et sans espoir suivant ma rêverie,
Je portais au hasard un pas timide et lent ;
L'Amour m'enveloppa de ton ombre chérie,
Et, malgré la saison, l'air me parut brûlant.

Je voulais, mais en vain, par un effort suprême,
En me sauvant de toi, me sauver de moi-même ;
Mon œil, voilé de pleurs, à la terre attaché,
Par un charme invincible en fut comme arraché.
À travers les brouillards, une image légère
Fit palpiter mon sein de tendresse et d'effroi ;
Le soleil reparaît, l'environne, l'éclaire,
Il entr'ouvre les cieux.... Tu parus devant moi.
Je n'osai te parler ; interdite, rêveuse,
Enchaînée et soumise à ce trouble enchanteur,
Je n'osai te parler : pourtant j'étais heureuse ;
Je devinai ton âme, et j'entendis mon cœur.

Mais quand ta main pressa ma main tremblante,
Quand un frisson léger fit tressaillir mon corps,
Quand mon front se couvrit d'une rougeur brûlante,
Dieu ! qu'est-ce donc que je sentis alors ?
J'oubliai de te fuir, j'oubliai de te craindre ;
Pour la première fois ta bouche osa se plaindre,
Ma douleur à la tienne osa se révéler,
Et mon âme vers toi fut près de s'exhaler.
Il m'en souvient ! T'en souvient-il, ma vie,
De ce tourment délicieux,
De ces mots arrachés à ta mélancolie :
« Ah ! si je souffre, on souffre aux cieux ! »

Des bois nul autre aveu ne troubla le silence.
Ce jour fut de nos jours le plus beau, le plus doux ;
Prêt à s'éteindre, enfin il s'arrêta sur nous,
Et sa fuite à mon cœur présagea ton absence :
L'âme du monde éclaira notre amour ;
Je vis ses derniers feux mourir sous un nuage ;
Et dans nos cœurs brisés, désunis sans retour,
Il n'en reste plus que l'image ! »

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L'Automne, George Sand

L'Automne, George Sand

Les auteurs femmes et l’automne, hommage de Gabrielle Dubois aux grandes poétesses et romancières

Épisode 1 :
Extrait de François le Champi de George Sand, offert par Gabrielle Dubois

« Nous revenions de la promenade, au clair de la lune, qui argentait faiblement les sentiers dans la campagne assombrie. C'était une soirée d'automne tiède et doucement voilée. Nous remarquions la sonorité de l'air dans cette saison et ce je ne sais quoi de mystérieux qui règne alors dans la nature. On dirait qu'à l'approche du lourd sommeil de l'hiver chaque être et chaque chose s'arrangent furtivement pour jouir d'un reste de vie et d'animation avant l'engourdissement fatal de la gelée. Et, comme s'ils voulaient tromper la marche du temps, comme s'ils craignaient d'être surpris et interrompus dans les derniers ébats de leur fête, les êtres et les choses de la nature procèdent sans bruit et sans activité apparente à leurs ivresses nocturnes. Les oiseaux font entendre des cris étouffés au lieu des joyeuses fanfares de l'été. L'insecte des sillons laisse échapper parfois une exclamation indiscrète. Mais tout aussitôt il s'interrompt et va rapidement porter son chant ou sa plainte à un autre point de rappel. Les plantes se hâtent d'exhaler un dernier parfum, d'autant plus suave qu'il est plus subtil et comme contenu. Les feuilles jaunissantes n'osent frémir au souffle de l'air et les troupeaux paissent en silence sans cris d'amour ou de combat

Nous marchions avec une certaine précaution. Un recueillement instinctif nous rendait muets et comme attentifs à la beauté adoucie de la nature, à l'harmonie enchanteresse de ses derniers accords, qui s'éteignaient dans un pianissimo insaisissable. L'automne est un andante mélancolique et gracieux qui prépare admirablement le solennel adagio de l'hiver. »

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Nord et Sud, Elizabeth Gaskell

Elizabeth Gaskell, Nord et Sud, Gabrielle Dubois

Qu’est-ce qu’un roman ? C’est Nord et Sud d’Elizabeth Gaskell !
Comment faire la critique d’un tel livre ? Par quel bout le prendre ? Il y a tant de choses, dans ce roman ! Allons, essayons !

Je lis en marquant avec des petits post-it jaunes les passages intéressants, poétiques, humoristiques, pleins de belle pensée ou positifs. Comment vous dire ? On ne voit plus la tranche des pages, elle est jaune de post-it ! Donc, je vais vous livrer mes réflexions en vrac !

Chaque être humain a une vision bien à lui de ce qu’il veut dans la vie. Il est normal que ces visions diverses diverges d’un être humain à l’autre. Aujourd’hui, et depuis la nuit des temps, il en résulte disputes et conflits. Patrons contre ouvriers, intellectuels contre manuels, enfants contre parents, anglicans contre catholiques, hommes contre femmes, société contre femmes, etc… Gaskell propose la discussion, la connaissance de l’autre qui entraîne la compréhension de l’autre pour apaiser les tensions. Attention ! Elle ne dit pas que ce soit la solution de tous les problèmes, ou encore moins qu’on doive adopter les idées des autres et se fondre tous dans un même moule, non. Elle dit seulement qu’en apprenant à connaître l’autre, on est plus enclin à la discussion raisonnée qu’au conflit enragé.

Ce roman se situe dans l’Angleterre industrialisée du milieu du 19ème siècle. Cette société est pleine de barrières, comme je viens de le dire. Gaskell les abolit subtilement :
* Le père de l’héroïne est un homme faible par certains côtés, ce qui force l’héroïne, Margaret à prendre en main la maison et la famille (sa mère malade, son frère en difficulté, son père qu’elle doit consoler et réconforter). La fille tient le rôle que la société dévolue au père. Et, oh ! surprise, elle s’en tire très bien ! Est-ce à dire que les femmes sont plus capables qu’on le pensait ?
* Le patron de manufacture, représenté par Thornton, n’est pas un homme inhumain, ambitieux et avide de pouvoir qui ne voit le bonheur que son chiffre d’affaire. Tous les patrons ne seraient-ils pas des hommes sans cœur ? De même que l’ouvrier représenté par Higgins n’est pas un homme sans cervelle et est capable de comprendre tout autant les ouvriers que le travail du patron.
* Thornton, le manufacturier orphelin de père, a dû quitter l’école tôt pour subvenir aux besoins de sa famille. Adulte, il décide de se remettre à l’étude des classiques et y prend un grand plaisir. La culture ne serait-elle pas le seul apanage des universitaires ?
* La cousine de Margaret, Edith, est une jeune femme qui vit comme se doit de vivre une femme de son temps et de sa classe : elle n’a d’intérêt que pour la parure, les dîners et le rang social. Mais un autre modèle de femme est possible : Margaret, qui a une tête et qui s’en sert, qui est indépendante et finira par l’imposer à tous, avec cœur et grâce.

La société enferme les êtres humains dans des schémas de vie et de pensée. Gaskell, libre comme l’air, les en sort :
* M. Higgins, l’ouvrier bourru, se montre très maternel,
* Margaret organise le départ de Helstone comme un homme,
* M. Thornton est tendre avec sa mère, comme le serait une fille.
Oh ! Que j’aime, comme Gaskell, prendre chaque individu pour ce qu’il est et non pour la case dans laquelle la société veut le ranger !

Et puis il y a les innombrables liens entre êtres humains, ces liens qui nous unissent et nous déchirent aussi souvent. Ces liens sont complexes et nécessiteraient une bien plus grande attention que ce que les hommes leur ont porté jusqu’ici. Ces liens nécessitent toute l’attention que leur porte Gaskell et ses consœurs auteurs femmes telle George Sand ou Betty Smith…
Et puis il y a les institutions par lesquelles on ne doit pas se laisser aveuglément guider, qu’elles soient :
*  religieuses, M. Hale, le pasteur, prendra le chemin que lui dicte sa conscience,
*  étatiques, Frederick désobéit à la Marine quand les supérieurs sont inhumains  ,
* ou même universitaires : certains professeurs oublient que l’intelligence peut se dénicher ailleurs qu’à l’université, comme ils oublient l’humilité.
Et puis il y a le pouvoir. Ce pouvoir tant convoité par tant d’hommes. Ce pouvoir que prend innocemment Margaret quand dès sa première rencontre avec Thornton, elle lui dit franchement ce qu’elle pense et l’oblige à se remettre en cause. Voilà un pouvoir utilisé à bon escient.

Il y a tout cela et beaucoup plus, dans ce roman.
Il y a des choses essentielles : de l’humilité, de l’amour, de la force, de l’intelligence. Il y a de l’élégance. Non pas une élégance ayant rapport à la mode, non. Il y a de l’élégance de cœur, de comportement. Il y a tout ce à quoi je voudrais tendre. Allez, au travail !

Mais ce n’est pas tout ! Il y a en plus une belle et bonne histoire, de l’humour de-ci de-là, une belle écriture. Gaskell, je vous aime !

PS : Pour ceux qui ont comparé ce roman au Germinal de Zola,
Gaskell est bien au-dessus de Zola ; sa vision de l’humanité est bien plus large ; elle n’a pas l’à priori de Zola qui montre basiquement l’ouvrier comme bon et le patron comme méchant. Pourvu que nous tendions vers la vision du monde plus compréhensive et apaisée de l'autrice Gaskell  que vers une vision d’opposition et de conflits à la Zola. Le futur est féminin!

 

Gabrielle Dubois ©
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Le baiser final, par Gabrielle Dubois©

Au siècle précédent, au millénaire précédent, dans les années 1970, quand j’étais enfant, il n’y avait qu’une seule télévision, qu’un seul écran dans la maison. Veuillez excuser cette précision. Elle peut être nécessaire à des jeunes de dix-huit et vingt ans comme mes enfants qui croient qu’Internet, les ordinateurs, les portables, les écrans de toutes sortes ont toujours existé pour un usage courant et familial !
Donc, nous avions une seule télévision dont l’accès, dans ma famille, était très strictement réglementé. Je n’ai eu droit à voir des grands films, que lorsque j’ai été adolescente et uniquement les samedis soirs seul jour où il n’y avait pas école le lendemain. Ah, mais quelle inhumanité parentale !
Et encore, n’étions-nous autorisées, mes sœurs et moi, à ne voir que des westerns des années 50 et 60. Un héros, le « gentil », dégommait un ou plusieurs méchant pendant une heure trente minutes, ce qui l’autorisait à embrasser la femme patiente et pure qui l’avait attendu tout ce temps.

Moi, les plans peu subtils du héros justicier, les plans machiavéliques des méchants, les coups de feu, tout cela m’indifférait. Non, moi, la seule chose qui m’intéressait dans tout ça, c’était l’histoire d’amour. La seule chose que j’attendais, c’était le baiser final qui effaçait, par la puissance de l’amour, toute les horreurs des hommes, mais…
Mais quand le gentil héros s’était débarrassé des méchants, mon père estimait que l’histoire était terminée. Alors il se levait. Il allumait la lumière du salon, que la nuit qu’on avait pas vue arriver avait plongé dans l’obscurité, et il passait devant l’écran de la télévision pour l’éteindre pendant le baiser final ! NOOOOON ! Une heure et demi de poussière des plaines de l’Ouest américain, une heure et demi de coups de feu, une heure et demi de crachats de chique, de regards mauvais et sournois, de vilenies masculines pour quoi ? Pour rien ! Le baiser était gâché par la lumière de l’ampoule électrique soudainement allumée et qui m’aveuglait au seul bon moment du film ! Et ça, c’était au mieux ! Au pire, la télévision était éteinte juste au moment où les amants se réunissaient, juste avant l’étreinte.

Alors… Alors, merci, papa. Oui, merci ! Grâce à la seule minute des films que j’attendais et que je manquais tant de fois à cause de ton impatience, j’ai développé mon imagination. Une fois dans mon lit, j’imaginais les histoires que j’aurais aimé voir.
Et dans mes histoires, certes, il y avait des méchants, tout comme dans la vie, mais ils n’avaient pas droit à plus de cinq minutes ! Certes, il y avait un beau héros mais il ne tenait pas le premier rôle ! Non ! Dans mes histoires, le héros était l’héroïne et l’amour et l’amitié étaient son moteur, le bonheur (pas au détriments des autres) était sa quête.

Héros, soufflez pour la dernière fois sur la fumée qui s’échappe de vos pistolets bien trop souvent utilisés ! S’il y a un feu à allumer, c’est celui de l’amour !

 Gabrielle Dubois

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La Nature exposée, Erri de Luca


Ce livre m’a été prêté par ma marraine qui l’avait beaucoup aimé. Ma marraine est croyante et catholique.

Ce roman est court mais dense. Ses phrases sont simples mais profondes. Il se lit en trois ou quatre heures mais c’est un long voyage. Il pèse trois fois rien, comme le balluchon d’un migrant. Mais il pèse sur votre conscience comme la misère humaine. Il est lourd d’érudition comme est lourd un bloc de marbre. Mais tel le tailleur de pierre qui, grâce à son ciseau, extrait une statue lumineuse du bloc de marbre, Erri de Luca, grâce à sa plume, couche sur le papier ses pensées pour éclairer un peu de votre vie en passant.
Le narrateur aime les hommes plus que le divin.
« Pour moi, les réfugiés sont des voyageurs d’infortune qui en ont trop eu à la fois. Ils tentent de s’en débarrasser avec le voyage. L’infortune est une gale à gratter. Nombre d’entre eux ne parviennent pas à s’en défaire, elle pèse lourd sur leur dos, elle les écrase. »

Je lis, je dépose quelques post-it, puis je tombe sur un post-it déposé par ma marraine sur lequel elle a écrit : « le pardon ». Je me penche plus attentivement sur le passage sous le post-it. Le narrateur, devant une statue de marbre de Jésus sur la croix, se l’imagine :
« Avait-il froid ? Il était sûrement parcouru de frissons, en perdant sa chaleur en même temps que son sang. Il avait soif à cause de l’hémorragie. Il avait de la résistance, il resta en vie plus longtemps que les deux autres.
Il avait quelque chose à dire : les pardonner, non pas les deux condamnés, mais tous les autres. Il demandait à la divinité d’absoudre les assassins. Et lui ? Il les avait absous, mais ça ne lui suffisait pas. Il devait obtenir le pardon suprême.
Sa requête, étouffée par sa faible respiration due à la position comprimée de son thorax, monta comme une vapeur.
Personne avant lui n’était allée jusqu’à la limite d’une telle requête : les pardonner. Ses mots élèvent sa mort au rang de sacrifice. Sans eux, la croix reste la poutre de supplice d’un innocent. »
Et je pense à ma marraine qui a dû tant s’interroger sur le pardon qui est si difficile à pratiquer.

Et je continue ma lecture :
« Il existe des livres qui font ressentir un amour plus intense que celui qu’on a connu, un courage plus grand que celui dont on fait preuve. C’est l’effet que doit produire l’art : il dépasse l’expérience personnelle, il fait atteindre des limites inconnues au corps, aux nerfs, au sang. »
Je suis bien d’accord !

« Au travail, le corps produit sa meilleure chaleur, celle qui tire son origine de l’intérieur. »
Oui, cela peut aussi s’appliquer au bonheur : celui qu’on tire de soi est celui qui nous réchauffe le plus.

Erri de Luca, toujours devant son crucifix de marbre, pense que Jésus « se cambre afin de voler la gorgée d’air nécessaire pour mourir. Dans une cabane, j’ai entendu une femme dire : « Ouvrez la fenêtre, sinon il ne meurt pas. » »
Cela me rappelle Les Saint-Charles de Molly Keane, que j’ai lu récemment. L’histoire se passe au début du 20ème siècle, en Irlande. Un personnage meurt et une femme ouvre grand la fenêtre pour que son âme puisse s’échapper du corps.
Je crois qu’Erri de Luca ne savait peut-être pas cela. Le mort n’a pas besoin d’une dernière bouffée d’air pour mourir, je crois plutôt qu’il a besoin de libérer son âme.

Il y a encore pas mal d’extrait que je pourrais vous citer. J’ai aimé cette histoire très originale de tailleur de pierre, de passeurs d’hommes.
Le narrateur vit de presque rien avec une économie de biens matériels et de voyages extravagants, qui fait honneur à la planète. Il compati à la douleur humaine, et donne même de sa personne pour la soulager un peu. Mais le narrateur ― qui semble être Erri de Luca dans la pensée ― garde précieusement son détachement d’ermite, libre d’attaches, libre de cœur. Il y a là une incompatibilité qui m’a laissé un peu chagrine.
Pour moi, se frotter aux humains, fonder une famille, avoir un petit cercle de vrais amis, c’est forcément une perte d’une partie de sa liberté individuelle. Mon temps ne m’appartient plus à cent pour cent, puisque je dois t’en consacrer une partie. Je dois constamment sortir de ma route pour t’aider sur la tienne… et vice-versa, c’est ce qui est formidable !

Gabrielle Dubois©

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Les Saint-Charles, de Molly Keane

Molly Keane


J’ai commencé ce livre sans savoir de quoi il s’agissait, et très peu engagée à le lire du fait de la couverture : un tableau de Meredith Frampton, Portrait of a young Woman ― laquelle jeune femme a l’air pincé, méprisant, coincé.

Bref, j’ai quand même ouvert ce livre, parce que j’étais en vacances à l’étranger, voir Ellen versus Warriors  et que c’était le seul des livres que j’avais emportés qu’il me restait à lire ! Je dois dire que les premières pages m’ont rebutée ― aucun d’eux n’est sympathique, empathique ou aimable. Ils sont méprisants, suffisants, bornés, inintéressants et je n’avais qu’une seule envie : refermer la porte de leur maison dans laquelle j’étais entrée pour les laisser entre eux, et ne plus jamais les revoir ! Mais quand on n’a qu’un seul livre à livre et qu’on adore lire…. On continue !
Pourtant, on n’aime pas ces personnages vils, imbus de leur personne, qui ne savent pas où ils vont et ne cherchent pas à le savoir ; des personnages qui ne supportent pas le bonheur des autres parce qu’ils sont incapables de faire le leur, qui espère que les autres soient malheureux pour qu’ils s’engluent à leur mal-être :
« J’eus la satisfaction de savoir qu’elle était moins heureuse et donc que j’avais plus d’importance. »

Puis, au fur et à mesure de la lecture, comme c’est bien fait et bien écrit, on finit par se laisser aller, bien que les personnages restent encrottés dans leur misérabilisme inactif :
« La raison pour laquelle je me plaît au désastre des autres, c’est parce qu’ils suscitent ma compréhension et ma sympathie comme ne le font jamais leurs réussites. »

Le père de l’héroïne se trouve immobilisé au lit, elle s’occupe de lui. Alors on pense : Ah ! Enfin un peu d’altruisme ! Mais elle pense :
« Tous les jours mon cœur était plus calme et réconforté grâce à l’importance que j’avais prise. »

La mère de l’héroïne doit faire des économie, soit, c’est louable. Sauf quand : « son objectif final était la pénitence pour tous. Elle voulait que tout le monde souffrît. »

Et cette pauvre héroïne que sa mère et elle-même trouvent trop grande et trop grosse. Toujours dans ses mesures d’économie, ― après avoir jeté l’argent par les fenêtres toute sa vie et sans jamais avoir eu aucune idée ni de la valeur de l’argent ni du prix de quoi que ce soit ― la mère décide de ne presque plus chauffer la maison. Je vous signale que l’histoire se passe en Irlande, pays que j’adore mais dont les hivers sont comment dire… humides et frais ! 😊 Aroon, la narratrice, tente de se rebiffer contre sa mère, mais : « À la façon dont ma mère me regardait, je devinais qu’elle mourait d’envie d’ajouter : les gros ne sentent pas le froid. »

Oui, la jeune Aroon a eu des parents qui n’auraient jamais dû être des parents. Oui, elle a un physique qui ne correspond pas aux critères de beauté de son temps. Oui, elle n’a pas été aimée.
Mais elle a ce que nous tous avons : le choix !
Alors qu’elle finit par pouvoir faire le bon choix pour elle : prendre sa liberté ; à mon avis, elle fait le mauvais : maintenir cet idéal idiot de bonne conduite qu’il en coûte sa dignité ou son bonheur :
"Nous avons gardé la tête au-dessus du murmure, étouffés en criant de désespoir seulement par l'exercice de la bonne conduite."

Pour moi, ce choix-là est un renoncement à la vie par faiblesse. Et j’ai beaucoup de mal à accepter un tel comportement, je vais vous dire pourquoi :
Une personne qui se refuse à voir la réalité en face et à affronter sa vie ne fait pas que se rendre malheureuse elle-même. Elle met aussi dans la souffrance les personnes autour d’elle. Soit on, par amour, on se sent obligé de l’aider à gérer sa vie, soit la façon qu’elle a de gérer sa vie impacte négativement sur son entourage.
Donc, non, définitivement, non, je n’ai pas aimé les personnages de Molly Keane, dont la jeune Aroon. Je n’ai du plaisir qu’à lire des histoires, vraies ou de fiction, sur des personnages qui s’élèvent et m’élèvent avec eux.

Alors, pourquoi ai-je finalement et malgré tout aimé ce livre ? La faute en revient au grand écrivain Molly Keane : son écriture est une merveille de subtilités distillées, de réflexions en apparence anodines mais qui en disent si long. Ah ! Si seulement l’éditeur français avait gardé le titre original Good Behaviour ! On aurait tout de suite su à quoi s’en tenir !
Et quand je vous dirai que c’est très facile à lire, vous n’aurez plus aucune excuse pour ne pas lire ce livre !©

Gabrielle Dubois

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Ellen versus warriors©, par Gabrielle Dubois

Colonne de la Victoire berlin

Au mois d’Août, j’ai passé une semaine à Berlin et Potsdam, en Allemagne, en famille.

Pendant ce séjour riche en visites historiques et culturelles, en moments de détente et de surprises, j’ai bien entendu trouvé le temps de lire. J’ai lu Call me Woman, de Ellen Kuzwayo. Ma critique ici.

Un jour, entre autres, nous avons vu La Colonne de la Victoire, un des symboles les plus connus de Berlin. Son socle carré, décoré de bas-reliefs, relate les guerres connues en Allemagne sous le terme de « guerres d'unification » (guerre des Duchés de 1864, guerre austro-prussienne de 1866 et guerre franco-prussienne de 1870). Voilà pour un très bref historique.
Ce qui m’a marqué étaient les bas-reliefs. Sur de puissants destriers, des héros gonflaient leur poitrine. De braves et courageux soldats tuaient des ennemis ou mouraient pour leur pays, ou les deux ! Morts, estropiés ou vivants, les lauriers de la reconnaissance et de la victoire étaient leur récompense.

Quoi ? Où sont les femmes, demandez-vous ?

Elles y étaient aussi, bien sûr… mais si peu ! Les femmes étaient : une mère qui offre bravement ses fils comme chair à canon, une femme qui laisse partir son mari l’assurant qu’elle prendra en charge les enfants et la ferme, une autre qui remet avec émotion et dévotion une couronne de laurier au valeureux soldat.
Vous êtes rassurés ? Pas moi !

Où est le bas-relief montrant la vie détruite de toutes les mères qui perdent leurs fils dans la fleur de l’âge et qui n’auront plus aucun support dans leurs vieux jours ?
Où est le bas-relief montrant toutes les jeunes femmes qui ne pourront ni trouver l’amour ni fonder une famille parce que les hommes sont morts ?
Où est le bas-relief montrant les femmes violées dans un camp comme dans l’autre ?
Où est le bas-relief montrant les femmes qui assument seules la charge des moyens d’existence de la famille dans des temps de guerre si difficile ?

Où est-il gravé dans la pierre, sur tous ces monuments de par le monde, que les hommes demandent pardon pour toutes ces vies détruites et promettent de ne plus recommencer ?

Nulle part !

Le soir, après la visite de ce monument que l’on retrouve dans mon pays comme dans tant de pays du monde, je me suis replongée dans le livre autobiographique d’Ellen Kuzwayo (1914-2006). Cette femme noire d’Afrique du Sud a passé sa vie remplie de tant de malheurs, à tout faire pour construire son pays au lieu de le détruire, à nouer des liens d’amitié et d’entraide entre les femmes et les hommes au lieu de fissures de haine.

Ce parallèle entre d’une part, les monuments célébrants les victoires ou rendant hommage aux morts dans les guerres, érigés par les hommes depuis des milliers d’années et d’autre part, des livres rendant compte d’actions ou de pensée positives de femmes intelligentes et bienveillantes, m’a donné à réfléchir.
Disons, depuis environ 2500 d’Histoire, les hommes régissent le monde et les femmes. Leurs traces sur cette Terre sont grandioses : monuments guerriers célébrant une puissance aveugle, châteaux de rois célébrant une grandeur bien éphémère. Bien sûr, on a aussi des poètes, mais certaines femmes aussi ont des âmes de poètes, seulement, peu d’entre elles ont pu l’exprimer. Alors, je me demande :

Et si, à compter d’aujourd’hui, nous laissions les femmes trouver un autre moyen de vivre pour les 2500 ans à venir ? Bon, admettons que le monde « va plus vite » depuis l’ère informatique et donnons aux femmes 1000 ans seulement.
Que feraient-elles de mieux ? demandez-vous ?
Elles pourraient nous surprendre en tentant de vivre ensemble et autrement. Ce monde d’hommes avides de pouvoir, qui se sont disputés depuis des milliers d’années pour être chef de familles, chef de clans, chef de pays, chef d’empires, chef du monde, a peut-être fait des femmes des êtres ayant plus de compréhension pour contrebalancer la dureté autour d’elles, qui sait ?

Ce projet est irréalisable, trop long, trop utopique, trop loin des vies impuissantes de la plupart de nous, me dites-vous ?
OK. Alors que diriez-vous de ceci :
La prochaine fois que vous visiterez un monument historique souvenez-vous que l’Histoire n’est pas que masculine. Les femmes ont vécu, souffert et sont mortes durant leurs guerres et longtemps après.
La prochaine fois que vous visiterez un château historique ou une résidence présidentielle souvenez-vous que la gloire n’en revient pas qu’à Louis XIV ou Abraham Lincoln. Les femmes n’ont pas eu leur mot à dire au sujet du système politique qui ne mettait sur les trônes que des hommes, réduisant les femmes à des mineures. Alors que, ne seraient-ils pas morts de faim si des femmes ne leur avaient pas préparé leurs repas ?
La prochaine fois que vous lirez Victor Hugo, demandez-vous pourquoi il a été et est encore plus connu et publié que la grande, l’intelligente, la bonne George Sand. Je vais vous le dire, pourquoi : du temps de Victor Hugo, les critiques de livres étaient des hommes. Ils ont encensé des hommes et on prend encore leur avis pour argent comptant.

Et les hommes, dans tout ça ? osez-vous demander, d’une petite voix.
Mais osez, osez, j’aime la discussion ! Les hommes ? Aimez-les, ils en ont tant besoin ! Mais restez vigilantes et gardez à l’esprit que vous êtes capables d’occuper pacifiquement 51% de nos sociétés.
Mais dans le fond, pourquoi le ferions-nous ? Certaines d’entre nous vivent très bien dans la place qu’il leur est octroyée dans leur société ?
Parce que décharger les hommes de la moitié de la responsabilité de notre avenir commun les soulagera certainement d’un grand poids et ils n’en seront que plus détendus ! C'est gagnant-gagnant !©

Gabrielle Dubois

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Femme et noire en Afrique du Sud, par Ellen Kuzwayo

Ellen Kuzwayo, Femme et noire en Afrique du Sud

« Cholofelo ga e tlhabise ditlhong. »

« Il n’y a pas de honte à espérer. »

 

Ellen Kuzwayo, femme noire Sud-Africaine, est née en 1914 et décédée en 2006 en Afrique du Sud. Toute sa vie, elle a œuvré et demandé, pour les femmes de son pays (et les hommes) :

Des droits pour les femmes noires égaux à ceux des hommes noirs et à ceux des femmes et des hommes blancs,

L’école pour les petites filles,
Un accès à toutes études supérieures,
Un accès à tous les métiers,
Une hygiène décente, etc…

Élevée dans la religion chrétienne, elle était croyante et tenait sa force de sa foi et des paroles de ses grands-parents, grand-mère et mère. Elle a eu une enfance heureuse, mais de très traumatisantes épreuves à l’âge adulte, accompagnés de bonheurs aussi, car elle n’a jamais, jamais baissé les bras. Son autobiographie, Call Me Woman (Femme et Noire en Afrique du Sud), publiée en 1985 alors que les principales lois de l'apartheid sont toujours en vigueur et qu’elle a 71 ans.

D’une part, Ellen Kuzwayo explique l’histoire de l’Afrique du Sud, des tribus africaines d’origine à l’Apartheid, en passant par les missionnaires chrétiens. Ces mélanges de cultures, ou plutôt ces coupures brutales d’un monde à un autre sont analysées par l’auteur avec clairvoyance et sans haine aucune. Chaque culture a ses défauts et ses qualités. Ellen aurait seulement aimé que chacun prenne le meilleur des différentes cultures. Mais ce n’est jamais le cas.

D’autre part, au-delà de l’Histoire du pays, elle nous présente les parcours des femmes noires, dont le sien. À cause de lois injustes, les hommes sont partis travailler dans les mines, les femmes sont restées seules dans les villages et les campagnes pour faire vivre les familles.
C’est aux femmes noires de son pays qu’Ellen a dédié sa vie. Femmes anonymes, courageuses, maltraitées par les lois, par les hommes noirs eux-mêmes, emprisonnées pour un morceau de pain volé pour leurs enfants ou une demande de droits égaux au moins à ceux des hommes noirs, emprisonnées et maltraitées même dès l’âge de douze ans, violées parce qu’elles osent créer un club de soutien aux femmes, accablées de charges et de travail alors même qu’elles sont considérées par la loi comme des mineures et qu’elles ont besoin de la signature du fils qui est à leur charge pour tout papier officiel !
Il faut lire ce livre pour comprendre le travail qu’ont fourni tant de femmes noires tout au long du 20ème siècle pour vivre, survivre, éduquer leurs enfants, dans un monde dirigé par les hommes et par l’Apartheid.

Je ne connaissais que très peu l’Afrique du Sud. Pour tout dire, à part Nelson Mandela, je n’aurais pas su nommer une seule personne de ce pays !
Et je lis ce livre, et ÇA M’ÉNERVE !
Encore une fois, où sont les femmes, dans les journaux, dans les manuels d’Histoire ?

Où sont Gladys,
Debra Nikiwe Matshoba,
Motena,
Phyllis Noluthando Mzaidume,
Matilda Papo,
Joyce Seroke,
Noniah Ramphomane,
Esther Seokelo,
Violet Sibusisiwe,
Winnie Motlalepule Monyatsi,
Minah Tembeka Soga,

Charlotte Manye Maxeke, qui disait : « Il faut tuer l’esprit du soi et ne pas vivre au-dessus des vôtres, mais avec les vôtres. En vous élevant, élevez les autres avec vous. Débarrassez-vous de cette affreuse bête tapie en chacun de nous, la jalousie. Tuez la jalousie et aimez vos frères et vos sœurs. »

Magdeline Sesedi,
Elisabeth Wolpert,
Winnie Nomzamo Madikizela-Mandela,
Phyllis Noluthando,
Ann Magadzi,
Bertha Maboko…,

Toutes ces femmes et d’autres ont monté des associations, créé des entreprises, bâti des écoles !
Toutes ces femmes et d’autres ont tout fait pour construire un pays au lieu de le détruire !
Toutes ces femmes et d’autres ont noué des liens d’amitié et d’entraide entre les femmes et les hommes au lieu de fissures de haine !
Où donc sont mentionnés leurs noms, à part dans de rares livres écrits par d’autres femmes et plutôt confidentiels ?

« Je le dis et le redirai tout au long de ce livre, la femme noire a trop longtemps souffert d’une double discrimination, en tant que femme et en tant que Noire. » Mais ces femmes sont pleines de ressources face à l’adversité. « Celles que la loi considérait comme des mineures se sont révélées de vaillantes héroïnes qui se sont battues contre vents et marées pour l’amour des leurs. »

Ce livre est le livre d’une héroïne : Ellen Kuzwayo, qui a survécu à un mari violent, à la séparation d’avec ses deux premiers fils alors qu’ils étaient en bas âge, à l’assignation de son fils loin des siens, à son propre emprisonnement sans motif ni jugement ; une femme qui a vu ses sœurs noires endurer les pires traitements. Malgré tout, Ellen a toujours gardé un espoir incroyable ; elle ne s’est jamais laissée envahir ni par le découragement ni par la haine.

« Itsose Moea Wa Me. » « Éveille mon âme. » C’est ce que Ellen Kuzwayo fait à chaque lecteur de son livre.

Gabrielle Dubois

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Le Lys de Brooklyn, de Betty Smith

Le lys de Brooklyn, Betty Smith


C’est le meilleur livre que j’ai lu cette année ! Romanciers mâles proclamés meilleurs romanciers de tous les temps par des critiques mâles, nommés dans les top 10 ou 20 des meilleurs romanciers, vous n’arrivez pas à la cheville d’un roman comme Le Lys de Brooklyn de Betty Smith, histoire extraordinaire de femmes extraordinaires d’une famille de Brooklyn !

Pourquoi ?
Mais parce qu’il y a tout ce qui fait un extraordinaire roman, dans ce Lys de Brooklyn !
Une histoire incroyable ou devrais-je dire, des histoires incroyables et pourtant vraies, fortes, poignantes, crues, chaleureuses, drôles, touchantes !
Des femmes fortes, intelligentes, modernes, aimantes, humaines.
Une écriture atypique et parfaite.
Les images de Brooklyn du début du 20ème siècle vous sautent aux yeux, violentes, douces, amères, nostalgiques.
Les personnages sont attachants. Qu’ils soient principaux ou secondaires, l’auteur montre leurs défauts mais aussi leurs qualités, si rares soient-elles, elles rendent chaque vie unique et indispensable.
Cela donne envie de lire, de se prendre en main, de lutter pour ceux qu’on aime, de remarquer la poésie qui nous entoure, de danser, de chanter, d’aimer, de vivre, de ne pas perdre une miette de vie !

Il m’a tant parlé, ce livre. Les rapports mère-fille sont si délicats et décisifs dans une vie.
Il m’a tant parlé, ce livre. L’Histoire faite et écrite par les hommes : chronologies sans fin des rois, présidents, lois, guerres, jusqu’à quand va-t-on accepter que ce soit là la seule vérité historique qui a le droit d’être mise en avant ? Suis-je moi parce que le président de mon pays est un homme ou un autre ? Non ! Cent fois, non !
Je suis moi, d’une part parce que ma mère était celle qu’elle était, ainsi que sa mère et sa grand-mère, d’autre part parce que j’ai décidé d’être moi, en rupture avec mes mères, grands-mères et arrières grands-mères et avec leur héritage.

Je trouve admirable de vivre en suivant son chemin tout en acceptant ceux des autres. Il y a une telle tolérance, dans ce livre. Mais une tolérance sans faiblesse, sans apitoiement, ni sur soi ni sur les autres. C’est ainsi qu’il faut tendre à vivre : comme les femmes de la famille Rommely du Lys de Brooklyn !

De l’importance de la compréhension de la langue :
La grand-mère Rommely, Autrichienne mariée à un Autrichien qui est le diable en personne, trouve un moyen très particulier de protéger ses filles contre les paroles violentes et blessantes de leur père. Alors qu’elle -même et son mari ne parlent que quelques mots d’anglais, elle ne parle qu’anglais avec ses filles :
« Elle s’était présentée à l’école que fréquentaient ses filles et, dans l’anglais haché dont elle était capable, avait prié la maîtresse d’inviter ses enfants à ne parler qu’anglais entre eux, de ne jamais tolérer de leur part une phrase allemande, même pas un mot. C’est ainsi qu’elle entendait les protéger contre leur père. »

De naître femme :
« Quand une de ses filles donnait naissance à une fille, Mary Rommely fondait en larmes, sachant bien qu’être une femme c’est être condamnée à une vie de privations et d’humilité. »

Être soi :
« Un complexe de toutes ces choses (note de Gabrielle Dubois : ses ascendants, son quartier, la bibliothèque, son frère, l’arbre dans la cour…) qui lui venait de ses lectures, de son goût d’observer la vie, au jour le jour, de quelque chose qui venait d’elle et d’elle seule, de quelque chose qui différait de ce qu’avait apporté en naissant n’importe quel membre de l’une ou de l’autre famille. C’était ce que Dieu, ou ce qui en tient lieu, d »pose en chacune des âmes à qui la vie est dispensée ; le tour particulier qui fait qu’il n’y a pas au monde deux empreintes digitales identiquement pareilles. »

Comment les femmes font croire aux hommes qu’ils sont des héros :
Katie accouche de Francie. Quarante-huit heures de travail, de douleur, de pleurs, de cris déchirants, de fatigue, de force. Johnny, son mari, ne peut supporter plus de quelques heures de souffrance de sa femme. Alors il quitte la maison, va se souler et dormir chez sa mère pour être dorloté comme un enfant. Quand il revient, douze heures après la naissance de l’enfant.
« Katie avait bien souffert. Pourquoi Johnny aurait-il à souffrir, lui qui n’était pas fait pour souffrir, tandis qu’elle, oui… Elle était faible, or, c’était lui qu’elle consolait, c’était elle qui lui disait de ne pas se faire de souci, qu’elle aurait soin de lui ! Johnny commençait à se sentir mieux. Il lui dit qu’après tout, c’était peu de chose, qu’il venait d’apprendre qu’un tas de maris avaient passé par là aussi. ‘Moi aussi, maintenant, dit-il, j’y ai passé ! À présent, je suis un homme ! »

Clairvoyance et obscurantisme :
Si on n'avait pas enseigné aux femmes qu'elles avaient besoin d'un mari, Katie n'aurait eu qu'à se soucier de son enfant et pas d'un mari en plus. Avec l'aide de ses mères, belle-mère et sœurs, elle s'en serait très bien tiré. Pourtant sa propre mère lui a mis en tête, comme la mienne, que les femmes étaient là pour prendre soin des hommes et même pour excuser les violeurs!
Malgré cela, c’est cette grand-mère qui, après la naissance se petite-fille va donner la clé à sa fille pour élever son enfant, c’est-à-dire, l’éduquer et l’élever au-dessus de leur propre condition. C’est admirable, cette notion innée de ce qui est juste et de la dignité. Cf le dialogue entre Katie et Mary Rommely après la naissance de Francie.

Oh, mon Dieu ! Cette critique est déjà trop longue, je dois m’arrêter là. Pourtant, il y a tant d’autres choses à dire sur ce livre remarquable !
Comme la discussion au sujet de la politique entre Katie et Johnny, chapitre XXIV. Bien entendu, j’approuve Katie à 100% !
Comme la discussion entre Francie et son père au sujet de la gratuité des cabs, chapitre XXV. Là, je suis bien d’accord avec Johnny : Français, prenez-en de la graine !
Je me suis reconnue dans Francie à la fin du chapitre XXVI.
Et la réflexion sur l’importance de l’éducation que se fait Katie chapitre XXVII, une véritable pierre précieuse !
Et les propos des hommes au bar chapitre XLI ! Ces hommes sûrs d’eux quand ils affirment qu’ils méritent bien quelques bières après le travail, eux ! Et que font leurs femmes, pendant ce temps ? Oh ! Trois fois rien… Elles font leurs journées de travail à l’usine ou des ménages, les courses, le ménage, la cuisine, les enfants… si peu de chose, pourquoi mériteraient-elles de se relaxer au bar devant une bonne bière ?
Et au chapitre XLVIII, cette belle envie de vivre de l’adolescente Francie, cette saine envie d’être consciente de vivre :
« Mon Dieu, faites que je sois quelque chose, à chaque instant de chacune des heures de ma vie. Faites que je sois gaie ; faites que je sois triste ; que j’ai froid ou chaud ; que j’ai faim… ou trop à manger ; que je sois en haillons ou mise avec élégance, que je sois sincère ou perfide ; loyale ou menteuse ; digne d’estime ou pécheresse. Mais faites que je sois quelque chose, à chaque instant ! Et quand je dors, faites que je ne cesse de rêver, afin que pas le moindre petit morceau de mon existence ne soit perdu ! »

Une chose est sûre, mon temps n’a pas été perdu à lire Betty Smith !

Gabrielle Dubois©

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Es-tu assez belle ?

Es-tu assez belle ?

Je ne vais pas à la plage cet été. Je ne vais jamais à la plage l’été. Je n’aime pas ça, pour toutes les raisons qui font que ceux qui y vont aiment ça : le soleil qui brûle, le sable dans le sandwich, l’eau froide, la glace qui fond sur les doigts, les vacanciers en maillots de bains, les serviettes de bain sur lesquelles on se tort le cou pour arriver péniblement à lire son livre et, aberration des aberrations : exposer au soleil une peau gluante d’écran solaire au lieu de se mettre à l’ombre fraîche d’un arbre !

J’aime la plage l’hiver, sous un ciel gris plombé, emmitouflée dans un pull de laine. Je sais, je suis une forte tête. J’assume.

Mais toi qui aime les torticolis, les frisbees, les bikinis, le clapotis, n’oublie pas de t’aimer aussi, s’il te plaît.
Parce que, d’après une enquête IFOP d’avril 2019 auprès de femmes européennes, seules 23% se trouvent assez jolies et 6% très jolies.

Quelques questions me viennent à l’esprit :
Pourquoi ce sondage n’a-t-il été fait qu’auprès des femmes ?
Les hommes ne se poseraient-ils pas la question ou n’auraient-ils pas à se la poser ?
Pourquoi les magazines féminins culpabilisent et stressent-ils encore les femmes, du premier janvier au 30 juin, en portant toute leur attention sur les régimes à faire pour glisser leurs corps si divers dans des maillots de bains trop petits ?
Pourquoi les femmes lisent-elles encore ces articles et s’inquiètent-elles encore du regard des autres ?
Pourquoi donc croient-elles encore que les hommes soient si parfaits qu’elles ne seront jamais assez belles pour eux ?

Les hommes, comme les femmes, rêvent peut-être d’un idéal de beauté. Mais l’idéal de beauté est différent pour chacun de nous, il n’est pas celui, seul et unique, des magazines.
Ce n’est pas parce que vous serez « plus belle » que votre voisine, que le nouveau voisin engagera la conversation avec vous, par-dessus votre haie mal taillée. C’est parce qu’il aura aimé votre « Bonjour ! » jovial, l’odeur de brûlé qui s’est un jour échappé de votre cuisine, votre sourire sympathique, votre timidité, votre humour, votre regard renfrogné sous votre gros bonnet de laine, vos yeux expressifs, vos ongles naturels, les piles de livres que vous ramenez chaque semaine de la bibliothèque… que sais-je encore ?

Oui, que sais-je encore ? Alors, je m’arrête d’écrire et je crie à mon mari qui est dans une autre pièce de la maison :
« Doudou, pourquoi es-tu tombé amoureux de moi ? »
Il arrive, tout penaud :
« Eh, bien, je ne sais pas, moi ! »
« Allez, réfléchis ! »
« Qu’est-ce que tu veux que je te dise ? Je ne sais pas dire ces choses-là… Parce que tu étais différente. »
Voilà, c’est tout.
Je n’étais pas plus belle qu’une autre selon un critère de mode, de siècle, de magazine ou d’Hollywood. Mes seins n’étaient ni gros ni ronds, mon nez n’était pas droit, ma chevelure n’était pas aussi abondante, brillante et lisse que dans une publicité. Mais j’étais différente. C’est-à-dire, j’étais celle qu’il trouvait faite pour lui.
À côté de moi, au même moment, aurait pu se trouver une créature idéale et hollywoodienne, cela n’y aurait rien changé. Un homme qui cherche un amour durable pour créer un foyer ne choisit pas le soleil immense et unique, il choisit le simple feu de bois.

Alors, sea, sex and sun, si tu aimes ça, tant mieux pour toi ! Profite de tes vacances sans t’encombrer l’humeur à te comparer à toutes les filles et femmes de la plage. Les femmes ne sont pas tes rivales, elles sont tes sœurs. Et si un Bachelor te demande de croire le contraire… éteins ta tablette ! Lève-toi de ta serviette de plage, prends tes imperfections et toutes tes qualités et va batifoler dans les vagues !

Quand j’avais vingt ans, j’étais mince, jolie… et malheureuse.
Aujourd’hui, j’ai cinquante-et-un ans. Je suis trop grosse selon les critères de beauté des magazines, j’ai un bras brûlé, des vergetures au ventre dues aux grossesses et certainement des rides, je ne sais pas, je dois changer mes lunettes bientôt ! Et je suis heureuse.
Le bonheur ne viendrait donc ni du physique, ni de la jeunesse, ni du bikini ? En voici une bonne nouvelle !
Gabrielle Dubois©
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Lettres scandinaves, Mary Wollstonecraft

Wollstonecraft, Gabrielle Dubois écrivain, roman historique

J’ai eu un peu de mal à entrer dans ces lettres scandinaves qui ne m’ont pas emportée au premier abord et j’ai compris pourquoi à la lettre XX : Mary Wollstonecraft manque de la liberté et de l’humour d’un Théophile Gautier ou d’un Alexandre Dumas quand ils écrivaient leurs propres récits de voyages. Cela est peut-être dû à la nature de MW, mais c’est aussi dû au fait qu’elle est une femme. Je m’explique :
Bien qu’elle eût déjà écrit The Vindication of the Rights of Women, MW, à ma très humble opinion, ne semble pas s’autoriser à s’épancher sur ses propres sentiments : ceux de l’amoureuse trahie mais toujours amoureuse, ceux de la mère qui aime tendrement son bébé. Sans doute pensait-elle que ce serait jugé comme de la « sentimentalité féminine » au sens le plus péjoratif et que cela nuirait au respect qui serait accordé à son travail d’écrivain.
Ensuite, elle ne fait pas là un voyage d’agrément ou d’aventurier curieux, comme ont pu les faire Gautier ou Dumas en Espagne ou en Russie, par exemple. Son voyage est au bénéfice de l’amant qui l’a trahie, pour qu’elle enquête sur la disparition d’un de ses bateaux marchands. MW a donc des impératifs de travail. Peut-être aussi espère-t-elle que son amant lui reviendra au vu du mal qu’elle s’est donné pour ses affaires ?
Enfin, elle part avec sa fille Fanny qui a à peine un an. Ce qui ne laisse pas la liberté d’esprit d’un voyageur homme, célibataire et sans entraves.

Mais peut-être MW s’est-elle empêchée de trop dévoiler son cœur par retenue si ce n’est par pudeur ? Veut-elle prouver qu’une femme est aussi intelligente qu’un homme et ce serait la raison qui la pousserait à ne s’autoriser que très, très peu d’humour ou de laisser-aller ? Ces lettres sont celles d’une femme intelligente, forte, toute en esprit mais avec un bon gros d’enfant qui peut être si facilement blessé, doublée d’un « enquêteur soucieux du bonheur des hommes, » plus que d’un touriste… et c’est tant mieux !
En tout cas, chaque lettre contient une pépite, telle la

Lettre I :
« Au cours du souper, mon hôte me dit que j’étais une femme d’observation, car je lui posais des questions d’homme. »

Lettre II :
Une remarque très fine sur la civilisation, l’imagination, les plaisirs et les sens, que je vous laisse découvrir.

Lettre III :

Une réflexion sur le tourisme que je me suis déjà faite :
Il y a deux ou trois ans, je suis allée à Rome. Je rêvais d’y aller depuis de nombreuses années, pour voir les tableaux dans les églises, les places magnifiques, les fontaines merveilleuses… Mais je dois dire que le nombre de touristes venus dans cette ville historique seulement parce que le vol en avion d’une compagnie low-cost leur permet de multiplier les destinations sans discernement, m’a complètement écœurée. Les rues étaient noires de monde qui prenaient des selfies pour prouver qu’ils étaient bien allés à Rome. Ces touristes ne semblent avoir pour but que de cocher une longue liste de destinations sans même apprécier l’architecture, l’histoire, les habitants ou leur cuisine.
MW exprime cela si bien et avec quelle juste intuition !
« Les voyages provoquent de nombreux questionnements utiles auxquels le voyageur n’aurait pas songé s’il avait eu pour seul objet de voir autant de choses que possible sans jamais se demander dans quel but. »

Lettre VI :

Un accueil extrêmement touchant des hôtes norvégiens qui révèle l’état d’esprit troublé de MW :
« La sollicitude me toucha plus qu’elle l’aurait fait si mes forces morales n’avaient pas été épuisées par plusieurs causes : une réflexion abondante, des méditations qui me conduisaient aux confins de la folie, et même une légère mélancolie qui flottait dans mon cœur du fait que j’avais quitté ma fille pour la première fois. »
MW avait laissé son enfant avec sa nounou en Suède, le temps d’aller en Norvège. On verra que sa fille lui manquera bien plus que cela. Mais cela amène le paragraphe suivant :
« Vous savez qu’en tant que femme je suis particulièrement attachée à elle (sa fille Fanny) : je ressens plus que la tendresse et l’inquiétude d’une mère lorsque je pense à l’état de dépendance et d’oppression dans lequel est maintenu son sexe. Je crains qu’elle ne soit forcée de sacrifier son cœur à ses principes, ou ses principes à son cœur. C’est d’une main tremblante que je cultiverai sa sensibilité, et que je chérirai la délicatesse de ses sentiments, de peur d’aiguiser, en prêtant à la rose ses premiers rougissements, les épines qui blesseront le sein que je souhaite tant protéger. Je crains d’épanouir son esprit, car cela pourrait la rendre inadaptée au monde dans lequel elle doit vivre. Malheureuse femme ! Quel triste destin que le tien ! »
C’est clairvoyant, déchirant, je n’ai rien à ajouter, à part que les dernières lignes de cette lettre, que je ne vous cite pas, sont pleine d’émotion et de sensibilité.

Lettre VII :

Une belle interrogation sur notre existence sur terre qui se termine par une phrase plus personnelle sur l’absence de l’être aimé.

Lettre VIII :

D’intelligentes réflexions sur l’établissement du pouvoir et la raison du peuple. Je ne peux pas tout vous citer, vous m’en voudriez de ne pas vous avoir laissé découvrir ces lettres par vous-mêmes !

Lettre IX :

MW ressent la poésie des paysages norvégiens, ils émeuvent son cœur sensible, mais elle n’en tire pas de poésie, même si elle cite Shakespeare, Milton, … Elle est penseuse, philosophe, mais ni poète ni romancière, du moins dans ces lettres. Mais on en a une « explication » à la fin de la lettre.

La lettre X :

confirme son caractère rigoureux dans son goût pour le pin majestueux et droit qu’elle préfère au hêtre poussant dans toutes les directions. MW est toute raison… et observation :
Elle est passionnante quand elle raconte comment vivent les Norvégiens d'un point de vue organisation politique, du roi au simple paysan ou pêcheur.
À la fin de la lettre, MW va de la tristesse à la joie, de manière si forte, que ce doit être difficile à vivre :
« Ah ! Laissez-moi être heureuse tant que je le peux ! … Je dois fuir la réflexion et trouver refuge loin du chagrin, dans une puissante imagination, seul réconfort d’un cœur sensible. »

Lettre XI :

Le troisième paragraphe est étonnant : Dans un bateau qui erre entre deux côtes, évitant de peu des rochers meurtriers, MW y médite sur « les progrès futurs du monde ». Il n’est pas étonnant qu'elle s'émeuve si facilement, alors qu'elle pleure sur les conditions de vie des hommes dans un million d'années !
« … je fus bouleversée par mes semblables qui n’étaient pas encore nés. »
La page suivante nous confirme que MW est vraiment tout esprit… vous verrez.

Lettre XIII :

Elle est particulièrement belle. MW s'épanche sur l'amour pour sa fille qui lui manque et l'amour perdu de Imlay qui l’a trompée et quittée. C'est très juste et très beau.
Il faut aussi se rappeler que MW voyage dans un pays inconnu dont elle ne sait pas la langue, et dont quasiment personne ne connaît la sienne, ou si peu de mots. Je connais ce sentiment de solitude qui peut être une épreuve. Une petite citation, pour le plaisir des belles citations :
« Le feu de mon imagination, que la campagne avait maintenu, fut presque étouffé par les pensées que m’inspiraient les maux accablant une si grande part de l’humanité. J’eus l’impression d’être un oiseau qui agitait ses ailes au sol, incapable de s’envoler, mais refusant de ramper tranquillement comme un reptile tant qu’il avait conscience d’avoir des ailes. »
Au-delà de la poésie, quelle douleur pour une femme de ressentir cela !

Lettre XIV :

« L’homme est ce mélange de faiblesse et de folie qui tour à tour doit susciter l’amour et le dégoût, l’admiration et le mépris. »
Mais MW dit : « J’ai besoin d’avoir foi en quelque chose ! » Alors, malgré tout, elle a foi en l’homme, mais pas en tous les hommes. À plusieurs reprises, MW revient sur les méfaits de l’alcool sur les hommes, sur l’ineptie d’un trop grand enrichissement personnel dans le seul but d’acquérir plus de biens matériels, et sur l’honnêteté douteuse des hommes politiques…
« Être un gredin sans se mettre soi-même en danger est un art qu’on porté à son plus haut degré de perfection l’homme d’État et l’escroc. »
Je suis assez d’accord avec elle !

La lettre XV :

Il y a un paragraphe de pensées magnifiques, bouleversantes, pessimistes aussi, qui lui sont inspirées par un pont de bois qui enjambe un torrent non loin d’un cascade. Je résiste à grand-peine à vous le citer dans son entier, mais voici la dernière ligne :
« Je tendais la main vers l’éternité, bondissant par-dessus ce point sombre qu’était ma vie à venir. »

Lettre XIX

Deux paragraphes sur les conditions des hommes et des femmes et leur interaction qui est très juste… féminisme…
« Toujours à rabâcher le même sujet, vous exclamerez-vous. Comment puis-je faire autrement quand la plupart des combats d’une vie riche en événements ont été occasionnés par l’oppression que subit mon sexe ? Les raisonnements sont profonds quand les sentiments sont intenses. »

Lettre XXII

MW est une voyageuse intelligente : on sent une progression dans son raisonnement et même change-t-elle d’avis sur certains points, ce qui montre que son esprit est bien ouvert, curieux, compréhensif et en perpétuelle évolution. MW réfléchit, réfléchit. Mais à un moment, sa servante, qui ne s’est pas fait autant de réflexions que MW, et qui n’a qu’une hâte, rentrer pour raconter son voyage, montrer les pièces étrangères qu’elle a collectionnées, parler des costumes que portaient les femmes, amène MW à conclure :
« Heureuse insouciance, oui , et vanité innocente et enviable, qui produisait une gaieté du cœur qui valait bien toute ma philosophie. »

Annexe de MW à ses lettres :
MW a observé des peuples aux mœurs différentes dues au climat, à la situation géographique, à leur Histoire personnelle, à leur organisation politique. Elle voit bien quels changements seraient profitables à ces pays, quelle direction ils devraient prendre pour atteindre plus de bonheur, de culture, de paix. Mais elle comprend aussi qu’on ne peut pas faire le bonheur d'un peuple brusquement et d'après sa propre conception du bonheur.
Je pense qu’un peuple est comme une personne : il ne peut trouver le bonheur qu’en lui-même. Rien ne sert de le bouleverser par la guerre ou par des lois trop rapidement mises en places qui ne suivraient pas l’évolution plus lente des générations. À bon entendeur, salut !

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Le plus grand espoir du monde©


Ma nièce et filleule vient de donner naissance à un adorable petit Antone.
Ce bébé est le premier d’une nouvelle génération dans notre famille. À l’heure où j’écris ce texte, Antone a deux jours d’existence. Il est tout petit, tout mignon, tout merveilleux, tout plein de mystère surtout. Qu’aimera-t-il ? Quel sera son caractère ? Quel enfant sera-t-il ? Quel adulte deviendra-t-il ? Nous n’avons qu’une seule certitude : Antone fait partie des bébés chanceux qui reçoivent tout l’amour et l’attention qui leur sont dus.
Cette naissance, qui a fait de moi une grand-tante toute émue, m’a donné à réfléchir. Alors que nous sommes parait-il si nombreux, nous avons les moyens de choisir ou non de mettre au monde un nouvel être humain. Pourquoi faisons-nous des enfants ? Pourquoi en ai-je fait deux il y a une vingtaine d’années ?
Est-ce l’animal en nous qui nous commande de nous reproduire pour préserver l’espèce ? Peut-être. De même que le nouveau-né trouve le moyen de manifester sa faim pour être rassasié ou son inconfort pour être lavé et changé, nous avons encore des instincts qui nous rappellent comment vivre. Et peut-être devrions-nous les écouter plus souvent, mais ça, c’est un autre sujet…

Mais il y a bien autre chose, non ? Qu’a-t-elle de plus que l’instinct de reproduction, cette naissance d’un bébé humain attendue avec espoir et fébrilité ?
Elle est unique parce que chaque nouveau-né est unique. Il n’est pas un chien parmi les chiens, ni une fleur parmi les fleurs. Un enfant n’est pas la reproduction d’un autre humain. Un enfant est autre, un enfant est neuf.
On le désire, on l’attend, on l’espère, on le fête parce qu’on a foi en sa capacité d’aimer, de créer, d’innover. On a l’espoir qu’il agisse pour lui et pour les autres mieux que ce que nous avons fait. Surtout, on a tant d’amour à donner.

Donner naissance à un nouvel être humain, ce n’est que produire des pages blanches. Un nouveau-né est la lettre majuscule et enluminée de la première phrase d’une histoire inédite, inimaginable. Il est les points d’exclamation de l’émerveillement, il est les points d’interrogation de la surprise. Un nouveau-né est l’auteur d’un nouveau roman qu’on lira au fur et à mesure de sa vie. L’enfant nouveau aura la liberté d’écrire l’histoire à  sa façon et ceux qui l’ont mis au monde n’auront sur lui que l’impact qu’il les laissera avoir.

Le nouveau-né est une création aléatoire, incontrôlable et merveilleuse. Il représente notre foi en l’être humain, malgré tous ses défauts et toutes ses fautes. Le nouveau-né est l’espoir d’un monde meilleur et d’un amour plus grand.
Bienvenue, Antone !

Gabrielle Dubois   

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Histoire de l'amour en poésie par Gabrielle Dubois

Brève histoire de l'amour en poésie
Brève histoire de l'amour en poésie

Brève histoire de l’amour en poésie par Gabrielle Dubois

 


Il y a 2 milliards d’années,
L’amour pullule chez les cellules :
« Cellule un dans son eau,
Cellule deux en même eau.
Deux cellules que c’est chaud,
Un organisme que c’est beau ! »

Il y a 2500 ans,
L’amour grec et antique, amour anacréontique
par Anacréon :
« L'Amour me donne des ailes légères,
Je m'élève jusques aux cieux,
Mais l'objet de mon ardeur
est insensible à mes feux. »

Il y a 900 ans,
L’amour troubadour
par Bernard de Ventadour,
« Hélas ! tant en croyais savoir
En amour, et si peu en sais.
Car j'aime sans y rien pouvoir
Celle dont jamais rien n'aurai. »

Il y a 160 ans,
L’amour romantique, amour emblématique,
par Théophile Gautier :
« À l'Idéal ouvre ton âme ;
Mets dans ton cœur beaucoup de ciel,
Aime une nue, aime une femme,
Mais aime ! C'est l'essentiel ! »

2017,
L’amour est informatique, émoticônique :
«  Brève histoire de l'amour en poésie ?
   Brève histoire de l'amour en poésie !  » 

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Théophile nous élève

Atkinson Grimshaw, London, Gabrielle Dubois
Atkinson Grimshaw, London, Gabrielle Dubois

Théophile Gautier, extrait de La belle Jenny :
« Déjà se balançait à l’horizon l’immense dais de vapeur toujours suspendu sur la ville de Londres. Les cottages et les maisons, d’abord disséminés, commençaient à former des masses plus compactes. Des ébauches de rue venaient s’embrancher sur la route. Les hautes cheminées de briques des usines, pareilles à des obélisques égyptiens, se dressaient au bord du ciel et dégorgeaient leurs flots noirs dans le brouillard gris. La flèche pointue de Trinity-Church, le clocher écrasé de Saint-Olave, la sombre tour de Saint-Sauveur avec ses quatre aiguilles, se mêlaient à cette forêt de tuyaux qu’elles dominaient de toute la supériorité d’une pensée céleste sur les choses et les intérêts terrestres. »
Voilà, entre autres, pourquoi j’admire Théophile Gautier. Cette description n’est-elle pas une merveille de construction ? On commence éparpillé au ras du sol et, subtilement, on se rassemble et on s’élève. Et moi, je m’incline bien bas devant Théophile.

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Le dernier roman de Gabrielle Dubois vient de paraître !

Les confessions d’une autographe
Les confessions d’une autographe

Présentation:

Gabrielle Dubois, au sujet de son dernier roman, Les confessions d’une autographe.



Dans ce troisième roman, je vous ferai découvrir une partie des mémoires de Maximilian von Lekkowski, romancier du dix-neuvième siècle, amusant et amuseur, léger et inconstant dans sa propre vie, semblant n’attacher d’importance à rien, sauf à aider et protéger le seul grand amour qu’il eût jamais connu, celui de Calixte et Marios, ses deux amis.
Grâce aux confessions de Mlle de Blanchecombe et celles des nombreux personnages qui gravitent autour d’elle, il va approfondir sa connaissance de l’âme féminine et, la poussant dans les retranchements les plus intimes de son cœur et de sa pudeur, il va pouvoir nous livrer tous les ressorts d’une grande histoire d’amour. Mais il y a toujours un risque, pour un écrivain, à vouloir se faire le confesseur de son sujet, qui est de trop s’attacher à lui...
Comme on regarderait attentivement dans ses moindres nuances une estampe à la loupe, au fil des confidences, on se fait, en même temps que Maximilian, de détails en détails, une image nette de cette autographie d’un amour.
Je vous laisserai donc entre les mains de Maximilian von Lekkowski.
Bon voyage !

 

 

EXTRAIT :


Tous droits réservés.

Chapitre 1
Le réfectoire de la deuxième chance

Le lycée Philippe le Bel, en plein cœur de Paris, sur les bancs duquel j’usais mes pantalons depuis un an déjà, avait pour élèves les rejetons de la crème de l’aristocratie française, ainsi que quelques-uns des noblesses européenne et prussienne, celle dont je faisais partie. Comme chacun sait, je suis le deuxième et dernier fils du baron Alexandre von Lekkowski. Le jour de la rentrée scolaire 1849, ce fut dans ce lycée que je rencontrai Marios Constantin pour la première fois.

Un an auparavant, après un séjour d’une année en Italie et en France avec ma tendre mère, séjour durant lequel j’avais été choyé et traité comme un prince que je pensais être, je n’étais guère désireux de rentrer chez nous, en Prusse, où m’attendait un père dont je n’étais pas le fils aîné, et un frère aîné étrangement acariâtre et méchamment ambitieux. Je dis étrangement, parce que ce frère, du point de vue du caractère, ne ressemblait en rien à nos parents, ni même à moi.
Le baron von Lekkowski mon père, passait la plus grande partie de son temps à la chasse, connaissant chaque bosquet de ses terres immenses, reconnaissant chaque cri d’animal à poils ou à plumes, capable de remonter la piste d’un gibier à l’empreinte laissée dans la neige fraîche, à la feuille froissée sur l’arbre à son passage. Si je me joignais à lui avec plaisir dès que je rentrais chez nous, je n’envisageais pas pour autant courir les bois à longueur d’année. Déjà un autre genre de chasse, en alcôve, avait ma préférence. Père aimait la nature.
À l’opposé de son mari, ma mère était une femme de salons. Musiciens, savants et écrivains formaient son petit cercle. Les deux conditions pour en faire partie, étaient d’avoir du talent et le goût du rire. Mère aimait rire.
Ils avaient l’un pour l’autre, non pas cet amour fou que l’on rencontre dans les romans et que je n’ai rencontré qu’une fois dans ma vie, mais l’affection et la tendresse que peuvent parfois se porter des époux de caractère doux, mariés par intérêt et qui, n’étant tombés amoureux ni dans le mariage, ni en dehors, prennent avec philosophie et bonheur le sort que la vie leur a réservé.

Après nos pérégrinations sous le doux soleil italien, j’obtins, par retour de courrier, l’autorisation de mon père de rester à Paris pour finir mes études et laissai mère s’en retourner chez nous. J’avais dix-sept ans. Oui, je sais, je n’étais pas bien en avance pour entrer en classe de seconde, mais ma scolarité avait été des plus décousues... nous y reviendrons.
Mon père loua donc pour moi un appartement petit, mais fort confortable, à l’hôtel des Trois Empereurs, place du Palais-Royal, mais il y mit plusieurs conditions. Je devais m’inscrire au lycée Philippe le Bel pour y suivre les cours, ma conduite devait y être irréprochable afin qu’il n’eût pas à demander à notre ambassadeur d’intervenir pour moi auprès des autorités françaises. Enfin, je devais lui envoyer, chaque trimestre, les félicitations de mes professeurs. Je remplis ces conditions. Je m’inscrivis dans ce lycée le plus prestigieux de la capitale, je n’y manquai aucun cours, n’y fis pas de grabuge. J’oubliais seulement de travailler les mathématiques et les sciences pour lesquelles je n’avais aucune affinité. Quant au français, latin et grec, qui étaient pourtant des langues que j’avais affectionnées jusqu’à ce jour, j’y consacrais si peu de temps, que je n’y brillais guère mieux. Par contre, à la fin de l’année, je dois avouer que j’excellais dans une matière jusqu’alors inconnue de moi, mais bien souvent caressée en rêves : les femmes et leurs douces langues qui, elles, étaient bien vivantes.
À bout de patience, mon père m’ordonna de rentrer à la maison dès la fin des cours. Entièrement dépendant de son bon vouloir financier, j’obéis. Si je voulais retourner à Paris pour le premier septembre suivant, je n’avais que quelques jours au mois d’août, si je décomptais l’aller et retour jusque chez nous, pour convaincre mon père. L’argument selon lequel j’étais devenu le jeune homme le plus fashionable de la capitale française, je le savais, serait à proscrire, quand bien même être à la pointe de la mode n’est pas donné au tout venant. C’est au contraire un exercice délicat qui nécessite un parfait équilibre entre les aptitudes innées qui sont de bonnes et belles dispositions physiques, et les acquises, qui sont de savoir devancer d’un soupçon les tendances mais sans trop, pour ne jamais, au grand jamais, frôler le ridicule, et rester simple et aimable en toutes circonstances. Ce dernier point est toujours celui par lequel pêchent les jeunes bellâtres qui affichent leur supériorité de don Juan blasé et par là-même, en deviennent détestables. Mais, bien évidemment, ce n’est pas à un père, tout bon qu’il fût, qui rentre crotté des pieds à la tête d’avoir battu la campagne et heureux d’avoir traqué la bête sauvage en compagnie de garde-chasse et d’une bande d’hommes des forêts, que l’on peut exposer ce genre d’évidences stylistiques, ô combien indispensables à la vie de patachon d’un jeune citadin.
J’avais aussi acquis, pendant cette douce année, une verve, une aptitude à fasciner mon auditoire par des mots choisis avec aisance et débités avec facilité. Je me rends compte aujourd’hui que mon public habituel était du genre féminin et facile, et ne demandait qu’à se laisser hypnotiser. Il faut dire que j’ai été gâté par la nature. Quand on a la taille svelte et les épaules bien développées, entretenues dans une salle d’arme, un visage fin et régulier, de beaux yeux bleus et les plus soyeuses boucles blondes, on a bien peu d’effort à fournir en matière de discours. Je n’étais pas aveugle sur moi-même au point de penser que ce genre d’atouts pouvait faire le poids face à tout le monde, et j’entends par là, mon père ou M. Dumollet, notre proviseur, homme à manier avec des pincettes.
Quelques mots ici sur M. Dumollet. Cet homme malingre au crâne ovoïde était un simple roturier sorti de nulle part, mais arrivé là certainement grâce à un entêtement hors du commun. Il avait une finesse d’esprit digne d’un prince de la plus grande lignée, mais des habitudes de bourgeois, ou devrais-je dire, de coucou suisse. Chaque premier jour des vacances, vous pouviez le voir à la gare, avec femme et enfants, partir dans sa belle-famille, à Saint-Malo. La veille, au détour d’un couloir ou en cour de récréation, il ne manquait pas d’entendre chanter, dans son dos, ce refrain populaire et joyeux :
« Bon voyage, monsieur Dumollet,
À Saint-Malo débarquez sans naufrage ! »
J’étais si convaincu d’être irrésistible, qu’avant de quitter le lycée, je mis à l’épreuve mes talents d’orateur alors que j’étais convoqué par le proviseur qui me tint à peu près ce discours :
- Lekkowski, je ne vous cache pas qu’à vous seul et ce, malgré les avertissements répétés de vos professeurs, vous avez été, cette année, pour tous nos élèves, un déplorable exemple. Non seulement vous n’avez pas travaillé, mais encore, vous avez dissipé plus d’un de vos camarades.
- Monsieur Dumollet, telle n’était pas mon intention, je vous présente mes humbles excuses.
- Elles arrivent bien tard.
- Mais pas trop tard ?
- Le résultat de votre conduite, jeune homme est que personne ici n’est content de vous et j’ose espérer que vous ne l’êtes pas vous-même.
- Bien sûr que non, monsieur. Mais il y a bien un professeur qui ne soit pas totalement insatisfait de moi ?
- Un seul, oui. Votre professeur de français qui vous a défendu mieux qu’un avocat ne l’aurait fait. Il prétend que vous en valez la peine. Mais nous ne le saurons pas, puisque vous n’allez pas vous réinscrire l’année prochaine, ce qui vous évitera la honte d’être renvoyé aujourd’hui-même.
J’affichais un air calme et détaché dont je me félicitais, mais intérieurement, je n’en menais pas large :
- Monsieur, je plaide coupable. Je n’ai effectivement pas travaillé et j’ai invité quelques-uns de mes camarades à des soirées.
- Ah ! Vous avouez enfin, Lekkowski ! Alors que je vous ai déjà convoqué deux fois dans ce bureau sans jamais obtenir de vous que vous fassiez amende honorable, ni même une quelconque amélioration de votre conduite.
- Coupable je le suis, certes, mais laissez-moi plaider ma cause auprès de vous, monsieur. Ce que vous m’avez dit jusqu’à présent est tout à fait juste. Aussi, je pense pouvoir attendre de vous, une fois que vous m’aurez écouté, la plus grande justice.
- Pourquoi pas ? J’ai dix minutes devant moi, nous sommes en juillet et j’ai moi aussi envie de me divertir un peu. Je vous écoute, dit-il, finaud, en s’adossant à son fauteuil et croisant ses mains sur son gilet.
- Je vous remercie, monsieur Dumollet. C’était mon choix d’étudier à Paris, capitale dont la pensée éclairée rayonne sur le monde. Père a eu la générosité de m’offrir son soutien financier pour que je puisse vivre ici, dans ce pays de progrès, de droit et d’équité. Fait que j’ai méprisé, pensez-vous, comme un enfant gâté. Ai-je gâché mon année ? Bien au contraire, monsieur, je puis vous l’assurer. Le remords me taraude quand je pense à cet extraordinaire privilège que j’ai pris comme un dû, alors que j’aurais dû le recevoir comme la récompense anticipée d’un mérite. Mais vous connaissez la jeunesse mieux qu’elle ne se connaît elle-même, monsieur Dumollet. Si j’ai appris une chose, c’est que je ne suis pas le genre d’homme à pouvoir vivre avec un remords et cela m’incitera, à l’avenir, à réfléchir avant d’agir afin de ne pas retomber dans les mêmes tourments.
- Vous pourriez être divertissant, Lekkowski, dit-il en réprimant un bâillement vrai ou feint, mais vous êtes à la limite de l’ennuyeux. Venez-en au fait, je vous prie.
S’il croyait me désarmer avec ces petits stratagèmes, il se trompait bien :
- J’y viens, monsieur. Loin de moi l’envie de vous faire bailler, je n’ai qu’un désir, vous faire juge de ma misère. Je plaide coupable d’avoir eu une trop grande confiance en mes capacités à vivre seul, loin de ma famille, loin de ma chère maman. Coupable d’avoir eu la faiblesse, pour pallier ce manque d’affection d’enfant exilé, de m’entourer d’élèves que, vous noterez monsieur, j’avais pris soin de ne choisir qu’en dernière année pensant qu’ils étaient capables de juger par eux-mêmes si soutenir la solitude d’un ami les détournerait ou non de leurs devoirs.
M. Dumollet sourit :
- Et vous pensez qu’un tel plaidoyer me suffira pour vous donner une deuxième chance, Lekkowski ?
- Je vois bien que non, monsieur et j’en comprends la raison : vous avez trop d’esprit pour qu’un élève, quand bien même il aurait mon potentiel, puisse influer sur votre décision. D’un autre côté, le fait que je n’ai pas atteint le niveau qui me permettrait de soutenir une conversation face à vous sans paraître trop ridicule, prouve bien que j’ai besoin, plus que quiconque, que vous me laissiez me réinscrire dans votre prestigieux établissement dont l’enseignement est le seul qui pourra faire de moi un être capable de raisonnement, tels que vous aimez en voir sortir, chaque année, du lycée Philippe le Bel.
- Je constate que tel le chat, vous avez l’art de retomber sur vos pattes, mais qu’attendez-vous de moi, exactement ?
- Autant de clémence que celle que mon père aura à mon égard, quand je vais rentrer chez nous, en août, pour subir ses récriminations justifiées et le supplier à genoux de me laisser finir mes études chez vous, monsieur Dumollet. J’ajoute que s’il y a une quelconque pénitence que vous jugiez nécessaire de m’infliger, je m’y soumettrai, ce ne serait que justice.
- Vous êtes intelligent, Lekkowski, aussi vais-je me montrer direct avec vous. Voici ce que je vous propose : si vous rameniez de chez monsieur votre père, non seulement de la clémence à votre égard, mais une contribution au réaménagement de notre réfectoire, je pense pouvoir vous garder une place jusqu’à la fin du mois d’août.
- Merci, mons...
- Attendez ! Je n’ai pas fini. À cela, j’ajoute une condition. Voyez-vous, des noceurs comme vous, qui pensent que la vie se résume à l’esthétique de la frisure d’une moustache ou à l’élégance avec laquelle ils portent un costume, des jeunes gens qui se considèrent des maîtres en rhétorique parce qu’ils ont su étourdir, par quelques vagues mots bien tournés, volés aux grands poètes, des femmes qui se seraient laissées séduire à moins ; des fils de bonne famille qui n’ont d’autre centre d’intérêt que les amusements légers, j’en ai vu passer. Ils ne guérissent pas.
- J’ai bien l’intention...
- Je ne veux rien savoir de votre vie en dehors d’ici, vous en êtes le maître. Mais ici, c’est moi, le maître. Le maître absolu. Le moindre manquement que ce soit, en cours, au travail donné ou à la discipline, et je vous mets dehors, monsieur von Lekkowski, tout baron que vous êtes et ce, même en cours d’année, alors que vos camarades eux, continueront à déjeuner dans le réfectoire flambant neuf que vous leur aurez offert.
- Bien sûr...
- Je vous arrête là ! Ne promettez rien, ne me servez plus aucun de vos piètres raisonnements. Nous nous reverrons peut-être le premier septembre, lors de mon discours de bienvenue, mais ce sera tout. Je ne veux plus jamais vous voir dans mon bureau, assis en face de moi sur cette chaise. Est-ce bien clair ? Si oui, saluez et sortez, monsieur von Lekkowski.
- Au revoir, monsieur Dumollet, lui dis-je.
Avant de passer la porte de son bureau, je lui lançai un joyeux :
- Bon voyage, monsieur Dumollet !
Le proviseur grommela en replongeant dans sa paperasserie administrative, mais son œil brillait, songeant certainement au nouveau réfectoire qu’il venait d’obtenir si facilement.

Pour mon père, que j’étudie là ou ailleurs ou pas du tout, n’avait aucune espèce d’importance. Il ne voyait pas l’intérêt de savoir le latin pour entrer dans l’armée, ce qui était mon destin depuis toujours. Alors que nous dînions en compagnie de ma mère, il s’exclama, un grand sourire aux lèvres :
- Très bien, Maximilian ! Serais-tu encore capable de porter un fusil ou tes muscles ont-ils fondu au point de ne pouvoir porter qu’une plume et un cahier ?
- Vous ne seriez pas mon père, répondis-je, vexé, que je vous aurais demandé réparation de cette injure !
- Tu as l’air bien sûr toi, l’étudiant ! Partons à la bécasse demain. Celui qui en ramène le plus décide de ton avenir.
- Père, je ne dis pas que je n’accepterais pas une mise à l’épreuve, ou que je manque de courage pour relever un défi, mais celui-ci est perdu d’avance pour moi. Je n’ai pas tiré depuis plus d’un an et la chasse est toute votre vie. Mais si c’est ce que vous demandez, je m’y plierai.
- Je n’ai jamais été injuste envers qui que ce soit, pas même envers un jeune blanc-bec dont la cravate est plus volumineuse que le jabot d’un coq !
L’air de rien, du plat de la main, je tentai d’aplatir ma cravate.
- Si tu ne veux plus que je décide de ton avenir, Maximilian, c’est donc que tu te penses supérieur à moi. Prouve-le moi !
- Que suggérez-vous, père ?
- Un duel.
- Alexandre ! s’écria ma mère, vous n’y pensez pas !
- Avec un gilet pour contenter la baronne, fils. Le premier qui touche au cœur a gagné.
- Même ainsi je vous l’interdis, messieurs ! Vous n’allez tout de même pas faire couler le sang pour une histoire de lycée !
- J’accepte, père, annonçai-je, en lui tendant la main qu’il serra.
- Prépare ton paquetage pour l’armée, fils !
- Préparez votre bourse pour mon inscription, père.
- Faites cela et je vous ôte ma tendresse à tous les deux, dit mère.
Père lui sourit et prit sa main :
- Nous verrons cela demain. En attendant, ma très chère, vous en aurez bien un peu pour moi ce soir, j’espère ?
Mère rougit et se leva :
- Des rustres, voilà ce que vous êtes ! s’exclama-t-elle, sans arriver à se fâcher vraiment.
Il m’en coûta une jolie estafilade au bras, mais je touchai père au cœur le premier. Il s’inclina et j’obtins une année de plus à Paris. Ce qui me surprit le plus lors de ce séjour chez moi, fut le soutien de mon frère, lui qui ne m’avait jamais montré qu’une fraternelle jalousie. Je ne comprendrai son objectif que trop tard. Insouciant et donc heureux, je reprenais ma route vers la France, sans savoir que cette rentrée 1849 me réservait un inestimable cadeau : un ami.

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Se mignoter

gabrielle dubois se mignoter
PIERRE-AUGUSTE COT Gabrielle Dubois roman amour

Se mignoter



Nombre de mots disparaissent des dictionnaires pour faire place à d’autres, nettement moins poétiques, à mon avis.
Mignoter. Voilà un joli verbe qu’il me plaît de savoir encore dans un dictionnaire. Pourvu qu’il ne disparaisse pas !

Définition Larousse 1922 : Mignoter : familier. Traiter délicatement ; mignoter un enfant.
Définition tirée de : Origine et formation de la langue française. par A. de Chevallet..., édition :  1853-1857. Mignot, mignote signifiait autrefois petit, délicat, mignon, gentil, joli. Il nous est resté le verbe mignoter, caresser comme on caresse un mignot (un charmant enfant), le dorloter…

Et voici Balzac qui l’emploie dans La belle Imperia :
« … Mais en voyant l’Imperia soucieuse, il s’approcha d’elle pour la mignardement enlasser dans ses bras et la mignoter à la façon des cardinaux, gens brimballant mieux que tous autres, voire même que les soudards… »
Mais peut-être sommes-nous devenus trop politiquement corrects aujourd’hui pour entendre Balzac nous raconter les ébats des cardinaux et de leurs maîtresses ! Si certains ne se mignotent plus, heureusement, dans les romans de Gabrielle Dubois, on se mignote encore… et plus !

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#roman #amour #aventure #gabrielle #dubois

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Ritz

Gabrielle Dubois meilleur roman 2016
Ritz Paris

 

 

La rénovation du Ritz à Paris vient de s’achever, et l’on parle partout de César Ritz.

 

Mais comment parler du Ritz de César sans parler de sa femme Marie et de son plus célèbre chef cuisinier et cofondateur Auguste Escoffier, tous deux conseillers techniques de César ? En 1896 quand commencèrent les travaux place Vendôme, César Ritz voulait Escoffier qui avait 2,5% des parts de la compagnie Hôtel Ritz ltd, et qui organisa le recrutement du personnel. Escoffier et Marie Ritz sélectionnèrent le matériel et les fournitures et passèrent au peigne fin tous les fournisseurs de Paris, d’Europe et au-delà. Marie trouva les tapis, tapisseries, brocards, soieries et linge ; elle étudia les grands maîtres des musées et des galeries pour créer une décoration de bon goût. Escoffier organisa bien sûr la cuisine, mais aussi la salle à laquelle il attachait un soin tout particulier en ce qui concernait les serveurs, vaisselles, cristallerie et argenterie. C’est au Ritz de Paris qu’Escoffier utilisa pour la première fois des plats plaqués argent pour le service à table. Il fit créer par Christofle à Paris des plats selon son idée dont le plat carré que Christofle baptisa : plat Escoffier.

 

Renseignements tirés du livre de Kenneth James.

 

Pour ce qui est de l’ambiance du Ritz, je vous conseille l’excellent livre L’usine de Gabrielle Dubois.

 

www.gabrielle-dubois.com

 

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Dimanche 05 Juin je serai au salon du livre de Pamiers

Dimanche 05 Juin je serai au salon du livre de Pamiers, cela promet d'être bien sympathique !

Voici l'adorable commentaire que les Appaméennes du livre ont publié sous ma photo:
" Gabrielle Dubois :
Parler d’amour avec les mots simples… nouer des brins d’érotisme mesuré, saisir chaque instant fragile d’un amour avant qu’il ne s’éclipse. Vivre. Vivre l’intensité à travers une lecture plus large qui peut se décliner comme s’inclinent les rougeurs sur les joues et qui fait naître la fièvre dans l’imaginaire."


Cela donne à rêver, non ?

 

gabrielle roman dubois
Salon livre Pamiers 2015 Brochure Gabrielle Dubois


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Les effarés, Arthur Rimbaud

roman gabrielle
Franz Xaver Simm

Les effarés, Arthur Rimbaud

L’une de mes toutes premières émotions poétiques :

Les effarés
de
Arthur Rimbaud

Noirs dans la neige et dans la brume,
Au grand soupirail qui s’allume,
Leurs culs en rond,

À genoux, cinq petits, misère !
Regardent le Boulanger faire
Le lourd pain blond.

Ils voient le fort bras blanc qui tourne
La pâte grise et qui l’enfourne
Dans un trou clair.

Ils écoutent le bon pain cuire.
Le Boulanger au gras sourire
Grogne un vieil air.

Ils sont blottis, pas un ne bouge,
Au souffle du soupirail rouge
Chaud comme un sein.

Quand pour quelque médianoche,
Façonné comme une brioche
On sort le pain,

Quand, sous les poutres enfumées,
Chantent les croûtes parfumées
Et les grillons,

Que ce trou chaud souffle la vie,
Ils ont leur âme si ravie
Sous leurs haillons,

Ils se ressentent si bien vivre,
Les pauvres Jésus pleins de givre,
Qu’ils sont là tous,

Collant leurs petits museaux roses
Au treillage, grognant des choses
Entre les trous,

Tout bêtes, faisant leurs prières
Et repliés vers ces lumières
Du ciel rouvert,

Si fort, qu’ils crèvent leur culotte
Et que leur chemise tremblote
Au vent d’hiver.

www.gabrielle-dubois.com   www.roman-amour.fr #gabrielleduboisromanciere

 

 

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Le Petit Moulin Rouge

Moulin Rouge
Sous les eucalyptus, un roman de Gabrielle Dubois

Le Petit Moulin Rouge,
Un article de Gabrielle Dubois



Louise Saint-Quentin, l’héroïne de Sous les eucalyptus, le roman d’amour de Gabrielle Dubois est « un bon-vivant », puisqu’il ne semble pas y avoir de féminin autorisé pour cet adjectif... passons ! Il était donc impensable pour moi que dans ce roman d’aventure, mon héroïne ne rencontrât pas le grand cuisinier Auguste Escoffier, qui officiait, au moment où l’action du roman se passe à Paris, en 1876, au Petit Moulin Rouge, restaurant réputé à l’époque (à ne pas confondre avec le cabaret du Moulin Rouge).
Afin de cerner un peu le personnage, j’ai lu Auguste Escoffier & César Ritz, Les Rois de l’Hôtellerie Moderne, un livre de Kenneth James aux éditions Pilote 24, dont voici un extrait :

« ... Auguste revint donc à Paris au printemps 1873 pour diriger la cuisine du Petit Moulin Rouge. Il connaissait bien l’héritage que lui laissait Ulysse Rahaut, le bruit et la chaleur de la cuisine, l’organisation du travail désordonné et le comportement rustre de la brigade. Il savait aussi comment le personnelle était commandé par les directives d’un matamore, par des ordres que Rahaut renforçait avec des coups et de invectives grossières. Alors qu’il n’était qu’un pauvre novice et souffrait dans le restaurant de son oncle, Auguste s’était promis d’améliorer les conditions de travail lorsqu’il dirigerait sa propre cuisine. Au cours de ses précédentes fonctions d’organisateur, il avait réfléchi à bien des changements et la transformation de la cuisine était sa priorité quand il prit les commandes de celle du Petit Moulin.
L’impact initial sur le personnel fut son style de direction : calme, contrôlé et percutant. Son premier changement dans l’équipe, peut-être le plus simple, se révéla efficace. Il modifia le nom de celui qui criait les commandes en cuisine : l’aboyeur devint l’annonceur, terme plus théâtrale. Auguste interdit à l’annonceur de crier : ainsi les cris cessèrent dans la cuisine de manière à pouvoir entendre les commandes. « Le coup de feu en cuisine, ce n’est pas la fin du monde », rappelait Auguste à son personnel. Ce changement ne résolut pas tout de suite les problèmes de mauvaise humeur et de comportement grossier puisqu’il ne s’attaquait pas à la cause du mal. Les cuisinières à charbon, portées au rouge pour la cuisson des rôtis à la broche, rendaient les cuisines terriblement étouffantes. Les cuisiniers y transpiraient énormément. La fumée et les vapeurs des feux desséchaient leurs gosiers. Boire souvent était indispensable et la bière avalée pendant les douze à quatorze heur d’une journée normale de travail aurait transformé le cuisinier le plus angélique en un vulgaire ivrogne.
Auguste supprima l’alcool en cuisine, et, sur avis médical, fournit une boisson composée d’eau et d’orge, disponible à tout moment. Progrès fantastique ; mais il restait tout de même vigilant. « Si un employé aux cuisines se permettait des écarts de paroles », soulignait un de ses collaborateurs dans ses dernières années, escoffier lui faisait un signe et lui disait : « Ici, vous êtes censé être poli ; tout autre comportement est contraire à notre manière de faire. »
Lui-même suivait rigoureusement ses propres règles et restait toujours poli avec son équipe et ses collègues. Quand il perdait patience, peut-être avec un cuisinier récalcitrant, il faisait un geste : il étirait le lobe de son oreille entre le pouce et l’index, tout en se frottant la joue, une habitude d’enfance. Il disait alors : « je sors un moment, je me sens devenir nerveux. » Il revenait peu après et discutait fermement mais calmement, avec le cuisinier.
Ses nouvelles fonctions lui permettaient d’établir des contacts étroits avec les clients du restaurant, princes, ducs, et les plus hautes personnalités sociales ou politiques, ainsi que les magnats de la finance. Il aurait pu étudier leurs goûts et leurs désirs et apprendre à leur plaire. Mais il ne le fit pas et comporta sur sa renommée.
Beaucoup de ses clients d’avant-guerre (1870) revinrent au restaurant, et non des moindres : le maréchal Mac Mahon, ou, pour lui donner son nom exact : Marie Edmond Patrice Maurice comte de Mac Mahon, duc de Magenta qui, le 24 mai 1873 remplaça Adolphe Thiers à la résidence de la république française... »

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Charles Worth et la « tournure »

#roman #amour
Gabrielle Dubois et la tournure

Charles Worth et la « tournure »,

 

 

 

un article de Gabrielle Dubois



La « tournure » occupe une jolie place dans le roman d’aventure SOUS LES EUCALYPTUS. Louise Saint-Quentin en porte... quand elle est habillée. Si j’avais écrit ce roman d’amour en étant une contemporaine des années 1880, je n’aurais pas eu besoin de quelques descriptions pour donner une idée au lecteur de ce que l’héroïne portait. Mais n’étant pas moi-même accoutumée aux chemises de batiste, corsets, surchemises, corsages, pantalons, jupons, tournures en métal ou en coussinets, jupes, traînes, j’ai dû me documenter, afin de pouvoir, avec la plus grande légèreté possible, habiller et déshabiller, dans le roman Sous les eucalyptus, une héroïne qui est particulièrement encline à l’amour... et à l’aventure !
Une partie de mes recherches s’est effectuée dans Une Histoire de la mode du XVIIIème au XXème siècle, Les collections du Kyoto Costume Institute, édition TASCHEN, dont voici un extrait :

« Dans la deuxième moitié du 19ème siècle, le perfectionnement du métier à tisser et des procédés de teinture permet de fabriquer toutes sortes de matières pour les jupes. La production s’envoile, car la crinoline nécessite d’énormes quantités de tissus. La tournure, qui sera bientôt  à la mode, est beaucoup moins ample, mais elle est tellement ornée de rubans et de volants qu’elle exige également beaucoup d’étoffe. Cet engouement est une bonne nouvelle pour les fabricants français, et notamment pour les soyeux de Lyon. Napoléon III soutien l’industrie textile dans le cadre de sa stratégie politique, à la grande satisfaction de la bourgeoisie. Des couturiers célèbres, notamment Charles Frederick Worth, utilisent des soies de Lyon, techniquement plus évoluées et d’un grand raffinement artistique. Du coup, Lyon retrouve sa place de principal fournisseur d’étoffe de la couture parisienne.
La tournure :
Dès la fin des années 1860, les jupes prennent du volume vers l’arrière tout en s’aplatissant nettement sur le devant. Un nouveau vêtement de dessous a été lancé sur le marché. Il s’appelle « tournure ». La tournure est coussinet rigide rembourré de différentes matières et se place sur le postérieur. La mode de la tournure dure jusque dans les années 1880, ne subissant que quelques changements mineurs. La silhouette de la robe des années 1880 est illustrée dans un tableau célèbre de Georges Seurat, Un dimanche après-midi à l’île de la Grande Jatte (1884-1886), the Art Institut of Chicago, qui représente des promeneurs anonymes à la campagne. On voit que la tournure est également portée dans les classes populaires. Au Japon, elle est appelée Rokumei-kan, d’après le nom d’un lieu de festivals et de galas qui a beaucoup contribué à l’occidentalisation de Tokyo à l’époque de la Restauration Meiji (1867-1912).
Après 1850, la plupart des robes se composent de deux pièces distinctes, un corsage et une jupe ; avec la fin du siècle, on assiste au retour des ornements et des détails. Les robes sont surchargées jusque dans leurs moindres replis de toutes sortes de détails compliqués qui finissent par engoncer totalement la silhouette. Seule exception à la règle, une robe d’une seule pièce laissant deviner les lignes du corps et créée au début des années 1870. Elle est baptisée « robe princesse » en l’honneur de la princesse Alexandra (1844-1925), future reine d’Angleterre.
Vers la fin du siècle, les coiffures de prédilection sont les chignons volumineux. Les coiffes, quasiment obligatoires tout au long du siècle se transforment en petits chapeaux à bords étroits qui laissent voir ces coiffures très élaborées. Les toques à bords presque invisibles deviennent très à la mode pour cette raison. »

Plus d’infos au MET >lien
Et retrouvez la haute couture parisienne dans le roman d’amour Sous les eucalyptus de Gabrielle Dubois

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